Résumé de la thèse de Lorraine Bozouls

Le privilège de l’entre-soi. Pratiques résidentielles et styles de vie des classes supérieures du privé

La thèse est une contribution originale à l’analyse des modes de vie des classes supérieures particulièrement dotés en capital économique. Elle étudie les mécanismes de formation et de reproduction d’une fraction de classe peu étudiée mais également, dans une perspective plus relationnelle, le caractère spatial des rapports entre classes sociales à travers l’analyse des trajectoires résidentielles des enquêtés et des discours qu’ils produisent pour justifier ces choix résidentiels. Trois dimensions du rapport à l’espace des classes supérieures à capital économique dominant sont analysées dans la thèse. La première dimension est celle de la construction d’un entre-soi à l’échelle du quartier, qui résulte du double mouvement de rejet de l’altérité et d’agrégation affinitaire. Les enquêtés s’investissent à l’échelle locale dans les relations de sociabilité et dans des entreprises de patrimonialisation et de préservation, dont ils tirent des ressources, à la fois en termes de capital social, symbolique et économique.
La deuxième dimension est celle du repli de ces fractions de classe sur le monde privé de leur foyer. Il s’agit d’analyser le rapport au logement de ces enquêtés, souvent multipropriétaires, à travers le processus d’acquisition mais aussi d’aménagement et de décoration de leur logement. Ce repli sur l’espace privé se manifeste tout particulièrement dans les ménages où les femmes sont mères au foyer. Les rapports sociaux de classe se conjuguent à ceux de genre et entrainent une gestion de l’économie domestique et des arrangements conjugaux spécifiques à ces fractions de classe.
Enfin, le pendant de ce repli sur l’espace du quartier et encore plus du foyer est la distanciation vis-à-vis de l’Etat et des politiques publiques, que j’analyse au prisme de deux objets qui tendent à être privatisés dans les quartiers étudiés, que sont la sécurité et l’école.

La thèse s’appuie sur une enquête de terrain réalisée entre juin 2015 et mai 2017 dans des quartiers aisés de deux communes de première couronne de la banlieue parisienne (Rueil-Malmaison et Saint-Maur-des-Fossés). Elle est composée d’entretiens avec des propriétaires de maisons (66 personnes interrogées), qui ont duré en moyenne 2h et se sont déroulés dans la quasi-totalité des cas au domicile des personnes. Les hommes de ces ménages sont dans une large majorité des hauts cadres du secteur privé, des professions libérales ou encore des chefs d’entreprise, dont les épouses sont très souvent au foyer. C’est en grande partie avec elles qu’ont été réalisés les entretiens.
Ces entretiens ont été complétés par des recherches documentaires sur les politiques municipales de sécurité (archives des bulletins municipaux, revue de presse, archives privées), par des entretiens avec des élus et fonctionnaires municipaux ainsi que par des observations de réunions publiques. Enfin, cette enquête comprend un volet statistique qui établit un cadrage général sur le poids des classes supérieures en France mais aussi sur leur répartition géographique. Il s’agit également d’analyser les relations entre le niveau de revenus des habitants et leur équipement en sécurité privée ainsi que leur implication dans le cadre de vie grâce à l’Enquête Cadre de Vie et Sécurité, et d’étudier la place des femmes au foyer au sein des classes supérieures grâce à l’Enquête Emploi.

Article mis à jour le 20-09-2019