"Il faut repenser la façon dont nous établissons des relations avec les autres"

"Il faut repenser la façon dont nous établissons des relations avec les autres"

Lena et Lucie nous présentent l’association étudiante Volar
  • Des étudiantes et étudiants membres de l'association Volar ©Volar / Sciences PoDes étudiantes et étudiants membres de l'association Volar ©Volar / Sciences Po

Vous êtes co-présidentes de Volar, l'association féministe et LGBTQI du campus de Poitiers. Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre cette association ?

Lucie : J’ai eu la chance pendant mon adolescence d’être entourée de personnes très féministes qui m’ont éveillée à ce sujet. Puis, au fil de lectures et de rencontres, j’ai pris conscience de l’ampleur et du caractère systémique des discriminations de genre. Les questions queer sont venues plus récemment. Il est absolument inacceptable pour moi que des êtres humains puissent être discriminés en raison de leur sexe, identité de genre, orientation sexuelle, race, religion, classe sociale, ou handicap...

Lena : De mon côté j’ai toujours été très sensible aux questions féministes : petite, je ne comprenais pas pourquoi on voulait m’interdir certaines choses simplement parce que j’étais née femme, et je ne tolérais pas que l’on veuille mettre des personnes dans des cases discriminatoires de par leur sexe, orientation sexuelle, origine... C’est lorsque je suis arrivée à Sciences Po que mes convictions ont pris une tournure militante.

Au moment de rejoindre Volar, je n’envisageais cette association que comme un lieu de débat, et un moyen pour en apprendre plus sur les luttes LGBT+, cause qui me tenait à coeur mais que je connaissais mal. Volar a finalement été bien plus que ça. C’est un espace qui m’a vu grandir et remettre en question mes conceptions du monde. C’est un groupe de personnes qui, de par sa diversité et sa tolérance, a élargi mes horizons et m’a poussé à me questionner. Mes paroles indignées sont devenues des actions concrètes. Grâce à Volar, j’ai énormément appris et je me suis sentie utile : je sais maintenant que mon action individuelle peut avoir un effet et que je ne dois jamais cesser de lutter.

Lucie : Intégrer Volar m’a permis de trouver l’espace de militantisme et de lutte que je recherchais, mais j’ai aussi trouvé un lieu de bienveillance et d’écoute. C’est aussi un lieu de débat, car il y a différentes mouvances au sein de l’association. L’intersectionnalité est essentielle à mes yeux : je crois en la possibilité, peut-être utopique, d’un autre système, d’une société égalitaire, libérée de toutes formes d’oppressions.

Vous organisez en novembre 2019 une table-ronde sur le thème de l'écoféminisme. Pourquoi avoir choisi cette thématique ?

Lucie : Je suis très sensible à l’écologie. Il me semble que les inégalités sociales, et notamment de genre et de race, sont liées à notre perception de la nature, et renforcées par le changement climatique. La façon dont les humains traitent et maltraitent la nature, est similaire et liée à la façon dont le système maltraite toute une partie de l’humanité. L’écoféminisme, dans sa diversité, pourrait être une solution face aux enjeux climatiques et sociaux actuels, proposant de changer notre rapport au monde et à l’autre, en traitant autrui, humain ou nature, avec dignité et respect.

Lena : Aujourd'hui nous concevons le monde comme un environnement bipolaire, avec des dominants et des dominés. Ces rapports de domination sont visibles dans nos sociétés mais cette conception du monde se reflète encore plus dans notre relation à la nature, que nous exploitons jusqu’à l’extinction sans rien donner en retour. Il faut donc repenser la façon dont nous établissons des relations avec les autres : le respect de la dignité de chaque être humain débouchera sur le respect du monde qui nous entoure. Selon moi, cette culture du respect commence avec l’écoféminisme mais ne s’arrête pas là : plus qu’une solution écoféministe, il nous faut une solution écosociale.

Quels sont vos projets pour la suite de l’année universitaire ?

Lena : Nos projets se déclinent sous deux formes: action et sensibilisation. Nous avons prévu plusieurs autres conférences ; une conférence sur l’histoire des mouvements LGBTI+, et une conférence sur les féminismes décoloniaux. Nous souhaitons également intervenir dans des écoles pour sensibiliser à la lutte contre les discriminations.

Et notre évènement annuel majeur, la Queer Week, aura lieu à Poitiers la semaine du 16 mars 2020. Il s’agit d’une semaine de conférences, d’ateliers, de débats, d’expositions, de projections de films en lien avec les questions queer. L’an passé, nous avions mis à l’honneur l’histoire des luttes LGBTI+, à l’occasion du cinquantenaire des émeutes de Stonewall.

Lucie : Nous travaillons aussi sur des actions plus militantes : après un die-in organisé le 28 septembre pour dénoncer l’inaccessibilité voire l’interdiction de l’IVG dans le monde, nous réfléchissons à une action pour dénoncer le harcèlement de rue, les féminicides ou les meurtres transphobes.

Lena : Nous tissons également des liens avec des associations locales,comme le Centre LGBTI du Poitou ou l’association Transcendance, afin d’éventuellement co-organiser des évènements.

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