L’inclusion des personnes LGBTQI+ dans la ville

L’inclusion des personnes LGBTQI+ dans la ville

Anouk, Anselme et Samuel présentent leur capstone
  • Anouk, Anselme et Samuel présentent leur étude ©SciencesPo/PRESAGEAnouk, Anselme et Samuel présentent leur étude ©SciencesPo/PRESAGE

Chaque année, les étudiants et étudiantes de l’École urbaine de Sciences Po mènent un capstone project : une mise en situation professionnelle mêlant recherche et action. En 2019, cinq élèves du master Governing the Large Metropolis ont mené une étude sur l’inclusion des personnes LGBTQI+ dans la ville pour le compte de l’Association internationale des maires francophones (AIMF). Leur rapport met en lumière des bonnes pratiques de gouvernance locale favorisant l’intégration des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queer et intersexes et autres dans la ville. Rencontre avec Anouk, Anselme et Samuel.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur le vivre-ensemble et l’inclusion des personnes LGBTQI+ dans la ville ?

Samuel : Je pense qu’on avait tous déjà un peu travaillé sur la question de l’inclusion des personnes LGBTQI+ dans la ville

Anouk : ... ou en tous cas sur les études de genre en général, moi c’était plus ça. On est deux dans le groupe à avoir fait une troisième année d’échange universitaire aux États-Unis où on avait suivi des cours sur le genre.

Anselme : Moi c’était quelque chose qui m’avait manqué dans le master au début, de ne pas avoir cette connexion entre genre et ville. Quand j’ai vu ce sujet je me suis dit que cette intersection était vraiment un sujet sur lequel je voulais travailler et du coup, j’ai foncé !

Dans votre rapport, vous dressez le portrait de quatre villes, Beyrouth, Mexico, Ouagadougou et Phnom Penh : pourquoi ces villes en particulier ?

Anouk : Pour le choix des villes on a interrogé beaucoup d’experts de terrain, dont l’association internationale des maires francophones avait les contacts. C’est grâce à ces échanges que l’on a pu identifier ces quatre villes.

Samuel : En tout on a interrogé 43 personnes, de 15 pays différents.

Anouk : Pour Ouagadougou ça a vraiment fonctionné comme ça : quelqu’un qui travaillait avec la mairie qui nous a dit qu’elle était très volontaire et pouvait faire des choses mais que ça n’était pas du tout publicisé. Le point d’entrée pour Beyrouth ça a été le fait que c’est la première ville du Moyen Orient à avoir organisé une Pride. Après, en étudiant un petit peu plus le contexte, on a pu voir qu’il y avait aussi un contexte légal et des initiatives associatives intéressantes.

Anselme : Dans la commande de l’AIMF il y avait une volonté de travailler sur des villes du Sud, d’aller voir ailleurs que les habituelles Paris et Montréal. Du coup on s’est efforcés de trouver des villes qui avaient des contextes différents, des localisations différentes, pour montrer que partout, malgré le contexte, il peut se passer des choses et que les Maires qui veulent se saisir du sujet peuvent le faire.

Samuel : Il y a différentes échelles aussi : à Mexico c’est très institutionnel alors qu’à Ouagadougou c’est plus informel ; ça nous permettait aussi de montrer un large éventail d’initiatives.

À la fin du rapport, vous formulez vingt-trois recommandations aux maires francophones. Quelle recommandation vous semble la plus urgente ?

Anouk : Pour moi c’est la première recommandation : de soutenir l’action associative. Parce que tout en découle. Tout ce qui est fait par la mairie doit se faire en coordination avec les associations, parce que ce sont les associations qui connaissent le terrain et qui maîtrisent ces problématiques.

Samuel : On avait un peu peur qu’on puisse présenter notre travail comme du “pinkwashing” institutionnel, comme juste deux trois trucs à faire qui sont bien. En fait on pense que travailler avec les associations c’est aussi un garde-fou pour s’assurer qu’il y a une vraie mise en place, que ça n’est pas juste du discours.

Anselme : Je suis d’accord. La première chose dont on s’est rendu compte dès qu’on a commencé à travailler sur le sujet c’est que souvent ce sont les associations sur-place qui font des choses. Donc on a voulu mettre en avant le fait que si une mairie veut commencer à agir sur le sujet, elle doit prendre contact avec ces associations, voir ce qu’elle peut leur apporter, comment elle peut travailler avec elles.

Avez-vous observé des initiatives exemplaires mises en place dans ces villes ?

Samuel : Moi il y en a une qui m’a beaucoup marqué : à Mexico il y a un Centre communautaire d’attention à la diversité sexuelle, c’est un lieu pour les associations qui peuvent se regrouper, recevoir un appui logistique de la part de la mairie. Et ce que je trouve très intéressant, c’est qu’il y a aussi un service judiciaire qui permet de suivre les plaintes qui sont déposées pour crimes homophobes. Je trouve que c’est bien de promouvoir vraiment une inclusion, pas seulement dans les droits.

Anouk : Oui, sur les initiatives de la mairie je pense que celle-ci est très importante parce que justement c’est une collaboration avec les associations.

Anselme : Une de nos autres recommandation est d’organiser des évènements permettant de visibiliser les personnes LGBTQI+. Une initiative qui m’a marqué c’est la Pride de Phnom Penh : là-bas les manifestations ne sont pas vraiment autorisées, donc il n’y a pas de Marche des Fiertés, comme on a à Paris par exemple. Mais il y a quand même une Pride qui dure un mois pendant laquelle plein d’évènements sont organisés, comme une course à travers la ville en tuks-tuks qui sont redécorés aux couleurs LGBTQI+. J’ai trouvé ça assez astucieux.

Ce projet vous a-t’il aidé à savoir dans quel domaine et sur quels sujets vous voulez travailler après votre diplomation ?

Samuel : Moi je pense que si je travaille effectivement en politique de la ville, ça passera nécessairement par un aspect prévention des discriminations. Je trouve que les villes ont vraiment un pouvoir hyper puissant pour ça, peut-être même plus puissant que le cadre national.

Anselme : De mon côté, même si je n’ai pas encore une idée très claire de ce vers quoi je souhaite m’orienter professionnellement, avoir fait un projet comme celui-ci était extrêmement enrichissant. C’était vraiment une occasion unique.

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