“On a remarquablement bien avancé !”

“On a remarquablement bien avancé !”

Régine Serra quitte la mission égalité femmes-hommes
  • ©Régine Serra / Sciences Po©Régine Serra / Sciences Po

Après trois années d’exercice, Régine Serra quitte ses fonctions de référente égalité femmes-hommes et de coordinatrice de la cellule de veille et d'écoute sur le harcèlement sexuel. Elle rejoint le Centre d’histoire de Sciences Po dont elle devient la Secrétaire générale. Au sein de la mission égalité femmes-hommes, Régine Serra a travaillé avec toutes les communautés de Sciences Po, des étudiantes et étudiants aux enseignantes et enseignants en passant par les chercheuses et chercheurs et le personnel administratif. Elle nous raconte son parcours.

Comment est née la mission égalité femmes-hommes à Sciences Po ?

Cette mission égalité s’inscrit dans un engagement de longue date à Sciences Po sur ces problématiques, au travers tout d’abord de la mise en place d'un programme de recherche sur le genre, PRESAGE, en 2010. Ce programme a permis de commencer à travailler de façon scientifique sur le sujet et donc de sensibiliser l'ensemble des communautés [étudiante, salariée, recherche] au sujet et de candidater à un programme de recherche européen : le programme EGERA, Effective Gender Equality in Research and the Academia. C’est grâce à ce programme européen que Sciences Po a pu prendre toute la mesure du chemin à parcourir en matière d'égalité femmes-hommes.

Au cours de cette même période, le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et la Ministre de l’Éducation de l’époque, Najat Vallaud-Belkacem, demandent aux établissements d’enseignement supérieur de se doter d’un ou d’une référente égalité femmes-hommes.

Il y a donc eu un matching parfait entre le programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre déjà bien implanté dans la maison, le projet européen EGERA qui a réfléchi aux problématiques égalité femmes-hommes de Sciences Po, et un contexte Éducation Nationale et Enseignement Supérieur qui nécessitait la désignation d’un référent. Cela a donné lieu à la mise en place d’une mission égalité femmes-hommes en 2014, d’emblée rattachée au Secrétariat général.

Pourquoi avez-vous choisi de devenir la référente égalité de Sciences Po ?

J'avais déjà pas mal travaillé sur le sujet de la place des femmes dans la société quand j'étais étudiante au Japon dans les années 90. J'y avais observé pas mal de choses. Je vivais dans un dortoir de jeunes femmes japonaises, on était deux occidentales ; à l'époque, les universités japonaises n'étaient pas encore très très ouvertes à des "gaijin”, des étrangères… Donc j'ai eu cette expérience très forte pendant plus d'un an dans un dortoir de jeunes femmes de très bonne famille japonaises. J'ai beaucoup observé, beaucoup réfléchi à la place de la femme dans ce contexte là.

Ensuite j'ai eu l'occasion de travailler sur ce sujet dans le cadre de mes fonctions, ici à Sciences Po, en tant que responsable pédagogique du Master Governing the Large Metropolis où la question de la place des femmes dans l'espace urbain commençait à se poser.

En parallèle je suivais de près ce que faisait Hélène Kloeckner qui menait la mission égalité depuis 2014. Il m’est arrivé de dialoguer avec elle sur telle ou telle communication, ce sur quoi on devait travailler à Sciences Po, … Et très naturellement lorsque Hélène a décidé de quitter ses fonctions, je me suis dit qu'il y avait là une mission intéressante, un projet transversal, un projet étudiant, un projet de société. Un projet politique, aussi.
Je trouvais donc dans cette mission égalité la possibilité de pouvoir continuer à travailler avec toutes les communautés pour l’intérêt général et de pouvoir rester en phase avec mes convictions. Un bon “matching” là encore...

Trois ans après, quel bilan pour la mission égalité ?

Et bien je suis un peu triste de quitter cette mission égalité. Je pars avec le regret de ne pas avoir complètement abouti sur le dossier des étudiants parents que j'aurais aimé voir aboutir plus rapidement, mais qui touche à plusieurs problématiques de scolarité et administratives… Mais au global,  je trouve que l’on a remarquablement bien avancé ! Et collectivement : j'ai le sentiment que tout le monde s'est approprié cette question à Sciences Po, et que si une infime minorité n’est pas encore convaincue des inégalités entre les femmes et les hommes, au moins tout le monde s’interroge et beaucoup cherchent ou mettent en oeuvre des solutions ! Au final, j'ai eu beaucoup de chance pendant mes 3 années de fonction car j'ai connu très peu de résistances.

J'ai aussi bénéficié d'un contexte national et international extraordinaire : #MeToo et tous les débats qui ont entouré ce mouvement ont donné une forte visibilité à la mission égalité, ce qui m’a donné la possibilité d’être plus présente, d’être complètement dans du collectif, du collaboratif.

C'était vraiment 3 années formidables de travail collectif sur le sujet de l’égalité femmes-hommes et des violences à caractère sexiste ou sexuelles. L’obtention du label “égalité professionnelle entre les femmes et les hommes”, qui concerne principalement  les salariés de Sciences Po mais oblige à des mesures à destination des enseignants et étudiants, est la reconnaissance de tout ce que nous avons pu entreprendre ces dernières années, et nous installe dans la durée, c’est important.

Quels moments vous ont le plus marqué pendant vos trois années d'exercice ?

Sans aucun doute, les moments au sein de la cellule de veille et d’écoute ont été les plus forts. Je pense notamment au premier jeune homme que j'ai reçu, extrêmement touchant dans son histoire personnelle, que nous continuons d’accompagner.

Un autre moment très différent et joyeux : Sciences Mômes. Nous avions conduit cette journée avec l’ancienne Secrétaire Générale, Charline Avenel. C’était la première fois que nous faisions venir toute une ribambelle de gamins, ici, dans nos murs ; ce qui était touchant c'était non seulement tous ces gamins dans Sciences Po, tout ce que l’on avait pu construire pour donner du sens à cette journée de réflexion sur l'articulation des temps de vie, mais aussi les regards nouveaux des étudiants sur des personnels d’administration ou des enseignants : tout d'un coup, ils ou elles découvraient que telle assistante pédagogique était maman, que tel prof était papa et qu'en fait toutes ces personnes “de” Sciences Po avaient des vies en dehors de l’institution, ce que l’on oublie parfois...

Et un autre moment, quand même, un moment intellectuel : le dialogue philosophique entre Frédéric Gros et Geneviève Fraisse sur le consentement. Avoir permis de revenir sur cette notion de consentement, accepter de ne pas y apporter de définition claire, ni de solution claire, mais avoir eu ce temps de réflexion en amphi sur ce sujet, je pense que c'est aussi un moment important qui montre bien comment une mission peut travailler étroitement avec la recherche sur ces questions. Sciences Po a été assez précurseur sur ces sujets dans le paysage universitaire français et doit continuer à porter la question, car nous le savons, nous avons encore un bon petit bout de chemin à faire !

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