Chloé d'Arcy obtient une mention spéciale du prix Mnémosyne

Chloé d'Arcy obtient une mention spéciale du prix Mnémosyne

pour son mémoire sur Marie Taglioni, Étoile de la danse
  • Chloé d'Arcy obtient une mention spéciale pour son mémoire sur Marie TaglioniChloé d'Arcy obtient une mention spéciale pour son mémoire sur Marie Taglioni

Décerné chaque mois de janvier depuis plus de 10 ans, le prix Mnémosyne, créé par l’Association pour le développement de l’Histoire des femmes et du genre, couronne un mémoire de master 2 sur l’histoire des femmes et du genre en France ou à l’étranger. Cette année une mention spéciale a été décernée au mémoire de Chloé d’Arcy, alumna du Master de recherche en histoire de l’École doctorale de Sciences Po, passionnée de danse. Nous l’avons interrogée.

Vous suivez actuellement une formation au Diplôme d’État de professeure de danse contemporaine et souhaitez poursuivre l’an prochain en doctorat d’histoire culturelle de la danse. Pourquoi avoir choisi l’histoire pour mieux comprendre le monde de la danse ?

En fait, au départ, je ne me suis pas vraiment posé la question. Je fais de la danse depuis l’école maternelle, et je suis toujours allée voir beaucoup de spectacles, notamment à l’Opéra de Paris. En parallèle l’histoire a toujours été ma matière préférée à l’école, au collège, puis au lycée. J’ai toujours aimé les romans historiques ; j’en lisais beaucoup enfant et ils n’ont fait que renforcer ma curiosité pour cette matière. En grandissant, j’ai découvert les romans du dix-neuvième, de Balzac, Dumas, Stendhal, qui m’ont permis de m’intéresser plus particulièrement à ce siècle.

En entrant à Sciences Po, je souhaitais travailler dans le monde de la danse sur des postes administratifs, en communication culturelle par exemple. J’avais donc choisi de faire un stage à la Rock School for Dance Education, à Philadelphie, en Pennsylvanie, pendant ma troisième année à l’étranger. C’est après cette expérience dans des bureaux, trop éloignés de la danse elle-même, que j’ai décidé de me diriger vers le Master de recherche en histoire de l’École doctorale de Sciences Po. Le choix de l’histoire n’était donc pas très rationnel mais comme cette discipline était celle qui m’avait le plus parlé et le plus touchée, je me suis dit "autant revenir à la danse par ce biais".

Votre mémoire de master s’intitule “Marie Taglioni, Etoile de la danse. Constructions, évolutions et implications du vedettariat de la ballerine (1822-1870)”. Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur la vie et le parcours de cette danseuse étoile italienne ?

C’est rigolo de préciser "étoile italienne" car Marie Taglioni, même si elle est issue d’une dynastie de danseurs italiens, est née en Suède et ne se produit en Italie qu’à partir de 1841, à la fin de sa carrière ! Mais bien sûr ses origines l’ont aidée à se produire et à être visible.

Pour mon mémoire de Master, je voulais travailler sur la période romantique, que j’aime beaucoup. C’est La Sylphide (Paris, 1832), le ballet-phare de Marie Taglioni, qui fait entrer pleinement la danse dans le romantisme. J’ai choisi de travailler sur le parcours de cette danseuse car il y avait un fonds d’archives très important la concernant, notamment à la bibliothèque-musée de l’Opéra, et qu’elle m’apparaissait alors comme une sorte de mythe souvent évoqué mais jamais pleinement étudié. Mon objectif n’était pas de déconstruire ce mythe mais plutôt d’analyser le parcours de l’étoile à l’aune de son vedettariat. Je savais que je n’atteindrais pas la “vraie” Marie Taglioni mais je voulais comprendre les différentes mythographies dont elle a été l’objet. Par ailleurs, tout en m’intéressant aux spécificités de sa danse, je me suis demandé concrètement ce qu’était une carrière de vedette. Elle a vécu beaucoup d’expériences, avec des voyages à Londres, Berlin, Milan, Saint-Pétersbourg… Tout ceci s’organise, à la fois pour négocier des contrats, médiatiser sa venue, choisir la programmation qui séduira la mieux le public, et nécessite la mobilisation d’un réseau d’acteurs importants (directeurs de théâtres, journalistes, personnages politiques, autres artistes…). Marie Taglioni travaille une bonne partie de sa vie en binôme avec son père, danseur et chorégraphe, mais j’ai aussi cherché à cerner la part personnelle qu’elle avait pu prendre dans la gestion de sa carrière et l’élaboration de sa légende. J’ai ainsi pu discerner trois facettes de Marie Taglioni : la femme artiste, la femme mondaine et la femme d’affaires.

J’ai apprécié de travailler sur un personnage : cela donne un point de vue plus spécifique et précis sur des sujets que l’on a l’habitude de côtoyer et d’étudier de manière globale.

Vous avez candidaté au prix Mnémosyne et obtenu une mention spéciale pour votre mémoire. En quoi est-ce important, selon-vous, de mettre ainsi en valeur des travaux d’histoire des femmes et du genre ?

Je ne vais rien dire de nouveau mais si nous souhaitons vivre dans une société plus égalitaire il est important que dans les travaux d’histoire, et plus généralement des sciences humaines et sociales, les femmes aient une véritable place.

Marie Taglioni est une grande figure féminine du monde du spectacle. Au départ je n’avais pas spécialement la volonté de faire de l’histoire des femmes et du genre. Mais en étudiant la danse, on est amené de fait à étudier des femmes et utiliser le genre comme outil d’analyse des sources et des documents me paraissait évident.

Je pense qu’il faut avoir un regard critique sur la manière dont l’histoire a été écrite pendant longtemps et analyser l’imaginaire historique souvent construit par des hommes, qui tend à invisibiliser les femmes ou, dans le cas de la danse par exemple, à les présenter de manière parfois sexiste. Je souhaite poursuivre l’an prochain en doctorat d’histoire culturelle de la danse ; mon sujet n’est pas encore totalement défini mais je serai bien sûr amenée à envisager plus globalement la carrière de femmes-danseuses grâce à la perspective du genre.

Écouter l'interview de Chloé d'Arcy dans Éclats d'histoire

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