CIVICA : une université européenne inclusive

CIVICA : une université européenne inclusive

Entretien avec Maxime Forest, chercheur à Sciences Po
  • Réunion à distance © Shutterstock / DidGasonRéunion à distance © Shutterstock / DidGason

Sciences Po est membre fondateur et coordinateur de CIVICA - L'Université européenne des sciences sociales : une alliance de huit établissements d'enseignement supérieur formant une université européenne pilote. Afin de favoriser l’émergence d’une identité commune au sein de cette alliance, le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre de Sciences Po organise en novembre 2020 un atelier sur l’inclusion et l’égalité femmes-hommes. Nous avons rencontré Maxime Forest, l'un des organisateurs de cet atelier.

Pourquoi l’égalité femmes-hommes est-elle une valeur fondamentale de CIVICA ?

En 2017, le Conseil de l'Union européenne a lancé une “Initiative des universités européennes” : des alliances transnationales paneuropéennes d'établissements d'enseignement supérieur destinées à promouvoir les valeurs européennes ont été créées. À ce jour, 41 alliances ont été financées et établies. CIVICA fait partie des 17 premières universités européennes sélectionnées en 2019. L'égalité femmes-hommes est un principe inscrit dans les traités de l'Union européenne. De plus, l’un des objectifs de la politique européenne en matière de recherche est d’atteindre l'égalité des femmes et des hommes dans le monde universitaire et d’intégrer une dimension de genre dans la recherche et l'enseignement. Par conséquent, une alliance comme CIVICA est non seulement bien placée pour envisager l'égalité des sexes comme l’une de ses valeurs fondamentales, mais a également reçu pour mission d’y contribuer de manière substantielle. Comme d'autres universités européennes, CIVICA vise aussi à améliorer la qualité de l'enseignement supérieur européen : la prévention des biais et des discriminations sexistes est un moyen d’atteindre cet objectif.

À quels types de défis les universités font-elles face ?

Le rôle de l'enseignement primaire et secondaire dans la reproduction des stéréotypes est bien connu : les stéréotypes conduisent à une ségrégation horizontale, c'est-à-dire à une répartition inégale des femmes et des hommes dans les programmes d'enseignement, qui impacte les choix d’orientation des jeunes Européens. Cette ségrégation maintient une division sexuée dans un certain nombre de domaines, comme par exemple les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STEMs). Les universités ont donc une responsabilité particulière dans la lutte contre les stéréotypes et leurs conséquences directes sur les choix et les opportunités des étudiantes et des étudiants. Cela implique de relever toute une série de défis : de la sensibilisation des élèves et des enseignants à la révision des protocoles d’évaluation des enseignantes et des enseignants, en passant par l’adoption d’une communication sensible au genre et l’intégration de la dimension de genre dans les enseignements. Les universités ne sont pas à l'abri du sexisme, du harcèlement sexuel et des violences sexistes : des politiques efficaces sont donc également nécessaires dans ce domaine. Et, en tant qu’environnement de travail, les universités doivent également garantir l’égalité des chances dans les carrières et l’égalité d’accès aux processus de prise de décision.

En quoi les universités sont-elles un terrain d’action particulier ?

Dans plusieurs États membres de l'Union Européenne, la liberté académique est entravée. Et ce particulièrement dans les domaines du genre et de la lutte contre les discriminations. Des universités sont actuellement menacées par une interdiction des études de genre, en Roumanie et en Hongrie notamment. La National University of Political Science and Public Administration, basée à Bucarest, et la Central European University, établie initialement à Budapest peu après sa fondation en 1991, deux universités membres de l’alliance CIVICA, ont été ou sont concernées par ce type de menaces. Central European University a récemment vu ses activités en Hongrie considérablement limitées, notamment au prétexte qu'elle avait développé un programme d’études sur le genre. En 2020, elle a déplacé son campus principal à Vienne. Déclarer que les fondements de CIVICA sont l’inclusion et l’égalité des sexes est donc également une façon de défendre les libertés académiques.

Sciences Po a déjà acquis une certaine expérience en matière d'égalité femmes-hommes. Pouvez-vous nous raconter ?

Oui, Sciences Po a créé le programme PRESAGE en 2010 : nous avons donc déjà plus de 10 ans d’expérience en matière d’élaboration de cours et de projets de recherche sur les questions de genre. Ensuite, en 2014, Sciences Po a intégré le projet EGERA [Effective Gender Equality in Research and the Academia] en tant que coordinateur : c’est grâce à ce programme, financé par l'Union européenne, que Sciences Po a créé son premier plan d’action en faveur de l’égalité femmes-hommes. En 2018, Sciences Po a été la première université française à obtenir le label “égalité professionnelle entre les femmes et les hommes” de l’Agence française de normalisation (AFNOR). Cette même année nous avons rejoint SUPERA [Supporting the Promotion of Equality in Research and Academia], une autre initiative financée par l'Union européenne : cette fois le rôle de Sciences Po est de soutenir d'autres universités en Europe dans l’adoption de plans d’action en faveur de l’égalité. En 2021, Sciences Po jouera un rôle similaire dans le projet européen RESET [Redesigning Equality and Scientific Excellence Together] coordonné par l'Université de Bordeaux. Au travers de tous ces projets, Sciences Po a acquis une expertise et une légitimité que nous prendrons plaisir à partager avec nos partenaires CIVICA.

Quels sont les objectifs de l'atelier “égalité et inclusion” de CIVICA ?

Il vise à répondre aux défis que j’ai mentionnés précédemment, et aussi à ouvrir la voie à un engagement fort en matière d’égalité. Lors de cet atelier, nous partagerons nos connaissances en matière d’égalité. Nous entendons aussi construire un consensus autour de l'égalité des sexes et de la diversité en tant que valeurs fondamentales. Des chercheuses et des chercheurs spécialistes des questions de genre, des responsables de mission égalité femmes-hommes et d’autres acteurs et actrices-clés ont été invités à participer à cet atelier et à prendre position sur ces questions. Pendant l’atelier nous aborderons également la défense de la liberté académique, dont dépend la qualité de l'enseignement supérieur. Notre objectif fondamental est de contribuer à promouvoir CIVICA comme une alliance d’universités inclusive.

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