Liberté, Égalité, Sororité

Liberté, Égalité, Sororité

Cinq étudiantes organisent des tables rondes sur l’évolution des luttes féministes depuis les années 70 à la Cité Audacieuse.
  • Éléonore, Marie, Prune, Léa et Leeloo ont préparé un cycle de tables rondes Éléonore, Marie, Prune, Léa et Leeloo ont préparé un cycle de tables rondes

Léa, Leeloo, Eléonore, Marie et Prune sont étudiantes en Master 1 à Sciences Po. Pendant six mois, elles ont préparé un cycle de tables rondes à la Cité Audacieuse, lieu dédié aux droits des femmes à Paris, piloté par la Fondation des femmes. Elles nous racontent le déroulement de ce projet collectif.

En quoi consiste votre projet ?

Leeloo : Notre projet "Liberté, égalité, sororité - Un demi-siècle de féminisme" célèbre les 50 ans du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) — on travaille d’ailleurs avec deux anciennes militantes du MLF, Martine Storti et Françoise Picq. Notre objectif, c’est d’organiser un cycle de tables rondes sur des sujets en lien avec les luttes féministes et leurs évolutions. On a donc choisi quatre sujets à traiter ensemble : la lutte pour les libérations sexuelles, le militantisme féministe, les violences faites aux femmes et l’écoféminisme.

Léa : Et chaque évènement est divisé en deux parties : une première partie qui se concentre sur les combats du MLF à partir des années 1970, et une seconde, qui cherche plutôt à faire le lien entre les enjeux féministes d’il y a 50 ans et ceux des années 2020. La prochaine journée d’évènements, le 21 mars 2020**, est intitulée “On ne naît pas militante féministe, on le devient” : on échangera sur les formes de militantisme à l’époque du MLF, puis sur le militantisme aujourd’hui. On essaie de toujours avoir cette double grille de lecture, entre passé et présent.

Éléonore : Et on s'occupe aussi de tout l’aspect organisationnel. La Fondation des Femmes soutient les évènements en nous donnant le lieu, mais c’est nous qui avons contacté les intervenantes : il y a toute une partie “gestion de projet”. Il a aussi fallu se mettre d’accord avec Martine Storti et Françoise Picq sur les personnes que l’on souhaitait inviter aux tables rondes : ça n’était pas toujours facile, car entre deux générations nous n’avions pas toujours les mêmes idées, mais on a réussi à se mettre d’accord.

Pourquoi avez vous eu envie de rejoindre ce projet collectif ?

Prune : Dans notre groupe, nous sommes toutes plus ou moins engagées — ou en tous cas touchées et intéressées — par les questions de féminisme. Donc ce projet nous permettait d’allier cet intérêt à une première expérience professionnelle. Personnellement, cela m'intéressait de voir comment on pouvait toucher aux questions de féminisme dans le monde professionnel et institutionnel.

Marie : Exactement ! C'est très bien résumé. De mon côté j’étais aussi attirée par le fait de travailler avec la Fondation des Femmes, pour voir ce côté institutionnel, mais aussi un petit peu militant, car c’est une fondation engagée.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pendant votre projet ? Qu’en avez-vous appris ?

Léa : On a parfois eu un petit peu de mal à se comprendre avec les militantes du MLF. J’ai l’impression que nos deux générations ont vraiment deux conceptions très différentes du féminisme et le dialogue est parfois compliqué.

Marie : Oui, c’est vrai. On a surtout pu percevoir ces frictions lors de notre premier événement, puisque chaque table-ronde laissait un long temps de discussion avec le public. Plusieurs anciennes militantes ont pris la parole et c’est vrai que leur point de vue était souvent en opposition avec celui des plus jeunes dans la salle. Mais on a appris beaucoup choses, aussi bien de ces débats, que de nos discussions avec Martine Storti et Françoise Picq.

Éléonore : Oui, c'est intéressant d'avoir le point de vue de ces femmes qui ont vraiment milité au sein du MLF. Elles nous ont beaucoup parlé de leur expérience personnelle de militantes il y a 50 ans et c’est très intéressant d’avoir la perspective de personnes “qui y étaient”.

Prune : Ce projet nous apprend beaucoup sur le contexte historique, l'histoire du MLF, comment il s'est construit. Et puis je pense que c’est intéressant aussi d’être dans un débat d’idées. Parce que toutes les cinq on a un peu la même idée du féminisme, on l’aborde comme un enjeu intersectionnel; et là on doit discuter avec des féministes universalistes. Cela nous permet de nous confronter à des personnes qui sont féministes, comme nous, mais qui ont une vision opposée à la nôtre sur une multitude de sujets. Je trouve que c’est très enrichissant finalement.

Leeloo : Oui, finalement les désaccords que nous avons pu rencontrer résident dans ces deux visions du féminisme, intersectionnel ou universaliste. L’avantage de se confronter à ces divergences en travaillant ensemble c’est que cela nous permet de mieux les comprendre, en apprenant comment ces deux visions se sont formées, et en quoi elles diffèrent dans leurs pratiques militantes, par exemple, ou dans leurs théories et leurs discours.

Êtes-vous fières du travail accompli ces derniers mois ?

Léa : Nous avons déjà organisé la première journée du cycle le 29 février 2020. Je pense que l’on peut être fières de l’organisation parce que l'on a tout fait — de déplier des chaises à nettoyer la salle — et la salle était remplie, il y avait beaucoup de monde.

Leeloo : Ce projet collectif nous a aussi permis de suivre la construction de la Cité Audacieuse, pilotée par la Fondation des Femmes : nous avons organisé nos réunions dans ces locaux depuis octobre, à l’époque où c’était encore une école primaire complètement en travaux. Et maintenant elle est entièrement rénovée et vient d’être inaugurée. Je trouve en tous cas que c’est très gratifiant pour nous de savoir que nos évènements auront été les premiers à être accueillis dans ce lieu dédié aux droits des femmes, et qui aura pour but de mettre en place d’autres événements féministes ouverts au public.

**Suites aux mesures de confinement annoncées par le gouvernement français, les tables rondes prévues au mois de mars ont été annulées.

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