Les droits LGBT+ dans le régime d'asile européen commun

Les droits LGBT+ dans le régime d'asile européen commun

Portrait de thèse, avec Amandine Le Bellec
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Après un master à l’École des affaires internationales de Sciences Po, Amandine Le Bellec a choisi de poursuivre ses études en thèse au Centre de recherches politiques de Sciences Po et à l’Université de Trente, en Italie. Dans ses travaux, elle cherche à comprendre comment les catégories de genre et de sexualités sont apparues et se sont développées dans le régime d’asile européen. Elle nous présente son parcours et ses recherches.

Comment vous êtes-vous familiarisée avec les études de genre ?

J’ai suivi le programme de Bachelor à Poitiers, sur le campus euro-latino-américain et c’est à cette période que j’ai commencé à m’intéresser, d’un point de vue personnel, au féminisme et aux questions LGBT+. À l’époque on ne pouvait suivre qu’un seul cours en études de genre – très bon par ailleurs – sur ce campus, alors j’ai commencé à lire de mon côté. Peu après, je suis partie étudier un an en Australie, à l’Université de Sydney. Là bas j’ai exclusivement suivi des cours en études de genre et sur les sexualités. C’était vraiment passionnant et ça m’a confortée dans l’envie de continuer.

Lorsque je suis revenue à Sciences Po, j’ai choisi le Master Human Rights and Humanitarian Action à l’École des affaires internationales. J’ai rédigé beaucoup de papers sur l’accès au droit d’asile pour les personnes qui sont persécutées parce que LGBT+ — LGBT+ est un terme qui peut être questionné en tant que tel, mais c’est comme ça que sont perçus ces demandeurs d’asile dans les systèmes européens. J’ai aussi suivi le cours de formation commune et le séminaire Genre et recherche de Réjane Sénac.

Tout cela m’a amenée à continuer en thèse à la School of International Studies de l’Université de Trente en Italie, en co-tutelle avec le Centre d’études politiques de Sciences Po.

Vous travaillez sur le droit d’asile européen pour les personnes LGBT+. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ma thèse s’intitule LGBT Rights as a “European value”: Politics of Sexuality of the Common European Asylum System. Je travaille sur le développement des catégories de genre et de sexualités dans le régime d’asile européen commun. Ce régime est l’instrument européen qui est censé réguler les pratiques des États membres, il permet de donner le statut de réfugié aux personnes LGBT+ qui ont été persécutées dans leur pays d’origine.
Au départ, les questions de genre et de sexualités n’étaient pas intégrées dans les conventions internationales du droit d’asile, c’est donc une protection qui est de l’ordre de la jurisprudence, qui s’est développée progressivement.
L’objectif de ma thèse c’est d’étudier comment ce droit s’est développé, pourquoi, et ce que cela veut dire.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à ce sujet ?

Ce qui est très intéressant avec le droit d’asile pour les demandeurs d’asile LGBT+, c’est que bien qu’il s’agisse d’une catégorie assez marginale numériquement parlant, elle est de plus en plus médiatisée. Il y a également de nombreuses recherches en cours sur le sujet. Il s’agit souvent d’études comparatives, entre plusieurs pays, ou d’ordre sociologique, qui se concentrent sur un pays ou un système d’asile particulier.

Mon idée était plutôt d’aller étudier le niveau de la Communauté européenne. L’obligation pour les États d’accorder le statut de réfugié aux personnes LGBT+ est inscrite dans les directives, mais celles-ci — pourtant si importantes au niveau du droit européen — n’ont été que très peu étudiées.

Dans ma thèse je cherche donc à savoir comment le droit d’asile pour les réfugiés LGBT+ s’est développé. Le processus a commencé dans les années 90 ainsi qu’au début des années 2000 : l’idée que l’homosexualité ou l’identité de genre pouvaient mener à une protection émergeait au sein de certains pays et du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés; mais ça n’était pas encore quelque chose de forcément répandu ou consensuel. Au niveau européen cette protection a été consolidé en 2011, et en ce moment on se demande ce qu’il va devenir, car la crise migratoire a changé pas mal de choses...

En fait on a aucune idée de comment ce processus s’est déroulé, et moi je trouve important d’en comprendre les tenants et aboutissants, en cela qu’ils sont révélateurs de dynamiques européennes et sociales plus générales.

Votre thèse est co-dirigée par Carlo Ruzza à l’Université de Trente, en Italie, et par Réjane Sénac au Centre de recherches politiques de Sciences Po. Que vous apporte CETTE DOUBLE-perspective ?

Ce sont deux visions complètement différentes ! Les traditions de recherche, les “grandes références” ne sont pas les mêmes. En arrivant à Trente j’ai découvert la littérature italienne, je trouve que c’est très enrichissant.
Évidemment, il y a des défis - il faut apprendre à faire dialoguer deux cultures, deux environnements de recherche, faire en sorte que ça soit un enrichissement mutuel et non une source de tensions.

Dans l’ensemble je trouve que c’est une expérience positive. Cela me permet aussi d’observer deux contextes politiques. Je suis arrivée en Italie au moment des élections régionales dans le Trentino-Alto Adige, une région autonome à statut spécial en Italie. Un politicien de la Ligue du Nord venait d’être élu président régional ; et ça m’a donné une vision assez concrète, vécue, des atteintes qui peuvent être portées aux études de genre ou à l’idée d’égalité femmes-hommes dans ce type de contexte.

Pourquoi avez vous choisi de poursuivre en thèse ?

Je pense que j’avais envie de prendre du recul. Je ne sais pas si après ma thèse je continuerai dans la recherche ou pas ; j’aimerais bien, mais il y a plein d’autres options.

Pour moi c’était important de faire une thèse parce que ça permet de réfléchir, de faire ce pas de côté qui permet d’avoir un regard analytique sur le monde, de véritables clés de compréhension. C’est aussi utile dans la vie de tous les jours : on entend souvent des propos anti-immigration ou homophobes; mes travaux de recherche me permettent d’avoir des outils, des points d’argumentation qui permettent d’aborder la chose de façon plus profonde. Pour moi c’est vraiment ça la thèse : mieux comprendre ce qu’il se passe, et mieux le partager avec les autres.

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