Être déléguée de la jeunesse à l’égalité femmes-hommes au sommet du G7

Être déléguée de la jeunesse à l’égalité femmes-hommes au sommet du G7

Margot raconte son expérience
  • Margot Dupé ©Margot DupéMargot Dupé ©Margot Dupé

Margot est étudiante à l'École des affaires internationales de Sciences Po, au sein du Master Human Rights and Humanitarian Action. En 2018, elle a été déléguée française de la jeunesse à l’égalité femmes-hommes pour le sommet du G7 qui se tenait au Canada. Puis, en 2019, elle a pris part au Sommet du Women 7 à Paris, dans le cadre duquel elle a organisé une conférence sur l'éducation à la sexualité. Elle nous raconte.

Comment s'est construit votre engagement féministe ?

En faisant un stage à la Fédération Nationale Solidarité Femmes, j’ai découvert pour la première fois des témoignages de violences faites aux femmes. J’avais 17 ans et bien que je me revendiquais déjà féministe, je ne connaissais la situation femmes victimes de violences conjugales que par les chiffres présentés par les médias. Les employées du numéro d’urgence national m’ont parlé des centres d’hébergements et de leur mission d’écouter, de croire, et de venir en aide aux femmes demandant de l’assistance. Je n’ai plus jamais vu les choses du même regard depuis.

À mon arrivée à Sciences Po, sur le campus de Reims, j’ai voulu m’engager dans un groupe de jeunes féministes, j’ai donc rejoint la Feminist Society. J’ai notamment écrit une oeuvre personnelle et l’ai jouée lors de notre représentation des Monologues du Vagin. De plus, les cours que j’ai suivi en Bachelor, en histoire et en sociologie par exemple, ont structuré et renforcé ces convictions d’égalité que je portais.

En partant en échange universitaire à l’étranger, au Québec, je voulais continuer à m’engager pour l’égalité femmes-hommes dans le contexte canadien, et sortir d’un cadre de "féminisme blanc". Je me suis spécialisée en gender studies (j’ai étudié la relation entre les femmes et la guerre, ainsi que la construction et politisation du genre). J’ai été membre du Center for Gender Advocacy, mené par des femmes fortes canadiennes aborigènes. Là encore ce sont des rencontres et des vécus partagés qui m’ont le plus appris sur la réalité des violences faites aux femmes au Canada. Nous nous battions pour les droits des femmes indigènes, violentées, disparues, ignorées par le gouvernement, et pour les droits des travailleuses du sexe.

Plus tard, à Sciences Po, au sein de l'association étudiante Politiqu’elles, j’ai approché un nouveau monde : celui du féminisme institutionnel. La place des femmes dans le monde politique, dans le monde de l’entreprise,… et l’importance d’influencer les politiques publiques pour permettre aux femmes d’atteindre une égalité inscrite dans la pierre du droit. J’ai rejoint le réseau Ensemble Contre le Sexisme, et j’ai participé à des manifestations contre les violences faites aux femmes pour faire entendre notre fatigue au gouvernement et demander de réels changements et des financements.

En 2018, vous avez représenté la Délégation française au sein du Youth 7, un des groupes d’engament officiel du Sommet du G7. pouvez-vous nous raconter ?

En 2018, j’ai eu l’opportunité d’être sélectionnée pour être la déléguée française de la jeunesse à l’égalité femmes-hommes pour le sommet du G7. Le sommet se tenait au Canada et nous nous y sommes rendus pour construire des politiques publiques pour améliorer l’égalité femmes-hommes dans tous les pays du G7. Nous les avons ensuite présentées aux Sherpas, les diplomates représentant leur gouvernement lors du G7. Rencontrer les Sherpas en disait déjà long sur le besoin du G7 d’innover : parmi les sept diplomates… une seule femme !

Comme pour tout engagement international, les politiques publiques que nous avons créées ont demandé des jours de débats, pour mettre en parallèle les contextes spécifiques à chaque pays et choisir des actions à la fois ambitieuses, innovantes et chiffrées. Notre but n’était pas de répéter des politiques existantes ou de nous en tenir au politiquement correct.

Qu'avez-vous finalement proposé ?

Nous avons par exemple demandé la publication de rapports annuels sur le harcèlement en ligne, la santé mentale des jeunes, la masculinité toxique et la culture au travail; la mise en place de politiques de développement international féministe chiffrées; ou encore l'adaptation de l’éducation sexuelle et reproductive au XXIè siècle.

Cela m’a demandé de faire des recherches sur toutes les politiques publiques existantes dans les pays du G7, en matière de droits reproductifs et sexuels, de l’inégalité salariale genrée, du travail du sexe, des violences envers les femmes … un travail colossal ! Néanmoins nous sommes tous et toutes fières du résultat. Les politiques publiques ont été publiées parmi les autres recommandations et appel à action des groupe d’engagement du G7, sur le site du gouvernement du Canada.

Suite au Sommet Women 7, vous avez organisé un évènement sur l'éducation à la sexualité en France. Pourquoi avoir choisi de mettre cette thématique en lumière ?

Ce thème s’inscrit dans le cadre du Sommet du Women 7 car plaidoyer pour l’éducation à la sexualité est une manière de plaidoyer pour l’égalité entre les genres. En effet, l’éducation à la sexualité permet de réduire les risques, les inégalités et les violences. Notamment, sensibiliser à la notion de consentement, est clef dans la protection contre les violences sexuelles et genrées ; être éduqué aux différentes formes de sexualités permet de lutter contre les discriminations liées au genre, à l'orientation sexuelle et à l’identité de genre, et de promouvoir l’égalité de tous et toutes.

La Loi de 2001 relative à l'accès à l'éducation à la sexualité, donne accès à tous et toutes les élèves à trois séances d’éducation à la sexualité par an. Pourtant, en pratique, peu d’élèves ont accès à leur droit. Vous souvenez-vous avoir eu accès à trois séances d’éducation à la sexualité chaque année au cours de votre scolarité ? Mes co-équipières et moi : non ! Et pour les milliers de jeunes ayant signé notre pétition non plus. C’est pourquoi il nous paraissait essentiel de mettre ce thème en lumière.

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