<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" version="2.0"><channel><title><![CDATA[Flux RSS des actualités ]]></title><description><![CDATA[Flux RSS des actualités ]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc</link><image><url>https://www.sciencespo.fr/opalc/scpo-logo.png</url><title>Flux RSS des actualités </title><link>https://www.sciencespo.fr/opalc</link></image><generator>GatsbyJS</generator><lastBuildDate>Tue, 07 Apr 2026 13:43:26 GMT</lastBuildDate><atom:link href="https://www.sciencespo.fr/opalc/news-rss.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><copyright><![CDATA[2022–2026 undefined]]></copyright><language><![CDATA[fr]]></language><item><title><![CDATA[L'Amérique en ordre dispersé face au retour de Trump]]></title><description><![CDATA[Entretien avec Frédéric Louault et Kevin Parthenay]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/l-amerique-en-ordre-disperse-face-au-retour-de-trump</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/l-amerique-en-ordre-disperse-face-au-retour-de-trump</guid><pubDate>Wed, 28 Jan 2026 11:08:14 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/3d47e6d46331359540d96efd751c74a0/de105/shutterstock_2721496633_a7c18a1425.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Entretien avec &lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/annuaire/louault-frederic/&quot;&gt;&lt;strong&gt;Frédéric Louault&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/annuaire/parthenay-kevin/&quot;&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Frédéric Louault et Kevin Parthenay ont, cette année, dirigé Amérique latine. L’Année politique 2025 (&lt;i&gt;Les Etudes du CERI&lt;/i&gt;, n° 282-283, janvier 2026 ), publication du CERI et de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (&lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/opalc/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;OPALC&lt;/a&gt;), dix-huitième opus de la série créée par Olivier Dabène, qui constitue un rendez-vous important pour toutes les personnes intéressées par l&apos;Amérique latine.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Le « corollaire Trump » présenté dans la Stratégie de sécurité nationale de 2025 constitue-t-il une rupture doctrinale réelle avec la tradition diplomatique de Washington en Amérique latine ou une continuité et la réactivation brutalisée de la doctrine Monroe ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Il serait exagéré de parler de continuité tant la doctrine Monroe renvoie à des temps anciens (1823). En revanche, ce «&amp;nbsp;corollaire Trump à la doctrine Monroe&amp;nbsp;» - qui a pour objectif de reconsolider cette idée d’une «&amp;nbsp;Amérique aux Américains&amp;nbsp;» et aujourd’hui plus précisément une «&amp;nbsp;Amérique aux Etats-Uniens&amp;nbsp;» - constitue une continuité vis-à-vis des pratiques de domination de Washington sur le continent. Ces pratiques se sont déployées essentiellement à partir de la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle, avec la «&amp;nbsp;politique du bâton «&amp;nbsp;de Théodore Roosevelt («&amp;nbsp;corollaire Roosevelt) jusqu’à la fin de la guerre froide (avec des périodes d’atténuation).&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;Cette continuité se caractérise par une domination politique et économique rythmée par l’installation de protectorats (notamment au début du XXe siècle), par l’usage d’un interventionnisme politique et/ou militaire, et par l’instrumentalisation de nombreux régimes politiques latino-américains. &amp;nbsp;Le XXe siècle a vu se développer l’ensemble de ces pratiques qui n’avaient qu’une seule finalité&amp;nbsp;: servir les intérêts des Etats-Unis, au détriment des Etats latino-américains, des régimes et, surtout, des populations de ces Etats (Guatemala, Nicaragua, Chili, Argentine, Colombie, etc.). C’est avec ces pratiques que le corollaire Trump reconnecte très directement. La Stratégie de sécurité nationale (SSN) fait en effet mention très explicitement du fait que le but visé est de faire primer les intérêts des Etats-Unis dans l’hémisphère américain. Comme le montre l’un des articles de cette édition 2025, Panama a été le premier pays de la région à en faire les frais dès le retour de Trump à la Maison-Blanche, avec une pression politique et diplomatique maximale exercée sur le sujet du canal. Et ce début d’année 2026 nous montre que cet objectif sera poursuivi quel que soient les moyens nécessaires pour l’atteindre.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;La violation du droit international – comme l’a montré la récente agression militaire au Venezuela, l’écrasement des initiatives multilatérales (sortie de 60 organisations internationales) et la décomplexion totale vis-à-vis de l’usage de la force contre d’autres Etats (Groenland, Mexique, Colombie, etc.) marque une rupture avec les administrations antérieures (démocrates) mais une certaine continuité toutefois vis-à-vis de précédentes administrations républicaines. George Bush était intervenu militairement au Panama en 1989 (suivant une interprétation juridique très extensive liée à la menace que représentait Noriega face au traité de neutralité du canal), tout comme son fils George W. Bush en Irak, en violation d’une décision du Conseil de sécurité des Nations unies qui interdisait une intervention unilatérale.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Au-delà des continuités et des ruptures, une telle désinhibition de la puissance est toutefois inquiétante pour l’Amérique latine et au-delà.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;En quoi la fragmentation politique et idéologique de l’Amérique latine limite-t-elle la possibilité d’une réponse collective à la pression exercée par les Etats-Unis&amp;nbsp;?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Le continent connaît une situation de forte fragmentation politique et idéologique depuis maintenant plus d’une décennie. Après l’élection du libéral conservateur Mauricio Macri en Argentine (2015), les différences politiques et idéologiques n’ont cessé de s’accentuer, aucune majorité ne se dégage et les oppositions de «&amp;nbsp;blocs de pays&amp;nbsp;» limitent la capacité de projection internationale du continent. Cette fragmentation empêche notamment les organisations régionales de peser et une majorité d’entre elles sont à l’arrêt (politiquement), comme le SICA, la CAN ou l’Alliance du Pacifique. Les sommets des chefs d’Etat sont annulés ou donnent lieu à des réunions politiques de niveau inférieur (ministériel) ou des réunions techniques.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Il faudra rappeler que les moments où l’Amérique latine a pu être décisive dans l’histoire des relations internationales et, en particulier, dans l’histoire multilatérale, sont ceux où ses Etats ont su et pu parler d’une seule voix et/ou ils ont pu afficher une solidarité continentale.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Comment la «&amp;nbsp;trumpisation&amp;nbsp;» des systèmes politiques latino-américains agit-elle sur la recomposition des offres politiques nationales vers plus de polarisation et de radicalisation ?&lt;/h3&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-left image_resized&quot; style=&quot;width:59%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_2429741095_b7b4337f05.jpg&quot; alt=&quot;Javier Milei&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;Javier Milei (crédits : Shutterstock)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;La diffusion du trumpisme (en tant que style politique) n’est pas récente en Amérique latine. L’émergence de Jair Bolsonaro comme figure politique nationale au Brésil coïncide avec le premier mandat de Donald Trump. Entre 2018 et 2020, le Brésil est devenu un véritable laboratoire pour la diffusion et l’adaptation hors des Etats-Unis du mouvement MAGA. Des contacts très étroits ont été établis entre les administrations Trump et Bolsonaro mais aussi entre les familles des deux présidents. Puis, les conditions de non-reconnaissance de la défaite électorale et des règles du jeu démocratique ont consolidé l’idée d’une contagion trumpiste. Le parallélisme entre l’assaut du Capitole en janvier 2021 à Washington et l’attaque de la Place des Trois Pouvoirs à Brasília en janvier 2023 en est une illustration. Derrière ces éléments visibles, les échanges entre les nouvelles droites radicales américaines (et européennes) sont permanents, via des forums tels que le CPAC où s’échangent expériences, idées et pratiques politiques.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, son influence en Amérique latine a pris une nouvelle dimension et s’est étendue. De manière très concrète via des menaces explicites (Panama, Colombie) ou des ingérences dans les affaires internes (pression sur le pouvoir judiciaire au Brésil, intervention dans les processus électoraux en Argentine et au Honduras) jusqu’à la capture de l’autocrate Nicolas Maduro au Venezuela en janvier 2026. Mais lorsque l’on parle de «&amp;nbsp;trumpisation des systèmes politiques latino-américains&amp;nbsp;», on fait référence à un mouvement plus profond qui touche le cœur de la compétition politique. Le style trumpien s’est enraciné dans les campagnes électorales, avec une brutalisation des discours et une simplification des enjeux. De manière très pragmatique, des personnalités surfant sur la vague trumpiste parviennent à centrer l’agenda médiatique et politique sur quelques thématiques centrales (violence, migrations, dérégulation) tout en attisant les peurs sociales. On a ainsi vu apparaître les thèmes de l’immigration et de l’insécurité jusqu’alors absents des débats électoraux aux élections chiliennes de 2025, avec des prises de position explicitement trumpiennes de la part de plusieurs candidats. Et le slogan &lt;i&gt;Make Chile Great Again&lt;/i&gt; a inondé le marketing politique.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du côté des rapports de force politique, on sent aussi un effet Trump, avec une recomposition des équilibres partisans dans toute la région. Comme nous le soulignons dans l’introduction du rapport, les forces politiques de droite modérées sont écrasées par ces nouvelles concurrences qui les poussent à radicaliser leurs propositions, ce qui renforce la polarisation. Cela a commencé au Brésil dès 2018, lorsque Jair Bolsonaro a siphonné en quelques semaines l’électorat du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB. On l’a vu ensuite en Argentine avec le parti PRO de l’ancien président Macri, dépassé sur sa droite par Javier Milei aux élections de 2023 puis au scrutin législatif de 2025&amp;nbsp;; et au Chili avec la piètre performance de la candidate de droite Evelyn Matthei (UDI), qui n’est arrivée qu’en cinquième position au premier tour de la présidentielle de 2025 avec 12,5% des voix. Les scrutins prévus en 2026 dans des contextes déjà fortement polarisés (Colombie, Pérou, Brésil et même Costa Rica) devraient s’inscrire dans cette tendance. On voit d’ailleurs déjà des personnalités politiques se positionner, à l’instar de Rafael López-Aliaga (ancien maire de Lima) au Pérou, Abelardo de la Espriella en Colombie ou Flávio Bolsonaro (fils de Jair Bolsonaro) déjà pré-candidat annoncé au Brésil.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;En quoi les stratégies du Brésil et du Mexique face à Donald Trump diffèrent-elles&amp;nbsp;? Quels objectifs poursuit chacun de ces pays ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Le Brésil et le Mexique sont les deux Etats les plus peuplés au sud des Etats-Unis mais ils n’ont ni la même proximité ni la même dépendance à ce dernier pays. En tant que pays frontalier, le Mexique est beaucoup plus intégré au marché américain mais aussi plus vulnérable économiquement, les Etats-Unis absorbant 80% des exportations mexicaines. Il est aussi en première ligne face aux priorités et aux mesures prises par l’administration Trump, comme la lutte contre l’immigration illégale et le narcotrafic. Cette situation de proximité-dépendance explique la formule employée pour ouvrir l’introduction du LAPO («&amp;nbsp;si proche des Etats-Unis, si loin de Dieu&amp;nbsp;»). Du fait de son histoire, de sa tradition diplomatique et de la diversification de ses partenariats commerciaux, le Brésil semble moins sensible à l’influence états-unienne. Depuis le début des années 2000, le Brésil s’est peu à peu éloigné des Etats-Unis. Et cela fait maintenant quinze ans que la Chine a détrôné les Etats-Unis et que Pékin est le premier partenaire commercial du Brésil. L’effort du Brésil pour aboutir à la signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur s’inscrit dans cette démarche de diversification. Le Brésil a ainsi pu encaisser les surtaxes punitives temporairement imposées en 2025 par l’administration Trump sur de nombreux produits agricoles brésiliens (sucre, café, viande) en représailles aux poursuites judiciaires dont faisait l’objet l’ancien président Jair Bolsonaro – proche de Trump – pour tentative de coup d&apos;État.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;Sur la forme, chaque pays défend ses propres intérêts et chaque dirigeant affirme son style face à Trump. Dans les deux cas toutefois, on observe des stratégies de résistance douce, pondérée et rationnelle face aux assauts trumpistes. Brésil et Mexique privilégient les échanges diplomatiques aux surenchères verbales, tout en cherchant les compromis. Cette posture constitue un point d’équilibre entre les réactions épidermiques de certains dirigeants de la région (comme le président colombien Gustavo Petro) et l’alignement automatique d’autres (comme le président argentin Milei).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Entre essoufflement du Mercosur, tensions au sein de la CAN ou de l’Alliance du Pacifique et initiatives portées par le Brésil ou le Mexique, assiste-t-on à une fin de cycle du régionalisme latino-américain ou à sa mutation ?&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-right image_resized&quot; style=&quot;width:62.85%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_2650888451_33f791c558.jpg&quot; alt=&quot;&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Sans nul doute, le cycle très dynamique de la première décennie des années 2000, qui s’est prolongé jusqu’en 2015 avec l’élection de Mauricio Macri, est terminé, comme le note l’article sur l’ALBA. Depuis cette date, la fragmentation politique et les polarisations entre les pays ont eu raison de la dynamique du régionalisme latino-américain. Aujourd’hui, le dialogue est difficile entre Lula et Milei au sein du MERCOSUR tout comme entre le nicaraguayen Ortega avec les autres chefs d’Etat centraméricains au sein du SICA. Avec l’élection de José Antonio Kast au Chili, la collaboration dans le cadre de l’Alliance du Pacifique avec la présidente Claudia Sheinbaum s’annonce également complexe. Ces divisions ont fait s’évanouir la composante essentielle de ces organisations&amp;nbsp;: la volonté politique. Aussi, dans ces phases de dissensions politiques, elles demeurent des coquilles vides, relativement inopérantes. Relativement, car un certain nombre d’entre elles continue d’agir, avec le soutien de bailleurs internationaux ou l’appui d’une bureaucratie régionale. En effet, les interventions positives dans certaines séquences de crises ont donné des marges de manœuvre «&amp;nbsp;technocratiques&amp;nbsp;» à ces bureaucraties qui montrent finalement un visage hautement résilient.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;C’est bien là toute l’histoire du régionalisme latino-américain, faite de cycles, ou de «&amp;nbsp;vagues&amp;nbsp;» successives (pour reprendre la notion d’Olivier Dabène). Si nous sommes actuellement dans un moment de léthargie, les coopérations régionales se recomposent, néanmoins, de manière constante. &amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Si vous deviez retenir trois priorités à partir du bilan 2025 pour renforcer la capacité d’action et la légitimité démocratique en Amérique latine, lesquelles seraient-elles ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Les dirigeants des pays d’Amérique latine peinent à construire et entretenir leur légitimité. Le bilan peut être évalué à deux niveaux&amp;nbsp;: les conditions d’arrivée au pouvoir et les conditions d’exercice du pouvoir. En 2025, plusieurs pays étaient encore gouvernés par des dirigeants non élus ou mal élus (Venezuela, Cuba, Nicaragua, Pérou). D’autres bénéficiaient d’une légitimité électorale incontestable mais ne sont pas parvenus à répondre aux attentes de la population, en raison d’une crise de la représentation. C’est le cas du Chili et de la Colombie dont les gouvernements progressistes n’ont pas su reconstruire un lien de confiance avec les gouvernés. Dans la plupart des cas, les autorités ne parviennent pas à trouver des formules efficaces et respectueuses de droits humains face aux défis actuels (inégalités, violences, emprise croissante du crime organisé).&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;Tout n’est pourtant pas si sombre. Le cas du Brésil nous montre par exemple que l’on peut rebâtir une démocratie abîmée, après une tentative de coup d’Etat (orchestrée par Jair Bolsonaro et les actes antidémocratiques de janvier 2023). Globalement, le soutien populaire à la démocratie reprend quelque vigueur dans la région après une longue phase d’érosion.&amp;nbsp;Reconstruire durablement le socle de légitimité démocratique passe par des actions coordonnées et pensées sur le long terme&amp;nbsp;: investissements massifs dans l’éducation, renforcement des pouvoirs judiciaires, programmes de redistribution et de lutte contre la pauvreté, etc.&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;Si l’on devait identifier trois priorités politiques à plus court terme et sur la base des tendances observées en 2025, nous pourrions les décliner selon trois niveaux de pouvoir&amp;nbsp;: 1) au niveau régional, promouvoir le dialogue entre dirigeants de différentes orientations idéologiques et renforcer les coopérations régionales autour de certains défis communs (crime organisé, corruption, etc.) ; 2) au niveau national, engager des réformes pour pacifier la compétition électorale, lutter contre la désinformation et diminuer la polarisation affective&amp;nbsp;; 3) au niveau local, soutenir les innovations démocratiques et les nombreux réseaux de solidarité qui naissent au cœur de la société et qui sont encore peu valorisés.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Vous prenez la succession d’Olivier Dabène, qui a coordonné le LAPO durant quinze ans, et de David Recondo qui lui a succédé. Envisagez-vous de nouvelles collaborations&amp;nbsp;? Des changements dans la publication ?&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;C’est un vrai challenge de prendre la suite de nos collègues mais nous en sommes très heureux car il nous tenait à cœur de poursuivre l’héritage d’Olivier Dabène qui a créé le LAPO en 2008 et qui l’a dirigé pendant plus de quinze ans.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Pour cette première édition sous notre direction, l’esprit reste le même. Nous avons pris la décision de pas entreprendre de changement, essentiellement pour des raisons qui touchent au temps éditorial. Après cette première expérience et avec davantage d’anticipation, nous souhaiterions effectivement introduire quelques innovations, mineures, dans les prochains numéros.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;Par exemple, nous souhaiterions pouvoir introduire une nouvelle partie (en complément des parties «&amp;nbsp;actualité&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;l’Amérique latine dans l’histoire&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;l’Amérique latine aux urnes&amp;nbsp;» et du dossier thématique)&amp;nbsp;: une partie dédiée à un ou plusieurs entretiens menés avec des «&amp;nbsp;praticiens de l’Amérique latine&amp;nbsp;». Derrière ce terme de praticien se cache une conception très large qui permettra de mettre en relief une expérience professionnelle singulière dans un ou plusieurs Etats du continent. L’ambition de cette partie est de mettre en avant des aspects pratiques de la manière dont on peut travailler aujourd’hui en ou avec l’Amérique latine (secteur privé, coopération, diplomatie, académie, etc.) &amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;En ce qui concerne les partenariats, la réalisation du LAPO se fait depuis quelques années déjà en étroite collaboration avec les collègues de l’Équipe de recherche sur l&apos;inclusion et la gouvernance en Amérique latine (ERIGAL) à Montréal et de l’équipe AmericaS de l’université libre de Bruxelles. Nous allons bien sûr poursuivre ces échanges très stimulants.&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;Nous pensons également adapter notre gouvernance interne avec un conseil éditorial élargi à des collègues latino américanistes étrangers. Ces nouveaux membres seront mobilisés pour composer annuellement le sommaire du LAPO et recommander des auteurs émergents ou moins visibles dans le paysage francophone. L’objectif est d’élargir notre cercle de contributeurs potentiels et de bénéficier de l’expertise thématique ou expertise pays de nos collègues. Ces nouveaux partenariats permettront&lt;i&gt; in fine&lt;/i&gt; de diffuser toujours plus largement le LAPO dans l’espace académique francophone et non-francophone. &amp;nbsp;&lt;br&gt;Pour ce qui est du volet valorisation, nous continuerons à présenter le rapport dans plusieurs pays, dans différentes institutions et auprès de publics variés (étudiants, chercheurs, diplomates, entrepreneurs, etc.).&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;Propos recueillis par&lt;strong&gt; Corinne Deloy&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Pour lire l&apos;ouvrage &lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/publications/les-etudes-du-ceri/&quot;&gt;&lt;i&gt;Amérique latine. L&apos;année politique 2025&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (Les Etudes du CERI, n° 282-283)&amp;nbsp;&lt;br&gt;A lire également l&apos;entretien avec Romain Busnel, &lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/actualites/expulser-enfermer-dissuader-ce-que-revele-le-durcissement-migratoire-sous-trump&quot;&gt;&lt;i&gt;Expulser, enfermer, dissuader : ce que révèle le durcissement migratoire sous Trump&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Venezuela : dynamiques internes, rivalités internationales et impasses multilatérales]]></title><description><![CDATA[Entretien avec Kevin Parthenay et David Recondo]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/venezuela-dynamiques-internes-rivalites-internationales-et-impasses-multilaterales</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/venezuela-dynamiques-internes-rivalites-internationales-et-impasses-multilaterales</guid><pubDate>Fri, 16 Jan 2026 13:15:10 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/4df6b7db635a45c9bc67f34b203851fa/1b035/shutterstock_2496340403_d489ad01a6.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Entretien avec &lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/annuaire/parthenay-kevin/&quot;&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/annuaire/recondo-david/&quot;&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le 3 janvier 2026, l’intervention militaire états-unienne au Venezuela et l’arrestation extraterritoriale de Nicolás Maduro ont marqué un tournant géopolitique majeur, non seulement pour le Venezuela, mais pour l’ensemble de l’Amérique latine. Cette séquence, spectaculaire par sa forme, s’inscrit pourtant dans des dynamiques plus anciennes : durcissement autoritaire, fragmentation interne du pouvoir et recomposition des rapports de force internationaux dans l’hémisphère occidental.&lt;br&gt;Pour décrypter ces événements, nous avons interrogé Kevin Parthenay, professeur de science politique, spécialiste du multilatéralisme et des relations internationales en Amérique latine et co-président de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (&lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/opalc/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;OPALC&lt;/a&gt;), et David Recondo, politiste, chercheur au CERI et co-président de l’OPALC. Leurs travaux, menés au sein de l’Observatoire et du CERI, offrent un éclairage structurant sur les dynamiques internes du Venezuela, les rivalités internationales et les impasses actuelles du multilatéralisme régional.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Le régime vénézuélien, bien qu’autoritaire, n’est pas monolithique. Il est traversé par des rivalités internes entre factions chavistes, des tensions géopolitiques régionales et des pressions extérieures croissantes. Dans ce contexte, quelles marges de manœuvre subsistent pour les citoyens vénézuéliens ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt; : Les marges de manœuvre pour les citoyens vénézuéliens sont aujourd’hui quasi inexistantes. Le processus de transition est en grande partie offshore, c’est-à-dire négocié hors du Venezuela et très éloigné de la population. Les États-Unis, motivés par des intérêts pétroliers, sécuritaires et par une volonté de stabilité contrôlée, privilégient des solutions qui ne remettent pas en cause leurs intérêts stratégiques. L’opposition, profondément fragmentée, est incapable de s’unifier autour d’un projet crédible, laissant la population sans véritable solution politique alternative. Le régime lui-même est traversé par des divisions : entre les chavistes historiques, les cercles maduristes liés à l’appareil sécuritaire et militaire, et les figures comme Delcy Rodríguez, perçue aujourd’hui comme plus compatible avec certains intérêts des États-Unis. Ces rivalités relèvent davantage de luttes de pouvoir internes que d’une ouverture démocratique. La corruption endémique et la répression systématique rendent toute mobilisation citoyenne extrêmement difficile. Les Vénézuéliens ont eu à peine le temps de réagir à l’arrestation de Maduro quand les milices et les contrôles militaires étaient déjà en place, limitant toute expression publique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; : La société vénézuélienne est profondément fragmentée et polarisée. Une partie importante de la population, bien que durement touchée par la crise économique, sociale et migratoire, a trouvé dans le chavisme une forme de reconnaissance et de dignité citoyenne, notamment dans les premières années du régime. Cela complique la constitution d’un front commun, que ce soit contre le pouvoir en place ou contre l’intervention étrangère. En effet, après avoir majoritairement adhéré à Hugo Chávez, la société vénézuélienne s&apos;est divisée entre pro-chavistes et anti-chavistes. Nombreux sont les chavistes de la première heure qui ont considéré que l&apos;esprit de la Constitution de 1998 a été trahi par Maduro, de par la dérive autoritaire du régime, l&apos;échec des politiques de justice sociale, minées à la fois par le déclin de la production de pétrole (et du prix du baril) et la corruption du régime. Dans le même temps, l&apos;opposition ne parvient pas à créer un front commun qui susciterait l&apos;appui conjoint des chavistes déçus ou dissidents et des anti-chavistes de la première heure.&lt;br&gt;Les marges de manœuvre sont d’autant plus réduites que l’état d’urgence, le couvre-feu et la militarisation de l’espace public limitent toute expression collective. Le discours américain, lui, ne repose pas sur une justification démocratique ou morale mais sur une logique sécuritaire assumée : «&amp;nbsp;Ce sont des bandits, nous allons les cadrer.&amp;nbsp;» Le droit international a été clairement violé, comme en témoignent les modalités de l’arrestation de Maduro et les opérations militaires récentes, notamment les tirs sur des pêcheurs désarmés.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;La veille de l’intervention américaine, un émissaire chinois était présent à Caracas pour parler des investissements de Pékin dans le pétrole et les minerais. Cette présence soulève une question centrale : la Chine constitue-t-elle encore une solution alternative crédible à l’influence américaine au Venezuela ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt; : La Chine maintient une présence stratégique en Amérique latine mais, dans le contexte, discrète et prudente. Il est frappant de constater l’absence de prise de parole officielle de Pékin depuis le début de la crise. La stratégie chinoise repose sur le temps long, construite notamment durant les années où les États-Unis s’étaient partiellement désengagés de l’Amérique latine. Même si l’intervention américaine paraît aujourd’hui écrasante, certains États latino-américains pourraient continuer à se tourner vers la Chine afin de limiter leur dépendance vis-à-vis de Washington. Dès le premier mandat de Donald Trump, la présence chinoise en Amérique latine a été perçue comme une menace stratégique majeure. Nous assistons aujourd’hui à un affrontement classique entre grandes puissances sur un terrain tiers. Cela dit, au Venezuela, la corruption et les difficultés techniques liées à l’exploitation du pétrole extra-lourd ont fortement limité la rentabilité des investissements chinois. Dès 2016, Pékin a adopté une posture défensive, visant avant tout à préserver ses actifs plutôt qu’à s’opposer frontalement &amp;nbsp;aux États-Unis. La Chine a investi massivement dans les infrastructures, les routes, les ports, et même en équipant les forces de police en Équateur ou au Salvador. Mais au Venezuela, la corruption a rendu ces investissements peu rentables. Les Chinois ont dû adopter des politiques défensives pour ne pas perdre leurs actifs.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; : Il faut nuancer l’idée d’un basculement énergétique durable vers la Chine. Dans le secteur pétrolier, la dépendance structurelle du Venezuela envers les États-Unis n’a jamais réellement disparu, que ce soit en termes d’infrastructures, de raffinage ou de débouchés. Les investissements chinois ont été largement freinés dès 2016-2017, notamment à cause de la corruption, de l’inefficacité administrative et du coût très élevé de l’exploitation du pétrole vénézuélien. Aujourd’hui, Pékin adopte une posture essentiellement défensive : préserver ce qui peut l’être, sans s’exposer à une confrontation directe avec Washington. La géopolitique du pétrole et la proximité géographique avec les États-Unis rendent toute solution alternative durable particulièrement fragile. Les États-Unis ont maintenu leurs importations de pétrole vénézuélien malgré les tensions, car il s’agit d’une ressource stratégique pour leur sécurité énergétique.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;La crise vénézuélienne met en évidence l’impuissance apparente des mécanismes multilatéraux, de l’ONU aux organisations régionales latino-américaines. Pourquoi ces arènes peinent-elles autant à agir de manière crédible et coordonnée ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt; : Le Conseil de sécurité de l’ONU est structurellement bloqué par les rivalités entre grandes puissances, notamment entre les États-Unis, la Chine et la Russie. En Amérique latine, la fragmentation politique et idéologique entre gouvernements de droite et de gauche empêche toute position commune. Plusieurs réunions se sont tenues à New York, mais rien n’en est sorti. Quand bien même, compte tenu de la posture de Trump à l’encontre du multilatéralisme, les hypothétiques injonctions à ne pas intervenir unilatéralement n’auraient probablement pas été respectées (cela nous rappelle d’ailleurs l’intervention en Irak de George W. Bush en 2003). Les organisations régionales, qui fonctionnent le plus souvent sur la base de l’unanimité, sont, elles aussi, paralysées : un seul État peut bloquer toute initiative. À ce stade, la seule prise de position collective notable émane d’un groupe restreint d’États (Brésil, Mexique, Colombie, Uruguay, Chili et Espagne), qui ont dénoncé la violation du droit international par Washington, les actes unilatéraux et ont rappelé la nécessité d’une résolution pacifique de la situation. Tout cela s’explique par une polarisation idéologique très forte au sein des États latino-américains. Ainsi, le Brésil de Lula et l’Argentine de Milei ne parviennent pas à trouver une position commune. Demain, le dialogue entre le président chilien nouvellement élu José Antonio Kast et la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, dans le cadre de l’Alliance du Pacifique, sera tout aussi difficile.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; : La polarisation idéologique régionale rend toute coordination extrêmement difficile. Les divergences entre dirigeants, comme entre Lula et Milei, illustrent cette incapacité à produire une position commune. À cela s’ajoutent les calendriers électoraux nationaux et les stratégies de différenciation vis-à-vis des États-Unis. Dans ces conditions, les mécanismes régionaux ne pourront être réactivés qu’en cas de basculement politique majeur, ce qui semble peu probable à court terme. Les États-Unis ont d’ailleurs profité de cette fragmentation pour imposer leur agenda, en instrumentalisant les divisions régionales. Les organisations comme l’OEA ou la CELAC, qui auraient pu jouer un rôle, sont paralysées par ces clivages. Même les tentatives de médiation, comme celles du Qatar, n’ont pas abouti en raison de ces divisions internes.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Ces enjeux étaient au cœur de la conférence «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/evenements/l-amerique-latine-de-trump-la-doctrine-monroe-2-0/&quot;&gt;L’Amérique latine de Trump : la doctrine Monroe 2.0&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»&amp;nbsp;, organisée par l’OPALC. Selon vous, assiste-t-on réellement à un retour de la doctrine Monroe ou plutôt à la réactivation de logiques anciennes sous une forme plus brutale ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt; : Il s’agit moins d’un retour à la doctrine Monroe que d’une continuité avec le corollaire Roosevelt (1904) : «&amp;nbsp;L’Amérique aux Américains&amp;nbsp;», avec une dimension belliciste et répressive. L’intervention vise à sécuriser les ressources (pétrole, minerais) et à envoyer un message aux autres puissances (Chine, Europe) : l’hémisphère ouest est une zone d’influence exclusive des États-Unis. Ce qui change, c’est la radicalité de cette posture. Trump a explicitement déclaré que l’hémisphère ouest appartenait aux États-Unis et devait servir prioritairement leurs intérêts. C’est une doctrine qui va au-delà de la simple influence : c’est une affirmation de domination, avec une dimension sécuritaire et économique claire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; : La région des Caraïbes est un hub stratégique pour le trafic de drogue et les ressources énergétiques. Ce qui change, c’est le caractère assumé, presque décomplexé, de la posture. La justification n’est plus juridique ni réellement démocratique : elle repose sur un discours sécuritaire, associant corruption, narcotrafic et menace régionale. Pour le Venezuela, cela signifie une perte accrue de souveraineté et une inscription durable dans une logique de rapports de force. L’intervention américaine est aussi motivée par des considérations électorales internes. Trump cherche à sécuriser sa base avec une politique étrangère forte, notamment en sécurisant les ressources pétrolières. Les États-Unis ont également utilisé la crise vénézuélienne pour envoyer un message à la Chine : toute tentative d’expansion dans la région sera contrée. C’est une logique de «&amp;nbsp;grand jeu&amp;nbsp;» géopolitique, dans laquelle le Venezuela n’est qu’un pion.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Comment vos travaux récents (séminaires Últimos Jueves, analyses dans L’Amérique latine. L’année politique) éclairent-ils les événements actuels ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt; : Nos travaux du LAPO 2024 ont surtout mis en lumière le fait qu’avant l’agression militaire des États-Unis du 3 janvier 2026, le Venezuela traversait une crise domestique politique, sociale, économique et humanitaire. Nous sommes face à une histoire longue de l’effondrement d’un pays. Les travaux de l’OPALC, et en particulier du LAPO, ont contribué à documenter ce processus. Nous avons notamment couvert la question migratoire vénézuélienne, symptomatique de la décomposition du pays. Les flux migratoires vénézuéliens sont sans précédent dans l’histoire du continent et ils ont même dépassé les flux syriens. Près de 8 millions de personnes ont quitté le Venezuela depuis 2014. Elles ont fui vers la Colombie, le Pérou, l’Équateur, le Chili ou le Brésil, non sans générer des tensions dans les pays d’accueil.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; : Les séminaires Últimos Jueves ont montré que la crise vénézuélienne est à la fois interne (fragmentation du régime, crise migratoire) et externe (conflits frontaliers, intervention états-unienne). Ces dynamiques expliquent pourquoi une transition démocratique est si difficile. La légitimité relative du chavisme, malgré les crises, s’explique par un sentiment de dignité retrouvé chez une partie de la population.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Les secteurs les plus marginalisés de la société vénézuélienne, notamment dans les zones périurbaines des grandes villes, ont bénéficié de soutiens économiques et de services publics, grâce aux «&amp;nbsp;missions sociales&amp;nbsp;» promues par le gouvernement, qui leur ont donné accès aux soins médicaux, à l&apos;éducation (campagnes d&apos;alphabétisation, bourses pour les écoliers et les étudiants), à des produits de consommation courante subventionnés, etc. En outre, le dispositif institutionnel de participation, autour des «&amp;nbsp;conseils communaux&amp;nbsp;» des quartiers, a permis aux personnes qui, jusqu&apos;à la fin des années 1980, avaient toujours été invisibilisées et traitées comme des citoyens de seconde classe de s’exprimer. Cependant, la fragmentation du régime entre factions rivales et la répression limitent toute possibilité de mobilisation citoyenne ou de transition démocratique.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Nous avions également analysé le rôle des milices et des factions militaires dans le maintien du régime, ainsi que les négociations secrètes menées par des acteurs comme Delcy Rodríguez avec des pays tiers, comme le Qatar. Ces éléments montrent que le régime est en crise profonde mais qu’il dispose aussi de leviers pour se maintenir, notamment grâce à ses alliances internationales avec la Chine, la Russie et l’Iran.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;i&gt;Éléonore Longuève, CERI&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;strong&gt;Pour aller plus loin&lt;/strong&gt; : Les publications de l’OPALC et du CERI, notamment &lt;a href=&quot;http://chrome-extension://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/https://sciencespo.hal.science/hal-04982660v1/file/2024_zavarcevelasquez_amerique_latine_actualite_prospective_differend_territorial_sur_guayana_esequiba_etude_ceri_275-276.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;“Une vision prospective du différend territorial sur le Guayana Esequiba” (Carlos Zavarce Velásquez, LAPO 2024)&lt;/a&gt;, offrent des analyses prospectives sur ces enjeux.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Jeunesse, violence et marges urbaines : une recherche ethnographique à la croisée des villes et du pouvoir]]></title><description><![CDATA[Entretien avec Elena Butti]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/jeunesse-violence-et-marges-urbaines-une-recherche-ethnographique-a-la-croisee-des-villes-et-du-pouvoir</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/jeunesse-violence-et-marges-urbaines-une-recherche-ethnographique-a-la-croisee-des-villes-et-du-pouvoir</guid><pubDate>Tue, 06 Jan 2026 13:50:16 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/5a5694bbbb1add38f39dbe2025a8ae35/cdc67/Elena_butti_website_07938028a2.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Entretien avec &lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/annuaire/butti-elena/&quot;&gt;&lt;strong&gt;Elena Butti&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elena Butti a récemment rejoint le CERI en tant que chercheuse spécialisée en anthropologie urbaine et en études latino-américaines. S&apos;appuyant sur des recherches ethnographiques de long terme en Amérique latine, ses travaux portent sur la jeunesse, la violence, les économies illégales et “l&apos;informalité” urbaine. Combinant des perspectives politiques et socio-juridiques avec des méthodologies engagées et participatives, les recherches d&apos;Elena Butti explorent les expériences vécues par les personnes les plus touchées par la précarité structurelle. Dans cet entretien, elle évoque son parcours de recherche, ses projets actuels et ses approches méthodologiques et elle réfléchit à la manière dont ses travaux s&apos;inscrivent dans les priorités de recherche du CERI.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Vous venez de rejoindre le CERI. Pourriez-vous nous présenter brièvement votre parcours et les thèmes de vos recherches ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Je suis anthropologue urbaine et j’ai suivi des études de sciences politiques et socio-juridiques. Mes recherches portent sur la jeunesse, les économies illicites, la violence institutionnelle, le crime organisé et l’habitat informel en Amérique latine. J’ai obtenu mon doctorat à l’université d’Oxford (2019), où j’ai mené des recherches ethnographiques de longue durée auprès d’adolescents évoluant au bas de l’échelle de l’économie de la drogue en Colombie. Il s’agissait de ma première expérience de recherche en Amérique latine où je travaille depuis lors.&lt;br&gt;Après m’être engagée quelque temps dans le secteur humanitaire, j’ai intégré un poste de postdoctorante à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID), à Genève, où j’ai mené des &lt;a href=&quot;https://www.graduateinstitute.ch/centres/centre-conflict-development-peacebuilding/young-venezuelan-migrants-colombias-urban&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;recherches&lt;/a&gt; sur la crise migratoire vénézuélienne et sur les processus d’extractivisme urbain liés aux marchés informels du logement dans le plus grand quartier informel de Medellín.&lt;br&gt;Plus récemment, j’ai lancé un &lt;a href=&quot;https://www.graduateinstitute.ch/centres/centre-conflict-development-peacebuilding/juvenicide-understanding-and-measuring-lethal&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;nouveau projet de recherche comparative sur le « juvénicide »&lt;/a&gt;, qui réunit des chercheurs du Mexique, du Salvador, de Colombie, du Brésil et d’Argentine, afin d’examiner les schémas de violence meurtrière qui touchent des jeunes en milieu urbain ainsi que les pratiques de résistance qui émergent en réponse à cette violence.&lt;br&gt;Le fil conducteur de mes différents projets est mon intérêt pour les expériences vécues par ceux et celles que le capitalisme néolibéral considère comme des entités jetables et un engagement à documenter les initiatives locales qui remettent en question et qui transforment ces conditions de vie. En tant qu’anthropologue engagée, je m’efforce de mener des recherches fondées sur l’ethnographie et politiquement attentives, en collaborant avec les communautés et les collectifs avec lesquels je travaille.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Vous travaillez sur des sujets qui peuvent être considérés comme sensibles. Pourriez-vous nous dire quelques mots de votre méthodologie ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;L’ethnographie est une méthodologie immersive qui consiste à se rapprocher autant que possible des personnes, des lieux et des situations que l’on souhaite comprendre.&lt;br&gt;Lorsqu’on travaille sur des sujets ou dans des contextes sensibles, le principe méthodologique le plus important est, selon moi, de prendre le temps nécessaire. Plutôt que de s’appuyer sur une formation préalable ou sur des protocoles de sécurité décontextualisés, il est essentiel de prendre le temps de se familiariser avec un lieu, d’apprendre les règles locales en matière de sécurité et de risque et d’établir des relations de confiance pour mener une recherche sûre et éthique.&lt;br&gt;Un deuxième principe clé est de s’adapter aux sujets dont les gens souhaitent parler. La tâche de l’ethnographe n’est pas de révéler ce qui est caché mais de documenter la vie quotidienne. Dans les contextes que j’étudie, la violence et l’illégalité ne sont pas des événements exceptionnels mais ils font partie du quotidien. Elles émergent naturellement dans la conversation, sans qu’il soit nécessaire de les suggérer. Sur le plan méthodologique, cela exige de résister au sensationnalisme. Je rappelle souvent à mes étudiants - et à moi-même - que les idées les plus significatives ne proviennent pas nécessairement de l’exceptionnel ou de l’extrême mais d’une attention particulière portée au quotidien. Pour moi, la rigueur méthodologique réside dans la patience, l’attention et la nuance et non dans la recherche du risque ou la réalisation d’actes héroïques pendant le travail de terrain. En tant que femme menant des recherches sur la violence urbaine et les économies illégales, j’ai dû aborder différemment des chercheurs masculins les questions d’accès, d’éthique et de sécurité. Contrairement à ces derniers, je ne pouvais pas établir de relations en affichant une attitude de dureté ou de courage masculin.&lt;br&gt;En revanche, j’ai pu établir des relations de confiance, ce qui m’a permis d’accéder à des récits fragiles, intimes et émotionnellement transparents, qui ne seraient pas habituellement partagés lors d’une conversation entre hommes. Cela met en évidence les contributions distinctives que les chercheuses peuvent apporter au domaine des études sur la criminalité et la violence.&lt;br&gt;À Sciences Po, je serais ravie de réunir un réseau de chercheuses et chercheurs intéressés par l’exploration de l’intersection entre le genre, le travail de terrain dans des contextes sensibles et la précarité académique. Cela faciliterait la réflexion, le mentorat et le soutien entre pairs pour les chercheurs et chercheuses qui travaillent sur et dans des environnements difficiles.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Sur quoi porte votre recherche actuellement et comment s’inscrit-elle dans les recherches menées au sein du CERI ?&lt;/h3&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-left image_resized&quot; style=&quot;width:37.15%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/ebutti_d021bbb0e9_ef3a0f0fc3.webp&quot; alt=&quot;&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Mes travaux actuels s’articulent autour de trois axes de recherche interdépendants.&lt;br&gt;Premièrement, je continue à travailler sur l’implication des jeunes dans les économies illicites. Ma première monographie, qui s’appuie sur mes recherches doctorales et qui sera publiée par NYU Press en 2026, examine la participation des adolescents à l’économie de la drogue en Colombie, dans le cadre d’un processus plus large de précarisation du travail criminel aux niveaux les plus bas de l’échelle.&lt;br&gt;Deuxièmement, je m’intéresse au logement informel, aux migrations et à l’extractivisme urbain. J’examine les marchés informels de la terre et du logement, gérés par des criminels, dans les périphéries urbaines d’Amérique latine, qui constituent des frontières de la spéculation immobilière.&lt;br&gt;Troisièmement, je m’engage dans des réflexions théoriques et comparatives sur la notion de « juvénicide », qui vise à conceptualiser l’assassinat systématique de jeunes dans la région comme une forme spécifique d’homicide liée à la précarisation structurelle de leur vie. Ce projet implique une étude comparative empirique dans cinq villes - San Salvador, Ciudad Juárez, Quibdó, São Paulo et Córdoba - menée en étroite collaboration avec des chercheurs locaux et des collectifs.&lt;br&gt;Ces projets s’inscrivent dans le droit fil des thématiques de recherche du CERI sur les migrations, les villes et les territoires, l’économie mondiale, le capitalisme et l’extraction ainsi que sur la violence, la guerre et la paix. Je souhaite également contribuer aux activités de recherche et de documentation de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (OPALC) ainsi qu’à l’enseignement dispensé sur le campus de Poitiers et à l’École des affaires internationales de Paris. J’aimerais également établir des liens avec les travaux menés à l’École urbaine de Sciences Po.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Quels projets collectifs menez-vous au sein du CERI ou ailleurs ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Je suis la cofondatrice du Réseau de recherche sur le juvénicide et la résistance sociale (Research Network on Juvenicide and Social Resistance - JUVIR), qui réunit des chercheurs qui étudient les abus policiers, le vigilantisme, la répression violente des manifestations de jeunes et la violence liée aux gangs et à la drogue en Amérique latine. Le réseau analyse les schémas de violence à l’encontre des jeunes dans une perspective comparative.&lt;br&gt;Je suis également coresponsable du Réseau sur les marchés illégaux de la Society for the Advancement of Socio-Economics (SASE), qui vise à accorder davantage d’attention aux marchés illégaux dans la recherche socio-économique. Dans ce cadre, nous organisons une mini-conférence annuelle lors de la réunion annuelle de la SASE.&lt;br&gt;Jusqu’en 2025, j’ai coprésidé la Société suisse d’études latino-américaines (SSLAS) et je suis toujours membre active de la Latin American Studies Association (LASA), de la Society for Latin American Studies (SLAS) et de l’Association européenne des anthropologues sociaux (EASA).&lt;br&gt;Dans le cadre de mes nouvelles fonctions au CERI, je souhaite contribuer au renforcement du programme Amérique latine de Sciences Po, en m’appuyant sur l’excellent travail déjà réalisé par l’OPALC et en m’inspirant des autres programmes régionaux de l’École.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Vous avez réalisé plusieurs films avec des jeunes sur vos terrain. Pourriez-vous nous parler de ces créations ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;En tant qu’anthropologue visuelle, je suis profondément attachée aux méthodologies de recherche participatives et « non extractives ». C’est la raison pour laquelle tous mes projets intègrent la vidéo participative comme outil de coproduction de savoirs. En 2025, j’ai notamment réalisé &lt;a href=&quot;http://El Sueño de la Casa Propia&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;i&gt;El Sueño de la Casa Propia&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, un court métrage documentaire dans lequel je suis une jeune famille vénézuélienne qui construit sa maison dans un quartier informel de la périphérie urbaine de Medellín. En 2019, j’ai coproduit la série documentaire &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=RT57ZQ45Cs8&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;i&gt;Realidades Juveniles&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, conçue comme un outil de sensibilisation et d’éducation et qui a ensuite été utilisée par les jeunes militants eux-mêmes. Mon premier documentaire, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=HT_BqPT9E-U&amp;amp;t=4s&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;i&gt;Somos&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (2016), tourné pendant mes recherches doctorales, se concentre sur la perception qu’ont les jeunes de la paix en Colombie après la signature des accords de paix.&lt;br&gt;Selon moi, le cinéma participatif est un point d’entrée efficace pour travailler avec les jeunes, car il offre des occasions de connexion souvent plus accessibles et moins hiérarchiques que celles proposées par la recherche conventionnelle. Cependant, j’aborde cette méthode avec un recul critique : la représentation documentaire est toujours partielle, elle met en avant les récits les plus lisibles ou convaincants pour le public, au détriment des aspects plus sensibles ou tabous.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Vous avez travaillé dans le secteur humanitaire au sein d’organisations internationales. Pourriez-vous nous en parler ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Après avoir obtenu mon doctorat, j’ai effectivement travaillé pendant quelques années dans ce secteur, principalement à la conception de programmes de soutien aux jeunes dans les régions touchées par des conflits, en Amérique latine, en Afrique et au Moyen-Orient. Cette expérience m’a permis de mieux comprendre les défis auxquels les jeunes sont confrontés dans différents contextes et de me familiariser avec les complexités quotidiennes de l’action humanitaire en situation d’urgence. Elle a également mis en évidence pour moi le rôle particulier que peuvent jouer les chercheurs employant des méthodes qualitatives, pour combler le fossé entre les expériences locales et les logiques institutionnelles, grâce à leur capacité à écouter, à naviguer entre différents contextes et à dialoguer avec toutes les parties prenantes.&lt;br&gt;Toutefois, de telles collaborations exigent une réflexion continue sur des notions telles que le pouvoir, les inégalités et la décolonisation. La production de connaissances n’est jamais neutre et cet engagement nécessite d’être attentif aux asymétries en matière d’autorité, de discours, et de responsabilité, mais aussi d’être prêt ou prête à remettre en question les pratiques abusives, paternalistes ou hiérarchiques. J’ai hâte d’échanger sur ces expériences et réflexions avec les étudiants !&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Corinne Deloy&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Continuités politiques sur fond de stabilité économique. L’Amérique latine en 2024]]></title><description><![CDATA[Entretien avec David Recondo]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/continuites-politiques-sur-fond-de-stabilite-economique-l-amerique-latine-en-2024</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/continuites-politiques-sur-fond-de-stabilite-economique-l-amerique-latine-en-2024</guid><pubDate>Tue, 11 Feb 2025 13:07:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/22a3fb9704fdf414d9229eeb1eddbdd2/0d53b/LAPO_6751089bb8.png" length="0" type="image/png"/><content:encoded>&lt;p&gt;Entretien avec &lt;a href=&quot;/ceri/fr/annuaire/recondo-david/&quot;&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;,&amp;nbsp;chargé de recherche au CERI, qui a dirigé&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-04959317v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Amérique latine. L&apos;année politique 2024&lt;/a&gt;&amp;nbsp;(&lt;i&gt;Les Etudes du CERI&lt;/i&gt;, n° 276-277). Il revient sur les mouvements politiques qui ont traversé la région au cours de l&apos;année passée , la situation économique et la place de l&apos;Amérique latine dans le monde, notamment&amp;nbsp;après l&apos;élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Vous parlez dans l’introduction de l&apos;ouvrage de défis communs aux pays d’Amérique latine. Quels sont ces défis ? Et comment les différents Etats entendent ils les relever ?&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;Le&amp;nbsp;dérèglement climatique, la corruption et l&apos;insécurité, notamment liée à la criminalité organisée et plus précisément au trafic de drogue, sont les défis communs que doivent affronter les pays d&apos;Amérique latine. Ces phénomènes sont anciens dans la région. Ces phénomènes sont anciens dans la région.&lt;br&gt;Lorsqu’on pense à l&apos;Amérique latine, on a souvent en tête les cartels et les problèmes de violence. La corruption aussi, dénoncée souvent par de nombreux acteurs de la société civile. En revanche, le dérèglement climatique, qui est pourtant un problème très ancien, est moins mentionné.&amp;nbsp;&lt;br&gt;En 2024, tous les indicateurs sont au rouge, nous avons d’un côté des sécheresses très importantes et de l&apos;autre, à des saisons évidemment différentes, mais parfois dans les mêmes régions, des tempêtes, des ouragans et donc des phénomènes de dévastation, de catastrophes que l&apos;on appelle naturelles mais qui ont toutes une dimension sociale, économique et politique. Cela a été très fort en 2024, plus encore que dans les années précédentes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour ce qui est de la corruption, elle est, j&apos;insiste, un des éléments clés qui explique l&apos;inefficacité perçue par les citoyens des gouvernements à résoudre les problèmes, l&apos;inefficacité des politiques publiques, notamment pour assurer la croissance économique, pour réduire le chômage, améliorer les conditions de vie.&lt;br&gt;L’Amérique latine n&apos;a évidemment pas le monopole de la corruption, mais dans cette partie du monde, celle-ci est probablement l’un des éléments les plus centraux dans l’appréhension de la situation politique et économique par les citoyens.&amp;nbsp;&lt;br&gt;De même, le combat contre la corruption reste un étendard qui a permis à certaines forces politiques de gagner en légitimité et de remporter les élections.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je mentionnerai deux autres défis. D’une part, la question de la migration qui découle d&apos;une certaine façon des défis que j&apos;ai énoncés, puisque les gens qui émigrent, qui essayent de rejoindre les Etats-Unis en remontant via l&apos;Amérique centrale sont des gens qui souffrent à la fois d&apos;une situation économique difficile, qui se sont appauvris, mais aussi, et peut-être avant tout d&apos;ailleurs, des gens qui fuient la violence et l&apos;insécurité.&amp;nbsp;Le nombre de migrants a été plus important en 2024 que durant les années précédentes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_2274470163_94389c0684.jpg&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J&apos;ai parlé de l&apos;insécurité liée à la criminalité organisée ou encore de l&apos;insécurité liée au dérèglement climatique, mais bien sûr ces défis constituent aussi une question économique. La croissance a été pratiquement la même que celle de l&apos;année dernière, en Amérique latine, même s’il existe des différences très marquées entre les pays. Néanmoins, la croissance ne s&apos;est pas vraiment relevée. Nous ne sommes pas dans une réelle stagnation, mais la croissance est insuffisante dans la plupart des pays, à quelques exceptions près, pour&amp;nbsp; réduire le chômage et accroître le pouvoir d&apos;achat de la population.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Combat des cartels de la drogue, hausse des tarifs douaniers sur les importations, occupation militaire du canal de Panama si les tarifs de son accès ne sont pas ajustés à la baisse et expulsion immédiate des migrants irréguliers présents aux Etats Unis, que faut-il penser de l’agenda de Trump pour l’Amérique latine et en quoi celui-ci pourrait-il affecter les relations avec les pays de la région ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; : L&apos;élection de Trump, le 4 novembre 2024, marque un changement géopolitique important, car Trump a bien indiqué dans ses déclarations, et il a bien montré par les personnes qu’il a nommées dans son gouvernement, qu&apos;il plaçait l&apos;Amérique latine au centre de ses préoccupations. Ce qui constitue une nouveauté, car l&apos;Amérique latine a très longtemps été considérée comme une région secondaire, supplantée par le Proche-Orient, l’Asie, la Russie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On a pu constater que Trump a immédiatement pris des décisions importantes et fait des déclarations fracassantes. Augmentation des tarifs douaniers avec le Mexique, menace sur le canal de Panama, et inscription des cartels de narcotrafiquants mexicains&amp;nbsp; dans la liste des organisations terroristes. Cette dernière décision implique que Trump pourrait s’il le décidait intervenir directement sur le sol mexicain ou dans d’autres pays, pour neutraliser ces cartels.&lt;br&gt;Cette rhétorique guerrière a des conséquences politiques importantes. Nous pouvons noter le fait que la Chine est également visée par des décisions similaires. Pékin a inauguré avec la présidente péruvienne, à 60 km de Lima, un nouveau port dédié aux échanges commerciaux entre la Chine et l&apos;Amérique du Sud. Le pays a accru ses investissements directs en Amérique latine en 2024. Le commerce a également augmenté.&amp;nbsp;La présence chinoise en Amérique latine est devenue, plus que dans le passé, une menace directe pour l&apos;économie états-unienne. L&apos;Amérique latine devient un terrain de conflit entre Washington et Pékin, en pleine guerre commerciale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Trump accuse le Mexique d&apos;être une sorte de cheval de Troie pour les produits chinois qui entrent sur le marché états-unien. Selon le président des États-Unis, une grande partie des produits exportés par le Mexique sont d’origine chinoise ou fabriqués avec des pièces importées venues de Chine. Leur exportation vers les États-Unis bénéficie de tarifs douaniers préférentiels que le T-MEC (accord de libre-échange entre le Mexique, les États-Unis et le Canada).&amp;nbsp;Les importations en provenance du Mexique (tout comme celles qui viennent du Canada) sont exonérées de taxes douanières, dans le cadre de l’accord de libre-échange en vigueur entre les trois pays d’Amérique du Nord.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Néanmoins, on constate que Trump a une stratégie bien particulière qui est de taper très fort sur la table, de faire des déclarations outrancières, de menacer de mettre en œuvre des actions très radicales ; en réalité, il s’agit d’un chantage ou d’une tactique de négociation. Il affirme son autorité pour pousser les négociations dans le sens qui lui semble le plus confirme aux intérêts des États-Unis. Donc, il faut éviter de dramatiser et prendre ses menaces comme ce qu&apos;elles sont, c&apos;est-à-dire une façon de peser dans des négociations.&lt;br&gt;Le cas des tarifs douaniers avec le Mexique est le parfait exemple, puisqu&apos;après avoir signé les décrets correspondants, quelques heures avant la date prévue pour l’imposition des nouveaux tarifs, le président américain a déclaré que la mesure était ajournée et qu&apos;il allait négocier avec le gouvernement mexicain et celui du Canada.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous allons devoir faire avec cette dynamique. Dans un scénario un peu optimiste, nous pouvons nous attendre à ce que les choses se calment un peu, à partir du moment où des canaux de négociation existent, canaux qui permettront aux négociations de se développer dans de bonnes conditions. Fin 2024, Trump a voulu affirmer son autorité en multipliant les menaces, mais celles-ci tiennent du&amp;nbsp; bluff. Comme au poker, il s’agit d’infléchir les négociations à l’avantage des États-Unis. Ainsi, à propos des tarifs douaniers avec ses voisins d’Amérique du Nord, comme pour le canal du Panama, le plus probable est que les parties parviennent à un accord qui permettra d’éviter la mise en œuvre de mesures radicales (augmentation excessive des tarifs douanier, occupation militaire du canal de Panama).&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_2480582353_5f9ef838d1.jpg&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Sept pays d’Amérique latine ont organisé des élections en 2024. Contrairement à l’année précédente, marquée par un « dégagisme », les résultats de 2024 révèlent un continent apaisé, entre alternances et réélections. Ces scrutins ont permis de rompre avec les gouvernements minoritaires tout comme avec l’élection d’outsiders et ils marquent ainsi une véritable rupture avec les dix dernières années. Peut-on parler d’un apaisement politique ?&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; : Effectivement, les élections qui ont eu lieu dans sept pays d&apos;Amérique latine en 2024 ont été différentes de ce que nous avions observé les années précédentes.&lt;br&gt;Le dégagisme, très important en 2023, a laissé place à une situation un peu plus équilibrée. D&apos;une part, plusieurs gouvernements ont été reconduits au Salvador, en République dominicaine et au Mexique. Par ailleurs, certains scrutins ont débouché sur une alternance au profit de forces politiques qui avaient déjà gouverné dans le passé, au Panama et en Uruguay.&lt;br&gt;C&apos;est-à-dire que nous n’avons pas vu apparaître de nouvelles forces politiques ou des outsiders comme cela avait été le cas l&apos;année précédente.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Phénomène récurrent en Amérique Latine, les outsiders ont cédé la place en 2024 à des forces politiques plutôt bien établies et qui se positionnent en opposition aux gouvernants sortants, qui ont fait l’objet d’un vote sanction de la part de l&apos;électorat. On a pu observer cette situation au Panama et en Uruguay, où le Frente Amplio, positionné à gauche a succédé à un gouvernement de centre droit.&lt;br&gt;Au Salvador, le président sortant, Nayib Bukele a remporté près de 85% des suffrages, soit un véritable plébiscite. Il est devenu une sorte de référence pour d&apos;autres chefs d&apos;État et pour d&apos;autres candidats dans la région car il est parvenu à juguler les bandes criminelles en réalisant des arrestations massives sans égard pour les procédures légales et le droits fondamentaux de la personne comme la présomption d’innocence et le droit à disposer de l’assistance d’un avocat.&amp;nbsp;Bukele dispose d’un fort soutien de l’opinion publique au-delà des frontières de son pays, tant la sécurité constitue la priorité des électeurs et plus largement la population de la région latino-américaine. Pour la sécurité, les citoyens sont prêts à mettre entre parenthèses un certain nombre de droites et de libertés.&amp;nbsp;Ainsi, le Salvador connaît une stabilité politique mais celle-ci est accompagnée d’une détérioration de l’État de droit, condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; de la démocratie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais il faut bien sûr évoquer le cas spécial du Venezuela qui prouve qu&apos;il existe toujours des risques de détérioration de l&apos;ordre démocratique en Amérique latine. Le président vénézuélien sortant Nicolas Maduro a affirmé avoir remporté l’élection présidentielle sans présenter aucun procès-verbal, sans apporter aucune preuve de ce résultat. De son côté, l&apos;opposition a affirmé que son candidat Humberto González était le véritable vainqueur du scrutin, s’appuyant pour l’affirmer sur 80% des procès-verbaux de l’élection.&lt;br&gt;Nicolas Maduro a refusé de céder face aux propositions de médiation de l&apos;Organisation des États américains et face aux propositions d&apos;arbitrage et d&apos;aide à la médiation qu&apos;avaient fait le Brésil, la Colombie et le Mexique.&lt;br&gt;Retranché dans son pays, il a décidé de ne pas répondre favorablement aux demandes de la communauté internationale et de certains des pays voisins, de permettre de faire une sorte d&apos;audit, de vérifier les résultats de cette élection, de faire une vérification de transparente sous la surveillance d&apos;un organisme tiers.&lt;br&gt;Le pouvoir du président vénézuélien n&apos;est pas reconnu par une grande partie des acteurs internationaux. Un groupe de pays, dont ceux de l&apos;Union européenne ne se prononcent pas et demandent à réaliser cet audit avant d&apos;établir clairement qui a remporté l’élection présidentielle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_2496169323_da6db7f4bd.jpg&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La situation est bloquée et elle s’accompagne de fortes répressions des manifestants contre le pouvoir en place, des opposants, dont certains ont dû s&apos;exiler. Bien entendu, ces difficultés et ces dénis de démocratie entraînent également une augmentation du nombre des candidats vénézuéliens à la migration vers les pays voisins, et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; vers les Etats-Unis.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2024, la situation politique latino-américaine est donc hétérogène. D’un côté, les élections ont permis la reconduction de gouvernements qui ont fait preuve d’efficacité en matière de sécurité et de croissance économique (Salvador, République dominicaine) ou bien en matière de réduction de la pauvreté et de stabilité économique (Mexique). Dans d’autres pays (Panama, Uruguay), l’alternance s’est produite sans accroc.&lt;br&gt;D’un autre côté, les résultats électoraux ont été controversés et le régime en place réprime ses opposants (Venezuela) ou bien l’exercice du pouvoir s’est fait au détriment de l’État de droit (Salvador). De ce point de vue, l’Amérique latine n’est pas une exception car dans de nombreux endroits du monde, l’ordre démocratique est soumis à de fortes pressions qui relèvent essentiellement des aléas de l’économie globale (intensification du trafic de stupéfiants, guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Corinne Deloy&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Pour lire l&apos;ouvrage en français :&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-04959317v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Amérique latine. L&apos;année politique 2024&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;i&gt;(Les Etudes du CERI&lt;/i&gt;, n° 276-277)&lt;br&gt;Pour lire l&apos;ouvrage en espagnol :&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-05043717v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Amérique latine. L&apos;année politique 2024&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;i&gt;(Les Etudes du CERI&lt;/i&gt;, n° 276-277)&lt;br&gt;&lt;br&gt;Photo de couverture : Couverture de &lt;i&gt;Amérique latine. L&apos;année politique 2024&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;Photo 1:&amp;nbsp;Juárez, Mexique (décembre 2023) : Des centaines de migrants ont protesté sur le pont international dans l&apos;espoir d&apos;être accueillis pour demander l&apos;asile.&amp;nbsp;Crédit David Peinado Romero pour Shutterstock.&lt;br&gt;Photo 2 : Canal de Panama. Crédit Jose Mario Espinoza pour Shutterstock.&lt;br&gt;Photo 3 : Caracas, Venezuela (30 juillet 2024) : Les dirigeants de l&apos;opposition Maria Corina Machado et Edmundo Gonzales Urrutia saluent des milliers de Vénézuéliens dans les rues.&amp;nbsp;Crédit&amp;nbsp;Jonathan Mishkin&amp;nbsp;pour Shutterstock.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Les voix dispersées de l’Amérique latine face aux attaques du 7 octobre.]]></title><description><![CDATA[Entretien avec Kevin Parthenay]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/les-voix-dispersees-de-l-amerique-latine-face-aux-attaques-du-7-octobre</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/les-voix-dispersees-de-l-amerique-latine-face-aux-attaques-du-7-octobre</guid><pubDate>Sat, 20 Apr 2024 15:27:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/f5fb9665df8cf58717044d160903c330/1b035/shutterstock_2390335999_c3dd9894ff.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Entretien avec &lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/annuaire/parthenay-kevin/&quot;&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Les Etats d’Amérique latine sont traditionnellement considérés comme appartenant à ce que l’on appelle aujourd’hui le « Sud global » dont le Président du Brésil, Lula, affiche la volonté d’être le porte-parole. Nombreux étaient donc les personnes qui s’attendaient de leur part à une condamnation unanime des réactions d’Israël aux attaques du 7 octobre. Cependant, de nombreux Etats du continent ont soutenu Israël. Comment expliquer cet apparent paradoxe et comment expliquer que les institutions régionales du continent n’aient pas pris ouvertement position dans un sens ou dans un autre ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay &lt;/strong&gt;: Face aux attaques du Hamas puis face à la réaction d&apos;Israël, on observe une grande hétérogénéité des positions des Etats d’Amérique latine. Les différences de positionnement s’expliquent par la diversité des intérêts, ce qui vient tordre le cou à l’idée reçue d&apos;un positionnement commun latino-américain et plus largement du Sud global. On avait déjà pu constater cette diversité des opinions latino-américaines à la suite de l&apos;&lt;a href=&quot;https://laviedesidees.fr/L-Amerique-latine-face-a-la-guerre-russo-ukrainienne%20&quot;&gt;invasion russe en Ukraine&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certains pays ont condamné les actes terroristes perpétrés le 7 octobre et soutenu explicitement Israël, d&apos;autres ont fustigé les actions menées de longue date par Israël contre la Palestine et accordé leur plein soutien au Hamas. Ces derniers sont les États les plus radicaux à l’instar du Venezuela, du Nicaragua, de la Bolivie ou de Cuba. Face à ces événements, les deux premiers pays ont explicitement affiché leur soutien à la cause palestinienne sans condamnation des actes du Hamas. A l’inverse, le Venezuela et le Nicaragua ont accusé Israël d’avoir favorisé la situation présente.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les pays qui condamnent les attaques du 7 octobre et soutiennent de façon explicite Israël sont le Paraguay, l&apos;Uruguay, l&apos;Argentine, le Costa Rica, le Honduras, le Guatemala, le Panama. D’autres ont condamné les attaques du 7 octobre, dénoncé la gravité de la situation humanitaire à Gaza et appelé à la création de deux Etats : le Brésil, le Mexique, la Colombie, l&apos;Équateur et le Pérou. Les deux premiers Etats (Brésil et Mexique) ont une tradition diplomatique qui les fait se positionner de manière intermédiaire entre les deux camps. C’est une posture diplomatique qui est plus largement développée à l’échelle internationale car ils ont pour tradition de promouvoir le droit international et de faire du dialogue multilatéral une priorité. A ce titre, le Brésil et le Mexique condamnent les attaques qui ont violé les principes fondateurs du droit international et rappellent que la solution des deux États est la seule garantie de pacification et de dialogue à l&apos;échelle multilatérale. D’autres pays ont des positionnements plus hybrides, comme le Chili qui a condamné les attaques du Hamas et critiqué dans le même temps les actions menées par Israël, ce qui s&apos;explique largement par le fait que le pays abrite la plus grande communauté palestinienne d&apos;Amérique latine.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Comment on peut expliquer le silence des institutions régionales du continent vis-à-vis des événements du 7 octobre ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay &lt;/strong&gt;: Ce silence découle essentiellement de la déliquescence depuis plusieurs années, presque une décennie, des organisations régionales en Amérique latine. Cette déliquescence est liée à une fragilisation institutionnelle et politique, à une délégitimation, qui vient d&apos;une profonde fragmentation politique et idéologique entre les pays qui composent ces organisations régionales. Par ailleurs, comme la totalité de ces organisations ne fonctionnent qu’à travers la règle du consensus, cette fragmentation politique et idéologique empêche toute déclaration commune.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L&apos;Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), organisation dans laquelle la convergence idéologique rend possible la rédaction d&apos;un texte commun, est par conséquent la seule qui s&apos;est positionnée dans ce conflit, pas forcément en adoptant des postures de condamnation, de soutien, mais en alertant sur les dangers d&apos;une escalade de la violence. L&apos;ALBA est une organisation régionale composée des Etats dits de « gauche radicale » ou « néo-bolivariens » : le Venezuela, Cuba, la Bolivie, le Nicaragua et plusieurs Etats insulaires de la Caraïbe (République dominicaine, Saint-Vincent-et-Grenadines, Antigua-et-Barbuda).&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Le positionnement politique (gouvernement conservateur vs gouvernement libéral) peut-il expliquer celui des Etats face aux attaques du 7 octobre puis face à la réaction israélienne ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt; : Je répondrai par la négative ou,&lt;i&gt; a minima,&lt;/i&gt; en disant que l’explication des positionnements est plus complexe. Nous avons d’un côté des gouvernements, plutôt positionnés à gauche, et de l’autre, plutôt positionnés à droite, conservateurs et libéraux, au sens économique du terme. Mais le positionnement politique n&apos;explique pas entièrement les positions diplomatiques de chacun.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J&apos;en veux pour preuve deux exemples, l&apos;Argentine et le Chili. Au moment des attaques était un gouvernement de gauche était au pouvoir en Argentine, avec la présidence d’Alberto Fernandez. Au Chili, nous avons Gabriel Boric, également un Président positionné à gauche. Ces deux gauches se ressemblent ; elles sont toutes deux plutôt modérées et pragmatiques. Mais alors que l&apos;Argentine a condamné explicitement les attaques, le Chili a adopté une position plus ambiguë concernant la condamnation du Hamas et le pays a pris fait et cause pour les Palestiniens. Cette différence s&apos;explique essentiellement par la présence des diasporas présentes dans chacun de ces deux pays, juive pour l’Argentine (ajouté à l’épisode traumatique de l&apos;attentat de l’AMIA en 1994&lt;fn data-id=&quot;1756202655411-360&quot;&gt;Le 18 juillet 1994 à Buenos Aires, une attaque à la voiture piégée visant un bâtiment abritant plusieurs associations juives, dont l&apos;Association mutuelle israélite argentine (AMIA), a fait 85 morts et 230 blessés. Cet attentat, le plus meurtrier de l&apos;histoire du pays, n&apos;a jamais été revendiqué.&lt;/fn&gt;&amp;nbsp;à Buenos Aires ), palestinienne pour le Chili (la diaspora palestinienne la plus importante au monde en dehors du Moyen-Orient).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le positionnement s’explique par conséquent aussi, et surtout, par des facteurs internes autres que le seul positionnement gouvernemental sur le spectre politique droite/gauche. Parmi ces facteurs, on mentionnera les traditions ou trajectoires diplomatiques nationales. J’évoquais les attentats de 1994 en Argentine mais l’Équateur est aussi un cas intéressant dans la mesure où les deux gouvernements de droite conservatrice (Lasso et Noboa) ont affiché une continuité du soutien à l’idée des deux Etats, dans le respect du droit international et des principes d’autodétermination des peuples et de solidarité dans la ligne historique des positions diplomatique du pays, celui-ci ayant été un des premiers de la région à soutenir la résolution de 1967.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Diriez-vous que la position d’un pays sur le conflit et, de façon plus large, la stratégie qu&apos;il adopte sur la scène internationale, est liée à son rapport de dépendance aux Etats-Unis ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt; : Là encore, je répondrai par la négative. Aujourd’hui, une grande majorité d’États latino-américains, quels que soient d&apos;ailleurs leurs positionnement politique ou leur proximité avec la Chine, les États-Unis, ou même la Russie, partagent une ambition commune vis-à-vis du système international qui est de refuser tout alignement systématique et d’investir dans des stratégies de non-alignement ou de multi-alignement. Certains intellectuels latino-américains ont utilisé le concept de « non-alignement actif » (Fortin, Heine, Ominami) pour illustrer ce refus de dépendre d’une seule grande puissance et d’essayer, par la diversification des alliances, de tirer le meilleur profit de la coopération avec les acteurs majeurs du système international que sont aujourd’hui la Chine, les États-Unis, l’Inde et, dans une moindre mesure après l’invasion en Ukraine, la Russie. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un contexte de profonde reconfiguration internationale, qui donne plus de place et/ou de visibilité aux Etats du Sud, et dans un moment de l&apos;histoire latino-américaine où les Etats visent à renforcer leur autonomie internationale. Pour ces raisons, je dirais que la proximité avec Washington, sans nécessairement parler de « dépendance », n’a pas joué autant qu’elle l’aurait fait par le passé.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;S’il n’existe pas de réaction commune aux Etats latino-américains, qu’en est-il des populations ? A-t-on assisté à des manifestations de soutien à Israël ? aux palestiniens ? De quelle ampleur ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt; : Bien sûr, il y a eu de nombreuses manifestations dans de beaucoup de pays latino-américains. On peut notamment citer la Colombie, le Venezuela, le Pérou ou encore le Mexique. Dans ces manifestations, on a pu entendre de manière diverse des demandes d’arrêt des bombardements indiscriminés sur Gaza par Israël, des attaques contre les humanitaires, les hôpitaux, etc. D’autres manifestations ont été organisées exclusivement pour manifester un soutien à la cause palestinienne. Ces manifestations ont en réalité été aussi diverses dans leur contenus et leurs messages que le sont les sociétés latino-américaines elles-mêmes.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Le rapport à son histoire de chacun des pays du continent latino-américain, leur intégration croissante au sein des BRICS, leur volonté de peser dans le Sud global vont-ils conduire les Etats latino-américains à s’imposer plus avant sur la scène internationale ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kevin Parthenay&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;&amp;nbsp;Je répondrai à cette question en deux temps, d’abord la volonté de peser et, ensuite, les BRICS.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Tout d’abord, dans la période contemporaine, nous identifions assez nettement la volonté de nombreux États de la région de jouer un rôle plus important sur le plan international. Le contexte international actuel n’est plus celui de la neutralisation d’une grande puissance par une autre ni celui de l’hégémonie de la puissance étatsunienne. Le contexte international est en pleine reconfiguration et les Etats latino-américains essayent d’y jouer leur carte, de contribuer activement à façonner un ordre global que l’on dit émergent. Cela passe par une participation active à l&apos;élaboration des normes dans différents secteurs, l&apos;environnement, la santé, la sécurité mais aussi le spatial ou la cybercriminalité. Il existe de nombreux secteurs dans lesquels les Etats ont un rôle à jouer à travers des rapports de force moins hiérarchisés. Donc en premier lieu, il s’agit pour les Etats latino-américains de créer une rupture avec le passé qui, à de nombreux égards, a été synonyme de dépendance vis-à-vis de puissances étrangères et de mise à la périphérie du système international.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Deuxième point, dans ce contexte, les Etats d’Amérique latine affichent la volonté de se poser en intermédiaires. On le voit fréquemment dans les discussions peu visibles (car plus techniques) au sein des arènes multilatérales. Bien souvent, l&apos;Amérique latine essayer de jouer un rôle de conciliation entre les camps qui sont opposés. C&apos;est assez fréquent par exemple de voir le Brésil ou le Mexique, chercher des points de réconciliation dans des négociations multilatérales bloquées. Cela fait pleinement partie de l&apos;ADN diplomatique de l&apos;Amérique latine, se faire &lt;i&gt;bridge builder&lt;/i&gt;, facilitateur. Récemment, on l’a observé sur les questions liées à la protection de la biodiversité maritime ou la promotion de la santé globale dans le contexte post pandémie de Covid-19. Par conséquent, dans un contexte international marqué par la recrudescence des antagonismes et des rivalités et face aux risques de rupture du dialogue, l&apos;Amérique latine peut occuper cette position d’intermédiation. C’est dans ce sens, à mon avis, qu’elle peut être amenée à jouer un rôle croissant sur la scène internationale.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A partir de là, est-ce que l’Amérique latine pourrait étendre sa participation dans les BRICS et son influence par ce biais ? Oui et non. Oui car de manière très concrète, un nouvel Etat pourrait bientôt intégrer cette structure. Une première proposition avait été adressée à l’Argentine, acceptée par l’ex-Président Alberto Fernandez, puis rejetée par l’actuel Président Javier Milei (en raison essentiellement de la présence de la Chine dans le groupe). De récentes avancées laissent entendre que le Mexique pourrait rejoindre le groupe. Il y aurait ainsi deux États latino-américains qui pèsent dans les arènes multilatérales. Cette participation restera cependant limitée à deux Etats et pour le moment l’agenda n’est pas à un nouvel élargissement du groupe.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notons quand même, que la capacité d’influence globale des Etats latino-américains dépasse largement cette question des BRICS. Aujourd’hui, elle se joue autant dans les groupes multilatéraux historiques, tels que le G77/Chine, le G20, ou bien encore via la grande diversité des coalitions &lt;i&gt;ad hoc &lt;/i&gt;construites au gré d’enjeux sectoriels (énergie, santé, climat, etc.).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Corinne Deloy&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Photo de couverture :&amp;nbsp;Mexico, 19 novembre 2023 11 19 2023 : Manifestation pro-palestinienne contre les meurtres à Gaza. © Vaclav Lang pour Shutterstock.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Amérique latine en 2023 : gouvernants à la peine et victoire de candidats de rupture, sur fond de violence et de saignée migratoire]]></title><description><![CDATA[Entretien avec David Recondo]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/gouvernants-la-peine-victoire-de-candidats-de-rupture-et-forte-poussee-de-l-emigration-l-ame</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/gouvernants-la-peine-victoire-de-candidats-de-rupture-et-forte-poussee-de-l-emigration-l-ame</guid><pubDate>Thu, 01 Feb 2024 16:30:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/bea9696d204b0559fbce7b0f91ea082a/b96c4/lapo2024_94af2442a2.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Entretien avec &lt;a href=&quot;/ceri/fr/annuaire/recondo-david/&quot;&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;De nombreuses manifestations ont été organisées tout au long de l’année passée en Amérique latine contre les pouvoirs en place. Qu’avaient ces mécontentements en commun et que nous disent-ils de l’état de la scène politique dans les différents Etats où ils ont eu lieu ?&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; : Il existe des différences mais aussi un certain nombre de points communs à ces pays, par exemple les inégalités socio-économiques des sociétés. Je préfère parler d’inégalités plutôt que de pauvreté. Il s’agit de secteurs économiques qui jusque-là allaient plutôt bien et qui se retrouvent dans une situation difficile, avec des perspectives sombres. Certaines régions ont également été marginalisées depuis des années. Je citerai par exemple le sud du Pérou, qui a été le lieu de nombreuses mobilisations.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous avons aussi des manifestations contre la corruption des gouvernants. Un fort mécontentement s’exprime contre les élites gouvernantes, contre les classes dirigeantes considérées comme étant corrompues et inefficaces.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_2107415459_f0306ef4ce.jpg&quot;&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Enfin, les populations des pays d’Amérique latine se mobilisent également pour protester contre l&apos;insécurité. L’augmentation du niveau d&apos;insécurité (de la criminalité, de la présence de bandes organisées et des mafias, du trafic de drogue, etc.) se retrouve dans tous les pays d&apos;Amérique latine, à des degrés variés mais néanmoins partout très élevés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des mobilisations plus ponctuelles ont eu lieu autour de la question des élections, du respect du résultat des urnes ou encore des droits fondamentaux. On l’a observé notamment au Guatemala, où il y a eu d’importantes mobilisations lorsque l’élection de Bernardo Arévalo à la présidentielle a été remise en cause par le ministère public et la procureure générale. Les organisations indigènes et les habitants des villes du pays se sont mobilisés contre cette décision.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le Salvador mais aussi le Paraguay, le Honduras et récemment l&apos;Équateur ont mis en place des politiques sécuritaires, parfois aux dépens de la démocratie et des droits humains. Cela peut paraître effrayant mais certains signaux permettent de garder espoir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La demande d’autorité, voire d’autoritarisme, que recensent les enquêtes d’opinion est inquiétante. A la question quel est pour vous le meilleur régime politique ? Quel régime peut apporter les meilleures réponses aux problèmes de la société?, on constate que la démocratie est en perte de vitesse, notamment sur les questions de sécurité. Cependant, dans le même temps, les taux de participation aux élections restent très élevés partout en Amérique latine, ils progressent même dans certains pays. Par ailleurs, comme nous l’avons évoqué, les populations se mobilisent contre leurs gouvernants lorsqu’ils considèrent que ceux-ci ne respectent pas leurs droits ou qu’ils sont inefficaces.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nayib Bukele, le président du Salvador, est devenu une référence pour certains chefs d&apos;État et pour l&apos;opinion publique. Il est l’homme qui a réussi à réduire significativement l&apos;influence des bandes organisées, des gangs. Même si cela se fait au détriment des droits fondamentaux, de nombreuses personnes approuvent son autoritarisme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous sommes dans cette tension permanente : à quoi sert la démocratie si elle n&apos;est pas capable d&apos;assurer le minimum vital, c&apos;est-à-dire la sécurité de la population contre les gangs mais aussi la sécurité alimentaire, la sécurité de l&apos;emploi, la sécurité sociale ? L&apos;Amérique latine se trouve peut-être à un carrefour. Le sous-continent a connu une grande période de stabilité, sans interruption de l&apos;ordre constitutionnel, ce qui est exceptionnel. La plupart des pays d’Amérique latine sont passés à la démocratie à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Pour d&apos;autres, comme le Mexique, les choses ont été plus progressives, mais ça s&apos;est joué au cours des années 1990. Aujourd’hui, nous pouvons craindre un retour au régime autoritaire. Cependant, je pense que les démocraties, en Amérique latine, font face aux mêmes questionnements qu’ailleurs, y compris en Europe.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Les pouvoirs sortants ont été sanctionnés dans la grande majorité des scrutins organisés en 2023 (Argentine, Colombie, Guatemala, etc.). Ceux-ci ont également été remportés par des personnalités nouvelles venues en politique (Javier Milei en Argentine, Bernardo Arévalo au Guatemala, Daniel Noboa en Equateur). Que faut-il en penser ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;Les outsiders existaient déjà au début des années 1990.Au Brésil, en Argentine et au Pérou, notamment, des présidents aux discours populistes mettaient en oeuvre, des politiques néolibérales. Face à l’hyperinflation, il était nécessaire de réaliser des ajustements structurels, il fallait s&apos;aligner sur les recommandations de Washington, du FMI, de la Banque mondiale. La situation économique actuelle n’est pas si éloignée de celle de cette époque.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans les années 1980, nous avions des hommes politiques, et je pense à Fujimori au Pérou, qui ne faisaient pas partie de la classe politique et qui se sont imposés sur le discours suivant : nous sommes différents et nous allons mettre en place des solutions que les autres n&apos;ont pas osé essayer ou n&apos;ont pas su trouver.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut relativiser la nouveauté de l&apos;outsider. Celui-ci se positionne ainsi : je n’appartiens pas à la classe politique qui vous dirige depuis des années, je n’ai aucune responsabilité dans ce qu’il s’est passé, ce qui me donne une plus-value de légitimité. Cette position est, finalement, devenue traditionnelle dans la vie politique démocratique latino-américaine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les outsiders peuvent néanmoins avoir des profils différents de ceux du passé. Ainsi, Javier Milei en Argentine se définit comme &quot;anarcho-capitaliste” et il possède un style assez nouveau, et une façon histrionique de se présenter au public, de déclamer ses discours, de se comporter. Il reprend toutefois un peu de ce qui avait été proposé, dans les années 1990, par Carlos Menem, c’est-à-dire réduire les dépenses publiques au maximum, démanteler l&apos;État protecteur. Il ne jure que par le libre-échange.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_2399075711_592e61844f.jpg&quot;&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;En Équateur, Daniel Noboa porte un nom connu dans le pays, il est le fils d’un chef d&apos;entreprise qui a été lui-même trois fois consécutives candidat à l’élection présidentielle. Il est lui aussi un chef d&apos;entreprise multimillionnaire. « Je ne suis pas un politicien, je suis un chef d&apos;entreprise, et donc je sais ce qui fonctionne et je saurai donc comment faire fructifier l&apos;économie du pays » dit-il aux électeurs.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au Guatemala, il faut aussi relativiser la nouveauté parce que Bernardo Arévalo est le fils d&apos;un ancien président qui a dirigé le pays de 1945 à 1951. Son père Juan José Arévalo a mis en place des réformes qui ont bénéficié aux plus défavorisés : un début de réforme agraire et un certain nombre de politiques sociales qui ont tout de suite été stoppées par par l&apos;oligarchie la plus conservatrice et par les Etats-Unis qui sont intervenus au Guatemala au début des années 1950, pour mettre un terme à cette tentative de démocratiser le Guatemala.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les outsiders de l’année 2023 ne sont pas tous de droite. Nous avons une vision ultra-libérale de Milei, en raison d’un certain nombre de ses positions, y compris sur le passé dictatorial de l&apos;Argentine. Il est en effet très à droite sur le plan des valeurs. En Équateur, le président est surtout un libéral tandis qu’au Guatemala, il est plutôt social-démocrate. Ce qu&apos;ont en commun en revanche ces trois-là, c&apos;est qu&apos;ils sont minoritaires face à leur Parlement.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Comment gouverner sans majorité parlementaire et avec en outre, comme vous le dites, des administrations conservatrices, ce qui est par exemple le cas au Brésil mais aussi en Colombie ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;Cette question est véritablement l’enjeu de 2024 et des années à venir. Ces gouvernements ont des majorités très faibles, ils doivent composer avec l’opposition pour faire aboutir leurs projets de réforme. De nouveau, nous pouvons regarder les choses de deux façons. Une telle situation montre la vitalité de la délibération démocratique. En effet, la politique gouvernementale est décidée par les parlements, ce qui est une bonne nouvelle lorsqu’on se plaint du présidentialisme, de la concentration du pouvoir dans les mains d’un seul homme et de la personnalisation du pouvoir. Dans le même temps cependant, nous sommes face à des tiraillements, des difficultés à arriver à une majorité, à parvenir à des accords avec le risque d’une logique de blocage permanent.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Il est néanmoins possible que, notamment si les mobilisations continuent, la classe politique se dise « nous avons intérêt à ne pas avoir l&apos;air d&apos;être dans le sabotage permanent » et qu’elle cherche à trouver des équilibres et des accords sur un certain nombre d&apos;enjeux fondamentaux pour la société mais aussi les questions des finances publiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lula lui-même est confronté à cette absence de majorité qui rend les choses très difficiles et qui oblige à des négociations permanentes, usantes et laborieuses alors que les populations attendent des résultats rapides. La démocratie, système où il faut du temps pour prendre des décisions, in fine s’avère souvent imparfaite, insatisfaisante.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Quel bilan faites-vous des deux années du retour de Lula au pouvoir au Brésil ? Au plan national et comme représentant, voire leader, du Sud global ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;Lula est effectivement une figure mondiale, un leader mondial. Le président brésilien est parvenu à signer des accords avec les peuples autochtones d’Amazonie, il défend des positions très intéressantes sur l’environnement mais aussi dans le conflit Israël-Hamas. Il a fait partie avec d&apos;autres en Amérique latine de ceux qui ont appelé à un cessez-le-feu immédiat. Dans la mesure où la politique intérieure est un terrain difficile et sur lequel il dispose de marges de manœuvre très étroites, pour les raisons que j&apos;ai évoquées juste auparavant (absence de majorité au parlement), la scène internationale, au contraire, est un espace où Lula peut davantage s’affirmer, la politique étrangère étant de fait son domaine réservé. C&apos;est en effet sur ce terrain qu&apos;il va essayer de marquer un peu la politique de son sceau personnel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour l&apos;instant, nous sommes beaucoup dans la déclaration, la rhétorique, le symbolique, mais il existe un certain nombre d&apos;enjeux pour lesquels Lula pourrait effectivement défendre des positions d’avant-garde alors que les dirigeants des autres pays d&apos;Amérique latine peuvent se montrer plus timorés, parce qu’ils sont pris dans leurs affaires intérieures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L&apos;Amérique latine est une région très divisée. L’union latino-américaine, la convergence des Etats autour de grands projets d&apos;intégration, tout cela est en stand-by depuis un moment. Les différences idéologiques sont importantes entre les différents présidents et chefs de gouvernement, les liens avec les Etats-Unis ou l&apos;Amérique du Nord sont également très différents selon les pays.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le Brésil, c&apos;est le grand pays qui peut faire la différence sur la scène internationale et qui peut défendre des valeurs importantes. Ainsi, les valeurs environnementales, l&apos;enjeu amazonien constituent des éléments sur lesquels Lula se positionne alors qu&apos;il ne l&apos;avait pas fait dans ses mandats précédents. Donc oui, Lula assure le leadership de l’Amérique latine et plus largement, est un dirigeant les plus importants du “Sud global”. Néanmoins, sur un certain nombre d&apos;enjeux, il n’est pas en rupture non plus avec ce qui se passe ailleurs dans le monde. Le président brésilien défend les intérêts du Brésil et par conséquent les intérêts d&apos;entreprises qui n&apos;ont rien contre la globalisation néolibérale.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Il semblerait que des millions de citoyens ont également voté avec leurs pieds puisque qu’un nombre record de personnes ont, en 2023, quitté leur pays pour s’installer dans un autre, en Amérique latine ou aux Etats-Unis.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;S’il fallait retenir quelque chose de l&apos;année 2023, ce serait en effet ces caravanes de personnes qui se sont déplacé à travers l’Amérique latine, qui ont quitté leur pays pour en rejoindre un autre.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Entre la Colombie et le Panama, donc entre l&apos;Amérique du Sud et l&apos;Amérique centrale, le bouchon du Darien est un endroit très difficile à traverser, c&apos;est une jungle. Selon les chiffres, un demi-million de personnes ont traversé ce bouchon en 2023. Un million d’autres sont passées du Guatemala au Mexique. Ces chiffres sont inédits, ils représentent le double de ceux enregistrés l&apos;année précédente.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Beaucoup de sudaméricains souhaitent migrer vers le Mexique et vers les Etats-Unis. Le Mexique est pour eux l&apos;antichambre des Etats-Unis, ils ne désirent pas y rester. Par ailleurs, de nombreuses personnes des Caraïbes convergent également vers le nord de l&apos;Amérique du Sud vers l&apos;Amérique centrale et se retrouvent à la frontière sud du Mexique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_1943360578_e3a6ea75bd.jpg&quot;&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;On trouve aussi de larges populations venant d&apos;Afrique subsaharienne, notamment d&apos;Afrique de l’Ouest, à Tijuana, à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Ces personnes font tout un circuit et effectuent des traversées périlleuses de l’Afrique vers les Caraïbes et des Caraïbes vers l&apos;Amérique centrale. La situation est identique à celle que l’on trouve en Méditerranée, où des millions d’Africains risquent leur vie pour atteindre l’Europe. La situation est celle d’une crise humanitaire sans précédent..&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le Venezuela et l&apos;Équateur sont les pays qui comptent le plus grand nombre d’émigrants en raison de la situation socioéconomique catastrophique de ces pays. Les mouvements migratoires révèlent également les difficultés que connaissent les voisins du Venezuela et de l’Equateur. En effet, auparavant, les personnes qui quittaient ces pays s’établissaient au Brésil, en Colombie, au Pérou, au Chili ou encore en Argentine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le Mexique est à peu près stable, mais la situation est très difficile sur le plan de la sécurité. Les cartels ont pris le pouvoir, ils sont le pouvoir dans certaines régions du Mexique. D’ailleurs, ces cartels font de plus en plus commerce de la traite des migrants. Les mafias pratiquent le racket et l&apos;enlèvement des migrants, qui ne sont pas les plus pauvres d&apos;Amérique du Sud et d&apos;Amérique centrale. Pour pouvoir effectuer le voyage vers les Etats-Unis, ils ont dû économiser et ils disposent d’un petit capital qui leur permet de payer les passeurs, de se nourrir, etc. Ils sont donc souvent rackettés, enlevés, kidnappés, et leurs familles doivent payer des rançons pour qu’ils retrouvent la liberté.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Mexique qui devrait bientôt être dirigée par une femme…&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Oui, en effet, c’est important pour le Mexique qui n’a jamais été le pays le plus à l&apos;avant-garde pour la question des droits des femmes, et c’est un euphémisme.&amp;nbsp;Il y a eu, il faut le rappeler, des politiques très courageuses et très déterminées de mise en place de la parité en matière de représentation parlementaire il y a une dizaine d&apos;années qui ont permis des progrès significatifs. En 2014, des quotas de femmes ont été rendus obligatoires à toutes les élections, municipales comme fédérales. De nombreuses femmes sont entrées en politique de cette façon dans les municipalités, les gouvernorats, etc. Nous sommes aujourd’hui à l&apos;aboutissement de ce processus institutionnel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En revanche, sur le plan sociétal, les violences faites aux femmes restent à des niveaux impressionnants. L’arrivée d’une femme à la présidence de la République est symboliquement important. Cela tire vers le haut ce processus déjà bien engagé de participation des femmes en politique, mais il faudra attendre un bon moment pour que cela infuse dans le reste de la société et que les rapports hommes-femmes deviennent un peu plus équitables.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_2307291287_2e52b5114a.jpg&quot; alt=&quot;Claudia Sheinbaum, chef du gouvernement de Mexico, lors d&apos;un événement gouvernemental où des fonds ont été accordés aux citoyens pour l&apos;amélioration des installations scolaires, Mexico, 18 mai 2023.&amp;nbsp;&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;(crédits : Israel Gutierrez&amp;nbsp;pour Shutterstock.)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Pour l’heure, Claudia Sheinbaum, qui est la candidate de la formation au pouvoir, le Mouvemenent de regénération nationale (Morena)&amp;nbsp; créé par le président Andrés Manuel López Obrador, est la favorite du scrutin. Elle a été placée là par le chef de l’Etat, elle devra donc s&apos;affranchir de ce soutien, du “parrain” qu&apos;est López Obrador, qui a, sur certains sujets sociétaux (comme la légalisation de l’avortement), des positions très conservatrices.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sa principale adversaire Xochitl Gálvez, qui appartient au Parti d’action nationale (PAN), positionné à droite, revendique quant à elle son origine très modeste. Elle est issue d&apos;une famille autochtone, pauvre, et c&apos;est une &lt;i&gt;self-made woman&lt;/i&gt; qui a commencé par vendre des confiseries dans la rue avant de créer sa petite entreprise puis plusieurs entreprises et d’entrer en politique assez tardivement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Elle est soutenue par une coalition très hétérogène, qui rassemble à la fois d&apos;anciens éléments du Parti de la révolution démocratique (PRD), et surtout de l&apos;ancienne formation hégémonique du Mexique, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), et enfin de son propre parti.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Xochitl Galvez affirme qu’elle continuera à soutenir les programmes sociaux mis en place par le gouvernement de López Obrador en faveur des plus démunis, des retraités ou des personnes âgées qui ne bénéficient pas de la sécurité sociale. Sa campagne est centrée sur la lutte contre la corruption, un sujet cher au cœur des Mexicains.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;En dépit de la tenue en juillet 2023 d’un sommet entre l’Amérique latine et l’Union européenne, l’Europe semble être encore un acteur timide en Amérique latine. Comment analysez-vous ce fait ?&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Recondo&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;Le processus semble à l’arrêt, un peu à l&apos;image de l&apos;intégration ou de l’union latino-américaine. Les Latino-américains sont tournés vers l’Asie ou l’Amérique du nord. Les grands pays comme le Brésil, qui est membre des BRICS, peuvent avoir intérêt à entretenir leurs liens avec l&apos;Asie ou d&apos;autres régions plutôt qu’avec l’Europe qui n&apos;a jamais été très présente en Amérique latine. Depuis toujours, beaucoup de personnes pensent que l&apos;Amérique latine est l&apos;arrière-cour des États-Unis. Jusqu&apos;à l’époque du Covid, en 2020, la France investissait au Mexique, au Brésil aussi. Aujourd’hui, nous sommes dans une sorte d&apos;attentisme.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les Etats européens sont désunis au sujet de l’Amérique latine. L&apos;Espagne investit beaucoup et elle tient à son lien privilégié avec cette partie du monde. Les autres pays voient moins l&apos;intérêt de réels investissements, ils n&apos;ont pas de stratégie. L’Amérique latine est vue par les Européens comme un terrain difficile, peu sûr et les pays européens craignent pour leurs investissements. L’Asie est moins frileuse sur ce plan.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour l’heure, nous sommes en ce qui concerne les relations entre l’Europe et l’Amérique latine dans des déclarations de bon ton sur la défense des droits de l&apos;homme, la sécurité, mais rien de concret. Ceci dit , au-delà des sommets, dans un monde de libre-échange, il faut regarder du côté des entreprises, qui, je pense, sont vraiment effrayées par la force du crime organisé, la criminalité, etc. Les calculs de risques sont malheureusement défavorables au marché latino-américain.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La position plutôt pro-russe de l’Amérique latine, même s’il s’agit davantage d’une position rhétorique qui n’a pas été suivi d&apos;actes, n’aide pas non plus au développement des échanges et rend difficile les relations avec les pays d&apos;Europe centrale et orientale mais aussi avec la France et l’Allemagne.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les choses pourraient changer dans les années à venir, se recomposer. La distance rend les hydrocarbures latinoaméricains peu intéressants pour l’Europe. En revanche, l’Amérique latine est riche en minerais (cuivre, lithium), la production céréalière y est également très importante, et intéresse l’Europe dont l’Ukraine, en guerre avec la Russie, est le principal fournisseur.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Vous prenez la succession d’Olivier Dabène, qui a coordonné le LAPO durant quinze ans. Envisagez-vous quelques changements dans la publication ?&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Le LAPO sera collectif, comme il l’a été depuis sa création. Nous sommes une équipe ; nous allons donc décider tous ensemble des éventuels changements à venir. Olivier Dabène a travaillé, dès le début, en étroite collaboration avec Frédéric Louault, professeur de science politique à l&apos;Uuniversité libre de Bruxelles Kévin Parthenay professeur de science politique à l&apos;université de Tours et Françoise Montambeault, professeure de science politique à l’Université de Montréal. Je compte bien poursuivre cette collaboration.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En outre, je souhaite développer le volet recherche du LAPO., Cette publication a aussi vocation à valoriser les recherches en cours, ce que nous faisons déjà dans la quatrième rubrique du LAPO intitulée “l’Amérique latine en perspective”. Je souhaite que nous mettions l&apos;accent sur ce qui est peu visible dans les médias, sur ce qui ne figure pas ou peu dans l&apos;actualité, ce qui est au-delà des conjonctures électorales&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Corinne Deloy&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-04417686v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Lire l&apos;Etude L&apos;Amérique latine. L&apos;année politique 2023&lt;/a&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Photo de couverture : Couverture de l&apos;Etude n° 271-272&lt;br&gt;Photo 1 :&amp;nbsp;Une femme tient une pancarte avec un message contre le gouvernement de Nayib Bukele à San Salvador, janvier 2022. © Juan Carlos Caos pour Shutterstock&lt;br&gt;Photo 2 :&amp;nbsp;1er décembre 2023, intronisation du Président Milei.&amp;nbsp;©&amp;nbsp;Facundo Florit&amp;nbsp;pour Shutterstock&lt;br&gt;Photo 3 :&amp;nbsp;&amp;nbsp;Des migrants attendent un moyen de transport dans la province de Darien au Panama.&amp;nbsp;©&amp;nbsp;Gonzalo Bell&amp;nbsp;pour Shutterstock&lt;br&gt;Photo 4 : Claudia Sheinbaum, chef du gouvernement de Mexico, lors d&apos;un événement gouvernemental où des fonds ont été accordés aux citoyens pour l&apos;amélioration des installations scolaires, Mexico, 18 mai 2023.&amp;nbsp;©&amp;nbsp;israel gutierrez&amp;nbsp;pour Shutterstock&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Amérique latine. L’année politique 2022. ]]></title><description><![CDATA[Entretien avec Olivier Dabène]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/amerique-latine-l-annee-politique-2022</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/amerique-latine-l-annee-politique-2022</guid><pubDate>Mon, 02 Jan 2023 13:31:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/5cd67d9502387ffd2b325d1e667e3927/1b035/lula3_0487c36100.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Entretien avec &lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A l&apos;occasion de la parution de&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-03967722v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Amérique latine. L’année politique 2022,&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;nous a accordé un entretien sur ce quinzième opus de la série qu&apos;il a créée et qui constitue désormais un rendez-vous pour toutes les personnes intéressées par l&apos;Amérique latine.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;En 2022, l’Amérique latine opère un nouveau virage à gauche. La gauche est en effet sortie victorieuse des élections en Colombie et au Brésil. Ne s’agit-il pas cependant davantage d’un vote contre le pouvoir en place que d’une adhésion aux valeurs promues par les partis de gauche ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt; : Effectivement, la carte politique de l’Amérique latine en 2022 rappelle celle des années 2000 : seuls trois pays d’Amérique du sud sont gouvernés « à droite » (Equateur, Uruguay et Paraguay). Depuis 2016 (victoire de Lopez Obrador au Mexique), de nombreux pays ont basculé à gauche, y compris en 2022 la Colombie où la « gauche » n’avait jamais emporté une élection présidentielle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je mets toutefois les termes de droite et gauche entre des guillemets parce que ces catégories ne sont pas toujours opératoires. Les sondages montrent en effet qu’une part importante des électeurs ne se reconnaissent pas dans ce clivage.&amp;nbsp;Ils ont en revanche besoin d’exprimer leur mécontentement vis-à-vis des sortants qui se sont montrés incapables de défendre les progrès des années 2000 en matière de lutte contre la pauvreté et les inégalités.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quinze des dix-huit dernières élections ont donné lieu à des alternances.&amp;nbsp;Des alternances systématiques, couplées à une forte polarisation de nature plus émotionnelle que programmatique, voilà ce qui caractérise le panorama électoral 2022.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Au Brésil, Lula l’a emporté d’une courte tête sur Bolsonaro et la droite est majoritaire au Congrès, le « bolsonarisme » semble avoir investi la société brésilienne. Comment voyez-vous l’avenir de ce phénomène ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;Indiscutablement, Bolsonaro a contribué à consolider un pôle conservateur autour de lui. Et la droite dure liée aux églises évangéliques a gagné la bataille des idées au Brésil. Au point que Lula a dû faire campagne avec ses anciens adversaires : son colistier, Geraldo Alckmin, est un ancien gouverneur de droite.&amp;nbsp;Toutefois, comme l’analyse Frédéric Louault dans cette Etude &lt;i&gt;Amérique latine. L’année politique 2022&lt;/i&gt;, le Brésil a connu l’année passée une élection « de maintien ». Bolsonaro n’est pas parvenu à susciter un réalignement. La géographie électorale est remarquablement stable depuis les victoires de Lula en 2002 et 2006.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De plus, la volatilité du système des partis fait que la domination du Parti libéral de Bolsonaro pourrait être remise en cause. Lula excelle dans les négociations avec les parlementaires et il sait construire des majorités pour gouverner. Il vient déjà de le prouver avant même son entrée en fonction en faisant voter un amendement au budget de la nation qui lui permettra de tenir sa principale promesse de campagne : préserver les transferts sociaux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, Bolsonaro n’a plus aucun mandat électif, ce qui signifie qu’il est désormais susceptible de rendre des comptes devant la justice pour toute une série de scandales de corruptions et pour sa politique qui a favorisé la progression du virus Covid-19.&lt;br&gt;En résumé, je pense que la droite est renforcée au Brésil mais le leadership de Bolsonaro pourrait être éphémère.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Comment Lula peut-il lutter contre la polarisation de la société brésilienne ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène &lt;/strong&gt;:&amp;nbsp;Lula a déjà fait un pas dans la direction de la recherche de consensus en formant une large alliance de forces politiques allant de la gauche au centre-droite qui souhaitent préserver la démocratie.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Il est habile, mais il ne pourra pas convaincre les électeurs qui le détestent. Il lui faut donc envisager sereinement de faire émerger de nouvelles figures et de reconstruire sa formation, le Parti des travailleurs (PT), dont l’image a été dégradée par la corruption.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et pour le reste, la polarisation se nourrit de la frustration des électeurs. Il lui faut donc rapidement faire la preuve qu’il est capable d’enclencher une dynamique redistributive de nature à faire reculer la pauvreté et les inégalités.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;En 2022, Gustavo Petro est devenu le premier président de gauche de l’histoire de la Colombie, un événement dans ce pays très marqué par la violence. Comment expliquez-vous cette victoire ?&lt;/h3&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-right image_resized&quot; style=&quot;width:45.85%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_2159053551_663b6c250e.jpg&quot; alt=&quot;&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;La Colombie est engagée depuis 2016 dans une dynamique de construction de la paix. La gauche s’est trouvée « dédiabolisée » par les accords de paix signés en en 2016 entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et Gustavo Petro a su convaincre qu’il souhaitait accélérer leur mise en œuvre alors que la droite les avait laissés un peu oubliés.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’objectif du nouveau président est de parvenir à une « paix totale », en négociant avec tous les acteurs impliqués dans des actes de violence. Cela commence par la guérilla (Armée de libération nationale, ELN) et les bandes armées illégales. Pour l’instant, les assassinats se poursuivent, mais il est bien sûr trop tôt pour tirer des conclusions concernant les projets de Petro.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Les candidats du deuxième tour ont tous deux tenu des discours anti-establishment et de rupture, comment la gauche peut-elle désormais recomposer une société fracturée dans un contexte de récession économique ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène &lt;/strong&gt;:&amp;nbsp;La Colombie est un pays fracturé et polarisé, mais personne ne peut douter de la volonté de Petro de construire une société plus consensuelle. Le pari est difficile mais des initiatives vont dans le bon sens. Ainsi, Gustavo Petro a-t-il invité le président de la fédération des éleveurs, le très conservateur José Félix Lafaurie, à faire partie des négociateurs d’un accord avec l’ELN. Une première victoire pour Petro, mais le chemin sera long…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center image_resized&quot; style=&quot;width:90.03%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_2186468903_0b20a33325.jpg&quot; alt=&quot;Buenos Aires, Argentine, 4 août 2022, des affiches du Parti des travailleurs sur le mur de la ville près du bâtiment de l&apos;ANMAT appelant à une grève nationale et à un plan de combat. &quot;&gt;&lt;figcaption&gt;(crédits : Sydney Solis pour Shutterstock)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h3&gt;La guerre en Ukraine pèse sur les économies d’Amérique latine ; néanmoins, la région, riche en matières premières, ne pourrait-elle pas « bénéficier » de la situation ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;Effectivement, l’Amérique latine possède toutes les ressources qui devraient permettre de compenser la désorganisation du commerce international et l’effet des sanctions : pétrole, gaz, minerais et céréales notamment mais la période est compliquée. Le pays qui devrait le plus pouvoir tirer profit de la situation, l’Argentine, est aussi celui qui connaît la crise économique la plus sévère, avec 100% d’inflation prévu en 2022.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Pouvez-vous nous dire quelques mots de la situation du Venezuela ? Sur le plan économique, les ressources pétrolières du pays permettent à Nicolas Maduro d’afficher une croissance en hausse à l’heure de la guerre en Ukraine. Qu’en est-il de la situation politique et des relations du pays avec les Etats-Unis ?&lt;/h3&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-left image_resized&quot; style=&quot;width:40.98%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_2238879327_9280c24e3e.jpg&quot; alt=&quot;Caracas, 1er novembre 2022, Nicolas Maduro et Gustavo Petro signent un accord au Palais de Miraflores.&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;(crédits : Salma Bashir Motiwala pour Shutterstock)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;Le Venezuela est le grand vainqueur de l’année 2022. Ses réserves de pétrole sont importantes mais sa production a beaucoup baissé depuis quelques années.&amp;nbsp;Entre deux maux, il faut choisir le moindre : en 2022, les Etats-Unis ont renoué le dialogue avec Caracas, ce qui permet d’envisager une reprise des activités.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Parallèlement, la Colombie désormais gouvernée à gauche, a décidé de rétablir ses relations diplomatiques avec son voisin. A terme, l’ensemble de la communauté internationale semble avoir abandonné l’idée d’orchestrer un changement de régime au Venezuela. L’objectif est à présent de convaincre Nicolas Maduro d’organiser des élections libres et transparentes en 2024.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Cette Étude Amérique latine. L’année politique 2022 est la dernière de la série que vous avez créée en 2008, que vous dirigez depuis lors et qui constitue aujourd’hui un rendez-vous chaque début d’année pour toutes les personnes intéressées par cette partie du monde. Quel bilan tirez-vous de cette aventure éditoriale ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt; :&amp;nbsp;Le LAPO 2022 est notre quinzième livraison et j’ai effectivement décidé de passer la main.&amp;nbsp;L’aventure a été exaltante. Le pari était d’offrir un éclairage sur les évolutions politiques du continent qui soit informé par les sciences sociales. Je crois que nous n’avons pas à rougir du résultat.&amp;nbsp;Je remercie le noyau dur de contributeurs qui est resté fidèle depuis le début et toutes celles et ceux qui nous ont apporté leur expertise sur une base plus ponctuelle.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Corinne Deloy&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Photo de couverture : Sao Paulo, Brésil, 17 juillet 2022, des vendeurs de rue vendent des serviettes et des affiches avec l&apos;image du candidat présidentiel de gauche Luiz Inácio Lula da Silva sur l&apos;avenida Paulista. Photo : casa da photo pour Shutterstock.&lt;br&gt;Photo 1 : Bogota, Colombie, 5 janvier 2022, un homme marche porte un tee shirt en faveur du candidat à la présidentielle Gustavo Petro et du vice-président. Photo : Yhaira Rincon pour Shutterstock.&lt;br&gt;Photo 2 : Buenos Aires, Argentine, 4 août 2022, des affiches du Parti des travailleurs sur le mur de la ville près du bâtiment de l&apos;ANMAT appelant à une grève nationale et à un plan de combat. Photo : Sydney Solis pour Shutterstock.&lt;br&gt;Photo 3 : Caracas, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; novembre 2022, Nicolas Maduro et Gustavo Petro signent un accord au Palais de Miraflores. Photo : Salma Bashir Motiwala pour Shutterstock.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lire l&apos;Etude n° 264-265&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-03967722v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Amérique latine. L’année politique 2022&lt;/a&gt; &amp;nbsp;- &amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-03968504v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Lire l&apos;Etude en espagnol&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[The Military and the Fight Against Drug Trafficking in Brazil and Mexico.]]></title><description><![CDATA[Interview with Anaís Medeiros Passos]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/military-and-fight-against-drug-trafficking-brazil-and-mexico</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/military-and-fight-against-drug-trafficking-brazil-and-mexico</guid><pubDate>Sun, 11 Sep 2022 22:00:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/0011520825cd3469e3eeac5669c419dc/1b035/Military_Police_Rio_ITV_Medeiros_Passos_e4488d51c4.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;&amp;nbsp;Interview with &lt;a href=&quot;https://ufsc.academia.edu/Ana%C3%ADsMedeirosPassos&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;Anaís Medeiros Passos&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;In her recently published book, &lt;/strong&gt;&lt;a href=&quot;https://link.springer.com/book/10.1007/978-3-031-11327-7&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;strong&gt;Democracies at War Against Drugs. The Military Mystique in Brazil and Mexico &lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;(Palgrave Macmillan, September 2022), Anais Medeiros Passos provides an in-depth account of military operations against drug gangs and organisations in two of the biggest countries in Latin America: Brazil and Mexico. This work, based on Anaís’s PhD defended at Sciences Po in 2018, offers an empirical and theoretical examination of the issue of the role of the military on national soil. The book is also the first work to look at high-level negotiations between military and civilian elites that define the conditions for the use of force during military operations. The author answers our questions.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;As a justification for the deployment of military forces in the fight against drug trafficking, you write that military forces are portrayed as the most prepared body to counter drug trafficking groups—unlike the “corruption-plagued” police bodies. Can you explain why military forces benefit from such a positive image—what you call a “mystique”—in the two countries you examine in your work, i.e Brazil and Mexico?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;The military mystique is a set of beliefs about the armed forces that sustain the decision to deploy the military in many arenas of public policy, including security: a higher morale, efficiency, and immunity to corruption. In interviews, politicians and businessmen that press for using the military to combat crime justify their choice by emphasising that the military is unlikely to be corrupted—which contradicts cases such as that involving General Jesús Gutiérrez Rebollo in Mexico and scandals such as that around the Brazilian Ministry of Defense spendings in 2022.&lt;fn data-id=&quot;1761140939616-298&quot;&gt;See https://www.correiobraziliense.com.br/politica/2021/02/4905850-dinheiro-publico-banca-picanha-e-cerveja-para-militares.html.&lt;/fn&gt;&amp;nbsp;This mystique, however, justifies many privileges for the armed forces: exemption from civilian oversight, a broad military jurisdiction, and special remuneration and retirement plans. It basically allows the military to say: “we are better than civilians, you can trust us”. And people do.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Despite this positive image of military efficiency, you demonstrate that military operations have a limited effect on controlling crime in the medium and long term. Who, then, benefits from such policies, and what are the unexpected consequences?&lt;/h3&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-left image_resized&quot; style=&quot;width:31.74%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/Cover_Medeiros_Passos_0fe156de88.png&quot; alt=&quot;&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;(credits: Palgrave)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Both political leaders and the military high hierarchy benefit. The issue of violence is a very attractive one in Latin America, and politicians who employ violence are usually supported merely for the act of doing something. A common enemy (drug trafficking, organised crime) works to divert our attention from what really needs to be done: reforming the prison system and investing in and equipping the police. However, it is more appealing to put tanks in the streets than to spend months inside offices discussing how to coordinate the public security system. There are many electoral and political interests at stake. A governor or a president can gain popular support, ensure governability, or be reelected by announcing a « war on crime ». For the Brazilian armed forces, fighting drug gangs is not a preferred mission, but it gives them money, visibility, and autonomy. By being deployed in security, the military can bargain for a better position in politics. That’s why the former chief of the federal intervention in Rio de Janeiro is now vice presidential candidate in this year’s election.&lt;br&gt;The war on drugs entails many negative consequences, including violations of rights as well as other abuses (the case of Mexico during Calderón&apos;s presidency is symptomatic of this) and corruption of officers and soldiers. I examine this issue at length in the last chapter of this book.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Have police/military relationships changed as a result of the military intervening in drug combating affairs?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;My research shows that military officers want to define the rules of the game when they are fighting drug gangs and organisations. So these operations often grant the military more autonomy and power in decisions involving public security policies, to the detriment of police forces. The militarisation of security also entails a logic of competition between police and military bodies, which can reinforce suspicion and distrust between security providers. So, while corruption inside the police is the reason why the military is called in in the first place, it also justifies an expansion of military power.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;What methodology did you follow for your research? Did you conduct interviews with military, police, and political leaders? Did you encounter specific difficulties?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;I did fieldwork in Rio de Janeiro, Ciudad de Mexico, and Tijuana during nine months (divided into two stays) where I conducted more than a hundred interviews with people who were closely connected to counter-drug operations, including army generals and colonels, former ministers of defence, deputies, and police chiefs. Also, I met with many people working in human rights organisations to understand how citizens living in these cities’ urban slums are affected by these operations.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;There were many challenges in doing the research, including interviewing people in the armed forces, since it was my first time interviewing them. The armed forces are a hermetic institution but I was lucky to find many people willing to give their view of the facts in Brazil and Mexico. Also, there was the issue of gunshots and armed actors depending on where I conducted interviews (which is very revealing about the nature of the subject I decided to study). I used protocols of security to minimise risks for those that accepted being part of the research as well as myself during the research.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Interview by &lt;strong&gt;Miriam Perier&lt;/strong&gt;, CERI.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Quarante ans de politique étrangère de la France en Amérique latine]]></title><description><![CDATA[Entretien avec Gaspard Estrada]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/quarante-ans-de-politique-etrangere-de-la-france-en-amerique-latine-entretien-avec-gaspard-e</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/quarante-ans-de-politique-etrangere-de-la-france-en-amerique-latine-entretien-avec-gaspard-e</guid><pubDate>Thu, 27 Jan 2022 19:57:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/a5691d95cf90488b47492bb95b1cf11f/42d08/dgaul_a284279f61.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Entretien avec &lt;strong&gt;Gaspard Estrada&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Vous montrez dans votre texte Quarante ans de politique étrangère de la France en Amérique latine que cette partie du monde a constitué une priorité pour les présidents socialistes quand les chefs d’Etat de droite l’ont davantage négligée. Pouvez-vous nous donner les raisons de cet état de fait ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gaspard Estrada&lt;/strong&gt; : Mon texte cherche à analyser les rapports ambivalents entre décision politique, pensée au niveau des cabinets ministériels et élyséens, et pratique politico-administrative des grandes administrations du Quai d’Orsay. De ce point de vue, l’étude du cas latino-américain est particulièrement pertinente, compte tenu du fait que cette région du monde n’a jamais été au cœur des réflexions et de l’action diplomatique françaises. D’où l’intérêt de s’intéresser aux facteurs explicatifs du lancement d’initiatives politiques par les pouvoirs en place, y compris lorsqu’elles ont pu susciter l’embarras des grandes directions du Quai d’Orsay (je pense notamment à la reconnaissance par la France et le Mexique de la guérilla salvadorienne du Front Farabundo Martí de libération nationale (FSLN) comme force politique « légitime », quelques mois après l’investiture de François Mitterrand en 1981).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le cas de François Mitterrand, je retiendrai trois éléments d’explication à son intérêt pour l’Amérique latine : 1) sa trajectoire personnelle et ses compagnonnages politiques et intellectuels durant la période où il a été premier secrétaire du Parti socialiste (1971-1981) 2) le contexte politique de l’époque, tant en France qu’en Amérique latine 3) un activisme en faveur de cette région au sein des milieux intellectuels et politico-administratifs progressistes parisiens. Ces derniers occupent des positions d’influence dans les premiers cabinets ministériels du gouvernement Mauroy (ainsi qu’à l’Elysée avec Régis Debray), contribuant à rendre opérationnelles les initiatives élyséennes en direction de l’Amérique latine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A l’époque, François Hollande était un jeune conseiller à l’Elysée, ce qui a contribué à alimenter son intérêt pour cette région du monde. Lorsqu’il devient à son tour président de la République, il tâche de renouer avec des actions politiques en direction de l’Amérique latine, région du monde qui avait été mise de côté par son prédécesseur. Outre son aspect symbolique, ce retour de la France en Amérique latine avait aussi une visée politique, permettant de mettre en évidence un changement de ligne diplomatique sans coût politique majeur, comme cela a pu être le cas dans d’autres régions du monde (je pense notamment à la reprise du dialogue politique au plus haut niveau avec l’Arabie Saoudite au détriment du Qatar à partir de 2012).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S’il est convenu dans les milieux politico-administratifs que l’intérêt porté à l’Amérique latine est un marqueur « de gauche », je serais plus nuancé à cet égard. Charles de Gaulle a lui aussi accordé beaucoup d’importance à cette région, y compris à rebours de son administration. Bien que le bilan diplomatique de Jacques Chirac n’ait pas été marqué par une initiative politique d’envergure en Amérique latine, cette région a bien été présente dans sa politique étrangère, y compris dans un moment crucial de sa présidence (la crise en Irak).&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;François Mitterrand a fait de l’Amérique latine l’une de ses priorités en matière de politique étrangère. Les choses ont évolué après la cohabitation de 1986, pouvez-vous nous parler de la teneur et des raisons de ce changement ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gaspard Estrada &lt;/strong&gt;: En fait, les choses ont évolué avant la cohabitation de 1986. Les mouvements de personnels dans les cabinets ministériels (ou se trouvaient de nombreux latino-américanistes) ainsi que le départ de Régis Debray de l’Elysée ont contribué à diminuer l’ampleur de l’activisme diplomatique de François Mitterrand en Amérique latine.&amp;nbsp;De même, sous l’impulsion de la France, la Commission économique européenne (CEE) a été amenée à financer un certain nombre d’initiatives dans cette région, notamment en Amérique centrale. Le renforcement de l’action extérieure de la CEE a paradoxalement contribué à rendre moins visible le rôle politique et économique de la France.&amp;nbsp;Ainsi, lorsque la droite est revenue au pouvoir en 1986, le reflux de Paris en Amérique latine avait déjà été amorcé.&lt;i&gt;Quand l’action de François Mitterrand a été politique, celle de son successeur Jacques Chirac a été essentiellement économique…&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gaspard Estrada&lt;/strong&gt; : Oui. Cela illustre aussi le fait qu’en matière de politique étrangère, il faut aussi prendre en compte la situation et les besoins des pays avec lesquels on échange. Or dans les années 1990, l’Amérique latine, en pleine transition démocratique, veut avant tout à augmenter sa croissance économique. Les gouvernements de centre droit, alors majoritaires dans la région, libéralisent leurs économies et cherchent à obtenir des investissements étrangers. Jacques Chirac y voit une opportunité pour renforcer le poids des multinationales françaises en Amérique latine. C’est dans cet esprit que sont ouvertes les négociations visant à créer un traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, ainsi qu’avec le Mexique.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Le quinquennat d’Emmanuel Macron signe-t-il le retour de « l’angle mort », selon l’expression de Maurice Vaïsse, alors même que l’on constate un regain d’intérêt des grandes puissances pour l’Amérique latine ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gaspard Estrada &lt;/strong&gt;: C’est le cas. L’Amérique latine est la seule région du monde qui n’a pas reçu la visite d’un président de la République française dans le cadre d’un déplacement bilatéral depuis 2017. Ce désintérêt présidentiel contraste avec l’intérêt accordé par d’autres puissances, la Chine en premier lieu, à cette région. Alors même que l’Amérique latine traverse plusieurs crises au même moment – économique, sanitaire, démocratique -, elle est devenue l’un des principaux terrains d’action de la rivalité stratégique sino-américaine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Paradoxalement, alors que les administrations étaient traditionnellement sources de blocage ou de freinage des initiatives politiques qui visaient à renforcer la présence de la France dans la région (notamment sous François Mitterrand), nous assistons aujourd’hui au mouvement inverse, fruit de la croissance des interactions entre les agences de l’Etat implantées en Amérique latine (je pense notamment à l’Agence française de développement et à son bras financier, Proparco, sous François Hollande) et de la présence chinoise grandissante dans la région. C’est pourquoi les recherches qui seront réalisées dans le nouvel Observatoire stratégique de l’Amérique latine seront particulièrement utiles pour comprendre la nouvelle réalité politique de cette partie du monde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Corinne Deloy&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Lire&amp;nbsp;&lt;i&gt;Amérique latine. L’Année politique 2021/Les Études du CERI&lt;/i&gt;, n°259-260, janvier 2022, Olivier Dabène (dir.).&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-03558514v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;en français&lt;/a&gt;&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-05043767v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;en espagnol&lt;/a&gt;&lt;br&gt;Ecoutez le &lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/ceri-5/amerique-latine-lannee-politique-lapo-2021&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;podcast du lancement&lt;/a&gt; de Amérique latine. L&apos;Année politique 2021&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Amérique latine. L’année politique 2020.]]></title><description><![CDATA[Entretien avec Olivier Dabène]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/amerique-latine-l-annee-politique-2020</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/amerique-latine-l-annee-politique-2020</guid><pubDate>Sun, 17 Jan 2021 21:12:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/c5c98202dc5bd08fea6ad7b0f5a32691/28380/30_c498302fa4.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Entretien avec &lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-03366771v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;strong&gt;Amérique latine. L’année politique 2020&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;&lt;strong&gt;,&amp;nbsp;Les Etudes du CERI&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;, n° 252-253,&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;strong&gt;Sous la direction d’Olivier Dabène, Janvier 2021&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Au début du mois de septembre dernier, l’Amérique latine comptait le plus grand nombre de victimes du coronavirus alors que la région ne représente que 8 % de la population mondiale. Celle-ci est cependant entièrement composée de pays en développement aux faibles capacités étatiques. Ceci explique-t-il cela&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt; : Oui, en partie. Les capacités de l’Etat impactent la mise en œuvre des mesures prises mais la corrélation est faible. Ainsi, certains pays où les capacités sont élevées ont connu un désastre sanitaire (Chili).&amp;nbsp;&lt;br&gt;Trois autres variables interviennent : 1) l’inadéquation entre les mesures recommandées par l’OMS et les situations locales (typiquement se laver les mains là où il n’y a pas d’eau courante ou se confiner lorsque les familles vivent dans l’économie informelle) ; 2) les rapports de force politique, qui déterminent la capacité des présidents à prendre des mesures qui s’appliquent à tout le pays&amp;nbsp;: ceux-ci disposent-ils d’une majorité au congrès ? Peuvent-ils compter sur le soutien des gouverneurs (Etats fédéraux) ? Et 3) le leadership&amp;nbsp;: en Amérique latine comme dans le reste du monde, certains présidents n’ont pas pris la mesure des défis engendrés par la pandémie. Bolsonaro en Brésil en est la caricature.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Comment ont réagi les différents Etats d’Amérique latine devant la crise sanitaire&amp;nbsp;? Comment ont-ils résolu le dilemme « sauver des vies/sauver l’économie »&amp;nbsp;? Et comment s’expliquent les disparités existant entre les pays ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène &lt;/strong&gt;: Les disparités proviennent d’abord de différences concernant les systèmes de santé publique. La diminution des investissements publics dans la santé a partout rendu les pays vulnérables mais les pays les plus «&amp;nbsp;avancés&amp;nbsp;», comme l’Uruguay ou le Costa Rica, s’en sont mieux sortis. La situation économique des pays a aussi joué un rôle. Certains, comme le Pérou ou le Chili, ont accumulé des réserves fiscales qui leur ont permis de canaliser des ressources importantes vers les populations les plus démunies. Dans l’ensemble cependant, l’Amérique latine termine l’année avec une décroissance exceptionnelle (- 7,7% selon les dernières estimations de la CEPAL).&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Vous soulignez dans votre introduction de l’Etude&amp;nbsp;&lt;i&gt;Amérique latine. L’année politique 2020&amp;nbsp;&lt;/i&gt;que la pandémie de Covid a agi en Amérique latine comme «&amp;nbsp;un révélateur et un déclencheur&amp;nbsp;» de tendances observables de longue date et d’une conjoncture susceptible d’ouvrir une période de changements. Pouvez-vous nous développer ce propos&amp;nbsp;?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt; : La crise a révélé des faiblesses dans le domaine de la santé publique, et en général dans les politiques publiques de transferts sociaux. Elle a aussi révélé et exacerbé les profondes inégalités sociales qui caractérisent encore et toujours les sociétés latino-américaines. Mais la crise a aussi déclenché des réflexes de survie, avec l’apparition de dispositifs d’entraide, comme les&amp;nbsp;&lt;i&gt;ollas&lt;/i&gt;&amp;nbsp;(soupes populaires). On a également vu des collectivités locales (des mairies de grandes villes comme Sao Paulo ou Bogota ou des Etats dans les fédérations) prendre des&amp;nbsp;initiatives.  &lt;br&gt;&lt;br&gt;La crise de 2020 pourra-t-elle être qualifiée de «&amp;nbsp;conjoncture critique&amp;nbsp;», qui a provoqué des ajustements durables ? C’est une des questions que soulève notre rapport. La réponse à ce stade ne peut pas être très robuste, mais un peu comme le tremblement de terre de Mexico en 1985 avait semé les germes de la démocratisation, la Covid-19 laissera des traces concernant le rôle de la société civile et son rapport à la gouvernance : n’oublions pas que la pandémie est intervenue dans la foulée du mal nommé «&amp;nbsp;printemps latino-américain », qui avait donné lieu à de très importantes mobilisations sociales en 2019. &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;En avril dernier, vous parliez de «&amp;nbsp;l’émergence de reconfigurations et de nouvelles sociabilités dans l’espace politique brésilien post-Covid-19&amp;nbsp;».&amp;nbsp;Quid&amp;nbsp;des libertés publiques et plus largement de la démocratie au Brésil et dans les autres Etats d’Amérique latine&amp;nbsp;? Celle-ci ressort-elle renforcée ou affaiblie de la crise sanitaire&amp;nbsp;?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt; : Comme le montre Frédéric Louault dans l’Etude, les atteintes à la démocratie au Brésil sont nombreuses et profondes. Elles ne sont toutefois pas nécessairement corrélées à la Covid-19. Toute situation de crise peut engendrer des dérives autoritaires, mais en l’occurrence au Brésil, le président Bolsonaro a systématiquement nié l’importance de la pandémie. Il n’a donc pas exagérément saisi cette opportunité pour renforcer son pouvoir au détriment des instances de contrôle législatif ou judiciaire. La dérive autoritaire du Brésil actuel se serait même sans doute produite en l’absence de la Covid-19, selon une dynamique néo-populiste analogue à celle observée aux Etats-Unis avec Trump.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Vous indiquez que la majorité des pays latino-américains conçoivent la santé comme un droit. La région est donc plus proche de l’Europe que des Etats-Unis. Dans de nombreux pays, le droit à la santé est inscrit dans la Constitution. Qu’en est-il cependant de sa réelle effectivité&amp;nbsp;?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt; : Il en va de la santé publique comme de nombreux principes inscrits dans les Constitutions d’Amérique latine&amp;nbsp;: ils restent souvent lettre morte.&lt;br&gt;Le texte rédigé par Miguel Lago dans l’Etude montre bien les limites des dépenses de santé publique, qui restent très inférieures à la moyenne des pays de l’OCDE (3% contre 6,6%). D’autres données commentées par Miguel Lago confirment ces déficiences, notamment les dépenses en matière de personnel et d’équipements.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Naturellement, derrière les chiffres globaux, se cachent de profondes inégalités: entre catégories de la population et entre régions à l’intérieur des diférents pays. Les populations favorisées ont accès à des soins privés de très grande qualité. Au plan des principes la santé est un droit, mais dans la réalité, elle est aussi un privilège...&lt;br&gt;&lt;br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Corinne Deloy&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lire l&apos;&lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-03366771v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Etude en français&lt;/a&gt;&lt;br&gt;Lire l&apos;&lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-03366773v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Etude en espagnol&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[La situation en Amérique latine]]></title><description><![CDATA[
Entretien avec Olivier Dabène et Román Perdomo]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/la-situation-en-amerique-latine</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/la-situation-en-amerique-latine</guid><pubDate>Tue, 14 Apr 2020 08:48:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/ad09fa8a558bd9a5e2166f5d7a01e948/28380/shutterstock_1675548799_c3d7026d44.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Entretien avec &lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt; et &lt;a href=&quot;https://cerium.umontreal.ca/communaute/doctorants-et-postdoctorants/doctorants-affilies/perdomo-roman/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;Román Perdomo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;L’Amérique latine a été touchée tardivement par le coronavirus. Comment l’expliquer ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;L’Amérique latine a été touchée tardivement parce qu’elle est plus éloignée des flux de passagers en provenance de Chine et parce que sa population est plus jeune que la population européenne. Un tel décalage a donné aux pays de la région un délai supplémentaire pour se préparer au pire. Le premier patient a été diagnostiqué le 26 février au Brésil. Dans les semaines qui ont suivi, de nombreux pays ont pris des mesures drastiques alors que le virus ne s’était que très peu propagé. Le Brésil a fermé ses frontières le 19 mars, l’état d’urgence a été déclaré en Equateur le16 mars, le confinement obligatoire décidé au Salvador le 11 mars et au Pérou le 15 mars.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Pour parler du Brésil, pays le plus peuplé d’Amérique latine, quel est l’état du système de santé de ce pays ? Est-il en mesure de répondre au défi du Covid-19 ?&lt;/h3&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-left image_resized&quot; style=&quot;width:54.48%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/shutterstock_1675548799_c3d7026d44.jpg&quot; alt=&quot;&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;(crédits : Shutterstock)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le Brésil est plutôt mieux préparé que la moyenne des pays d’Amérique latine, avec un taux d’accès à la santé de 79% de la population (seuls Cuba avec 83% et l’Uruguay avec 80% font mieux). Le pays possède un « système unique de santé » (SUS), sorte d’assurance universelle censée garantir l’accès à la santé à 140 millions de Brésiliens qui n’ont pas les moyens de recourir au système privé&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour autant, le système de santé brésilien est très inégalitaire et le financement de la santé publique a diminué. Il se situe à 3,8% du PIB, contre 4,9% au Chili. Par ailleurs, les mesures de confinement et de distance sociale ne sont pas applicables dans les zones d’habitation précaire (6% de la population vit dans près de 6 300 favelas recensées). Ainsi, à titre de projection, si 20% de la population brésilienne se retrouvait infectée, leur prise en charge coûterait à l’état brésilien l’équivalent de 98% du total de ses frais hospitaliers de l’année 2019.&lt;br&gt;Par conséquent, l’État devra investir et recourir à une mobilisation massive de son système de santé pour éviter une hécatombe sanitaire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Les autorités de certains pays, notamment le Brésil, semblent avoir nié la réalité de la pandémie ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;La réalité de la pandémie a été très tôt révélée par les experts au Brésil. Seul le président Bolsonaro l’a niée, pour deux raisons principales : ses croyances religieuses, qui l’amènent à n’accorder aucun crédit à la science, et sa volonté de ne pas ralentir la lente reprise économique qui était programmée pour 2020.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’autres Etats comme le Mexique et le Nicaragua se refusent à prendre des mesures radicales. Il est vrai que dans ces pays, confiner les travailleurs du secteur informel revient à les priver de ressources et les expose à la pauvreté extrême.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Les réactions et les propos du président du Brésil Jair Bolsonaro, qui se plaint que ses concitoyens critiquent son irresponsabilité et cèdent à la panique, ont provoqué un scandale dans le pays.&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Effectivement, à plusieurs reprises Bolsonaro a qualifié la menace du Covid-19 de dérisoire. Il a évoqué la propagation d’une « petite grippe » sans conséquence. Cette position du président a généré un conflit avec différentes institutions, notamment certains gouvernements régionaux, qui ont déclaré unilatéralement des quarantaines, comme à Rio ou São Paulo.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bolsonaro a notamment décidé de lancer un message exhortant les Brésiliens à maintenir l’activité productive du pays, en débloquant 4,8 millions de reais (850 000 euros) pour une campagne de communication, &lt;i&gt;Brasil não pode parar&lt;/i&gt; (« Le Brésil ne peut pas s’arrêter »). La justice fédérale du pays l’a immédiatement suspendue, en interdisant la diffusion des spots de communication.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Face à l’inaction de l’exécutif, voire le refus de Bolsonaro de reconnaître l’urgence de la situation, la Chambre des députés a fini par approuver une aide économique, le &lt;i&gt;coronavoucher &lt;/i&gt;de 600 reais qui est attribué aux familles informelles et celui de 12 00 reais accordé aux mères célibataires. De même, certaines mairies ont pris l’initiative de coordonner la distribution de biens essentiels avec des comités de quartiers informels, comme dans la favela de Paraisópolis à São Paulo. Dans certains quartiers, cependant, la persistance du crime organisé ajoute à l’instabilité politique locale, de même que le refus d’une intervention directe de l’Etat pour venir en aide aux populations. Trois favelas cariocas voient ainsi leur couvre-feu assuré dans le cadre de la quarantaine par le Comando Vermelho, un des plus grands réseaux de crime organisé du Brésil. Début avril, le soutien économique voté par la Chambre n’avait ainsi toujours pas atteint les quartiers populaires brésiliens.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les réponses contradictoires ou ambigües des différentes institutions de l’Etat génèrent ainsi de la confusion et retarde une action efficace et coordonnée, nécessaire pour éviter le désastre sanitaire et économique.&lt;br&gt;Fin mars, après les chutes à répétition de la bourse de São Paulo, le Brésil a annoncé un plan de sauvetage de l’économie de 150 milliards de reais (26,4 milliards d’euros) qui vont être injectés dans l’économie sur trois mois. Le ministre de l’Économie, Paulo Guedes, partisan d’une politique budgétaire stricte, a cependant précisé dans la foulée que le Brésil ne disposait que de peu de marge de manœuvre fiscale, après deux ans de récession et trois années de croissance faible.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Quelles conséquences peut-avoir le comportement de Jair Bolsonaro au niveau politique ? Comment envisagez-vous le Brésil post-Covid-19 ?&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Le président est suivi par une partie de la population, notamment dans les milieux évangéliques. Les conséquences sanitaires risquent d’être dévastatrices.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au niveau politique cependant, il n’est pas sûr que Bolsonaro paye le prix de son irresponsabilité. Les sondages montrent que les Brésiliens n’approuvent pas ses prises de positions mais également qu’ils ne souhaitent pas pour autant la destitution de leur dirigeant. La distance qu’il prend vis-à-vis des gouverneurs des Etats ou même de son propre gouvernement est stratégique. Le moment venu, Bolsonaro se présentera comme le sauveur ayant résisté aux inepties de la classe politique. Son modèle semble bien être Donald Trump...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du côté des classes populaires et de la société civile, des formes de solidarité et d’auto-organisation se sont créées spontanément pour faire face au Covid-19, mais aussi pour protester contre Bolsonaro, qui est hué tous les soirs à 20h depuis certains balcons. Dans les quartiers populaires, des ONG locales distribuent des produits de première nécessité, et font de la prévention. L’aide entre voisins fleurit également, notamment sur les groupes &lt;i&gt;Whatsapp&lt;/i&gt;, les favelas étant les couches de la population les plus organisées et les plus solidaires de la société brésilienne. Si ces solidarités risquent d’être insuffisantes pour éviter une hécatombe sanitaire et économique en l’absence d’intervention de l’Etat, elles laissent cependant présager l’émergence de reconfigurations et de nouvelles sociabilités dans l’espace politique brésilien post-Covid-19.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Corinne Deloy&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A SAVOIR&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;L&apos;Observatoire politique de l&apos;Amérique latine et des Caraïbes (OPALC) propose un Dossier très complet réalisé par Roman Perdomo et Sebastián Urioste, &lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/opalc/content/le-covid-19-en-amerique-latine.html&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;i&gt;Le Covid-19 en Amérique latine (Recueil de sources primaires et secondaires)&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Street art et démocratie en Amérique latine]]></title><description><![CDATA[Entretien avec Olivier Dabène]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/street-art-et-democratie-en-amerique-latine</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/street-art-et-democratie-en-amerique-latine</guid><pubDate>Thu, 24 Oct 2019 10:13:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/2f6a958148b25a374b699ac9037ef2e5/762c8/streetartlatina_0_e3d6271df9.png" length="0" type="image/png"/><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien avec Olivier Dabène, auteur de Street Art and Democracy in Latin America (Palgrave, 2019)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;D’où vient votre intérêt pour le street art ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;A l’origine de ce projet, il y a un séjour de deux ans (entre 2000 et 2002) à São Paulo, au Brésil. A l’époque, je m’intéressais surtout à la démocratie telle qu’elle pouvait fonctionner au niveau local dans des contextes difficiles, comme des niveaux de violence élevés et des inégalités dramatiques. C’est au cours de mon enquête dans les quartiers les plus défavorisés de la ville que j’ai découvert une créativité fascinante. J’ai commencé à étudier la manière dont certains groupes d’exclus se servaient de l’art comme expression de leur frustration et comme accès et contribution au débat public. La musique rap et la littérature que l’on pourrait qualifier de marginale ont fait l’objet d’un livre (Exclusion et politique à São Paulo. Les outsiders de la démocratie au Brésil publié chez Karthala en 2006) tandis que d’autres formes d’expression artistique politiques intéressantes étaient reléguées au second plan. Après dix années passées à explorer d’autres sujets, ma fascination pour la culture urbaine a repris le dessus et j’ai entamé une recherche comparative sur le &lt;i&gt;street art &lt;/i&gt;et la démocratie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Quelle est la thèse de l’ouvrage ? Quelles en sont les idées principales ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Il y a deux arguments principaux dans le livre. D’abord, lorsque les artistes envahissent l’espace public pour exprimer leur rage et pour faire connaître et diffuser leurs revendications ou leurs points de vue, ils contribuent à une prise de conscience du public et demandent des comptes aux autorités. Ils peuvent également interagir avec leurs voisins et contribuer au resserrement de liens communautaires. En conséquence, et tel est mon argument, ils se comportent en citoyens urbains et encouragent une démocratie délibérative de rue et ce, même s’ils violent la loi régulièrement. Ensuite, le street art révèle la manière dont l’espace public est gouverné. Lorsque les autorités locales tentent de contenir, de réguler, et de surveiller – voire de réprimer – les invasions de l’espace public, ils peuvent atteindre leurs objectifs de façon démocratique si au lieu de pénaliser l’activité ils entament un dialogue avec les artistes et tentent d’aboutir à une forme d’entente fondée sur la conception de la ville comme un commun.&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center image_resized&quot; style=&quot;width:92.99%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/Lapiztola_44e9e4aad9.jpg&quot; alt=&quot;Street art by Lapiztola&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;(crédits : Lapiztola)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h3&gt;Comment avez-vous travaillé ? Quelle méthodologie avez-vous adoptée ? Comment avez-vous choisi les lieux que vous avez étudiés et les artistes que vous avez interrogés&amp;nbsp;?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;J’ai conduit 63 entretiens dans cinq villes latino-américaines afin de collecter des données empiriques et réaliser des études de cas approfondis de chacune de ces villes.&amp;nbsp;&lt;br&gt;J’ai choisi les cinq municipalités dans cet ouvrage en fonction de leur distance par rapport à un idéal-type démocratique qui s’appuie sur deux éléments qui se chevauchent et se nourrissent mutuellement : des artistes citoyens urbains qui renforcent la démocratie depuis la rue et des autorités désireuses de délibérer à propos de l’usage des espaces publics et d’encourager la gouvernance urbaine collaborative. Mon cas «&amp;nbsp;repère&amp;nbsp;» était Bogota (en Colombie), puis il y a eu São Paulo (Brésil), Valparaíso (Chili), Oaxaca (Mexique) et La Havane (Cuba).&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center image_resized&quot; style=&quot;width:90.69%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/Bogota_a7307d5800.jpg&quot; alt=&quot;Street art in Bogota. Copyright Shutterstuck&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;Street art in Bogota. (crédits : Shutterstuck)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center image_resized&quot; style=&quot;width:89.06%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/ceri_streetart_valparaiso_8330d9d13f.jpg&quot; alt=&quot;Street art à Valparaiso&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;Street art à Valparaiso (crédits : Shuterstock)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h3&gt;Existe-t-il une contradiction – chez les street artists – entre le fait d’agir comme un citoyen urbain et le fait de violer la loi régulièrement&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Le fait de violer la loi est un acte de défiance qui porte un sens politique. La plupart des artistes que j’ai interrogés m’ont expliqué qu’ils avaient un message à transmettre et qu’ils avaient choisi de leur faire en intervenant sur un mur, même s’ils prenaient le risque d’être arrêtés&amp;nbsp;!&amp;nbsp;&lt;br&gt;Pour moi, les &lt;i&gt;street artists&lt;/i&gt; sont des citoyens urbains si/quand ils expriment publiquement des sujets de préoccupation communs. La légalité n’est pas un critère. J’admets volontiers que c’est une posture dont on peut débattre mais je mets délibérément l’accent sur ce qu’on appelle communément l’&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, c’est-à-dire dans le cas précis la capacité des groupes défavorisés à accéder au &lt;i&gt;demos&lt;/i&gt;. Pour moi, la démocratie délibérative peut bien s’accommoder de quelques expressions illégales.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;De quelle façon le street art montre-t-il la manière dont l’espace public est gouverné ?&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Il suffit d’observer les murs des villes pour savoir si les municipalités sont disposées à tolérer ou même à encourager certaines formes de street art ou si au contraire, elles ne le sont pas et se précipitent pour repeindre les murs. En allant un peu plus loin, on observe différents types d’interactions entre les artistes et les autorités. J’ai été particulièrement intéressé par la gouvernance coopérative, lorsque les artistes et les autorités ouvrent un espace de délibération et tentent de trouver un terrain d’entente, se mettent d’accord sur certaines règles inspirées de la conception de la ville comme appartenant à tous.&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image_resized&quot; style=&quot;width:90.3%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/ceri_streetart_havane_9ddf193407.jpg&quot; alt=&quot;Street art à La Havane&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;Street art à La Havane (crédits : Shutterstock)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h3&gt;Quelles surprises ont émaillé cette recherche ?&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-left image_resized&quot; style=&quot;width:17.12%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/Sao_20_Paulo_20_Pixa_210a8586c2.jpg&quot; alt=&quot;Pixação in Sao Paolo&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;(crédits : Olivier Dabène)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Je savais à l’avance que les artistes que j’allais rencontrer avaient de nombreuses histoires à me raconter sur le politique mais cette recherche de terrain m’a apporté plus que ce que j’avais espéré. Les artistes de La Havane, bravant les interdits pour intervenir sur les murs du centre-ville par exemple. Je ne m’attendais pas à trouver autant d’artistes s’exprimant publiquement à Cuba.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Reste qu’au-delà des surprises, ce projet m’a offert des rencontres incroyables. J’ai vraiment apprécié ce terrain. Les conversations que j’ai pu avoir avec les artistes étaient fluides et nous parvenions à aller au cœur des choses et de leur besoin de partager des émotions.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Commentaires de quelques œuvres&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Dans mon ouvrage, je veux montrer que le &lt;i&gt;street art&lt;/i&gt; contribue à la formation de l’opinion et ainsi, à la démocratie délibérative. Les trois exemples commentés ci-dessous illustrent cette proposition.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stencil de Fidel Castro à La Havane, Cuba.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-left image_resized&quot; style=&quot;width:19.98%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/Fidel90_b6ef410097.jpg&quot; alt=&quot;Stencil in Havana&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Je suis tombé sur ce pochoir à La Havane (Cuba), montrant le profil de Fidel Castro au-dessus d’une forme arithmétique simple : 90+. Pour certains, le message aura été un rappel de l’âge avancé de leur &lt;i&gt;líder máximo&lt;/i&gt; tant aimé, une inquiétude transformée en peine et en nostalgie après sa mort en 2017. D’autres, probablement silencieux, y voyaient un rappel du fait – regrettable – que l’homme avait dirigé le pays pendant si longtemps, et même depuis son lit de malade pendant les dernières années. Qu’il s’agisse d’un hommage ou d’une critique, il n’y a aucun moyen de savoir a priori ce que l’artiste a voulu dire, mais il y a toutes les raisons de penser que tout le monde s’est senti concerné et s’est trouvé conforté dans son opinion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Imaginez San José...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-left image_resized&quot; style=&quot;width:34.53%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/Imaginate_0_2c6668c68b.jpg&quot; alt=&quot;Stencil in San José par Yamil de la Paz Garcia&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;Stencil in San José par Yamil de la Paz Garcia (crédits : Yamil de la Paz Garcia)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;A San José (Costa Rica), j’ai pu rencontrer l’artiste Yamil de la Paz García, auteur d’un pochoir disant «&amp;nbsp;Imaginez San José sans barreaux aux fenêtres&amp;nbsp;»&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;L’injonction de Yamil à imaginer une ville différente sonne comme un défi posé aux habitants habitués à naviguer dans un environnement perçu comme hostile. Yamil n’essaie clairement pas d’imposer sa propre opinion, et c’est là qu’il se comporte en citoyen urbain, il invite ses concitoyens à reconsidérer leurs perceptions de la ville, à participer à des débats publics sur l’insécurité et à se faire leur propre opinion. Dans une certaine mesure, cette invitation à «&amp;nbsp;imaginer&amp;nbsp;» est neutre en ce qu’elle laisse la liberté à l’interprétation&amp;nbsp;: il s’agit soit d’une évocation d’une époque dorée où il y avait une plus grande sociabilité dans les rues et les quartiers ou soit à l’inverse d’un futur cauchemardesque où les habitants seraient incapables de se protéger de la petite criminalité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail de Lapiztola à Oaxaca&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-left image_resized&quot; style=&quot;width:33.79%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/Union_Force_8231e64114.jpg&quot; alt=&quot;Artwork by Lapiztola&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;Artwork by Lapiztola (crédits : &amp;nbsp;Lapiztola)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Je suis très admiratif du travail de Lapiztola à Oaxaca (Mexique), un &lt;i&gt;crew&lt;/i&gt; composé de deux artistes, Rosario et Roberto.&lt;br&gt;Cette photographie est très emblématique de leur œuvre, qui comprend toujours plusieurs sens à partir de symboles et d’une attention particulière portée aux détails. Le pochoir représente une enfant indigène chassant un cochon, et sa mère qui l’observe - par nécessité de trouver à manger&amp;nbsp;? L’œuvre est en fait bien plus complexe que cette première impression. En réalité, la jeune fille essaie de tatouer le cochon, évoquant ainsi une marque de la propriété privée, comme les propriétaires terriens le font avec leur bétail. L’observation des détails nous montre cependant que la fillette elle-même porte des tatouages au bras droit. L’un dit «&amp;nbsp;Union et force&amp;nbsp;», l’autre représente un oiseau accompagné du mot «&amp;nbsp;Libre&amp;nbsp;». Le porc a également deux tatouages : une aile et une fleur, dénommées avec ironie «&amp;nbsp;Viva la vida&amp;nbsp;» et l’autre représentant l’œil de la Providence. Le cochon porte plusieurs marques de blessures, que l’on pourrait interpréter comme des tentatives de tatouages ratées.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Lors d’une conversation avec Rosario, il a semblé qu’elle n’avait pas toutes les réponses et qu’elle souhaitait que certaines questions restent sans réponse. Ces deux artistes laissent libre court à leur imagination … et laissent les passants réagir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis et traduits par &lt;strong&gt;Miriam Périer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Quatre questions sur l'Amérique latine]]></title><description><![CDATA[Entretien avec Olivier Dabène,]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/entretien-avec-olivier-dabene</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/entretien-avec-olivier-dabene</guid><pubDate>Tue, 29 Jan 2019 10:05:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/08132c1597ddd97cedde38efa8b771b0/6e54a/amla_97520e8300.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;A l’occasion de la parution en français et en espagnol, de &lt;a href=&quot;https://sciencespo.hal.science/CERI-ETUDES/hal-03387600v1&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;i&gt;Amérique latine - L’année politique 2018&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (Etude du CERI n°239-240), entretien avec &lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt;, professeur des universités, fondateur et président de l’&lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/opalc/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Alors que Donald Trump arrive à mi-mandat de sa présidence, quel premier bilan peut-on tirer de son action a l’égard de l’Amérique latine ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;L’Amérique latine n’est pas sa priorité. L’agenda du président des Etats-Unis comprend toutefois deux dossiers qui lui tiennent à cœur : le Venezuela et les migrations. Donald Trump défend l’option de la sortie de crise au Venezuela par un changement de régime. Il a l’appui du groupe de Lima (qui regroupe treize pays d’Amérique latine, en majorité dirigés par des gouvernements conservateurs). La stratégie consiste à durcir les sanctions. Quant au thème migratoire, la construction d’un mur le long de la frontière avec le Mexique est censée stopper les caravanes de migrants en provenance d’Amérique centrale. Le président américain agite le spectre d’une «&amp;nbsp;invasion&amp;nbsp;» à des fins de politique intérieure alors que les entrées de migrants ont beaucoup diminué depuis une décennie. Ailleurs, Donald Trump conforte et soutient les présidents les plus radicaux du continent, comme Jair Bolsonaro, récemment élu au Brésil.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;L’Amérique latine semble saisie d’un désenchantement démocratique. Comment expliqueriez-vous ce phénomène ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;En 2018, pour la sixième année consécutive, les appuis à la démocratie ont baissé. Trois raisons expliquent ce désenchantement : l’insécurité, l&apos;économie et la corruption. Toutefois, la déception à l’égard de la démocratie ne se traduit pas par un soutien aux solutions autoritaires. L’opinion publique est plutôt de plus en plus indifférente au type de régime. Si des candidats aux élections font preuve de comportements d’autocrates, il ne leur en sera pas tenu rigueur. &amp;nbsp;Ainsi au Brésil, la tentative pour constituer un «&amp;nbsp;front républicain&amp;nbsp;» pour défendre la démocratie entre les deux tours de l’élection présidentielle a lamentablement échoué et les Brésiliens, comme les Américains et tant d’autres, ont élu une personnalité autoritaire.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Les Cubains se prononceront sur le projet de Constitution le 24 février. prochain Ce scrutin comme l’élection de Miguel Diaz-Canel à la présidence du Conseil d&apos;Etat de la République de Cuba en remplacement de Raul Castro peuvent-ils annoncer une transformation du système politique de l’île ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Cuba a renouvelé son personnel dirigeant en 2018. Le nouveau président Diaz-Canel est un quinquagénaire pragmatique. La nouvelle Constitution reconnaît l’importance du marché mais n’élimine pas le rôle dirigeant du Parti communiste. Elle n’ouvre pas la voie à une transition vers la démocratie représentative mais consacre des évolutions récentes, notamment au plan économique. Sur le plan politique, elle prévoit pour le président un mandat de cinq ans, renouvelable une fois.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Jusqu’où l’armée du Venezuela soutiendra-t-elle Nicolas Maduro qui vient de débuter son deuxième mandat à la tête du pays ? Quelle est la réaction du groupe de Lima qui s’était formé pour résoudre la crise, ou plutôt les crises, qui secoue(nt) le Venezuela au coup d&apos;éclat de Juan Guaido ?&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Il existe des tensions au sein de l’armée et de nombreux militaires ont été arrêtés mais la hiérarchie reste fidèle au président. Les militaires, de fait, gouvernent le pays, et les plus hauts gradés se sont considérablement enrichis. La révolte peut venir de la troupe ou des sous-officiers, qui comme les autres citoyens souffrent de la situation économique et sanitaire, mais ceux-ci sont très surveillés.&lt;br&gt;Les pays membres du groupe de Lima, à l’exception notable du Mexique, ont décidé de ne pas reconnaître la deuxième élection de Nicolas Maduro à la présidence de la République. Ils n’ont pour autant pas été au-delà et mis des sanctions économiques en place. Ces pays ne possèdent pas non plus de plan précis pour une intervention militaire mais ils ont en revanche déclaré reconnaître Juan Guaido comme président légitime du pays. Ce dernier, élu président de l’Assemblée nationale vénézuelienne le 5 janvier dernier, juge le scrutin du 20 mai 2018 contestable (une partie de l&apos;opposition a été interdite de candidature). Par conséquent, selon lui, Caracas connaît une vacance du pouvoir. En application de la Constitution, il assume aujourd&apos;hui l’intérim jusqu’à d’hypothétiques nouvelles élections.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Corinne Deloy&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Plan Cóndor: la justicia argentina se pronuncia]]></title><description><![CDATA[Par Nicolás Boeglin ]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/plan-condor-la-justicia-argentina-se-pronuncia</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/plan-condor-la-justicia-argentina-se-pronuncia</guid><pubDate>Thu, 16 Jun 2016 22:00:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/e5a6bd989832c728f8b12f6ead766796/a0872/opalc_kissinger_rafael_videla_eaa7f29961.png" length="0" type="image/png"/><content:encoded>&lt;p&gt;Par &lt;strong&gt;Nicolás Boeglin&lt;/strong&gt;*&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Resumen&lt;/h2&gt;&lt;section class=&quot;promoted-content-red&quot;&gt;&lt;div class=&quot;promoted-content-container-red&quot;&gt;&lt;p&gt;La parte resolutiva de una histórica sentencia se leyó el pasado viernes 27 de mayo en Argentina, al condenarse por vez primera en la historia a los responsables nacionales de la Operación Cóndor: gracias en parte al descubrimiento en Paraguay de los denominados “Archivos del terror” en diciembre de 1992, esos y otros archivos militares permitieron documentar diversas demandas, una de ellas siendo presentada en 1999 después de varios años en los que se investigó en toda la región esta acción coordinada&amp;nbsp; a partir de 1975 por los aparatos militares de seis Estados de América Latina. La sentencia abre nuevas perspectivas para investigaciones en curso en una región en la que la justicia argentina pareciera ser la única en poder llevar a feliz término la exigencia de justicia de las víctimas, de los familiares de víctimas, y de las organizaciones de la sociedad civil. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/section&gt;&lt;h2&gt;Introducción&lt;/h2&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;El pasado viernes 27 de mayo del 2016, la justicia de Argentina dictaminó su decisión con relación a una causa promovida por las víctimas y familiares de víctimas del denominado &quot;&lt;i&gt;Plan Cóndor&lt;/i&gt;&quot;. Es la primera vez en la historia que los responsables nacionales de la &quot;Operación Cóndor&quot; reciben una condena en América Latina. La sentencia (ver&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;http://www.lavozdelderecho.com/files/314042699-Sentencia-Plan-Condor.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;texto&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; completo &lt;/strong&gt;) fue leída a partir de las 15:30, hora en Argentina y pudo seguirse la transmisión en vivo en &amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.cij.gov.ar/cijtv/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;este enlace&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; . Varias sedes diplomáticas de Argentina ofrecieron la transmisión en vivo desde una pantalla gigante (fue por ejemplo, el caso de la legación diplomática de Argentina en Asunción así como de todas las embajadas de Argentina &amp;nbsp;en los demás Estados miembros del MERCOSUR – ver&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;http://www.ippdh.mercosur.int/embajadas-argentinas-de-la-region-trasmiten-en-vivo-sentencia-de-la-causa-del-plan-condor/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;nota&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;En este &amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.clarin.com/politica/Condenas-Plan-Condor-dictador-Bignone_0_1584441735.html&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;artículo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; publicado pocos minutos después de leída la sentencia por el periódico Clarín, se precisan las penas dictaminadas por los tres jueces:&quot;&amp;nbsp;&lt;i&gt;A continuación, el listado completo de condenados y las penas impuestas:&amp;nbsp;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;-Santiago Omar Riveros: 25 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt;-Miguel Angel Furci: 25 años de prisión e inhabilitación absoluta y perpetua.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt;-Reynaldo Benito Bignone: 20 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt;-Eduardo Samuel De Lío: 12 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;-Humberto José Román Lobaiza: 18 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;-Enrique Braulio Olea: 13 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;-Luis Sadi Pepa: 12 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt;-Rodolfo Emilio Feroglio: 20 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt;-Carlos Caggiano Tedesco: 12 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt;-Antonio Vañek: 13 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt;-Eugenio Guañabens Perelló: 13 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt;-Felipe Jorge Alespeiti: 12 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;13&lt;/strong&gt;-Manuel Cordero Piacentini: 25 años de prisión.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;14-&lt;/strong&gt;Néstor Horacio Falcón: 12 años de prisión e inhabilitación especial para ejercer cargos públicos por el doble de tiempo de la condena.&amp;nbsp;&lt;strong&gt;15&lt;/strong&gt;-Federico Antonio Minicucci: ocho años de prisión. Juan Avelino Rodríguez y Carlos Tragant fueron absueltos&lt;/i&gt;&quot;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Cabe precisar que uno de los acusados, Santiago Omar Riveros, cuenta con 92 años de edad. En la precitada &amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.clarin.com/politica/Condenas-Plan-Condor-dictador-Bignone_0_1584441735.html&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;nota&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; del periódico Clarín, se indica que &quot;&lt;i&gt;Los jueces Adrián Federico Grünberg, Oscar Ricardo Amirante y Pablo Gustavo Laufer y el juez sustituto Ricardo Angel Basílico comenzaron en 2003 este juicio oral donde había 32 acusados, de los cuales solo 17 llegaron vivos al momento de la lectura del veredicto&lt;/i&gt;&quot;.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Como bien se sabe, el &quot;&lt;i&gt;Plan Cóndor&lt;/i&gt;&quot; inició con un acuerdo suscrito en 1975 entre los cuerpos de inteligencia de seis Estados (Argentina, Bolivia Brasil, Chile, Paraguay, Uruguay). Con la ayuda de los servicios de inteligencia de Estados Unidos&lt;fn data-id=&quot;1774514873972-1&quot;&gt;Véase un reciente artículo, entre muchos más, sobre el involucramiento de Estados Unidos en el Plan Cóndor: MCSHERRY J.P. y DINGES J., “El rol de Estados Unidos”, in GARZÓN REAL B. (Director), Operación Cóndor: 40 años después, Centro Internacional para la Promoción de los Derechos Humanos (CIPDH) / UNESCO, Buenos Aires, 2016, pp. 163-180. Texto completo de esta obra disponible &lt;a href=&quot;https://www.cipdh.gob.ar/pdf/Operacion_Condor.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;aqui&lt;/a&gt;&lt;/fn&gt;, su objetivo consistió en coordinar los esfuerzos en la denominada “&lt;i&gt;lucha contra la subversión&lt;/i&gt;”.&amp;nbsp;Investigaciones periodísticas realizadas en Francia a mediados de los años 2000 sugieren que Francia aportó asesoría técnica militar en la lucha antisubversiva en América Latina en aquella época,&amp;nbsp; a partir de su experiencia durante la guerra de Argelia (1954-1962): ver al respecto, entre otros, el&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.elortiba.org/soja.html&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;reportaje&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; titulado “&lt;i&gt;Escuadrones de la muerte. La escuela francesa. La doctrina francesa y el terror en América Latina&lt;/i&gt;” y la entrevista a Marie Monique Robin en francés&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;http://www.arte.tv/sites/robin/2011/07/31/escadrons-de-la-mort-lecole-francaise-et-torture-made-in-usa-ou-comment-fabriquer-des-terroristes/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;disponible&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; en el sitio de la cadena franco-alemana Arte.tv, en la que se lee que: “&lt;i&gt;À n’en pas douter, les Argentins furent les meilleurs élèves des Français. Le général Martin Balza, chef d’Etat major de l’armée argentine dans les années 90 , m’a parlé d’une « contamination néfaste » des officiers de son pays par les instructeurs français. Tous les généraux que j’ai interviewés – le général Harguindéguy, ministre de l’Intérieur de Videla, le général Diaz Bessone, ex ministre de la planification et idéologue de la junte, le général Bignone, le dernier dictateur argentin, tous m’ont confirmé que la « bataille de Buenos Aires » était une « copie de la bataille d’Alger », inspirée directement des enseignements des Français&amp;nbsp;&lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;La demanda ante la justicia argentina&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;La demanda de los familiares de las víctimas fue interpuesta inicialmente en Buenos Aires en 1999 y no fue sino en el 2013 que fueron convocadas las primeras audiencias ante jueces argentinos.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;En este&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB514/docs/Doc%2004%20-%2024087%20108254%201.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;documento oficial&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;de una reunión celebrada entre altos funcionarios de Estados Unidos y de Argentina el 10 de junio de 1976, se puede leer que para el representante de Estados Unidos, Henry Kissinger: &quot;&lt;i&gt;If there are things that have to be done, you should do them quickly. But you should get back quickly to normal procedures&lt;/i&gt;&quot;.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;&lt;br&gt;La ONG argentina CELS, fundada por&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.cels.org.ar/common/documentos/Biografia_EFMignone.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;Emilio Mignone&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;(1922-1998), fue la entidad que inició la recopilación de testimonios durante más de 15 años en distintos lugares, y la que presentó, con otras entidades, varias demandas ante los juzgados argentinos. Actualmente, dos son las demandas en trámite ante la justicia en su fase final: una relacionada con el &quot;&lt;i&gt;Plan Condor&lt;/i&gt;&quot; y otra, denominada &quot;&lt;i&gt;Automotores Orletti&lt;/i&gt;&quot; (ver detalles de cada una en las&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://www.lac.ox.ac.uk/article/justice-without-borders-the-operation-condor-trial-and-accountability-for-transnational-crim&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;conclusiones&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;de reciente seminario auspiciado en el 2015 en Oxford por la Open Society y la British Academy, entre otras entidades). En el caso de la primera causa, cuya sentencia fue parcialmente leída en Buenos Aires (la parte resolutiva únicamente), de las 106 víctimas, 45 son uruguayas, 22 son chilenas, 15 paraguayas, 13 bolivianas, 10 argentinas y una es de nacionalidad ecuatoriana. La Secretaría de Derechos Humanos, órgano del Estado argentino, también figura entre las entidades que apoyan las reivindicaciones de las víctimas.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;La soledad de la justicia argentina en la región&lt;/h2&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Desde la perspectiva de los diversos logros obtenidos en materia de derecho internacional de los derechos humanos, esta decisión leída el pasado 27 de mayo representa un sustantivo avance en la lucha contra la impunidad por crímenes del pasado en América Latina. Una lucha en la que pareciera que la justicia argentina cuenta con herramientas legales mucho más efectivas y con jueces mucho más determinados que las de otros Estados afectados por esta misma operación regional. En algún momento, los tribunales de Chile y de Argentina parecieron situarse a la vanguardia en la lucha contra la impunidad.&amp;nbsp; En el 2001, leemos incluso que, para el jurista argentino Eugenio Raúl Zaffaroni, hoy juez en la Corte Interamericana de Derechos Humanos, &lt;i&gt;“… es hoy el poder judicial chileno el que asume la delantera, frente al argentino que, no obstante, parece recuperar iniciativa en los últimos años, investigando los crímenes que no han quedado impunes en función de amnistía o indulto&amp;nbsp; y haciendo lugar a las investigación de la verdad, con lo cual se reconoce&amp;nbsp; el derecho de víctimas&amp;nbsp; y deudos y se señala que no es la condenación el único objetivo del proceso penal&lt;/i&gt;”&lt;fn data-id=&quot;1774514953562-2&quot;&gt;Véase ZAFFARONI E.R., “Los aportes y desarrollo del Poder Judicial en la lucha contra la impunidad”, in ABREGÚ M., MARIEZCURRENA J. y MÉNDEZ J.E., Verdad y Justicia. Homenaje a Emilio F. Mignone, Instituto Interamericano de Derechos Humanos (IIDH) / Centro de Estudios Legales y Sociales (CELS), San José, 2001, pp.47-63, p.58.&lt;/fn&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;La resistencia de las estructuras judiciales no se limita a la de los Estados del Cono Sur: en febrero pasado tuvimos la oportunidad de analizar el caso de&amp;nbsp;Timoteo Mendieta Alcalá, fusilado en 1939 en España por las fuerzas franquistas. La exhumación realizada en enero del 2016 de su cuerpo ubicado en una fosa común en España se debió a una solicitud realizada por una jueza desde… Argentina (ver nuestra breve &amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.eljurista.eu/2016/03/06/justicia-con-a-de-ascension-a-proposito-de-la-exhumacion-de-una-fosa-espanola-a-solicitud-de-una-jueza-de-argentina/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;nota&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; titulada: &quot;&lt;i&gt;JusticiA con A de Ascensión: a propósito de la exhumación de una fosa española a solicitud de una jueza de Argentina&lt;/i&gt;&quot;).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Como bien se sabe, pesan sobre los Estados del hemisferio americano diversas obligaciones derivadas del denominado “Derecho a la Verdad” que la Corte Interamericana ha ido desarrollando en su jurisprudencia.&amp;nbsp; Tal y como lo señaló la Comisión Interamericana de Derechos Humanos en un&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;http://www.oas.org/es/cidh/informes/pdfs/Derecho-Verdad-es.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;informe&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; del 2014 titulado precisamente &amp;nbsp;“&lt;i&gt;Derecho a la verdad en América”, &lt;/i&gt;persisten aún varios desafíos en la región en cuanto a su debida implementación (véase en particular sus conclusiones en páginas 115-117 ).&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center image_resized&quot; style=&quot;width:90.64%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/opalc_vesubio_fd6d3ca062.png&quot; alt=&quot;El centro de detención clandestino El Vesubio&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;El centro de detención clandestino El Vesubio (crédits : Imagen extraída de nota del CELS )&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Se lee en el&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.cels.org.ar/especiales/plancondor/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;sitio del CELS&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;que: &quot;&lt;i&gt;El Plan Cóndor fue un sistema formal de coordinación represiva entre los países del Cono Sur que funcionó desde mediados de la década del setenta hasta iniciados los años ochenta para perseguir y eliminar a militantes políticos, sociales, sindicales y estudiantiles de nacionalidad argentina, uruguaya, chilena, paraguaya, boliviana y brasileña. Su acta de fundación está fechada el 28 de noviembre de 1975 en Santiago de Chile, durante la clausura de la Primera Reunión de Inteligencia Nacional, y lleva las firmas de los representantes de Inteligencia de la Argentina (Jorge Casas, capitán de navío, SIDE), Bolivia (Carlos Mena, mayor del Ejército), Chile (Manuel Contreras Sepúlveda, jefe de la DINA), Uruguay (José Fons, coronel del Ejército) y Paraguay (Benito Guanes Serrano, coronel del Ejército)&lt;/i&gt;&quot;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2 style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Los &quot;archivos del terror&quot; y los documentos secretos desclasificados en Estados Unidos&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Para documentar las acciones cometidas de manera coordinada por los aparatos de inteligencia, se procedió a establecer un Proyecto de Documentación del Plan Cóndor, un archivo que incluye una gran cantidad de documentos desclasificados de los servicios de inteligencia, y que fueron presentados a los jueces argentinos hace unos años. Las entidades públicas en materia de derechos humanos del Cono Sur por su parte también procedieron a organizar, a sistematizar y a poner en línea un fondo documental de archivos sobre el Plan Cóndor (ver&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://atom.ippdh.mercosur.int/index.php/informationobject/browse&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;sitio&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;). En el 2009, la UNESCO, a solicitud de Paraguay, declaró&amp;nbsp;patrimonio documental de la humanidad&amp;nbsp;la gran cantidad de documentos encontrados (700.000 folios) en el cuarto de una casa en la localidad de Lambaré en Paraguay, &amp;nbsp;en su mayoría relativas al Plan Cóndor (así como a la represión política en los 80 en Paraguay). Este inédito hallazgo se debió a un juez paraguayo, quién actuó a solicitud de una incansable víctima de la represión paraguaya en los años 80,&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Martin Almada&lt;/strong&gt;: un educador torturado por personas con distintos acentos del Cono Sur en los años 80 y quién demostró al mundo cuán persistente se debe de ser cuando de lucha contra la impunidad se trata. El 22 de diciembre de 1992, los denominados &lt;i&gt;&quot;Archivos del Terror&quot;&lt;/i&gt; vieron la luz del día: &quot;&lt;i&gt;no quiero ser desagradable&lt;/i&gt;&quot; debió externar el juez ante la resistencia del oficial a cargo de mantener bajo custodia estos documentos (ver&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=REqeTa7sQGU&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;video&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;en Youtube de esta memorable jornada vivida en Paraguay). EL candado que mantenía clausurada la puerta debió ser destruido con lijas y martillos, y se mantiene la interrogante sobre la identidad exacta de quién(es) poseían su llave.&amp;nbsp; En las declaraciones de Martin Almada, en este &amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.abc.com.py/especiales/memorias-del-stronismo/a-20-anos-del-descubrimiento-de-los-archivos-del-terror-472404.html&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;reportaje&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; de ABC Color del año 2012, al celebrarse 20 años desde este importante hallazgo, se lee que: “&lt;i&gt;Ya caída la dictadura, se cambia la Constitución en 1992 y surge la figura del hábeas data, que fue aprovechada por Almada para solicitar ante el juez José Agustín Fernández el allanamiento del archivo de la Policía. Mientras aún se tramitaba su pedido, el profesional fue contactado por una mujer que le aseguró que los papeles que buscaba no estaban en la capital, sino en un depósito fuera de la ciudad. “Me dio un plano y me dice esta mujer que este mismo plano ya le había dado al entonces diputado Pancho de Vargas y que no le hizo caso”, recuerda&lt;/i&gt;”.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;En la declaratoria para la nominación por parte de la UNESCO de los &quot;&lt;i&gt;Archivos del Terror&lt;/i&gt;&quot; como patrimonio documental de la humanidad, se indica el cuido extremo con el que las entidades de la sociedad civil y las autoridades paraguayas reunieron, clasificaron y pusieron a disposición del público estos documentos: &quot;&lt;i&gt;The classification process of the Archives started in early 1993. The Supreme Court of Justice and the District Attorney’s Office of the State instructed the officers to collaborate with the professional staff specialized in documentations. These specialists were provided by two non-governmental organizations, the Center of Documentation and Studies (CDE) and the Churches Committee for Emergency Assistance (CIPAE). These two NGO’s also represented victims and victims´ families of the dictatorship. In March of 1993, the Supreme Court of Justice created the Center of Documentation and Archives for the Defense of Human Rights (CDyA), which is located in the Palace of Justice. This Center is open to public and researchers. The Center now has microfilm and a digitized system in order to protect the documents. These improvements were made possible by their own resources and with the important cooperation of national and international organizations, universities and other public and private institutions&lt;/i&gt;&quot;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/opalc_marta_landli_gil_50989aaffd.png&quot; alt=&quot;Foto de la ficha encontrada en los &amp;quot;Archivos del Terror&amp;quot; de Marta Landli Gil, ciudadana argentina de 22 años quién escapó de la represión refugiándose en Paraguay, con cuatro compañeros más, en donde fueron capturados en 1977.&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;Fhoto de la fiche trouvée dans les « Archives de la terreur » de Marta Landli Gil&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Extraída de este &lt;a href=&quot;http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB239b/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;artículo&lt;/a&gt; sobre Plan Cóndor. La ficha completa con mayores detalles está disponible &lt;a href=&quot;http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB239b/PDF/19770329%20Dora%20Marta%20Landi%20Gil.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;aquí&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Sobre los documentos secretos recientemente desclasificados en Estados Unidos, se lee en este &amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.politique-actu.com/dossier/plan-condor-kissinger-alejandra-dandan/1332999/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;artículo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; que: &quot;&lt;i&gt;Este archivo es uno de los lugares que guarda los documentos desclasificados del Departamento de Estado de los Estados Unidos sobre las dictaduras de la región. Osorio declaró diez horas en el juicio oral por el Cóndor que se hace en Buenos Aires y que la semana próxima entra en la etapa de alegatos. El investigador presentó un Excel de 900 documentos, 40 por ciento de los cuales provienen del acervo norteamericano y otro tanto del Archivo del Terror paraguayo. De los 900, seleccionó 100 para la audiencia. Su serie no empieza en 1975 con la sabida conferencia de Inteligencia en Chile, en la que se instituyó formalmente la coordinación de las fuerzas represivas bajo el nombre de Cóndor. Empieza en 1972, algo que es su clave de lectura sobre ese proceso.&amp;nbsp;Cuando los defensores vieron en la pantalla de la sala la primera pieza, uno levantó la mano alarmado y objetó lo que le parecía fuera del objeto de juicio. El presidente del Tribunal Oral Federal N° 1 Oscar Amirante lo interrumpió: “Usted tiene conocimiento de cuándo empezó el Plan Cóndor –le dijo el juez–, el tribunal todavía no&lt;/i&gt;”.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Se lee, por parte del hijo de unas de las víctimas de nacionalidad paraguaya, Federico Jorge Tatter Morínigo, que: &quot;&lt;i&gt;Como querellante en la causa y como representante de mi madre, Idalina Tatter, ya fallecida, quien puso mucho empeño en este juicio desde el inicio, estaré presente en el momento histórico en que se dé lectura a la sentencia. Esperamos que el veredicto honre este gran esfuerzo por la justicia&lt;/i&gt;&quot; (ver &amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.ultimahora.com/la-memoria-15-paraguayos-espera-sentencia-crimenes-del-condor-n994532.html&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;nota&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;de Ultima Hora, Paraguay).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2 style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;El Plan Cóndor y la Corte Interamericana de Derechos Humanos&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;En varias sentencias sobre casos de desapariciones forzadas, tortura y asesinatos perpetrados por fuerzas de seguridad, llevados a conocimiento del juez interamericano de derechos humanos, se hace mención de los efectos del Plan Cóndor. Es de mencionar que, desde sus primeras sentencias contra Honduras en 1988, el sistema interamericano se ha mostrado mucho más categórico que el sistema europeo en la lucha contra la impunidad por crímenes del pasado. Se puede leer por parte del profesor Douglass Cassel que &lt;i&gt;“Mientras /…/&amp;nbsp; la jurisprudencia tanto del sistema de&amp;nbsp; las Naciones Unidas como del Consejo de Europa queda menos clara, la jurisprudencia interamericana –fruto de una experiencia larga y trágica, combinada con una oportunidad nueva y esperanzadora-&amp;nbsp; se ha consolidado en contra de la impunidad, sea de hecho o sea en forma de leyes tales como los decretos de amnistía&lt;/i&gt;”&lt;fn data-id=&quot;1774515007046-3&quot;&gt;Véase CASSEL D., “La lucha contra la impunidad ante el sistema interamericano de derechos humanos”, in ABREGÚ M., MARIEZCURRENA J. y MÉNDEZ J.E., op.cit., pp.357-410, p.359&lt;/fn&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;En el primer caso conocido por la Corte Interamericana de Derechos Humanos sobre las acciones llevadas en el marco del Plan Cóndor, presentado contra Paraguay (&lt;i&gt;caso Goiburú y otros contra Paraguay, Sentencia sobre fondo y reparaciones, 2006&lt;/i&gt;), la demanda inicial presentada en 1995 por la Comisión Interamericana de Derechos Humanos&amp;nbsp;precisaba que: “&lt;i&gt;46. Una de las fuentes de pruebas más importante e innegable de los graves abusos cometidos durante la dictadura del General Stroessner es lo que se llamó el &quot;Archivo del Terror&quot;. Este Archivo comprende miles de documentos, sobre todo del Departamento de Investigaciones de la Policía, uno de los principales pilares de represión de la dictadura, que se descubrió y salió a la luz pública en 1992. Estos documentos retratan un panorama grotesco de lo que fue la represión bajo el régimen de Stroessner y contienen abundantes pruebas de miles de violaciones de los derechos humanos, incluida la detención arbitraria, la tortura, las ejecuciones extrajudiciales y las desapariciones&lt;/i&gt;”.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;En su sentencia de setiembre del 2006, la Corte Interamericana por vez primera &amp;nbsp;en su historia, refiere al Plan Cóndor, y lo hace en los siguientes términos:&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&quot;&lt;i&gt;En el caso paraguayo, el Departamento de Inteligencia Militar estuvo a cargo de la coordinación operativa de lo relativo a la Operación Cóndor, cuyo responsable era el entonces coronel Benito Guanes Serrano. Los servicios policiales de inteligencia secundaban las directivas recibidas de dicho departamento, quedando la función operativa a cargo del Jefe de Investigaciones de la Policía, Pastor Milciades Coronel. El Departamento de Investigaciones era el “centro nervioso de la inteligencia política”. La recolección de datos era realizada por funcionarios policiales infiltrados en organizaciones políticas, sociales, sindicales, centros estudiantiles y todo tipo de organismos públicos o privados. 61.10 Sobre los pasos por seguir al detener a un presunto “elemento subversivo”, el Jefe del Departamento de Investigaciones, Pastor Milciades Coronel, manifestó que había tres caminos: 1) Aplicación de la Ley, 2) Desaparición Física y 3) La Alternativa Aplicada.&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&quot;(párrafos 61.9 y 61.10 de la sentencia- ver&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.corteidh.or.cr/docs/casos/articulos/seriec_153_esp.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;texto completo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;En otra sentencia, el caso&amp;nbsp;&lt;i&gt;Gelman contra Uruguay&lt;/i&gt;&amp;nbsp;(Etapa de reparaciones, 2011), la Corte Interamericana de Derechos Humanos se refirió a su sentencia anterior contra Paraguay en los mismos términos en lo referente a la Operación Cóndor: &quot;&lt;i&gt;La mayoría de los gobiernos dictatoriales de la región del Cono Sur asumieron el poder o estaban en el poder durante la década de los años setenta24, lo que permitió la represión contra personas denominadas como “elementos subversivos” a nivel interestatal. El soporte ideológico de todos estos regímenes era la “doctrina de seguridad nacional”, por medio de la cual visualizaban a los movimientos de izquierda y otros grupos como “enemigos comunes” sin importar su nacionalidad. Miles de ciudadanos del Cono Sur buscaron escapar a la represión de sus países de origen refugiándose en países fronterizos. Frente a ello, las dictaduras crearon una estrategia común de “defensa”.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;i&gt;En este marco, tuvo lugar la llamada “Operación Cóndor”, nombre clave que se dio a la alianza que unía a las fuerzas de seguridad y servicios de inteligencia de las dictaduras del Cono Sur en su lucha y represión contra personas designadas como “elementos subversivos”. Las actividades desplegadas como parte de dicha Operación estaban básicamente coordinadas por los militares de los países involucrados. Dicha Operación sistematizó e hizo más efectiva la coordinación clandestina entre “fuerzas de seguridad y militares y servicios de inteligencia” de la región […] Para que la Operación Cóndor funcionara era necesario que el sistema de códigos y comunicaciones fuera eficaz, por lo que las listas de “subversivos buscados” eran manejadas con fluidez por los distintos Estados&lt;/i&gt;&quot; (párrafo 44 de la sentencia - ver&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.corteidh.or.cr/docs/casos/articulos/seriec_221_esp1.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;texto completo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Conclusión&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;La sentencia leída el pasado 27 de mayo del 2016 en Buenos Aires&amp;nbsp; constituye sin lugar a dudas un hito histórico para la lucha contra la impunidad en América Latina, y establece&amp;nbsp; un precedente para proseguir la labor en otros Estados de la región: sus aparatos judiciales no han logrado ofrecer lo que la justicia de Argentina brinda a las organizaciones de víctimas y de familiares de víctimas. Esta sentencia también permitirá reorientar algunas investigaciones sobre hechos ocurridos en los 80. Por ejemplo, hace unos pocos días, se anunció que Argentina, Brasil y Paraguay ayudarán a las autoridades de Ecuador en la investigación relacionada al accidente sufrido por el Presidente Jaime Roldós Aguilera en 1981: ello a raíz de un reciente documental que sugiere que el Plan Cóndor no es para nada ajeno a este &quot;accidente aéreo&quot; (ver&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.larepublica.ec/blog/politica/2016/05/25/argentina-brasil-y-paraguay-cooperan-con-ecuador-para-esclarecer-la-muerte-de-jaime-roldos-en-1981/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;nota&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;de prensa).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Como bien lo indica la periodista Stella Calloni en las conclusiones de la precitada obra colectiva publicada en el 2016 sobre el Plan Cóndor, dirigida por el juez español Baltasar Garzón Real: “&lt;i&gt;No es Cóndor la operación que, como tal, dejó más víctimas en nuestra América, pero si es la concepción más acabada de lo que puede resultar un acuerdo de estas características supranacionales para dinamizar el terrorismo de Estado que se nos impuso simultáneamente a los países del Cono Sur, con sus extensiones a otras naciones y la aplicación de ese mismo esquema bajo otros nombres en Centroamérica en los años 1979-1980.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Es importante entender en su verdadera dimensión el precio que pagaron nuestros países y nuestros pueblos, convertidos en el “enemigo interno” de un proyecto que no era nuestro, en el que no teníamos ninguna posibilidad de defensa&lt;/i&gt;”&lt;fn data-id=&quot;1774515020640-4&quot;&gt;Véase CALLONI S., “Epílogo: Cóndor y el largo camino de la verdad”, in GARZÓN REAL B., op.cit., pp. 255-258, p 257&lt;/fn&gt;.&lt;span style=&quot;color:rgb(42,42,42);&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color:rgb(42,42,42);&quot;&gt;(&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;) Profesor de Derecho Internacional Público, Facultad de Derecho, Universidad de Costa Rica (UCR)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Brésil : quatrième victoire consécutive pour le Parti des travailleurs (2/2)]]></title><description><![CDATA[Par Olivier Dabène]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/bresil-quatrieme-victoire-consecutive-pour-le-parti-des-travailleurs-22</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/bresil-quatrieme-victoire-consecutive-pour-le-parti-des-travailleurs-22</guid><pubDate>Wed, 29 Oct 2014 16:44:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/e79c57bc395fd3b1499f07356e7ebb71/60fce/Rousseff_and_Neves_general_election_October_2014_643a725878.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Par &lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La victoire de Dilma Rousseff au deuxième tour de l’élection présidentielle du 26 octobre au Brésil est à porter au crédit du Parti des travailleurs (PT). Donnée perdante au lendemain du premier tour, peu à son avantage lors des quatre débats télévisés de l’entre-deux tours, Dilma a finalement bénéficié dans les derniers jours de campagne d’un sursaut qui lui a permis de l’emporter. Ce résultat est le produit d’une stratégie visant à distiller un climat de peur. Le candidat du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), Aécio Neves, a été dépeint comme un conservateur qui menacerait les avancées sociales. Le spectre d’un retour aux recettes néolibérales, que son mentor Fernando Henrique Cardoso avait incarnées dans les années 1990, a été agité. Même l’idée selon laquelle Aécio était agressif à l’égard des femmes semble avoir porté ses fruits auprès de l’électorat féminin. En contrepartie, les accusations de corruption lancées par Aécio contre les hiérarques du PT n’ont pas trouvé l’écho escompté auprès des&amp;nbsp;Brésiliens qui ont depuis longtemps perdu toute illusion dans ce domaine. Autre handicap d’Aécio, comme pour l’ensemble des candidats de droite qui tentent de reconquérir le pouvoir en Amérique latine, celui-ci n’a pas été en mesure d’offrir un programme alternatif. Hormis sur quelques sujets, notamment l’insertion internationale du Brésil, rien d’essentiel ne séparait les deux candidats dans leur conception d’un développement économique associant initiatives publique et privée. Aécio n’est pas parvenu à incarner le changement, que pourtant 74% de la population appelait de ses vœux. Les électeurs ne se sont d’ailleurs pas montrés très cohérents puisqu’outre la présidente, 60% des députés fédéraux ont été réélus, ainsi que onze gouverneurs.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Ce paradoxe s’explique. Le PT est devenu une redoutable entreprise de communication, parfaitement en ordre de marche pour remporter sa quatrième élection présidentielle consécutive, alors que le contexte économique ne lui était pas favorable. La formation fondée par Lula a su préserver le soutien de son électorat de la région pauvre du Nord-Est du pays, où le résultat de Dilma a dépassé les 70%, et limiter les pertes dans le Sud plus prospère où Aécio est arrivé en tête, avec 64% des voix par exemple à Sao Paulo. Le PT a conquis par ailleurs cinq postes de gouverneur, dont celui de l’Etat de Minas Gerais, qu’Aécio Neves avait gouverné entre 2003 et 2010.&lt;br&gt;Le candidat de droite a terminé sa campagne avec un taux de rejet supérieur à celui qui était le sein au début de cette dernière. En dépit du soutien de la majorité des grands médias, il a été victime de la campagne de dénigrement du PT et de ses propres erreurs stratégiques.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Le PT saura-t-il faire preuve de la même efficacité pour gouverner le pays&amp;nbsp;? Dilma Rousseff a célébré sa victoire avec retenue, promettant d’être une «&amp;nbsp;meilleure présidente&amp;nbsp;» et souhaitant réconcilier les Brésiliens après une campagne qui a polarisé le pays. Les défis à relever sont immenses. Empêtrée dans un scandale de corruption qui touche la compagnie pétrolière PETROBRAS, la Présidente ne semble pouvoir compter ni sur la demande extérieure ni sur la consommation intérieure pour relancer la croissance. La défense de l’emploi butte sur des contraintes fiscales et la lutte contre l’inflation risque de handicaper la reprise. Dilma pourrait en revanche se départir quelque peu de son penchant pour le protectionnisme et conclure un accord avec l’Union européenne. Concernant le MERCOSUR, il faudra attendre les élections prévues en Argentine pour 2015 pour envisager une éventuelle relance.&lt;br&gt;Dans l’immédiat, Dilma a annoncé trois priorités&amp;nbsp;: la réforme politique, la lutte contre la corruption et la relance de l’économie. Améliorer la gouvernabilité du Brésil semble être un préalable indispensable au rétablissement de la confiance des opérateurs économiques et à la relance de l’investissement. Pour cela, la Présidente devra se doter d’une majorité parlementaire susceptible de soutenir son action. Les partis politiques qui l’ont appuyée disposent sur le papier d’une majorité absolue, mais le «&amp;nbsp;présidentialisme de coalition&amp;nbsp;» à la brésilienne implique des négociations permanentes. Dilma devra satisfaire de nombreuses exigences lorsqu’elle distribuera les portefeuilles ministériels.&lt;br&gt;La Présidente devra aussi composer avec une indifférence croissante de la population qui peut à tout moment se convertir en accès de colère. A l’issue des élections de 2014, la proportion des Brésiliens se déclarant sans identification partisane atteint 73%, pour «&amp;nbsp;seulement&amp;nbsp;» 62% au lendemain des grandes manifestations de juin 2013, un record depuis le retour du pays à la démocratie.&lt;br&gt;Là encore, Dilma devra rapidement se montrer efficace, en engageant par exemple la réforme politique annoncée dans la précipitation aux lendemains des manifestations de 2013. La réforme du système électoral ne sera pas facile à faire adopter par des parlementaires qui bénéficient du scrutin proportionnel avec listes ouvertes, mais la Présidente pourrait passer par la voie d’un référendum.&lt;br&gt;&lt;br&gt;La victoire de Dilma Rousseff en 2014 est un événement historique. Jamais dans l’histoire du pays, un parti politique, de gauche de surcroît, n’avait emporté quatre élections présidentielles consécutives. Paradoxalement, le PT est parvenu à ce résultat sans devenir une formation dominante. Le PT a reculé en 2014, perdant de nombreux mandats de députés dans les assemblées des Etats fédérés. Mais il doit son succès à l’atomisation du paysage partisan et à l’ineptie d’une opposition incapable de renouveler l’offre politique. Si Lula venait à se présenter en 2018, le PSDB n’aura sans doute pas les moyens de l’empêcher de gagner.&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Elections au Brésil : bouleversements sociaux sans réalignements politiques (1/2)]]></title><description><![CDATA[Par Olivier Dabène]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/elections-au-bresil-bouleversements-sociaux-sans-realignements-politiques-12</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/elections-au-bresil-bouleversements-sociaux-sans-realignements-politiques-12</guid><pubDate>Wed, 22 Oct 2014 15:01:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/e79c57bc395fd3b1499f07356e7ebb71/60fce/Rousseff_and_Neves_general_election_October_2014_643a725878.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Par &lt;strong&gt;Olivier Dabène&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A l’issue d’une campagne électorale aux multiples rebondissements, le premier tour des élections brésiliennes du 5 octobre 2014 a rendu un verdict conforme aux équilibres politiques du pays depuis vingt ans*. Le deuxième tour de la présidentielle opposera le 26 octobre le Parti des travailleurs (PT) au Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), comme lors des cinq précédents scrutins**. La troisième voie qu’a tenté d’incarner Marina Silva n’a finalement pas séduit au-delà des 20% qu’elle avait déjà obtenus en 2010.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dilma Rousseff, la présidente sortante du PT candidate à la réélection, et surtout Aécio Neves, le candidat du PSDB, reviennent pourtant de loin. Celle qui a succédé en 2011 à Lula, alors au faîte de sa popularité, est longtemps parvenue à préserver le capital de soutiens hérité de son prédécesseur, en dépit d’un ralentissement de l’économie provoqué par la fin du boom des exportations de matières premières.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En mars 2013, 56% des Brésiliens interrogés par Data Folha font part de leur intention de voter pour Dilma Rousseff en 2014. Marina Silva est alors créditée de 14% des sufrages et Aécio Neves de 10%. Trois événements viennent alors rebattre les cartes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En juin 2013, les impressionnantes mobilisations sociales ébranlent la Présidente qui s’effondre dans les sondages (29%), pour 18% pour Marina Silva et 15% pour Aécio Neves. Fin 2013, les stratèges du PT se réjouissent de voir Dima Rousseff remonter à 47% dans les enquêtes, mais le premier semestre de 2014 ne lui est pas favorable. A l’approche de la Coupe du monde de football, les manifestations se multiplient dans le pays. L’événement offre une visibilité aux revendications des classes moyennes qui déplorent que les investissements publics soient sacrifiés sur l’autel du Mundial et des dépenses extravagantes occasionnées par celui-ci. Les adversaires de Dilma Rousseff ne tirent pas profit de cette séquence, car ils ne peuvent pas s’aligner sur le mot d’ordre des manifestants &lt;i&gt;No vai ter copa&lt;/i&gt; (la Coupe du monde n’aura pas lieu).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le 13 août 2013, un événement tragique vient relancer la campagne.&amp;nbsp; N’ayant pu être candidate au nom de son parti, Red de sostinibilidad (dont le Tribunal suprême électoral n’a pas légalisé la création faute de nombre suffisant de signatures), Marina Silva avait adhéré au Parti socialiste brésilien (PSB) pour devenir la colistière d’Eduardo Campos. Or celui-ci disparaît dans un accident d’hélicoptère le 13 août ; Marina Silva devient candidate à sa place. Alors que le ticket Campos–Silva ne décollait pas dans les sondages, les intentions de vote bondissent de 8% à 34% dès lors que la candidature du PSB est portée par Marina Silva. Celle-ci se retrouve à égalité avec Dilma Rousseff, reléguant Aécio Neves à une lointaine troisième place (15%).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les deux derniers mois de la campagne sont marqués par un effritement régulier des soutiens à Marina, qui profitent tant à Dilma qu’à Aécio. L’icône du PSB résiste mal aux attaques lancées contre elle. Le positionnement politique de la militante de gauche, attachée à la défense de l’environnement, apparaît progressivement ambigu, voire contradictoire. Dans la dernière ligne droite, les machines politiques du PT et du PSDB font la différence.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quelles leçons peut-on tirer de ce premier tour&amp;nbsp;? Usé par douze ans de pouvoir et de nombreux scandales de corruption, malmené pendant la campagne, et surtout handicapé par une conjoncture économique très défavorable, le PT est parvenu à limiter ses pertes. Dilma Rousseff recule de cinq points par rapport au premier tour de 2010, mais reste en tête. Le PT perd dix-huit sièges à la Chambre des députés et un sénateur, mais il fait élire trois gouverneurs des Etats fédérés dès le premier tour et pourrait égaler ou même dépasser son résultat de 2010 (où il avait obtenu cinq postes de gouverneurs). Le recul du PT profite à ses adversaires, comme le PSDB et le PSB, mais aussi à de &quot;petites&quot; formations. Avec vingt-huit partis représentés, l’Assemblée fédérale pour la période 2015-2019 sera la plus fragmentée de l’histoire du Brésil, ce qui ne facilitera guère la tâche de l’exécutif qui devra, comme toujours, marchander le soutien de nombreux députés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce premier tour montre que les bouleversements sociaux qu’a connus le pays depuis une décennie ne se traduisent pas par des réalignements politiques. Selon Data Popular, le contraste entre les électeurs de 2002 (première victoire de Lula) et ceux de 2014 est saisissant&amp;nbsp;: 29% des votants avaient un contrat de travail en 2002, contre 43% en 2014&amp;nbsp;; la proportion d’électeurs n&apos;ayant pas dépassé le niveau d’éducation primaire a reculé de 66% à 43%&amp;nbsp;; la catégorie des revenus intermédiaires est passée de 39% à 56%.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De nombreux observateurs s’interrogeaient sur le comportement électoral de la &quot;nouvelle classe moyenne&quot; brésilienne et y voyaient une des clefs du scrutin. Cette élection montre que les quarante millions de personnes sorties de la pauvreté dans les années 2000 ne forment pas une &quot;classe&quot; homogène. Au plan géographique et sociologique, la division entre le Brésil du Nord et du Nord-Est d’une part, et celui du Sud d’autre part, se consolide. Les Brésiliens du Nord, sortis de la misère rurale mais toujours vulnérables, restent fidèles au PT. Ceux, plus jeunes, plus diplômés, vivant dans les grandes villes du Sud, qui ont occupés la rue en juin 2013 pour exiger des services publics de qualité dans le domaine de l’éducation, de la santé ou des transports, ont lâché le PT mais sans tomber dans le rejet du système. L’addition des abstentionnistes, des votes blancs et nuls représente 29% des inscrits, contre 36% en 2002. Les déçus du PT qui ont choisi Marina Silva ne se tourneront sans doute pas spontanément vers Aécio Neves au deuxième tour. Au total, le vote rétrospectif de reconnaissance du Nord et le vote prospectif d’impatience du Sud se sont équilibrés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’explication de ce décalage entre les évolutions sociales et politiques du Brésil réside sans doute en partie dans l’efficacité des grands partis politiques, qui savent mobiliser leurs troupes, mais aussi dans l’incapacité de l’opposition à incarner une alternative politique crédible, alors même qu’une large majorité de la population (près de 74% selon des sondages) souhaite le changement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le défi de Dilma Rousseff au deuxième tour consiste à consolider son image d’une Présidente garante des acquis sociaux qui sait faire face aux difficultés, là où son adversaire doit montrer qu’il ne menace pas les premiers et qu’il offre un surcroît d’efficacité pour relancer l’économie.Pour l’un comme pour l’autre,il s&apos;agit d’abord à construire une majorité pour gouverner.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;___________________&lt;/p&gt;&lt;p&gt;* A l’occasion des élections générales de 2014, les Brésiliens étaient appelés à élire leur président et les gouverneurs des vingt-sept Etats de la Fédération et à renouveler la Chambre des députés au niveau fédéral et celle de chacun des 27 Etats ainsi qu&apos;un tiers du Sénat.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;** Dilma Rousseff (PT) obtient 41,59% des voix, devant Aécio Neves (33,55%) et Marina Silva (21,32%). Voir le dossier sur &lt;a href=&quot;https://www.sciencespo.fr/opalc/&quot;&gt;l’OPALC&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[L’Amérique centrale aux urnes (2011-2014)]]></title><description><![CDATA[Par Kévin Parthenay]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/l-amerique-centrale-aux-urnes-2011-2014</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/l-amerique-centrale-aux-urnes-2011-2014</guid><pubDate>Mon, 22 Sep 2014 14:27:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/48465714398ddbe1f56f1a910e7a1a29/b3b6f/shutterstock_1957695022_1_335dea5f3f.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Par&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.linkedin.com/in/kevin-parthenay1/?originalSubdomain=fr&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;Kévin Parthenay&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du Belize jusqu’au Panama, l’Amérique centrale demeure une terre de contrastes. Dotée d’une incroyable richesse environnementale, elle est vulnérable. La répétition de catastrophes naturelles (ouragan Mitch en 1998, tempête E-12 en 2012) en est une tragique illustration. Stratégique sur un plan géopolitique, l’Amérique centrale connaît des retards en matière de développement social et des niveaux de violence records. En dépit de ces obstacles, elle revêt un intérêt économique et commercial croissant pour de nombreux entrepreneurs nord-américains, asiatiques et européens. Les accords de libre-échange signés entre les pays de la région et les Etats-Unis, l’Union européenne ou encore des Etats asiatiques (Taiwan, Singapour, Chine) en témoignent. L’histoire contemporaine de l’Amérique centrale est celle d’une insertion politique et économique internationale à grande vitesse, entachée toutefois d’une fragilité démocratique certaine.&lt;br&gt;Le cycle électoral centraméricain qui s’achève soulève un voile d’ignorance posé sur l’isthme depuis la fin des conflits civils armés des années 1980. Entre 2011 et mai 2014, chacun des Etats de la région a organisé un scrutin présidentiel. L’isthme centraméricain tout entier a dû choisir entre la continuité et le changement alors que les gouvernements sortants, attentifs aux conséquences de la crise économique et financière de 2008-2009, promouvaient l’accélération du libre-échange dans la région (un sujet traditionnellement clivant).&amp;nbsp;&lt;br&gt;L&apos;observation du déroulement de ces élections permet de dresser un bilan politique de l’Amérique centrale qui est aujourd’hui à une période charnière.&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center image_resized&quot; style=&quot;width:90.52%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/tableau1_4f5649ea74.png&quot; alt=&quot;Amérique centrale aux urnes (2011 - 2014)&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;Amérique centrale aux urnes (2011 - 2014) (crédits : Kevin Partenay)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Dans la grande majorité des pays de la région, le cycle électoral s’est déroulé dans un contexte d’instabilité. Les Etats d’Amérique centrale font aujourd’hui face à une triple perte de contrôle&amp;nbsp;: territoriale, juridique et démocratique. Ils connaissent également une instabilité gouvernementale&lt;fn data-id=&quot;1767949144193-830&quot;&gt;Nous avons étudié les gouvernements des Etats centraméricains : pour le Salvador, nous avons analysé les années du mandat de Mauricio Funes (2009-2014) ; le gouvernement Alvaro Colom (2008-2012) pour le Guatemala ; Daniel Ortega au Nicaragua (2006-2012) ; Porfirio Lobo au Honduras (2009-2014) ; Laura Chinchilla (2010-2014) au Costa Rica et Ricardo Martinelli (2010-2014) au Panama.&lt;/fn&gt;&amp;nbsp;qui découle de la très forte personnalisation de la vie politique et d’une élévation significative de la corruption. On mentionnera également le climat délétère dans lequel baignent les élites politiques (quatre anciens chefs d’Etat ont été condamnés par la justice&lt;fn data-id=&quot;1767949144194-951&quot;&gt;Pour les cas les plus récents qui ont étayés les presses nationales : Francisco Flores (Salvador, 1999-2004), Alfonso Portillo (Guatemala, 2000-2004), Efrain Rios Montt (Guatemala, 1982-1983).&lt;/fn&gt;). Un journal espagnol a récemment parlé de l’Amérique centrale comme d’une «&amp;nbsp;fabrique de présidents suspects&amp;nbsp;»&lt;fn data-id=&quot;1767949144194-543&quot;&gt;Le quotidien&amp;nbsp;&lt;/fn&gt;&lt;i&gt;El Pais&lt;/i&gt; indique que sur trente-deux personnes qui ont exercé le pouvoir en Amérique centrale entre 1990 et 2010, treize ont été suspectées d’avoir tiré personnellement profit de leur mandat. . La méfiance à l’égard des acteurs politiques, et plus globalement de «&amp;nbsp;la&amp;nbsp;» politique, est aujourd’hui à son zénith dans la région. De ce fait, la participation constituait un enjeu central tout comme tout comme la crainte de l’émergence de candidats antisystèmes. S’ajoute à cette situation une violence endémique qui résulte autant de dynamiques géostratégiques (flux informels) que de la persistance de fortes inégalités sociales, l’état de la démocratie apparaît comme profondément dégradé.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Revenons dans un premier temps sur les caractéristiques centrales de ce contexte troublé avant d’analyser les résultats et principales leçons que nous ont données les élections.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Malaise démocratique&lt;/h2&gt;&lt;h3&gt;Instabilité gouvernementale&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Le malaise démocratique qui caractérise actuellement la région s’explique tout d’abord par une forte instabilité gouvernementale qui a tourné ces dernières années à la «&amp;nbsp;valse ministérielle&amp;nbsp;». En observant les derniers gouvernements des cinq Etats de la région, on comptabilise cent vingt deux changements de ministres, dont un tiers a eu lieu au cours des deux premières années de mandat du gouvernement. Lorsqu’ils touchent des ministères régaliens, ces remaniements réduisent la capacité de l’Etat à répondre aux attentes des citoyens et nourrissent un sentiment généralisé de corruption au sein de la population. Dans le tableau ci-dessous, nous indiquons le nombre de changements de ministres et de vice-ministres pour chacun des gouvernements mentionnés.&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center image_resized&quot; style=&quot;width:90.89%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/tableau2_93768b7909.png&quot; alt=&quot;Tableau Amérique centrale, ministres, vice-ministres (2011 - 2014)&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;Tableau Amérique centrale, ministres, vice-ministres (2011 - 2014) (crédits : Kevin Partenay)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le premier constat qui s’impose est que le suivant&amp;nbsp;: l’ensemble des Etats centraméricains sont affectés par l’instabilité gouvernementale. Alors que le Costa Rica a la réputation d’être le pays le plus stable et le plus pacifique de la région, les données nous permettent de montrer que le gouvernement de Laura Chinchilla dans ce pays présente, avec celle d’Alvaro Colom au Guatemala, le plus fort taux d’instabilité gouvernementale de la région. Au Guatemala, vingt et un ministres ont soit changé de portefeuille, soit quitté précocement le gouvernement en deux ans&lt;fn data-id=&quot;1767949144194-559&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;/fn&gt;&lt;a href=&quot;http://www.holaciudad.com/guatemala-baile-ministros-el-gabinete-alvaro-colom-n64396%20&quot;&gt;Guatemala : baile de ministros en el gabinete de Alvaro Colom&lt;/a&gt; », &lt;i&gt;Hola Ciudad&lt;/i&gt;, 2 mars 2010. . En plus de ces ministres démissionnaires – ou «&amp;nbsp;démissionnés&amp;nbsp;» –, neuf vice-ministres ont été également remplacés. De la même manière, au Costa Rica, treize ministres et dix vice-ministres se sont succédés à des fonctions régaliennes au cours des trois premières années du mandat de Laura Chinchilla. Dans une moindre mesure, le Salvador, le Nicaragua et le Honduras ont connu une forte instabilité connaissant respectivement onze, dix et six changements ministériels. Au Salvador, on notera également que deux secrétaires techniques de la présidence et quinze vice-ministres ont également été remplacés en cours de mandat. Seul le Panama fait une fois de plus exception avec cinq changements ministériels durant les quatre premières années du gouvernement du président Ricardo Martinelli. Ceci étant, un changement majeur est à noter avec l’implosion du pacte Martinelli-Varela (qui ensemble formait la coalition au pouvoir), actée par la démission de Juan Carlos Varela des fonctions de vice-président et ministre des Relations extérieures, qui a profondément déstabilisé le gouvernement Martinelli pendant toute la durée de son mandat.&lt;br&gt;Cette «&amp;nbsp;valse gouvernementale&amp;nbsp;» constitue une variable explicative forte de la perte de légitimité des gouvernements de la région qui, par ces revirements permanents des équipes exécutives, montrent leur incapacité à réagir face aux enjeux nationaux et internationaux. Deux éléments viennent appuyer ce constat, la précocité des remplacements ministériels dans la durée des mandats présidentiels et à la nature des portefeuilles touchés par ces changements.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Débutant son mandat présidentiel le 14 janvier 2008, Alvaro Colom remplace son ministre de la Communication Luis Alfredo Alejos Olivero accusé, au côté de seize autres fonctionnaires, d’avoir illégalement endetté l’Etat guatémaltèque. Au Nicaragua, Daniel Ortega entre en fonction le 10 janvier 2007. Dés le 12 février, soit à peine un mois après l’entrée en fonction du gouvernement, le ministre de la Famille est débarqué. Deux mois plus tard, le Président Ortega remplace le ministre de l’Environnement et des Ressources naturelles. Le 21 avril, c’est au tour du ministre de l’Education, de la Culture et du Sport de quitter l’équipe gouvernementale. Entre cette date et le 14 novembre 2007, soit durant la première année de gouvernement, les ministres de la Défense, du Développement et de l’Industrie et de la Santé changent de mains au sein du gouvernement sandiniste. On constate dans ce cas nicaraguayen que les postes renouvelés sont stratégiques pour l’action étatique. Le président Porfirio Lobo, au Honduras, procèdera de la même manière quelques mois après sa prise de fonction&amp;nbsp;en débarquant son ministre de l’Industrie et du Commerce. Au Panama, le ministre du Développement agricole quitte le gouvernement Martinelli au cours de la première année de mandat. En fonction depuis le 1er juin 2009, le président de la République salvadorienne, Mauricio Funes, procède dès la première année au changement de membres de son secrétariat technique (Culture et Affaires législatives et juridiques) et au replacement du vice-ministre du Tourisme. Au Costa Rica, si aucun changement n’a eu lieu la première année du mandat de Laura Chinchilla, huit remplacements de ministres et cinq de vice-ministres surviennent dans le courant de la deuxième année.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En prenant en considération l’ensemble de ces changements, et à la lumière des portefeuilles ministériels, on constate que les destitutions/nominations concernent les portefeuilles stratégiques et les postes régaliens. Un seul chef d’Etat – le guatémaltèque Alvaro Colom – a été en mesure de conserver son ministre des Relations extérieures durant la totalité de son mandat. Les postes liés à la gestion de l’économie, des finances, de l’industrie et du commerce sont particulièrement exposés. En effet, tous les Etats centraméricains ont, au cours de la dernière législature, renouvelé au moins un poste relatif à la gestion de l’économie nationale. Au Guatemala, quatre ministres de l’Economie se sont succédés, trois ministres des Finances et quatre ministres de l’Industrie et du Commerce au Honduras, ainsi que trois vice-ministres du Commerce et de l’Industrie au Salvador.&amp;nbsp;&lt;br&gt;L’éducation, la santé, les infrastructures,&amp;nbsp;l’agriculture sont également des secteurs sensibles pour les intérêts des nations centraméricaines et constituent des postes particulièrement exposés à l’opinion publique. Ces remplacements ne relèvent pas d’une volonté de renforcement de l’efficacité de l’exécutif mais sont consécutives à des «&amp;nbsp;affaires&amp;nbsp;» et des polémiques. On constatera que sur les cinquante personnes nommées par le président Funes au Salvador en 2009, vingt seulement sont toujours en poste et trente ont quitté le gouvernement dont vingt à la suite de polémiques publiques ou privées&lt;fn data-id=&quot;1767949144195-393&quot;&gt;« El Gabinete del cambio »,&amp;nbsp;&lt;/fn&gt;&lt;i&gt;El Faro&lt;/i&gt;, 7 octobre 2013.. La légitimité des Etats centraméricains est donc fortement affectée par la corruption et la personnalisation du pouvoir. Cet affaiblissement de la légitimité étatique s’est imposé comme un des principaux problèmes de l’action et de la légitimité de l’action étatique en Amérique centrale. C’est dans ce contexte que les Etats de la région ont renouvelé leur chef d’Etat..&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Instabilité juridico-institutionnelle&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Les échéances électorales font souvent émerger les débats sur d’éventuelles réformes constitutionnelles. La capacité de réélection aux plus hautes fonctions de l’Etat constitue bien souvent l’enjeu de ces débats. Les exemples les plus récents de ces débats nationaux où des&amp;nbsp;«&amp;nbsp;manipulations&amp;nbsp;» de la Constitution ont été constatés au Nicaragua et au Guatemala.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Au Nicaragua, depuis sa réélection à la tête de l’Etat en 2006 (après un premier mandat effectué à la fin des années 1980), Daniel Ortega tente de faire voter une réforme constitutionnelle qui lui permettrait d’être réélu indéfiniment. Celle-ci a été rendu possible par la Cour suprême du pays, alors composée de huit magistrats sandinistes pour sept du Parti libéral et présidée par Arnoldo Aleman, ancien président de la République. La demande d’intervention de la Cour pour que Daniel Ortega puisse se présenter de façon indéfinie à l’élection présidentielle a été introduite par Rafael Solis, magistrat proche du président. Compte tenu de l’équilibre des forces en présence, la Cour suprême ordonna au Conseil suprême électoral de permettre à Daniel Ortega de se présenter pour l’élection présidentielle de 2011&lt;fn data-id=&quot;1767949144195-377&quot;&gt;« El Tribunal Suprema de Nicaragua da vía libre a la reelección de Ortega »,&lt;/fn&gt;&lt;i&gt;&amp;nbsp;El País&lt;/i&gt;, 21 octobre 2009., ce qui constituait une attaque au principe de neutralité de la Cour et du système judiciaire nicaraguayen. A la veille du scrutin, le Nicaragua n’a donc pas craint de présenter l’image d’un pays où la légalité peut être bafouée et les règles constitutionnelles instrumentalisées et d’affaiblir encore davantage la confiance en l’Etat des électeurs qui ne peuvent que constater l’accroissement de la corruption et la «&amp;nbsp;séquestration&amp;nbsp;» de l’appareil étatique par l’appareil partisan du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) et par son dirigeant Daniel Ortega.&lt;br&gt;Nouvellement élu à la Présidence, Daniel Ortega a remis la question de son maintien au pouvoir au coeur du débat en 2013, contribuant par là-même à rendre encore plus instable l’Etat de droit au Nicaragua. Le 29 janvier 2014, il a enfin obtenu le vote du parlement sur une réforme constitutionnelle (notamment la suppression de l’article 147) autorisant la réélection indéfinie d’un candidat à la tête de l’Etat, renforçant les prérogatives présidentielles comme le pouvoir de l’armée. Désormais, le président nicaraguayen pourra prendre des décrets ayant force de loi en faisant fi de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au Guatemala, l’imbroglio constitutionnel qui s’est créé autour de l’élection présidentielle de 2011 faisait écho à la candidature à la présidence de la République de l’épouse du chef de l’Etat en exercice, Alvaro Colom. Sandra Torres, qui souhaitait succéder à son époux, a ouvert un débat constitutionnel, notamment sur l’interprétation d’un article de la Constitution, interdisant à un membre de la famille du président d’être candidat à sa succession. Afin de contourner cette interdiction constitutionnelle, les époux Colom-Torres avaient alors décidé de divorcer. Face à un évident contournement de la Constitution, le Tribunal suprême électoral et la Cour constitutionnelle ont interdit à la première dame de se présenter.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Au Salvador, équilibre entre les pouvoirs a été mis a mal lors d’une grave crise politico-institutionnelle survenue en juillet 2012, portant &amp;nbsp;sur la nomination de cinq magistrats de la Cour suprême de justice. Profitant d’un calendrier électoral favorable, la majorité parlementaire a procédé au renouvellement de deux tiers de la Cour alors que la Constitution n’autorise qu’un renouvellement par législature. En réactivant le spectre de l’instabilité institutionnelle, cette crise a contribué à augmenter la méfiance des citoyens à l’égard des partis politiques et des institutions et à bloquer le processus de réformes politiques.&amp;nbsp;&lt;br&gt;L’instrumentalisation des Constitutions nationales par une élite politique cherchant à se maintenir au pouvoir attestent d’une crise de la gouvernabilité démocratique qui affecte aujourd’hui l’ensemble de la région centraméricaine.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Les leçons des scrutins&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Pour les dernières élections d’Amérique centrale, les lois électorales de plusieurs pays ont été modifiées (Costa Rica, 2009&amp;nbsp;; Honduras, Guatemala et Panama, 2007). Lors des précédentes élections présidentielles, l’Organisation des Etats américains (OEA) avait signalé de nombreuses faiblesses des systèmes électoraux, notamment en matière de contrôle et de transparence du financement des partis politiques et d’accès aux médias&amp;nbsp; Au Salvador, une réforme du code électoral a été mise en œuvre afin d’appliquer les recommandations de l’organisation intergouvernementale américaine, c’est-à-dire encadrer le financement des partis politiques, contrôler les fonds publics (notamment les subventions accordées aux partis) et assurer la transparence et la diffusion de l’information. La réforme du code électoral s’est conclue avec le décret 413 du 3 juillet 2013 qui instaure un contrôleur électoral (&lt;i&gt;veedor electoral&lt;/i&gt;), le vote des Salvadoriens de l’étranger et une loi sur les partis politiques (contrôle et limitation des financements).&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;L’une des principales innovations de ce cycle électoral a été indéniablement l’autorisation par le Salvador et le Costa Rica du vote des citoyens résidant à l’étranger. Malgré cette réforme, les Salvadoriens et les Costariciens résidant hors de leur pays ont peu utilisé leur droit de vote&amp;nbsp;: 22% de participation au Costa Rica et 23,7% au Salvador. La réforme était importante pour le Salvador puisqu’un quart de la population du pays vit à l’étranger, principalement aux Etats-Unis. L’octroi du droit de vote aux Salvadoriens de l’étranger&lt;fn data-id=&quot;1767949144196-926&quot;&gt;Un vice-ministère des Salvadoriens de l’étranger avait été créé en 2004.&amp;nbsp;&lt;/fn&gt;créait une véritable inconnue mais la faible participation n’a pas engendré de bouleversement du panorama électoral national.&amp;nbsp;&lt;br&gt;L’amélioration des procédures électorales n’a cependant pas été soutenue par&amp;nbsp; la population qui continue à exprimer sa perte de confiance dans le système politique. Par conséquent, la démocratie demeure fragile. Si les gens expriment leur foi dans les vertus de la démocratie, ils restent majoritairement insatisfaits à l’égard de la manière dont elle s’exerce d’un point de vue systémique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le désintérêt à l’égard de la politique est important. En effet, seulement 23% des Centraméricains déclarent être intéressés par la politique. La méfiance envers les partis politiques, considérés comme les plus corrompus des acteurs, et la croyance en la toute puissance d’une petite élite économique contribuent à décrédibiliser les joutes électorales qui devraient pourtant être de grands rendez-vous de la démocratie. Le fonctionnement du système démocratique est remis en cause. Si le vote est obligatoire dans les pays centraméricains, à l’exception du Nicaragua, la majorité des pays (Costa Rica, Guatemala, Panama, Salvador) ne sanctionnent pas l’abstention, la participation aux élections présidentielles constituait donc un véritable enjeu.&lt;br&gt;Malgré l’essor de la corruption et la perte de confiance dans les partis politiques et les politiques gouvernementales, la mobilisation des citoyens est restée relativement élevée, comme l’indiquent les chiffres ci-dessous.&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center image_resized&quot; style=&quot;width:90.66%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/tabelaux34_c64c35b355.png&quot; alt=&quot;L’Amérique centrale aux urnes (2011-2014), participations, candidats élus, battus&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;L’Amérique centrale aux urnes (2011-2014), participations, candidats élus, battus (crédits : Kevin Partenay)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h2&gt;Ouverture de l’échiquier politique et fin du bipartisme&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;L’ouverture des échiquiers politiques nationaux et l’implosion du bipartisme dans chacun des Etats constituent des leçons majeures des élections organisées en Amérique centrale au cours des cinq dernières années.&lt;br&gt;En termes d’ouverture du spectre politique, seul le Guatemala fait office d’exception avec une réduction du nombre de candidats à la Présidence (de 14 à 10 candidats). On atténuera cette exceptionnalité en indiquant que «&amp;nbsp;l’univers partisan est caractérisé par une absence fondamentale de continuité&amp;nbsp;»&lt;fn data-id=&quot;1767949144196-939&quot;&gt;Sanchez Omar, « Party non-systems: A conceptual Innovation »,&amp;nbsp;&lt;/fn&gt;&lt;i&gt;Party Politics&lt;/i&gt;, 15 (4), 2009, pp. 487-520.. Sanchez qualifie même le système guatémaltèque de «&amp;nbsp;non-système partisan&amp;nbsp;»&lt;fn data-id=&quot;1767949144197-901&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/fn&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;. . Mis à part ce pays, on observe une augmentation nette du nombre de candidats présidentiels pour l’ensemble des Etats de la région.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center image_resized&quot; style=&quot;width:90.52%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/tableau5_99ee5b4044.png&quot; alt=&quot;L’Amérique centrale aux urnes (2011-2014), nombre de partis politiques en lice.&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;L’Amérique centrale aux urnes (2011-2014), nombre de partis politiques en lice. (crédits : Kevin Partenay)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Au Honduras, la deuxième position du parti de centre gauche LIBRE, conduit par Xiomora Castro (épouse de l’ex-Président destitué en 2009, Manuel Zelaya) a mis fin à cent ans de bipartisme dans un contexte post-électoral tendu, Xiomora Castro ayant refusé d’accepter sa défaite pendant plusieurs semaines.&lt;br&gt;Au Costa Rica, le candidat du Parti Action citoyenne (PAC), Luis Guillermo Solis, a créé une rupture après trois mandats successifs du Parti Libération nationale (PLN) et mis un terme à l’alternance traditionnelle PLN/PUSC (Parti Unité sociale chrétienne). Même si cette ouverture de l’échiquier politique était déjà en marche depuis 2002 depuis les annonces de libéralisation des secteurs de l’électricité et des télécommunications (Combo ICE&lt;fn data-id=&quot;1767949144197-186&quot;&gt;Institut costaricien d’électricité.&lt;/fn&gt;) et de la signature d’un traité de libre-échange avec les Etats-Unis (CAFTA-RD&lt;fn data-id=&quot;1767949144197-773&quot;&gt;Central American Free Trade Agreement – Dominican Republic.&lt;/fn&gt;). Capitalisant sur ces épisodes contestataires, le PAC, fondé et dirigé à cette époque par Otton Solis, est parvenu à s’imposer comme la deuxième force politique du pays et à incarner l’opposition au néolibéralisme. Après 2002, le PAC est arrivé en deuxième position à chaque élection présidentielle. La recomposition du spectre politique s’explique également par la recomposition interne de la droite dans un pays qui connaît la plus faible polarisation idéologique de la région. Le PUSC s’est progressivement délité au profit d’une droite plus libérale et radicale incarnée par le Mouvement libertaire&lt;fn data-id=&quot;1767949144197-384&quot;&gt;Barry Cannon, « The Right », in Salvador Marti i Puig et Diego Sanchez-Ancochea (dir.),&amp;nbsp;&lt;/fn&gt;&lt;i&gt;Handbook of Central American Governance&lt;/i&gt;, Routledge, 2013, p. 229..&amp;nbsp;&lt;br&gt;Au Salvador, pays historiquement extrêmement polarisé, UNIDAD, formation récemment créée par l’ancien Président Antonio Saca, a réussi à capter 11,39% des voix au premier tour et s’est positionné comme arbitre lors du second tour.&amp;nbsp;&lt;br&gt;Si l’ouverture des scènes politiques nationales témoigne d’une certaine amélioration de l état de la démocratie dans la région, des signaux contradictoires viennent contrebalancer ce bilan.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Les élites politiques&amp;nbsp;: un renouvellement de façade&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Le cycle électoral centraméricain a été profondément marqué par la continuité, notamment pour le Salvador, qui avait connu une alternance historique en 2009 avec la victoire de parti Farabundo Marti de libération nationale&amp;nbsp; (FMLN, gauche)&amp;nbsp;; le Costa Rica, où le Parti Libération nationale (PLN, centre droit) d’Oscar Arias (2006-2010) puis Laura Chinchilla (2010-2014) avait gouverné durant deux mandats successifs ou encore le Nicaragua, qui, en 2011, a vu Daniel Ortega se présenter pour la troisième fois à la présidence de la République.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center image_resized&quot; style=&quot;width:90.88%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/tableau6_9f4513a8a7.png&quot; alt=&quot; L’Amérique centrale aux urnes (2011-2014), présidents&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;(crédits : Kevin Partenay)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Lors de l’élection présidentielle de 2014, Luis Guillermo Solis postulait pour la première fois à une fonction politique. Néanmoins, il n’était pas totalement étranger aux arcanes du pouvoir et de la gestion gouvernementale. Bien qu’il affirme ne pas appartenir à la classe politique traditionnelle, il a, très jeune, occupé des postes de la haute fonction publique en assumant dès 1986 la fonction de chef de cabinet du ministre des Relations extérieures et du Culte, Rodrigo Madrigal Nieto. Dans le gouvernement libérationniste (PLN) de José Maria Figueres, Luis Guillermo Solis a occupé les fonctions d’ambassadeur pour les affaires centraméricaines puis de directeur de la politique extérieure au ministère des Relations extérieures. Proche du PLN, il est devenu secrétaire général du parti en 2002 avant de le quitter trois ans plus tard pour le Parti Action citoyenne (PAC). Ainsi, Luis Guillermo Solis est depuis la fin des années 1980 étroitement lié à la classe politique et dirigeante de son pays. Son profil d’universitaire constitue certes une nouveauté dans le paysage politique costaricien mais il ne peut être considéré comme le symbole d’un renouvellement de l’élite politique.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Au Panama, Juan Carlos Varela, qui appartient à une famille de tradition conservatrice (tendance arnulfiste&lt;fn data-id=&quot;1767949144198-303&quot;&gt;Le courant « arnulfiste » repose sur la pensée de Arnulfo Arias Madrid dont la doctrine politique s’inscrit dans le sentiment d’unité nationale panaméenne. Ce courant s’incarne dans le Parti panaméen (PP) qui a été créé en 1948.&amp;nbsp;&lt;/fn&gt;) tient depuis 2008 un discours sur la nécessité d’une rénovation des cadres politiques. Les Varela ont été militants actifs du Parti panaméen (PP) Juan Carlos Varela a été sous-directeur de campagne de Mireya Moscosa lors de l’élection présidentielle – perdue – de 1994 et son frère a été député. Egalement engagé dans le monde entrepreneurial, il a oscillé pendant de nombreuses années entre divers courants politiques et a noué lors de l’élection présidentielle de 2009 une alliance avec Ricardo Martinelli. Comme son homologue costaricien, le Président élu lors du scrutin du 4 mai 2014 prône un discours de rénovation, de dépassement de la politique partisane et de la confrontation tout en étant lui-même issue d’une tradition familiale de militantisme.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Au Honduras, Juan Orlando Hernandez se présente comme un jeune dirigeant centraméricain&amp;nbsp;; à 48 ans,&amp;nbsp; il est le plus jeune Président jamais élu dans l’isthme centraméricain. Avant d’atteindre les plus hautes fonctions de l’Etat, il a occupé de nombreuses fonctions politiques, notamment au sein du parlement national. Devenu à vingt ans député pour la première fois de la circonscription de Lempira (ouest du pays), Hernandez est réélu consécutivement à trois reprises, il devient chef du groupe PLH du Parlement en 2004 puis Président du cette institution en janvier 2010 lors de la crise nationale qui a fait suite au coup d’Etat de juillet 2009. Malgré sa jeunesse, Juan Orlando Hernandez a déjà à quarante-six ans une carrière politique longue de plus de vingt ans.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Depuis la fin des guerres civiles qu’a connu l’Amérique centrale il y a vingt ans, les élites politiques ne se sont donc que partiellement renouvelées. Les Présidents des trois autres Etats de la région ont directement pris part aux conflits dans les années 1980&amp;nbsp;: Otto Perez Molina au Guatemala, Salvador Sanchez Cerén&amp;nbsp; au Salvador et Daniel Ortega au Nicaragua. Si Varela (Panama), Solis (Costa Rica) et Hernandez (Honduras) incarnent une nouvelle «&amp;nbsp;génération&amp;nbsp;» politique, ils ne constituent pas pour autant une «&amp;nbsp;nouvelle élite&amp;nbsp;» exerçant une influence dominante sur la définition et la production des décisions publiques, disposant de nouvelles ressources ou utilisant de nouvelles méthodes. En effet, les réseaux qui assurent la perméabilité entre élite politique et élite économique consolident l’oligarchie au pouvoir et alimentent la critique à l’égard du système politique.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Le néo-patrimonialisme&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Si la démocratie passe entre autre par une séparation des pouvoirs, elle se consolide également lorsque le politique et l’économique sont distincts l’un de l’autre. Aujourd’hui, les relations existant entre les principaux entrepreneurs de la région et le pouvoir politique constituent le ferment d’un «&amp;nbsp;néo-patrimonialisme&amp;nbsp;» qui affecte la légitimité déjà écornée d’Etats manquant de ressources économiques et dépendants de l’extérieur. Ce phénomène est consubstantiel à l’histoire politique et économique de la région. Depuis les indépendances (1821), les grandes familles oligarchiques possédant les terres ont souvent monopolisé les ressources nécessaires à l’exercice du pouvoir politique. Le faible degré d’institutionnalisation de ce dernier a très largement favorisé sa patrimonialisation. La carrière entrepreneuriale a longtemps constitué un prérequis au lancement de la carrière politique, les ressources économiques servant à financer les activités politiques. Aujourd’hui encore, les grands entrepreneurs de l’isthme centraméricain en sont également les principaux acteurs politiques. Plusieurs figures contemporaines illustrent cette réalité&amp;nbsp;: Mario Canahuati au Honduras, Antonio Saca au Salvador, José Maria Figueres Olsen au Costa Rica,&amp;nbsp;Alvaro Arzu au Guatemala, Ricardo Martinelli au Panama &amp;nbsp;ou encore Eduardo Montealegre au Nicaragua. Le tableau ci-dessous offre un rapide aperçu des relations existant entre acteurs économiques et politiques et du passage constant entre le secteur privé et public.&amp;nbsp;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure class=&quot;image image-style-align-center image_resized&quot; style=&quot;width:89.99%;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.sciencespo.fr/api/portal/uploads/tableau7_0_6ea0adf794.png&quot; alt=&quot; L’Amérique centrale aux urnes (2011-2014)&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;&amp;nbsp;L’Amérique centrale aux urnes (2011-2014) (crédits : Kevin Partenay)&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;On parlera de néo-patrimonialisation car cette ancienne oligarchie fondée sur la possession des terres s’est transformée&amp;nbsp;en une élite économique dont les activités et les ressources reposent à présent sur des activités de service en raison de la tertiarisation, de la libéralisation et de l’ouverture globale des économies centraméricaines.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;En conclusion, le récent marathon électoral nous a enseigné que les élections passaient, que les dirigeants se succédaient mais que rien ne changeait véritablement en Amérique centrale. L’isthme reste marqué par des dynamiques structurantes que sont l’instabilité gouvernementale et la domination oligarchique qui ternissent l’optimisme issu de l’ouverture des échiquiers politiques nationaux. Indéniablement, les chefs d’Etat récemment élus devront se départir des réflexes oligarchiques hérités du passé et ouvrir la région à de nouvelles opportunités, notamment à travers la recherche de nouveaux modes de gouvernance régionale. Face à la rareté des ressources, la similarité des problématiques qui affectent les Etats de l’isthme (vulnérabilité environnementale, la violence transnationale et le développement), les dirigeants en fonction font face au défi de la réactivation du dialogue régional et des mécanismes de coordination qui permettront, d’une part, de répondre aux attentes des citoyens et, d’autre part, de renouveler la confiance à l’égard du système politique.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Elections présidentielles chiliennes: chronique d'une victoire annoncée]]></title><description><![CDATA[Par Antoine Maillet]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/elections-presidentielles-chiliennes-chronique-d-une-victoire-annoncee</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/elections-presidentielles-chiliennes-chronique-d-une-victoire-annoncee</guid><pubDate>Tue, 05 Nov 2013 23:00:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/4a99ce188649fa9e19693e7c80d6608b/7a84a/opalc_chili_election_2013_edcfa17dd9.jpg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded>&lt;p&gt;Par &lt;strong&gt;Antoine Maillet&lt;/strong&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A une dizaine de jours des élections chiliennes, le suspense s’est déplacé. La question n’est plus de savoir qui va l’emporter, mais si cette victoire aura lieu au premier ou deuxième tour. De récents sondages, parmi les plus crédibles (&lt;a href=&quot;http://www.icso.cl/wp-content/uploads/2013/10/PPT-Encuesta-ICSO-UDP-2013.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;UDP&lt;/a&gt; et CEP), indiquent que la popularité de longue date de Michelle Bachelet a résisté aux attaques de ses concurrents et se matérialise désormais en intentions de vote fermes. A la mi-octobre, l’enquête de l’Université Diego Portales a donné à Michelle Bachelet 45% d’intentions de vote, selon différentes projections de participation. La suivent Evelyn Matthei, la candidate officielle de la droite, avec 14%, l’indépendant de droite Franco Parisi (11%) et Marco Enriquez-Ominami, dissident de gauche, vraisemblablement incapable de confirmer son résultat de la précédente élection (7%, alors qu’il avait obtenu 20% des voix en 2009). Le sondage trimestriel du Centre d’Etudes Publiques (CEP), véritable baromètre de la politique chilienne, va dans le même sens, à un ou deux points près. Bachelet y est créditée de 47% des intentions de vote, ce qui, en décomptant les votes blancs ou nuls qui ne sont pas pris en compte dans le résultat final, lui offrirait la victoire au premier tour.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après l’échec des sondages lors des élections municipales de 2012, les premières réalisées sans que le vote ne soit obligatoire, ces prévisions doivent être analysées avec précaution. Cependant, l’écart est tel qu’il dépasse largement toute marge d’erreur, et laisse présager une lourde défaite pour la droite au pouvoir depuis 2010. La candidate Evelyn Matthei, soutenue par le Président sortant, a manqué sa campagne. Fille d’un général membre de la junte, elle a été particulièrement en difficulté au mois de septembre, durant les commémorations des 40 ans du coup d’Etat de Pinochet. Par ailleurs, elle a été affaiblie par la percée de Franco Parisi, candidat indépendant jouant sur la rhétorique populiste de la nécessité d’envoyer à la retraite la «&amp;nbsp;vieille&amp;nbsp;» classe politique. Matthei a contre-attaqué en dénonçant de supposées malversations financières de Parisi, créant une polémique qui pourrait au final desservir les deux candidats. Marco Enriquez-Ominami n’a lui pas été capable de retrouver son élan de 2009. Face à Bachelet, la tâche était autrement plus compliquée que face à Eduardo Frei lors de la précédente élection. Il reste toutefois un politicien apprécié, et pourrait rapidement se projeter vers les échéances de 2017.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au delà de ces 4 candidats principaux, les «&amp;nbsp;petits&amp;nbsp;» candidats ont cherché à exister médiatiquement. Marcel Claude (Parti Humaniste) avait animé les premières semaines de campagne, s’affichant très pugnace face aux journalistes. Ces dernières semaines, l’attention s’est reportée sur Roxana Miranda, candidate du Parti de l’Egalité, qui s’est démarquée en affichant ses conditions de vie modestes, cherchant à incarner une image populaire. Ces deux candidats ont appelé à une mobilisation des probables abstentionnistes, dont il est difficile de croire qu’elle sera entendue.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Depuis le retour à la démocratie, les premiers Présidents de la Concertation, Patricio Aylwin (1989) et Eduardo Frei (1993) ont été élus au premier tour. Puis Ricardo Lagos (1999) et Michelle Bachelet (2005), de la même coalition de centre-gauche, et Sebastián Piñera en 2009, ont dû passer par un second tour. La seule menace qui semble aujourd’hui peser sur ce possible triomphe de Bachelet est une éventuelle faible mobilisation de ses électeurs potentiels. La participation est en ce sens la variable-clé, dans une élection qui est seulement la deuxième depuis l’instauration du vote volontaire. Lors de la précédente, les municipales de 2012, l’abstention avait dépassé 60%. Cette fois-ci, on espère une participation de 20 points supérieure. Cela sera un bon indicateur pour juger ce résultat à l’aune de la &lt;a href=&quot;http://cal.revues.org/149&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;crise de représentation&lt;/a&gt; souvent évoquée dans les commentaires sur la politique chilienne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lors de la campagne, la question d’une nouvelle Constitution, potentiellement capable d’améliorer cette situation, a d’ailleurs été au cœur des débats. Bachelet en a fait un de ses trois chantiers prioritaires, avec les réformes des impôts et de l’éducation. Elle a toutefois refusé de se prononcer sur le mécanisme pour y parvenir, décevant ceux qui espèrent la mise en place d’une assemblée constituante. Sur cette question, comme sur ses deux autres priorités, et en général sur sa future capacité à mettre en œuvre son programme, l’ampleur de la victoire déjà annoncée n’est pas la seule variable. La question fondamentale est celle de sa capacité à influer sur les élections législatives qui se tiendront simultanément, en transmettant sa popularité aux candidats qu’elle soutient.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Durant sa campagne, Bachelet a cultivé une image assez éloignée des partis, qui sont clairement, eux-mêmes et leurs dirigeants, moins populaires qu’elle. Ses partisans sont regroupés dans la Nouvelle Majorité, qui est en fait l’ancienne Concertation, rejointe par le Parti Communiste et des formations plus petites. Les candidats à la Chambre et au Sénat appartenant à cette coalition font souvent appel au slogan «&amp;nbsp;un Parlement pour Bachelet&amp;nbsp;». Reste à savoir s’ils seront suivis, en d’autres termes si le vote Bachelet à la présidentielle aura un véritable effet d’entrainement sur les élections législatives et régionales. La tâche est compliquée par le système électoral en vigueur pour les élections parlementaires, appelé binominal. Ce système, héritage de la dictature de Pinochet,&amp;nbsp;assure une surreprésentation à la coalition arrivant seconde dans chaque circonscription, à moins que la coalition arrivée en tête ne double son nombre de voix (voir ici et &lt;a href=&quot;http://es.wikipedia.org/wiki/Sistema_binominal&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;là&lt;/a&gt; pour plus de détail sur son fonctionnement). Pour que Bachelet puisse compter sur une grande majorité au Parlement, la Nouvelle Majorité est dans l’obligation d’obtenir un résultat exceptionnel. Dans le cas contraire, les réformes seront à négocier avec l’opposition, comme durant les gouvernements de la Concertation. Sans majorité large, même la légitimité propre à une victoire au premier tour pourrait s’avérer un capital politique insuffisant pour des réformes qui requièrent des quorums élevés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, le 17 novembre on observera donc avec attention les résultats de toutes les élections. A défaut de majorité parlementaire, la probable victoire de Bachelet pourrait n’être qu’un trompe-l’œil, et les attentes qu’elle soulève pourraient se révéler impossibles à satisfaire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color:rgb(42,42,42);&quot;&gt;*&lt;strong&gt;Antoine Maillet&lt;/strong&gt;, Doctorant Sciences Po - Université catholique du Chili&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le « Proceso de Reorganizacion Nacional »: retour sur les années de la dictature argentine]]></title><description><![CDATA[Par Maeva Morin]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/le-proceso-de-reorganizacion-nacional-retour-sur-les-annees-de-la-dictature-argentine</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/le-proceso-de-reorganizacion-nacional-retour-sur-les-annees-de-la-dictature-argentine</guid><pubDate>Mon, 15 Jul 2013 22:00:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/73fee5381f9ef5dde1dad76e3cde68f1/399e1/opalc_junte_militaire_argentina_1976_0711592538.png" length="0" type="image/png"/><content:encoded>&lt;p&gt;Par &lt;a href=&quot;https://shs.cairn.info/publications-de-maeva-morin--87899?lang=fr&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;Maeva Morin&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le 24 mars 1976, une junte militaire prenait le pouvoir en Argentine mettant ainsi fin à la dernière expérience péroniste. Le général Jorge Rafael Videla, l&apos;amiral Emilio Eduardo Massera et le brigadier Orlando Ramon Agosti, annoncèrent l&apos;édification d&apos;un «&amp;nbsp;ordre nouveau&amp;nbsp;» suivant «&amp;nbsp;les valeurs de la morale chrétienne&amp;nbsp;»&lt;fn data-id=&quot;1774512742352-1&quot;&gt;De nombreux cadavres sont remontés à la surface permettant ainsi de connaître ce procédé largement utilisé durant cette période, mais aussi d&apos;identifier des disparus.&lt;/fn&gt;. Les militaires argentins avaient en effet diagnostiqué un «&amp;nbsp;problème argentin&amp;nbsp;» semblable à una enfermedad dont le remède devait venir&amp;nbsp;d&apos;en haut&amp;nbsp; c&apos;est-à-dire du gouvernement militaire.&lt;/p&gt;&lt;section class=&quot;promoted-content-black&quot;&gt;&lt;div class=&quot;promoted-content-container-black&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&amp;nbsp;“Si es preciso, en Argentina deberían morir todas las personas necesarias para lograr la seguridad del país”.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;Déclaration du général &lt;strong&gt;Jorge Rafael Videla&lt;/strong&gt; lors de la XI Conférence des Armées Américaines réunies à Montevideo le 23 octobre 1975&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/section&gt;&lt;p&gt;Le général Galtieri en 1974 parlant de la «&amp;nbsp;subversion&amp;nbsp;» utilisait le terme de «&amp;nbsp;cancer&amp;nbsp;» dont «&amp;nbsp;il est parfois nécessaire d&apos;extirper les parties du corps même si celles-ci ne sont pas directement touchées pour éviter toute propagation.&amp;nbsp;»&lt;fn data-id=&quot;1774512791984-2&quot;&gt;La traduction est incertaine le &lt;i&gt;Nunca Mas&lt;/i&gt;, utilisant le terme informel de « patota » qui définit un « groupe de gens violent ». Le terme s&apos;utilise aussi bien pour parler d&apos; « un groupe de voleurs » que de supporters violents lors d&apos;un match de football. Le terme étant ici utilisé pour parler des interventions des policiers ou des militaires, on peut penser que la traduction juste serait « patrouille ».&lt;/fn&gt;. Ce constat avait déjà été dressé auparavant par le général Ongania. Celui-ci avait pris la tête du coup d&apos;Etat de 1966, nommé par les militaires putschiste Revolucion Argentina Cette dernière devait purger la société argentine de ses «&amp;nbsp;maux&amp;nbsp;», et mettre fin à la situation de violence que connaissait l&apos;Argentine des années 1970, période durant laquelle les organisations «&amp;nbsp;révolutionnaires&amp;nbsp;» se tournèrent définitivement vers la lutte armée. Le combat des militaires argentins contre les «&amp;nbsp;subversifs&amp;nbsp;» s&apos;inscrivait dans le contexte international de la guerre froide dans lequel le «&amp;nbsp;camp occidental&amp;nbsp;» luttait contre le communisme. L&apos;Argentine, comme de nombreux pays du Cône Sud, avait adhérer à la Doctrine de Sécurité Nationale. La DSN, telle qu&apos;elle fut enseignée à partir des années 1960 en Amérique Latine est un condensé de deux concepts. D&apos;une part, la doctrine d&apos;endiguement d&apos;Harry Truman selon laquelle il fallait contenir l&apos;avancée communiste par des moyens politiques et économiques. Les pays du Tiers Monde étaient principalement visés puisqu&apos;ils représentaient un terreau fertile à l&apos;introduction des idées «&amp;nbsp;révolutionnaires marxistes&amp;nbsp;». Et d&apos;autre part, la doctrine française de guerre contre-révolutionnaire qui théorisait le concept d&apos; « ennemi interne » suivant lequel le communisme pouvait s&apos;infiltrer dans le bloc occidental par l&apos;intérieur, via la subversion. Pour lutter, l&apos;Armée devait exercer un contrôle sur toutes les activités, qu&apos;elles fussent politiques, sociales ou économiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les militaires du&amp;nbsp;Proceso de Reorganisacion Nacional&amp;nbsp; riches des expériences antérieures proposaient &amp;nbsp;donc une «&amp;nbsp;réorganisation nationale&amp;nbsp;» touchant tous les pans de la société&amp;nbsp;: les institutions, le domaine politique, l&apos;économie, la culture, l&apos;éducation, et les organisations civiles entre autre. Pour imposer leurs réformes, le gouvernement instaura un régime de terreur. La violence, civile et étatique, n&apos;était pas un phénomène nouveau en Argentine&lt;fn data-id=&quot;1774512908757-3&quot;&gt;Pour une description en détails du fonctionnement des centres de détentions illégaux, se reporter à : &lt;a href=&quot;https://memoriaabierta.org.ar/wp/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Memoria Abierta&lt;/a&gt;&lt;/fn&gt;, mais elle a atteint durant les années 1976-1983, un stade alors inconnu dans l&apos;histoire du pays. En effet, les militaires du Proceso ont non seulement institutionnalisé leur présence au pouvoir mais ils ont aussi institutionnalisé la répression usant systématiquement de la disparition de personne. Celle-ci avait l&apos;avantage considérable pour les Forces Armées de nier l&apos;ampleur de la répression, ainsi que l&apos;explique l&apos;ancien dictateur&amp;nbsp; Jorge Rafael Videla&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;section class=&quot;promoted-content-black&quot;&gt;&lt;div class=&quot;promoted-content-container-black&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;«&amp;nbsp;On ne pouvait pas fusiller. On mettait un numéro, il fallait en mettre cinq mil. La société argentine n&apos;aurait pas accepté des fusillés&amp;nbsp;: hier deux à Buenos Aires, aujourd&apos;hui, six à Cordoba, demain, quatre à Rosario et ainsi de suite jusqu&apos;à cinq mil. Il n&apos;y avait pas d&apos;autres moyens. Nous étions tous d&apos;accord sur ce point. Et celui qui n&apos;était pas d&apos;accord avec ça s&apos;en allait. Dire où sont les restes&amp;nbsp;? Mais, que peut-on dire&amp;nbsp;? La mer, le fleuve de la Plata&amp;nbsp;? Nous y avons pensé à un moment, donner la liste (des disparus).&amp;nbsp; Mais après s&apos;est posé le problème&amp;nbsp;: si nous fournissons la liste des morts, viendront ensuite les questions auxquelles nous ne pouvons pas répondre&amp;nbsp;: qui a tué, comment, où.&amp;nbsp;»&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Interview de J.R. Videla par &amp;nbsp;Maria Seoane et Vicente Muleiro le 25 août 1998. (El Dictador, la historia secreta y publica de Jorge Rafael Videla, Buenos Aires, 2006)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/section&gt;&lt;p&gt;Le dictateur parle de « la mer, du fleuve&amp;nbsp;» faisant ici mention aux funestement célèbres vuelo de la muerte durant lesquels les prisonniers étaient «&amp;nbsp;transférés&amp;nbsp;», c&apos;est-à-dire drogués puis jetés à la mer&lt;fn data-id=&quot;1774513167779-7&quot;&gt;On peut écouter le message radiophonique de Jorge Rafael Videla le 24 mars 1976 sur : &lt;a href=&quot;https://www.memoriaabierta.org.ar/materiales/comunicado1.php&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;Memoria Abierta&lt;/a&gt;&lt;/fn&gt;. Durant ces années, les militaires ont également instauré une sorte d&apos;&amp;nbsp;«&amp;nbsp;économie de l&apos;horreur&amp;nbsp;» en volant les familles de disparus. Considéré &amp;nbsp;comme botin &amp;nbsp;de guerra, les vols avaient généralement lieu lors des arrestations ou faisaient l&apos;objet d&apos;une opération postérieure lors de laquelle une autre patrouille&lt;fn data-id=&quot;1774513200939-8&quot;&gt;Marcos Novaro, Vicente Palermo &lt;i&gt;La Dictadura Militar 1976/1983, del golpe de Estado a la restauración democrática,&lt;/i&gt; Historia Argentina tome 9, Paidos, Buenos Aires, 2006 (2e édition)).&lt;/fn&gt;&amp;nbsp;revenait chercher les biens de la victime. Un système d&apos;extorsion des familles de desaparecidos&amp;nbsp; existait aussi, les tortionnaires promettaient une libération en échanges d&apos;argent ou de biens. Généralement, les victimes n&apos;étaient pas libérées. Il y avait donc bien un&amp;nbsp;travail en équipe&amp;nbsp;coordonné. Ces vols constituaient un bénéfice économique non négligeable pour les membres de la patrouille mais aussi pour leurs supérieurs. Les desaprecidos quant à eux étaient conduit, une fois enlevés, &amp;nbsp;dans un des nombreux centres de détentions illégaux, que comptait le pays, où ils étaient torturés. Tortures physiques, mais aussi morales puisqu&apos;au sein des centres de détentions, les prisonniers étaient privés de leur identité, réduit à un numéro. Toutes communications entre les prisonniers étaient bien sûr interdites&lt;fn data-id=&quot;1774513221863-9&quot;&gt;Selon la CONADEP (Commission Nationale sur la Disparition de Personne), il y aurait eu environ 600 enlèvements et séquestrations avant le coup d&apos;Etat du 24 mars 1976. Il faut rappeler en effet que la violence étatique a commencé avec le dernier gouvernement péroniste. Perón est revenu au pouvoir en Argentine le 23 septembre 1973. En juillet 1974, celui-ci meurt, laissant derrière lui un parti péroniste divisé. Sa veuve prend sa succession et décide de s&apos;entourer du clan de Lopez Rega, surnommé « le mage noir ». Celui-ci est à l&apos;origine de la création de la Triple A (l&apos;Alliance Anticommuniste Argentine) qui serait responsable, entre la fin de l&apos;année 1973 et le début de 1976, de l&apos;assassinat d&apos;environs 900 personnes (d&apos;après Marcos Novaro et Vicente Palermo, op.cit). En février 1975, un décret présidentiel accordait à l&apos;armée tous pouvoirs dans la lutte contre la « subversion ». Concernant la violence civile, le journal argentin La Opinion, informait en mars 1976 que durant les derniers jours de mars, il y avait eu un assassinat politique toutes les cinq heures, et une bombe explosait toutes les trois heures. Bien que très marqué à droite, La Opinion rend bien compte du climat de chaos qui régnait en Argentine durant ces années là.&lt;/fn&gt;. Ces méthodes étaient directement inspirées des camps de concentrations allemands mais aussi nourries de l&apos;expérience des militaires français lors de la guerre d&apos;Algérie&lt;fn data-id=&quot;1774512984508-4&quot;&gt;Robin, Maris-Monique, &lt;i&gt;Escadrons de la mort, l&apos;école française&lt;/i&gt;, Paris, La découverte, 2008&lt;/fn&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;Enfin, le dernier régime militaire argentin est funestement célèbre pour la pratique des «&amp;nbsp;vols d&apos;enfants&amp;nbsp;». Il existait deux types de vol d&apos;enfants&amp;nbsp;: les enfants en bas âge qui étaient arrêtés en même temps que leur parent ou les enfants qui naissaient en captivité. Dans les premiers cas, lors d&apos;une arrestation, soit l&apos;enfant était remis aux voisins en attendant que les parents soient libérés, ou que des proches parents viennent le récupérer, soit il était emmener avec ses parents, et à partir de là il était rendus à la famille des parents ou, et se fut souvent le cas pour les jeunes enfants, il était «&amp;nbsp;donné&amp;nbsp;» à des militaires qui n&apos;avait pas, ou ne pouvait pas, avoir d&apos;enfants. Dans le cas des enfants nés en captivité, ils étaient systématiquement «&amp;nbsp;donnés&amp;nbsp;» à des familles de militaires. Il existait à la ESMA&lt;fn data-id=&quot;1774513016413-5&quot;&gt;Centre de détention clandestin de la Marine au cœur même de Buenos Aires.&lt;/fn&gt;&amp;nbsp;une salle spéciale pour les femmes enceintes. Celles-ci gardaient l&apos;enfant avec elles durant environ cinq jours, puis on leur demandait d&apos;écrire une lettre à la famille dans le but de remettre l&apos;enfant à celle-ci. L&apos;enfant n&apos;était pas rendu à la famille comme nous l&apos;avons dit, et la mère était «&amp;nbsp;transférée&amp;nbsp;», c&apos;est-à-dire tuée. L&apos;objectif d&apos;une telle pratique s&apos;inscrivait bien sûr dans le processus de rééducation de la société. Les militaires devaient élever les enfants dans le nouvel ordre qu&apos;ils étaient en train d&apos;établir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le pic de la répression fut atteint durant les premières années du régime, de 1976 à 1978&lt;fn data-id=&quot;1774513057253-6&quot;&gt;Pour des détails concernant les différentes méthodes répressives en cours durant ces années là ainsi que des statistiques, voir le &lt;i&gt;Nunca Màs&lt;/i&gt;, Informe de la CONADEP, Buenos Aires, Eudeba, 2007.&lt;/fn&gt;. Elle touchait tous les states de la société, les dits «&amp;nbsp;subversifs&amp;nbsp;» comme leur famille ou tous opposants au régime&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;section class=&quot;promoted-content-black&quot;&gt;&lt;div class=&quot;promoted-content-container-black&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Le soutien de la population doit être total (dans l&apos;œuvre restauratrice des Forces Armées). C&apos;est pourquoi nous éliminerons les neutres et les indifférents&amp;nbsp;»&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Déclaration du colonel Carlos Caggio Tedesco, actif dans la Province de Misiones dans La Nacion, 10 janvier 1977&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/section&gt;&lt;p&gt;La répression a fait 30&amp;nbsp;000 disparus, dont la majorité chez les 21-30 ans. Les hommes représentent 70% des disparus contre 30% de femmes et 7% de femmes enceintes. Les classes les plus touchées furent les ouvriers (30,2%), les étudiants (21%) et les employés en générale (17,9%). Le pays ne comptait pas moins de 550 centres de détentions illégaux. L&apos;ampleur de la répression fait qu&apos;elle a touchée de près ou de loin tous les argentins de cette génération laissant des cicatrices encore palpables aujourd&apos;hui dans la société civile. Cette dernière réclame justice. C&apos;est ce que nous verrons dans les prochains articles. Comment la société argentine a-t-elle construit sa mémoire? Comment est transmise l&apos;histoire de cette période aux nouvelles générations&amp;nbsp;? Quelle fut la participation des gouvernements démocratiques depuis 1983&amp;nbsp;? Voici quelques questions auxquels nous tenterons de répondre.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title><![CDATA[Les tupamaros en Uruguay (1965-2010). De la guérilla à la politique légitime]]></title><description><![CDATA[Par Damien Larrouqué

]]></description><link>https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/les-tupamaros-en-uruguay-1965-2010-de-la-guerilla-a-la-politique-legitime</link><guid isPermaLink="false">https://www.sciencespo.fr/opalc/actualites/les-tupamaros-en-uruguay-1965-2010-de-la-guerilla-a-la-politique-legitime</guid><pubDate>Fri, 05 Nov 2010 23:00:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://www.sciencespo.fr/opalc/static/dee500128f699b5d880d37b4c4dcba1e/62bab/drapeau_tupamaros_uruguay_403a56337e.png" length="0" type="image/png"/><content:encoded>&lt;p&gt;Par &lt;a href=&quot;https://cv.hal.science/damien-larrouque&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;strong&gt;Damien Larrouqué&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Résumé&amp;nbsp;&lt;/h2&gt;&lt;section class=&quot;promoted-content-red&quot;&gt;&lt;div class=&quot;promoted-content-container-red&quot;&gt;&lt;p&gt;En Novembre 2009, le peuple uruguayen a élu comme Président le leader iconoclaste José Mujica, ex-guérillero du Mouvement de Libération Nationale-Tupamaros et otage du régime militaire pendant plus de dix ans (1973-1984). La victoire de celui qui est longtemps resté un électron libre du Front Ample (FA) est le fruit d&apos;un long processus de rénovation programmatique et idéologique entrepris au lendemain de la dictature. Mouvement de guérilla urbain particulièrement actif dans les années 70, le MLN-Tupamaros a réussi sa mue politique sans pour autant perdre les principes de justice et de transformation sociale qui ont animé sa fondation. Le triomphe électoral d&apos;un ex-mouvement guérillero demeure une consécration politique rare en Amérique Latine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/section&gt;&lt;h2&gt;INTRODUCTION&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;A l&apos;instar du Fond Sandiniste de Libération National au Nicaragua ou du Front Farabundo Marti de Libération Nationale au Salvador, le Mouvement de Libération Nationale-Tupamaros (MLN-T) en Uruguay est l&apos;une des rares guérillas latino-américaines qui soit parvenue à conquérir le pouvoir de manière démocratique. En Argentine, les Montoneros ont fait l&apos;objet d&apos;une répression dès le retour de Perón au pouvoir en 1974. Au Chili, le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire a annoncé sa dissolution dès la fin des années 80. En Bolivie, l&apos;Armée de Libération Nationale a été décapitée à la mort de son leader charismatique, Ernesto Che Guevara, en octobre 1967&amp;nbsp;; tandis qu&apos;ailleurs dans les Andes, d&apos;autres mouvements insurrectionnels, comme le Sentier Lumineux du Pérou ou les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, se sont depuis longtemps dévoyés dans le trafic de drogue,&amp;nbsp; perdant toute crédibilité politique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Fondé en février 1966, Le MLN-Tupamaros est contemporain de ces différents mouvements guérilleros. Comme eux, il a entrepris des actions violentes, tempérées néanmoins par la ruse et des stratégies de commandos soigneusement planifiées. Se refusant à faire couler le sang des populations civiles, le MLN-Tupamaros a surtout mené des actions de harcèlement des autorités qui visaient, entre autres, à dénoncer les scandales de corruption financière dans un pays qui a longtemps été considéré comme «&amp;nbsp;la Suisse de l&apos;Amérique du Sud&amp;nbsp;». Or, parce qu&apos;ils ont entretenu, au tournant des années 60/70, un climat social conflictuel, d&apos;aucuns ont accusé le MLN-Tupamaros d&apos;avoir été le responsable du coup d&apos;Etat militaire de juin 1973. Encore aujourd&apos;hui, les leaders historiques de l&apos;organisation toujours vivants -que l&apos;on appelle affectueusement «&amp;nbsp;les vieux&amp;nbsp;»- se partagent entre culpabilité assumée ou rejetée. Toujours est-il qu&apos;après plus de dix années d&apos;une féroce répression (1973-1984), la résurrection de ce Mouvement de Libération Nationale a longtemps été incertaine -à bien des égards difficile- mais néanmoins féconde... Après s&apos;être rallié au Front Ample en 1989, le MLN-Tupamaros a su s&apos;imposer comme une force partisane prépondérante à gauche, et à même fini par gagner le cœur de la majorité de la population qui a élu, en novembre 2009, l&apos;ex-Tupamaros débonnaire, José Mujica, à la tête du pays.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment une guérilla urbaine s&apos;est-elle transformée en une force partisane légitime&amp;nbsp;? Par quels profonds travaux de refonte idéologique et programmatique, ce mouvement de rébellion armée a-t-il réussi à conquérir sa place sur l&apos;échiquier politique uruguayen&amp;nbsp;? En d&apos;autres termes, comment le MLN-Tupamaros est-il parvenu à forger sa respectabilité&amp;nbsp;politique?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des grandes marches des travailleurs de la canne à sucre du&amp;nbsp;Nord du pays (les cañeros) aux petites marches du palais présidentiel de Montevideo, retraçons le long parcours du Mouvement de Libération National-Tupamaros, de sa genèse (1962) à la conquête du pouvoir (2010). Les années 60 et 70 correspondent respectivement à l&apos;adolescence et à la jeunesse du mouvement. Durant toute cette période, que cela soit par l&apos;action armée ou à travers la répression militaire, l&apos;apprentissage de la politique pour le MLN-Tupamaros s&apos;est fait dans et par la violence (I). En 1984, le retour à la démocratie ouvre une nouvelle période dans l&apos;histoire uruguayenne. Après une régénération complexe, le MLN-Tupamaros s&apos;est assagi. Suite à l&apos;expérience traumatisante de la détention, certains «&amp;nbsp;vieux&amp;nbsp;» ont pris conscience qu&apos;un pays ne pouvait se conquérir par les armes mais par les urnes. Sans que soit renié pour autant le passé révolutionnaire,&amp;nbsp; le recours à la force a été condamné et la violence&amp;nbsp; refoulée. En dépit des divisons internes que ce nouvel axe programmatique a générées, le MLN-Tupamaros a choisi d&apos;assumer des positions plus pragmatiques. L&apos;heure est à la maturité politique (II).&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;I) De la lutte armée à la répression sanglante (1962-1984): deux décennies d&apos;apprentissage de la politique par la violence&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Inspiré du nom du leader andin, Tupac Amaru -qui avait mené bataille contre les colons espagnols à la fin du XVIIIe siècle, le Mouvement de libération Tupamaros a d&apos;abord exercé une guerre d&apos;usure relativement pacifique et populaire (A), avant de basculer dans une étape plus violente et de perdre le soutien de la majorité de la population uruguayenne (B). Ce climat d&apos;instabilité politique et sociale a été propice à la révolte des militaires qui renversent le pouvoir en juin 1973. La répression particulièrement brutale qui suit le coup d&apos;Etat a eu raison du mouvement de guérilla. Le MLN-Tupamaros est démantelé et ses leaders contraints à l&apos;exil ou emprisonné (C).&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;A) La jeunesse du mouvement&amp;nbsp;ou l&apos;étape «&amp;nbsp;Robin Wood » (1962-1969)&lt;/h3&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Baptisé par un groupuscule d&apos;étudiants de gauche, à partir de 1962, TNT pour « les Tupamaros Ne Transigent pas&amp;nbsp;» , le Mouvement de Libération Nationale-Tupamaros est officiellement créé en 1966. La figure majeure du mouvement guérillero à l&apos;époque est Raúl Sendic. Alors âgé de trente cinq ans, cet étudiant en fin de carrière juridique renonce à devenir avocat juste avant d&apos;en obtenir le diplôme, pour se lancer dans le militantisme syndical. Pétri de théories «&amp;nbsp;anarcho-marxistes&amp;nbsp;» et moulu dans l&apos;anti-impérialisme primaire, Raúl Sendic entend propager les idéaux révolutionnaires en&amp;nbsp; Uruguay en commençant par politiser et organiser la résistance des ouvriers agricoles du nord du pays, les fameux &lt;i&gt;cañeros&lt;/i&gt; qui travaillent dans la production sucrière.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;L&apos;attention portée à la situation précaire de ces quelques centaines d&apos;ouvriers agricoles sur les dizaines de milliers que comptent le pays pourrait paraître saugrenue. Elle n&apos;en est rien si on la regarde sous un angle aussi bien idéologique que stratégique.&amp;nbsp; L&apos;objectif affiché de Raúl Sendic et des premiers partisans du mouvement est d&apos;établir autour des &lt;i&gt;«&amp;nbsp;ilots de prolétariat rural&lt;/i&gt; » un certain nombre de filiations, de ressemblances, de similitudes avec les conditions qui ont permis le succès de la révolution cubaine à la fin de l&apos;année 1958, et au demeurant d&apos;obtenir le soutien du jeune régime castriste. L&apos;image des&lt;i&gt; cañeros&lt;/i&gt; sert ainsi l&apos;imagerie révolutionnaire de la future guérilla qui cherche, à travers eux, à apparenter l&apos;Uruguay -cette «&amp;nbsp;Suisse des Amériques&amp;nbsp;» qui s&apos;est toujours distinguée pour ses réformes sociales précoces et son imposante classe moyenne- à un pays &lt;i&gt;tercermundista&lt;/i&gt;. Revendiquant les 40 heures par semaine et la mise en place d&apos;une réforme agraire, les &lt;i&gt;cañeros&lt;/i&gt; appuyés par Sendic et ses acolytes organisent, entre 1962 et 1971, 5 grandes marches de 600 km chacune entre Artigas à l&apos;extrême Nord du pays jusqu&apos;à la capitale Montevideo.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Cette mobilisation de &lt;i&gt;campesinos pobres&lt;/i&gt; suscite l&apos;admiration et la politisation des étudiants de la capitale. Désabusés par la pratique politique conventionnelle et tout particulièrement, par le verrouillage électoral des deux partis traditionnels qui se partagent le pouvoir depuis plus d&apos;un siècle, certains d&apos;entre eux&amp;nbsp; rejoignent le mouvement. Au milieu des années 60, le MLN-T compte moins d&apos;une centaine d&apos;activistes.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Dès sa genèse, il s&apos;agit déjà d&apos;une organisation hétéroclite qui se caractérise en effet par la diversité politique de ses militants. On retrouve ainsi, au sein de ce mouvement composite, des socialistes, des communistes, des anarchistes, des prêtres influencés par la théorie de la libération, et même des membres progressistes du parti conservateur (&lt;i&gt;partido blanco&lt;/i&gt;) dont la figure la plus emblématique est José Mujica, l&apos;actuel Président du pays. Etant incapables de se forger une cohésion idéologique, les Tupamaros choisissent de se retrouver sous la bannière romantique de l&apos;engagement armé. Comme le veulent les mots d&apos;ordre de l&apos;époque&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;i&gt;les paroles divisent mais l&apos;action unit&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Une relecture contemporaine des «&lt;i&gt; vieux&lt;/i&gt; » à l&apos;égard de leur engagement de jeunesse justifie les actes du passé, en privilégiant la thèse de l&apos;autodéfense plutôt que la promotion par les armes d&apos;un projet révolutionnaire. S&apos;inscrivant dans leur assimilation «&amp;nbsp;légaliste&amp;nbsp;» actuelle, cette vision qui prétend que le MLN Tupamaros est née pour protéger le pays de la montée de l&apos;autoritarisme d&apos;extrême droite est manifestement fausse ou du moins exagérée. Le MLN-T a toujours arboré la lutte des classes comme le moteur de l&apos;histoire, et la révolution comme l&apos;étape nécessaire vers l&apos;instauration d&apos;une société idéale. Dans la clandestinité, l&apos;organisation dispensait à ses membres des enseignements sur le maniement des armes, les techniques de plasticage et de fabrication d&apos;explosifs -bien qu&apos;ils ne furent que rarement utilisés-, les règles élémentaires de discrétion et d&apos;espionnage, mais aussi des cours beaucoup plus théoriques d&apos;histoire et d&apos;économie imprégnés de marxisme.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Foncièrement raisonnée, réfléchie, planifiée, la lutte armée des Tupamaros s&apos;apparente surtout à du harcèlement à l&apos;égard des autorités politiques et des élites économiques. Le MLN-T réalise un certain nombre de coups d&apos;éclats en s&apos;attaquant aux banques, aux casinos, aux casernes de police, ou encore aux supermarchés. Dans ce dernier cas, le rapin est redistribué aux populations défavorisées des quartiers périphériques de Montevideo. Evitant la moindre effusion de sang, les actions des Tupamaros sont relativement bien perçues dans l&apos;opinion qui se refuse, dans sa très grande majorité, à considérer ce mouvement révolutionnaire comme une «&amp;nbsp;&lt;i&gt;organisation terroriste&lt;/i&gt; ». Bien au contraire&amp;nbsp;; dans un contexte politique vicié par les mesures ultraconservatrices et autoritaires du gouvernent de Pacheco Areco (1967-1972), la mobilisation du MLN-T jouit même, sur la scène internationale, d&apos;une visibilité et d&apos;une image très positive -comme en témoigne une couverture du &lt;i&gt;Times &lt;/i&gt;magazine de mai 1969 qui apparente les Tupamaros à des «&amp;nbsp;Robin des bois&amp;nbsp;» des temps modernes.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Néanmoins, avec le durcissement de la répression au tournant des années 60/70, le MLN-T bascule dans la violence et perd l&apos;adhésion populaire qu&apos;il avait su cultiver.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;B) La radicalisation militariste (1970-1973)&lt;/h3&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;De visite en Uruguay en août 1961, le célèbre ministre cubain de l&apos;industrie, le commandant Che Guevara déclarait dans un discours prononcé à l&apos;université de Montevideo&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;i&gt;l&apos;emploi de la force est l&apos;ultime recours des peuples&lt;/i&gt; ». Ainsi, la paix et l&apos;harmonie sociales qui régnaient alors en Uruguay ne justifiaient pas, à ses yeux, d&apos;expériences révolutionnaires radicales. C&apos;est pourtant bien ce qui va s&apos;organiser une dizaine d&apos;années plus tard.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;A la différence d&apos;autres guérillas latino-américaines, le terrain d&apos;actions du&amp;nbsp; MLN-T est essentiellement urbain. Conscients que le pays ne dispose pas de montagnes ou d&apos;épaisses forêts à partir desquelles mener une activité &lt;i&gt;guerrillera&lt;/i&gt; efficace&amp;nbsp;; les rebelles uruguayens acceptent l&apos;idée qu&apos;ils devront livrer un combat urbain, et en ce sens, faire preuve d&apos;innovation en matière de lutte révolutionnaire. La campagne ne sera qu&apos;un terrain auxiliaire d&apos;appui, de planification et d&apos;éventuel repli stratégique à une guérilla nécessairement citadine.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Le premier grand fiasco de l&apos;organisation révolutionnaire a pourtant lieu dans une ville rurale. En hommage au second anniversaire de la mort de Che Guevara, le 8 octobre 1969, les Tupamaros s&apos;emparent de Pando, une ville de quinze mille habitants proche de Montevideo. L&apos;objectif est de vider les coffres-forts de ses banques. Cette action de siège (d&apos;envergure) tourne à la bérézina&amp;nbsp;: lors de la retraite une vingtaine de Tupamaros sont faits prisonniers -dont l&apos;un des principaux leaders, Eleutorio Fernández Huidobro- et trois sont tués par la police. Dans un pays pacifique, cette attaque et ses répercussions font l&apos;effet d&apos;une commotion collective. Le soutien au mouvement ne faiblit pas pour autant.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;C&apos;est durant l&apos;été 1970, à la suite de l&apos;enlèvement et de l&apos;assassinat de Dan Mitrione,&amp;nbsp; un espion nord-américain, que l&apos;opinion publique uruguayenne change de point de vue à l&apos;égard du MNL-Tupamaros. L&apos;accroissement des enlèvements à l&apos;encontre de personnels diplomatiques ou de chefs d&apos;entreprise tend&amp;nbsp; finalement à desservir le MLN-T, que d&apos;aucuns accusent d&apos;alimenter une trop grande conflictivité sociale.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Face aux pressions nord-américaines consécutives à l&apos;assassinat de leur agent, le gouvernement de Pacheco Areco renforce l&apos;autoritarisme du régime&amp;nbsp;: au musellement de la presse, à l&apos;interdiction des partis de gauche, s&apos;ajoutent la restriction des droits de circulation, le renforcement des effectifs militaire et l&apos;organisation à grande échelle de la chasse aux Tupamaros.&amp;nbsp; L&apos;escalade de la violence joue en défaveur des guérilleros qui ont perdu l&apos;appui tacite de la population. Par peur d&apos;éventuelles représailles, beaucoup dévoilent aux autorités des lieux de caches, donnent des noms, révèlent des plans ; bref, trahissent... Or, sous les coups de boutoir des forces armées - suite à l&apos;évasion spectaculaire d&apos;une centaine de prisonniers politiques de la prison de Punta Carretas, le 6 septembre 1971, l&apos;usage de la torture se généralise à partir de 1972- et compte tenu de la méfiance grandissante de la population, l&apos;organisation tupamara se fragilise, se fissure, se démantèle partiellement.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Toutefois,&amp;nbsp; les activistes qui sont alors environ 2000 ont bien fait preuve de «&amp;nbsp;légalisme&amp;nbsp;» en créant la colonne 70 et surtout le Mouvement des indépendants du 26 Mars (1971). Ces deux mouvements constituent les branches politiques du MLN-T. Incarnant la vision des leaders les plus modérés que sont Sendic, Huidobro, et Mujica,&amp;nbsp; le Mouvement du 26 Mars rassemble beaucoup d&apos;étudiants, de professeurs et d&apos;autres secteur de la classe moyenne, mais très peu d&apos;ouvriers qui restent affiliés pour la plupart au Parti Communiste. Il ne s&apos;agit en rien donc d&apos;un mouvement de masse, mais plutôt d&apos;un parti d&apos;avant-garde que les militaires accusent d&apos;être l&apos;antichambre politique de la guérilla armée. C&apos;est-à-dire, un moyen légal de recrutements et une réserve logistique du MLN-T. Cette confusion entre option politique et projet révolutionnaire précipite le déclin du MLN-T manifésté par la capture de son leader historique Raúl Sendic, le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; septembre 1972.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Face au redoublement de la répression qui suit le vote au Congrès des lois d&apos;exception en avril 1972, s&apos;ouvrent des tentatives de coopération avec quelques gradés progressistes. Néanmoins, s&apos;opposant à toute «&amp;nbsp;&lt;i&gt;tupamarisation&lt;/i&gt; » de l&apos;armée, la hiérarchie militaire fait capoter ces négociations. Le pouvoir continue de réclamer la réédition sans condition des Tupamaros en liberté. Bien avant le coup d&apos;Etat militaire de juin 1973, le MLN-T est déjà une guérilla moribonde&amp;nbsp;: 1300 camarades ont été faits prisonniers et une quarantaine sont morts sous la torture. Beaucoup ont fui le pays...&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;C) Les années de plomb&amp;nbsp;: la torture ou l&apos;exil (1973-1984)&lt;/h3&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Une grande polémique continue d&apos;opposer historiens, journalistes et «&amp;nbsp;&lt;i&gt;vieux&lt;/i&gt; » leaders du MLN-T&amp;nbsp;: quelle est la responsabilité de la rébellion tupamara dans la justification du coup d&apos;Etat piloté par l&apos;armée, le 27 juin 1973&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Il est évident que dans un pays où la forte tradition démocratique n&apos;avait été interrompue au XXe siècle qu&apos;une seule fois -lors de la confiscation du pouvoir par le général Gabriel Terra en mars 1933-, l&apos;insurrection armée des Tupamaros a pu être perçue comme relativement illégitime, tout particulièrement après sa radicalisation militariste. D&apos;aucuns prétendent qu&apos;à la différence d&apos;autres pays latino-américains plus inégalitaires,&amp;nbsp; l&apos;Uruguay ne présentait pas les conditions qui justifiaient le recours aux armes plutôt qu&apos;à celui des urnes.. Néanmoins, rétorqueront les autres, il semble utile de replacer la rébellion &lt;i&gt;tupamara&lt;/i&gt; dans le contexte politique et social mouvementé des années 60/70.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Sur le plan international, toutes les conditions sont réunies pour favoriser l&apos;ébullition révolutionnaire. Le succès du soulèvement des &lt;i&gt;barbudos&lt;/i&gt; de Cuba suscite l&apos;admiration de la jeunesse uruguayenne. La crise des missiles qui s&apos;en suit a fait peser sur le monde la terreur d&apos;une apocalypse nucléaire et nourrit un sentiment anti-impérialiste primaire, ainsi qu&apos;une certaine aversion pour le régime totalitaire soviétique. La France, modèle de civilisation et patrie des Lumières, s&apos;est dévoyée dans deux guerres antilibérales en Indochine d&apos;abord mais aussi et surtout en Algérie ensuite. Le discrédit profond dont elle est l&apos;objet sera néanmoins balayé devant la révolte estudiantine de mai 68 qui se répercute aussi en terres uruguayennes.&amp;nbsp; En Amérique Latine, les pays voisins sont sous la coupe des militaires&amp;nbsp;; le Paraguay d&apos;abord, mais surtout le Brésil depuis 1963, et l&apos;Argentine de manière intermittente, ce qui ne contribue en rien à la stabilité politique&amp;nbsp;du pays. Ailleurs dans les Andes, le commandant Che Guevara organise la révolte des paysans de Bolivie et appelle à l&apos;engagement romantique sacrificiel. Le Chili d&apos;Allende expérimente en outre une nouvelle voie vers le socialisme qui en fascine plus d&apos;un.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Sur le plan interne aussi, les conditions furent propices à l&apos;émergence d&apos;un mouvement de contestation armée. En dépit d&apos;une structure sociale plus égalitaire que dans le reste de l&apos;Amérique Latine, existe en Uruguay un contingent important de prolétariat urbain et surtout rural (incarné par les &lt;i&gt;cañeros&lt;/i&gt;). Or, selon les théories marxistes en vogue à l&apos;époque, seule la lutte des classes peut appeler à transformer cette situation. Par ailleurs, la politique antisociale de Pacheco Areco, ainsi que le monopole politique des deux partis traditionnels (contesté à partir de février 1971) a résisté aux élections de 1972. Le Front Ample a obtenu 300&amp;nbsp;000 voix, soit 18 % des suffrages. C&apos;est-à-dire insuffisamment pour prendre le pouvoir par la voie démocratique, mais toutefois assez pour fissurer le bipartisme officiel et constituer une troisième force partisane en puissance. La généralisation de la torture à partir de 1972 génère une escalade de violence et une radicalisation dans les deux camps, tempérée par les tentatives de conciliation de la fin de l&apos;année 1972.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;S&apos;il est vrai que la mobilisation des Tupamaros a suscité un climat de grandes tensions sociales, il ne peut leur être imputé la totalité de la responsabilité de la sortie des militaires de leurs casernes. En effet, alors que la guérilla était mourante au premier semestre de 1973, ces derniers ont continué à exercé leur zèle sadique sur les syndicalistes, les socialistes, et autres communistes non-impliqués dans les opérations de soulèvement armé. Avec pas moins de 20&amp;nbsp;000 prisonniers politiques pour une population d&apos;environ 3 millions d&apos;habitants, l&apos;Uruguay&amp;nbsp; de la dictature enregistre un triste record mondial. En outre, avec leurs acolytes chiliens, argentins et paraguayens, les militaires uruguayens s&apos;associent au Plan Condor et participent activement à l&apos;extra-territorialisation de la torture.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;9 des dirigeants historiques du MLN-T, dont Mujica, Huidobro et Sendic, seront maintenus en «&amp;nbsp;otage&amp;nbsp;» jusqu&apos;à la fin de la dictature. Leurs conditions de détentions sont inhumaines et humiliantes. Ils vivent reclus dans des culs de basses fosses et torturés pendant 13 ans. Leur santé physique et psychologique se dégrade lentement. L&apos;un d&apos;entre eux, Henry Engler, spécialiste aujourd&apos;hui reconnu de la maladie d&apos;Alzheimer installé en Suède, sombre même dans la folie, prétendant être l&apos;incarnation du nouveau Messie.&amp;nbsp; La plupart des activistes de base prennent le chemin de l&apos;exil. Ce chemin croisent celui des chiliens traqués par la dictature de Pinochet. Un millier d&apos;entre eux transitent par Cuba, avant de rejoindre l&apos;Europe et la Russie, via l&apos;Algérie, la Tchécoslovaquie, et parfois même, à la suite d&apos;un détour par l&apos;Angola, alors en guerre de libération contre les forces militaires portugaises. La plupart des exilés de la dictature uruguayenne finissent par s&apos;installer en France, au Pays-Bas, en Belgique et en Suède, où ils vont nouer des contacts avec les partis sociaux démocrates.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Après 13 années au pouvoir, les militaires décident de rentrer sagement dans les casernes -en ayant pris le soin toutefois de piloter la transition en douceur vers la démocratie. Suite à&amp;nbsp; l&apos;effort de réorganisation semi-clandestin déployé par les femmes du MLN-T, le retour d&apos;exil des militants, et plus encore,&amp;nbsp; la libération des «&amp;nbsp;vieux&amp;nbsp;» en mars 1985 ouvrent de nouvelles perspectives démocratiques pour l&apos;ancien mouvement guérillero.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;II) De la reconstruction à la conquête du pouvoir&amp;nbsp;(1984-2010) : les années de maturité politique&lt;/h2&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Dans un contexte de retour à la vie démocratique marqué par le virage néolibéral de la décennie 80/90 et les désillusions postcommunistes liées à la chute du mur de Berlin, le travail de reconstruction et de régénération va être longtemps miné par des divisions internes (A). A force de persuasion, il finira néanmoins par être admis que la conquête du pouvoir passe par le respect des règles du jeu démocratique, la refonte programmatique et l&apos;adhésion à la coalition de gauche, le Frente Amplio (B). Incarné par l&apos;un de ces vieux leaders, José Mujica, le MLN-Tupamaros regagne le cœur des uruguayens qui élisent, en novembre 2009, ce «&amp;nbsp;&lt;i&gt;pépé&lt;/i&gt; » iconoclaste et facétieux à la tête de la République Orientale d&apos;Uruguay (C).&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;A) Les divisions idéologiques post-dictatoriales (1984-1994)&amp;nbsp;&lt;/h3&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Pendant une dizaine d&apos;années, la reconstruction du MLN-T est incertaine car tiraillée de l&apos;intérieur par deux tendances farouchement opposées&amp;nbsp;: l&apos;une réclame le rejet de la violence et l&apos;adhésion aux valeurs démocratiques&amp;nbsp;; l&apos;autre reste échaudée par les discours marxistes et continue de croire en la lutte des classes comme moteur de l&apos;histoire.&amp;nbsp; Une troisième voie tente de concilier ces deux positions extrêmes, en se montrant à la fois pragmatique, sans pour autant renier totalement le passé révolutionnaire. C&apos;est cette troisième position qui finira par s&apos;imposer au milieu des années 90.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Raúl Sendic incarne la branche légaliste. Il a été, à bien des égards, le leader le plus politique et aussi le plus fervent partisan de la légalité républicaine de tout le MLN-T. Bien que le programme qu&apos;il a soutenu est relativement radical -il réclame avec ferveur la réforme agraire, le non-paiement de la dette extérieure, la nationalisation des banques et&amp;nbsp; entend faire la demande aux pays développés d&apos;offrir leurs excédents agricoles aux pays en développement-, il s&apos;inscrit dans une optique de consécration politique tout à fait légitime. Outre l&apos;abandon du recours aux armes, il est de ceux qui s&apos;opposent même à la résurrection du MLN-T. En tant que mouvement de guérilla, ce dernier aurait trop trempé dans un passé violent qu&apos;il convient aujourd&apos;hui de refouler, pour entrer pleinement dans cette nouvelle étape de l&apos;histoire uruguayenne inaugurée par le renouveau démocratique. Pour Sendic, il faut créer un «&amp;nbsp;Grand Front&amp;nbsp;» qui sache rassembler plus largement encore que le Front Ample. Dans son idéal, le «&amp;nbsp;Grand Front&amp;nbsp;» serait une coalition de partis, de groupuscules, voire d&apos;individualités mus par un esprit de réformes et de progrès. Il entend ainsi construire une alliance durable avec les ailes progressistes des partis traditionnels qui ont toujours eu une position mouvante, instable, circonstancielle à l&apos;égard du Front Ample, tout en se faisant l&apos;allié des associations de petits et de moyens producteurs à l&apos;intérieur du pays. Sendic reproche en effet au Front Ample (FA) d&apos;être trop ancré à Montevideo et de ne pas avoir assez suscité l&apos;adhésion de la population de l&apos;intérieur qui, par tradition, porte ses voies aux candidats du parti &lt;i&gt;blanco&lt;/i&gt;. Pour Sendic, il y a dans le monde rural uruguayen un vivier électoral insoupçonné à exploiter. Il s&apos;agit désormais d&apos;égayer la confiance de cette population, souvent précaire, qui n&apos;attend qu&apos;à être nourrie d&apos;espoir et portée par les projets de réformes socio-économiques profonds.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;A l&apos;opposé de cette position &lt;i&gt;grandfrontiste&lt;/i&gt;, se situe celle des &lt;i&gt;prolétariens&lt;/i&gt;, partisans de la violence. Incarnée par Jorge Zabalza, cette tendance refuse de refouler le passé révolutionnaire et continue de croire que la démocratie est un paravent du capitalisme et des élites économiques. Sclérosé par un siècle et demi de concentration bipartisane, la démocratie s&apos;est avérée incapable de défendre les intérêts impérieux des classes dominées qui avaient pourtant jeté leur dévolu dans la représentation électorale. En outre, cette seconde démocratie est perçue comme la fille malade de la dictature des militaires. A tout moment, les &lt;i&gt;prolétariens &lt;/i&gt;craignent que les pères amnistiés reprennent le pouvoir, et que le peuple soit incapable d&apos;y opposer de résistance. Selon eux, il faut donc reprendre les armes, et renouer avec la lutte des classes. Influencés par des théories sorties d&apos;un pot pourri idéologique où se recoupent des doctrines anarchistes, nationalistes, &lt;i&gt;tercermundistes &lt;/i&gt;et marxistes-léninistes, les partisans de Zabalza ne défendent pas de programme en particulier. Il s&apos;agit avant tout d&apos;abattre un système démocratique garni de contradictions. Il faut faire ainsi table rase du passé et bâtir ensuite une véritable société égalitaire, sans Dieu ni Maître -ce qui implique aussi qu&apos;elle soit inféodée à un système soviétique que la Perestroïka de Gorbatchev a plongé dans la déliquescence.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;A mi chemin entre les positions modérées des premiers et celles radicales des seconds, Fernández Huidobro et José Mujica s&apos;emploient à forger une troisième voie marquée par la création du&amp;nbsp; Mouvement&amp;nbsp; de Participation Populaire (MPP), en décembre 1987. Cette organisation fédère des groupes d&apos;extrême-gauche et entend, à la manière de l&apos;ancien Mouvement du 26 Mars, intégrer le Front Large. Selon Mujica, le MPP a pour fin d&apos;unifier des partis qui portent des projets politiques et sociaux très ambitieux sans pour autant perdre de vue «&lt;i&gt; le chemin vers un socialisme national, multipartite,&amp;nbsp; démocratique et participatif&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;A la fin des années 80, il existe donc 3 mouvements issus de l&apos;ancienne guérilla tupamara&amp;nbsp;: une tendance progressiste, incarnée en la personne de Sendic, qui revendique la création d&apos;un « Grand Front&amp;nbsp;» -projet auquel se sont ralliés notamment les étudiants du Front de la Jeunesse&amp;nbsp;; une tendance révolutionnaire portée par Zabalza à travers la revitalisation&amp;nbsp; du MLN-T ; et enfin, une tendance conciliante revendiquée par Huidobro et Mujica autour du Mouvement de Participation Populaire. Or, au cours de la première moitié des années 90, une conjonction de facteurs va faire que c&apos;est cette troisième voie qui va finir par s&apos;imposer.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Tout d&apos;abord, en avril 1989, la mort de Raúl Sendic marque un vide de pouvoir au sein de l&apos;ancien mouvement guérillero et une cruelle absence de leadership au sein de la tendance grandfrontiste. Rapidement, celle-ci perd le soutien du Front de la jeunesse et périclite. Au grand désespoir de Sendic, le «&amp;nbsp;Grand Front&amp;nbsp;» n&apos;aura jamais réussi à rassembler l&apos;ensemble de la gauche uruguayenne. Liber Seregni, le leader du Front Ample, s&apos;est toujours montré réticent à ce projet qu&apos;il voyait comme une tentative politicienne concurrente plutôt que comme une véritable position fédératrice «&amp;nbsp;ultra-englobante&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Par ailleurs, les mesures néolibérales promues par le gouvernement&amp;nbsp; de Luis Alberto Lacalle (1990-1995) sont perçues, dans le camp de la gauche, comme une rupture du pacte social et un matraquage à bâtons rompus de l&apos;Etat Providence bâti au début du XX° siècle par Batlle y Ordóñez. Cette situation politique est propice au discours insurrectionnel des partisans de Zabalza qui gagnent en popularité à l&apos;époque. Appuyé militairement par la Lybie de Kadhafi et financé par des groupes terroristes tels que l&apos;Euskadi Ta Akatusana (ETA) du Pays Basque ou encore le Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) péruvien, le MLN-T est en train de reprendre un virage militariste qui nuit grandement à son image, mais que nombre de leaders modérés ne parviennent pas à enrailler.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;C&apos;est en fait un événement tragique intervenu en août 1994 qui va changer la donne, et à la suite duquel, l&apos;ancienne guérilla, décrédibilisée, va tâcher de recouvrer une respectabilité politique. Conscients que les valeurs de la société ont changé et que le recours à la violence n&apos;est plus politiquement justifiable, Fernandez Huidobro et&amp;nbsp; José Mujica reprennent les rênes de l&apos;organisation. Ils se positionnent désormais en faveur de la lutte démocratique et rompent définitivement avec leurs anciens alliés radicaux. Les partisans de Zabalza sont contraints de s&apos;aligner sur la nouvelle ligne politique ou&amp;nbsp; évincés du mouvement, à l&apos;image de leur leader qui quitte le MLN-T en 1995.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Après dix années d&apos;une difficile reconstruction fragilisée par de profondes rivalités internes, le MLN-Tupamaros / MPP a réussi à reconquérir, sous la houlette des «&amp;nbsp;vieux&amp;nbsp;» modérés,&amp;nbsp; son intégrité politique et sociale. Dès lors, l&apos;adhésion officielle au front de gauche dirigé par Tabaré Vázquez est une première étape vers l&apos;accession au pouvoir.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;B) La marche vers le pouvoir (1994-2009)&lt;/h3&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;La chute du Mur de Berlin a eu raison des vieilles illusions communistes. Le mouvement social uruguayen sort laminé d&apos;une dizaine d&apos;années de néo-libéralisme. Dans ce contexte, le programme du FA a été revu à la baisse, et se veut plus «&amp;nbsp;réaliste&amp;nbsp;». Le MLN-T suit ces évolutions. Il s&apos;arrime au wagon progressiste impulsé par la gauche modérée qu&apos;incarne un obscur militant, médecin de formation. En effet, désavoué par le parti socialiste après son soutien à la réforme constitutionnelle de 1996, Liber Seregni démissionne de la présidence du FA. Tabaré Vázquez lui succède. C&apos;est le début de ce que nombre d&apos;observateurs appellent&amp;nbsp;: &lt;i&gt;le vázquisme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;C&apos;est aussi l&apos;époque où se construit la&amp;nbsp; popularité d&apos;un des «&amp;nbsp;vieux&amp;nbsp;» de la guérilla, un certain José Mujica, dit «&amp;nbsp;&lt;i&gt;Pepe&lt;/i&gt; ». L&apos;homme parcourt le pays pour faire valoir le nouveau programme du MLN-T/MPP. Sa bonhomie naturelle, ses airs goguenards, son parler &lt;i&gt;gaucho&lt;/i&gt; (associé à sa profession de maraîcher) font de lui un personnage antisystème, profondément populaire. Jouissant d&apos;une médiatisation croissante, «&amp;nbsp;Pepe&amp;nbsp;» et ses acolytes décident de former, en septembre 1997, un nouveau courant à la gauche de la gauche, el «&amp;nbsp;&lt;i&gt;corriente de izquierda&lt;/i&gt; ». Cette nouvelle tendance est relativement bien implantée dans les campagnes à la différence du PS. Le leader socialiste répond à ce qu&apos;il considère comme un affront des radicaux en démissionnant de la présidence du FA. La manœuvre de Tabaré Vázquez est mûrement réfléchie&amp;nbsp;: elle vise à faire taire les divergences internes, en mettant sous pression les partis d&apos;extrême gauche et en leur faisant admettre la nécessite d&apos;un programme commun fédérateur et modéré. Convaincu qu&apos;il s&apos;agit là d&apos;une condition &lt;i&gt;sine qua none&lt;/i&gt; de la victoire électorale de la gauche, le MLN-T rompt en novembre 1998, avec le &lt;i&gt;Corriente de izquierda&lt;/i&gt; qu&apos;il a contribué à créer, à peine un an auparavant. Symboliquement, cette rupture est très forte. Elle implique la fin des velléités révolutionnaires du MLN et son adhésion au &lt;i&gt;vázquisme&lt;/i&gt;. Cette union entre le MLN/MPP et le PS uruguayen est définitivement scellée lorsque Mujica et Huidobro acceptent d&apos;être les conseillés de Tabaré Vázquez lors de la campagne présidentielle de 1999.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Le programme social&amp;nbsp;porté au sein du FA par le MLN/MPP est&amp;nbsp; ambitieux&amp;nbsp;: les «&amp;nbsp;vieux&amp;nbsp;» entendent notamment lutter contre la pauvreté par une augmentation de 30&amp;nbsp;% des salaires les plus bas qui sera financée&amp;nbsp; par l&apos;impôt sur le revenu. Cette décision suscite l&apos;opposition farouche des partis traditionnels qui y voient une mesure populiste, ainsi que celle du FMI qui ne manque pas d&apos;avertir d&apos;une fuite prévisible des capitaux, préjudiciable pour le pays.&amp;nbsp; Arrivée en tête au premier tour, la gauche perd au second. Néanmoins, sa victoire historique à Montevideo, fief traditionnel du parti colorado, au tout début des années 90, lui a déjà donné une première occasion de se confronter véritablement à la gestion politique. Durant son mandat de maire, Tabaré Vázquez a été amené à conduire une politique sociale certes, mais réaliste avant tout. Pour les élections présidentielles à venir, le programme du FA glissera de l&apos;idéalisme au pragmatisme.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;La crise économique qui frappe l&apos;Uruguay en juillet 2002 vient renforcer la côte électorale du&amp;nbsp; FA. Outre la faillite en chaine des banques et la dévaluation du peso de l&apos;ordre de 30 %, ce qui affecte le plus la population c&apos;est l&apos;augmentation brutale du chômage qui atteint alors 20 % et qui s&apos;accompagne d&apos;un appauvrissement généralisé.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Dans ce contexte économique et social difficile, les leaders du MLN-T se mobilisent. José Mujica appuie les agriculteurs touchés de plein fouet par la crise, en créant des «&amp;nbsp;&lt;i&gt;tables rondes de coordination&amp;nbsp;»&lt;/i&gt; ; tandis que son collègue d&apos;infortune sous la dictature, Fernandez Huidobro, prend en charge une tâche plus délicate encore&amp;nbsp;: la collaboration avec les forces armées. Contestant la remise en cause de la &lt;i&gt;ley de caducidad&lt;/i&gt;, Fernandez Huidobro soutient ses propres tortionnaires et se met à dos l&apos;ensemble de la classe politique. Néanmoins, il obtient en contrepartie, de la hiérarchie militaire, ce qu&apos;il voulait&amp;nbsp;: la garantie de non-intervention dans le cas d&apos;une victoire de plus en plus probable de la gauche aux Présidentielles d&apos;octobre 2004.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Effectivement, avec 52 % des suffrages dès le premier tour, la victoire du FA est sans appel.&amp;nbsp; Favorable à l&apos;embellie économique, l&apos;augmentation continue des cours internationaux des matières premières agricoles entre 2005 et 2008 a permis le financement de programmes sociaux ambitieux. Ainsi, le plan national de réponses à l&apos;urgence sociale (PANES) entend&amp;nbsp;lutter contre la pauvreté et le travail informel par une fixation du salaire minimum à 200 dollars par mois contre 70 auparavant. De son côté le plan Ceibal a pour fin d&apos;offrir un accès universel et gratuit aux nouvelles technologies de l&apos;information et de la communication.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Fort de sa popularité dans les campagnes, Mujica est nommé ministre de l&apos;agriculture et de la Pêche. L&apos;ancien Tupamaros, ex-otage de la dictature, prend son mandat particulièrement à cœur et commence par s&apos;attaquer à la concentration foncière. Critiquant notamment le phénomène grandissant d&apos; «&amp;nbsp;&lt;i&gt;extranjerización de la tierra &lt;/i&gt;» &lt;i&gt;, &lt;/i&gt;il fait interdire la possibilité aux sociétés anonymes d&apos;être propriétaires de terres. Bien qu&apos;elle soit peu efficace pour enrayer l&apos;accaparation des terres par quelques gros producteurs au détriment des ouvriers agricoles (les fameux «&amp;nbsp;&lt;i&gt;peones&lt;/i&gt; »),&amp;nbsp; cette loi a permis néanmoins de lutter contre le blanchiment de l&apos;argent sale colombien. Par ailleurs, à travers le Fonds Raul Sendic financé grâce aux dons des anciens Tupamaros investis en politique, Mujica a créé un système de microcrédit solidaire, facilitant l&apos;achat de tracteurs collectifs et la mise en commun des moyens de production. En revanche, compte tenu de la propre opposition des ouvriers agricoles, il n&apos;a pas réussi à faire adopter la loi limitant à 8 heures le temps de travail dans les campagnes.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Après avoir renoncé à la lutte révolutionnaire, avoir intégré le jeu partisan au sein du Front Ample et s&apos;être, par la même, rapproché des arcanes du pouvoir, les militants du MLN-MPP aspirent désormais à voir leurs leaders briguer la Présidence de la République Orientale d&apos;Uruguay. Fort de sa popularité, Pepe Mujica devient presque naturellement le candidat officiel du MLN-MPP aux Présidentielles d&apos;octobre 2009.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;C) Pepe Presidente !&lt;/h3&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;En février 2008, suite à un remaniement ministériel, José Mujica laisse son poste de ministre de l&apos;Agriculture et de la Pêche, qu&apos;il a occupé pendant quatre ans, à un «&amp;nbsp;vieux&amp;nbsp;» Tupamaros. L&apos;ancien député et sénateur est désormais politiquement libre. Entre la préparation des sillons et le ramassage des légumes de son exploitation maraîchère, il parcourt le pays pour expliquer et valoriser le programme du Front Ample. Beaucoup aimeraient alors le voir se porter candidat à l&apos;élection présidentielle.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Toutefois, comme à son habitude, José Mujica cultive l&apos;incertitude en menant une campagne négative et en laisse librement gloser ses adversaires sur son manque de charisme présidentiel. Comme il le déclare lui-même, avec beaucoup d&apos;autodérision et une certaine ironie mordante: «&amp;nbsp;&lt;i&gt;j&apos;ai un aspect minable, j&apos;ai l&apos;air d&apos;un marchand des quatre saisons, je suis vieux et fatigué, et je n&apos;ai même pas de formation universitaire.&lt;/i&gt; » Son franc parlé et la grande cohérence entre son mode de vie et le discours qu&apos;il porte à l&apos;égard des plus déshérités font pourtant de lui un homme politique antisystème très populaire. A gauche, ces rivaux craignent d&apos;ailleurs que, sous ses airs de petit vieux malicieux, ne se cache en fait les traits d&apos;un &lt;i&gt;caudillo &lt;/i&gt;populiste comme l&apos;Histoire uruguayenne et latino-américaine en a enfanté de nombreux. En outre, beaucoup continuent de regretter son dédain affiché pour les mondanités. On lui reproche ainsi énormément de ne pas avoir l&apos;attitude,&amp;nbsp; ni la prestance d&apos;un candidat présidentiel «&amp;nbsp;présentable&amp;nbsp;», notamment sur la scène internationale.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Or, indifférent à ces critiques,&amp;nbsp; José Mujica continue de courir le pays et entreprend même, à partir de juillet 2008 une tournée régionale où il rencontre plusieurs Présidents latino-américains dont le couple Kircher, Lula, Lugo ou encore Chavez. En réalité, insidieusement, sans se porter jamais officiellement candidat, Mujica bâtit son image de présidentiable.&amp;nbsp; Selon le politiste uruguayen, Adolfo Garcé, cette stratégie de campagne négative, à travers laquelle l&apos;ex-Tupamaro laisse peser le doute et pleuvoir les critiques sur sa candidature, tout en construisant son réseau d&apos;influence dans le pays, s&apos;inscrit dans la longue tradition du MLN-T. Cette dernière consiste à ne donner que peu d&apos;importance aux paroles, pour privilégier plutôt la portée symbolique des actes.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;En l&apos;occurrence, à la suite de la fondation de l&apos;Espace 609, mouvement de rassemblement pluriel d&apos;inspiration «&amp;nbsp;grandfrontiste&amp;nbsp;» chère à&amp;nbsp;&amp;nbsp; Raúl Sendic, Pepe Mujica pose, en mai 2009, sa démission symbolique du MPP. Il s&apos;agit désormais de montrer qu&apos;il n&apos;est pas le candidat de l&apos;aile radicale du Front Ample, mais au contraire un des candidats de rassemblement de la gauche uruguayenne. Un mois plus tard, le 29 juin 2009, avec 52 % des voix contre 40 % pour son rival direct, l&apos;ancien ministre de l&apos;économie de Tabaré Vázquez, Danilo Astori, il remporte haut la main les primaires du Front Ample. Il est dès lors officiellement le candidat d&apos;une gauche unie, démocratique et pluraliste, en lice pour les Présidentielles d&apos;octobre.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Son programme entend poursuivre la politique sociale menée jusqu&apos;alors en&amp;nbsp; accordant plus de fonds encore au secteur éducatif. Il réclame notamment «&amp;nbsp;&lt;i&gt;l&apos;université pour tous&lt;/i&gt; » et entend bâtir, par ailleurs, une société doté d&apos;une puissante classe moyenne sur le modèle de la Suède, de la Finlande ou encore de la Nouvelle Zélande qu&apos;il admire. Cette volonté de recouvrer la tradition uruguayenne d&apos;Etat Providence mis à mal dans les années 90 doit passer nécessairement par une réforme profonde de l&apos;Etat, et notamment par un allégement de la bureaucratie.&amp;nbsp; Attaqué par la droite sur la question de l&apos;insécurité et de la mauvaise gestion carcérale du gouvernent Vázquez, Mujica a promis, s&apos;il était élu, de remédier à ces problèmes en recherchant l&apos;appui de toutes les forces partisanes du pays.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Grâce à son passé révolutionnaire, son charisme paradoxal, sa simplicité naturelle, sa capacité de rassemblement et son programme modéré, l&apos;ex-otage de la dictature, paysan de profession et homme politique par conviction, s&apos;est construit une popularité sans égale. Avec 52,4 % des suffrages au second tour, José Mujica dit «&amp;nbsp;Pepe&amp;nbsp;» a remporté les élections présidentielles de novembre 2009 face au candidat du Parti National, l&apos;ancien Président Luis Alberto Lacalle (1990-1995).&lt;span style=&quot;color:rgb(42,42,42);&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;De la lutte armée à l&apos;affrontement électoral, des geôles de la dictature aux cabinets des ministères, des grandes marches des &lt;i&gt;cañeros&lt;/i&gt;, aux petits marches du palais présidentiel, la conquête du pouvoir par les Tupamaros est une histoire dans l&apos;Histoire, un conte poignant fait de douleurs et de joies, fait de déchirures et de passions tumultueuses. Comme l&apos;écrit Alain Labrousse à la fin de son ouvrage, « &lt;i&gt;Le Tupamarisme est bien autre chose qu&apos;un phénomène politique, mais une épopée humaine et culturelle&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;En conclusion, il apparaît intéressant de faire remarquer que la trajectoire alambiquée du MLN-T a finalement peu ou prou suivi les mutations idéologiques, programmatiques, et stratégiques de la gauche uruguayenne. Les politistes Adolfo Garcé et Jaime Yaffé distinguent ainsi trois étapes clefs dans ce processus de transformations.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;La première période court de 1971, date de création du Front Ample jusqu&apos; à la fin de la dictature, en 1984. Elle correspond à l&apos;étape dite du «&amp;nbsp;&lt;i&gt;Frentismo&lt;/i&gt; ». A partir d&apos;une coalition de partis ou de micro-formations de gauche,&amp;nbsp; l&apos;objectif du Front Ample est de constituer&amp;nbsp; une troisième force partisane capable de disputer aux deux partis traditionnels, le Parti National et le Parti Colorado, le monopole de la vie politique uruguayenne. Bien que la fondation de cette grande coalition réponde à un rejet de l&apos;utilisation de la violence promue par le MLN -et se veut en ce sens légaliste-, l&apos;idéologie cultivée n&apos;en reste pas moins anti-impérialiste, anti-oligarchique et révolutionnaire. Face aux apories du marché et à la déliquescence d&apos;une démocratie considérée comme «&amp;nbsp;bourgeoise&amp;nbsp;», les &lt;i&gt;Frenteamplistas &lt;/i&gt;militent pour la mise en place d&apos;un socialisme réel et national&amp;nbsp;; c&apos;est-à-dire, bâti loin du giron cubain ou soviétique. La montée de l&apos;autoritarisme tendra néanmoins à radicaliser ces positions et rendra plus acceptable le recours à la dissidence violente face au terrorisme d&apos;Etat.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;La seconde période qui s&apos;ouvre avec le retour à la démocratie et s&apos;achève avec la fondation de l&apos;&lt;i&gt;Encuentro Progressista&lt;/i&gt;, en 1994, correspond à une étape de transition vers la&amp;nbsp; modération idéologique et programmatique. La crise manifeste de l&apos;Etat Providence, l&apos;effondrement du modèle communiste et le triomphe des idées libérales génèrent d&apos;intenses débats au sein de la gauche, voire même des scissions (comme en témoigne la création de l&apos;éphémère Nouvel Espace en 1989) ou des ralliements insoupçonnés (à l&apos;instar de celui du MLN-Tupamaros au tournant des années 90). Marquée par la conquête de la mairie de Montevideo, première victoire électorale d&apos;envergure du Front Ample, cette période inaugure la confrontation avec le pouvoir et sa difficile gestion. Pour la gauche, il ne s&apos;agit plus dès lors simplement de critiquer, sinon avant tout de proposer et d&apos;agir. Bientôt le pragmatisme et le réalisme politique l&apos;emporte sur les utopies socialistes. Ce bagage intellectuel, cet héritage culturel et affectif que personne ne voudrait pour autant renier, est aujourd&apos;hui moins valorisé que la maturité politique. Désormais, avant l&apos;idéalisme, prévaut le «&lt;i&gt; progresismo&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Cette dernière étape correspond à la conquête et à l&apos;expérience du pouvoir. A l&apos;image de José Mujica ou de Fernandez Huidobro pour le MLN-T, Tabaré Vázquez travaille à consolider l&apos;unité du Front Ample tout en nouant des alliances avec les ailes progressistes des partis traditionnels. Ces efforts visant aux renforcements et à l&apos;extension de la plateforme électorale de la «&amp;nbsp;grande coalition&amp;nbsp;» s&apos;accompagne d&apos;une rénovation profonde de son programme. Cette «&amp;nbsp;actualisation idéologique&amp;nbsp;» tend à glisser vers le centre. Capitalisant sur les mécontentements populaires liés aux dérégulations et aux réformes structurelles des années 90, la nouvelle gauche uruguayenne promet de lutter contre les affres du néolibéralisme et de replacer l&apos;Etat dans une position de régulateur. C&apos;est ainsi sur un modèle de social-démocratie européenne que Tabaré Vázquez est élu à la tête du pays, en Octobre 2004. Son slogan de campagne résume à lui seul&amp;nbsp;le processus de modération politique entamé par la gauche uruguayenne au sortir de la dictature: «&amp;nbsp;&lt;i&gt;Un gouvernement de changement&amp;nbsp;: une transition responsable&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;En dépit de tensions politiques liées notamment au refus de valider la loi sanctionnant la dépénalisation de l&apos;avortement (décembre 2008), la popularité du Président Vázquez dépassait, à la fin de son mandat, les 80 %. C&apos;est-à-dire, un chiffre bien supérieur au pourcentage de la population qui se réclame de la gauche traditionnelle. Cette capacité de rassemblement au delà des clivages partisans est une preuve supplémentaire du succès de la rénovation idéologique de la gauche uruguayenne.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ouvrages et articles sur le système partisan uruguayen&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;- Collectif, &lt;i&gt;Encrucijada 2009&amp;nbsp;: Gobiernos, actores y políticas en el Uruguay 2007-2008, &lt;/i&gt;Editorial Fin de Siglo, Montevideo, 2008.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;- ALCANTARA SAEZ&amp;nbsp; Manuel et FREIDENBERG Flavia (sous la direction de),&lt;i&gt; Partidos Políticos de América Latina: Cono Sur&lt;/i&gt;, Ediciones Universidad de Salamanca, Salamanca, 2001.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;-&amp;nbsp; BARREIRO Julio, &lt;i&gt;El sistema de partidos políticos en Uruguay&lt;/i&gt;, Institut de Ciènces Polítiques i Socials, Barcelona, 1993.&lt;span style=&quot;color:rgb(42,42,42);&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ouvrages sur les mutations de la gauche uruguayenne&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;-&amp;nbsp; Collectif&amp;nbsp;: &lt;i&gt;L&apos;Uruguay gouverné à gauche&lt;/i&gt;, Problèmes d&apos;Amérique Latine n° 74, Automne 2009.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;-&amp;nbsp; MOREIRA Constanza,&lt;i&gt; Final del Juego: del bipartidismo al triunfo de la izquierda en Uruguay,&lt;/i&gt; Ediciones Trilce, Montevideo, 2004.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;-&amp;nbsp; MOREIRA Constanza, &lt;i&gt;Entre la protesta y el compromiso: la izquierda en el gobierno&lt;/i&gt;, Ediciones Trilce, Montevideo, 2009.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;- GARCE Adolfo &amp;amp; YAFFE Jaime, &lt;i&gt;La izquierda Uruguaya (1971-2004): ideología, estrategia y programa&lt;/i&gt;&lt;span style=&quot;color:rgb(42,42,42);&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;,&lt;/u&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt; in America Latina Hoy n°44, Ediciones Universidad de Salamanca, Salamanca, 2006.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;-&amp;nbsp; YAFFE Jaime, &lt;i&gt;Al centro y a dentro: la renovación de la izquierda y el triunfo del Frente Amplio en Uruguay&lt;/i&gt;, Linadri y Riso, Montevideo 2005.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;strong&gt;Ouvrages sur les transformations du mouvement tupamaro&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- &lt;/strong&gt;GARCE Adolfo, &lt;i&gt;Donde hubo fuego: el proceso de adaptación del MNL-Tupamaros a la legalidad y a la competencia electoral (1985-2004)&lt;/i&gt;, Editorial Fin De Siglo, Montevideo, 2006.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;-&amp;nbsp; LABROUSSE Alain, &lt;i&gt;Les Tupamaros&amp;nbsp;: des armes aux urnes&lt;/i&gt;, Editions du Rocher, Monaco, 2009.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ouvrage sur le système électoral et constitutionnel uruguayen&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;-&amp;nbsp; PISANI Carlos, &lt;i&gt;Sistema político-electoral del Uruguay -siglo XXI-&lt;/i&gt;, Arca, Montevideo, 2004.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ouvrage de réflexion générale sur la gestion politique en Uruguay&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;-&amp;nbsp; BAYCE Rafael, &lt;i&gt;5 tareas de Hercules: Para gobernar en el siglo XXI, Uruguay como ejemplo&lt;/i&gt;, Ediciones Trilce, Montevideo, 2005.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;-&amp;nbsp; CAETANO Gerardo (sous la direction de), &lt;i&gt;20 años de democracia, Uruguay 1985-2005: Miradas múltiples&lt;/i&gt;, Ediciones Santillana, Montevideo,2005.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;-&amp;nbsp; RICO Alvaro, &lt;i&gt;Como nos domina la clase gobernante: Orden político y obediencia social en la democracia posdictadura, Uruguay 1985-2005&lt;/i&gt;, Ediciones Trilce, Montevideo, 2005.&lt;/p&gt;&lt;hr&gt;&lt;h3&gt;«&amp;nbsp;Los Tupamaros no transan&amp;nbsp;».&lt;/h3&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Fondés&amp;nbsp; en 1836, le parti libéral ou «&amp;nbsp;&lt;i&gt;colorado&lt;/i&gt; » et le parti conservateur ou «&amp;nbsp;&lt;i&gt;blanco&lt;/i&gt; » ont monopolisé la vie politique uruguayenne jusqu&apos;à la fondation du Front Ample en 1971, et plus exactement jusqu&apos;à l&apos;ascension au pouvoir de ce dernier en 2004. Le parti «&amp;nbsp;&lt;i&gt;colorado&lt;/i&gt; » défend les intérêts de la bourgeoisie marchande de la capitale, tandis que le parti «&amp;nbsp;&lt;i&gt;blanco&lt;/i&gt; » défend ceux des grands propriétaires terriens de l&apos;intérieur du pays.&amp;nbsp; Au même titre que les partis démocrates et républicains nord-américains, ils seraient les plus vieux partis politiques du monde.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Il est vrai qu&apos;à l&apos;intérieur du pays, des groupuscules étudiants d&apos;inspiration fasciste sèment la terreur dans la capitale, en s&apos;attaquant aux syndicalistes, aux juifs et aux étudiants communistes. Che Guevara lui-même est victime d&apos;un attentat manqué lors d&apos;une visite à Montevideo en 1961. En outre, sur le plan régional, les coups d&apos;Etat militaires perpétrés par la junte au Brésil (1963) et par le général Barrientos en Bolivie ajoutent au climat de tensions et à la grande conflictivité sociale.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Il ne s&apos;agit pas des premiers révolutionnaires tombés pour la cause. Le baptême du feu se fait en réalité le 22 décembre 1966 avec l&apos;assassinat de l&apos;étudiant Carlos Flores.&amp;nbsp; C&apos;est à cette occasion d&apos;ailleurs que le MNL-Tupamaros sort de l&apos;ombre et se fait connaître de l&apos;opinion publique.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Agent du FBI, Dan Mitrione a été accusé de coordonner la répression des Tupamaros et d&apos;avoir encouragé la police uruguayenne à violer les «&amp;nbsp;règles d&apos;honneur de la guerre&amp;nbsp;» par le recours à la torture des prisonniers. De fait, il n&apos;était pas un simple espion mais un formateur militaire, expert dans le maniement des « techniques antisubversives&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Entre 1970 et 1973, une quinzaine d&apos;enlèvement sont organisés par le MNL-Tupamaros. En échange de la libération des otages, les guérilleros réclament celle de la centaine de prisonniers politiques enfermés à Punta Carretas, ainsi que leur amnistie, ou du moins la suspension des brutalités à leur encontre.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Proches des arcanes du pouvoir, des milices paramilitaires, les &lt;i&gt;escadrons de la mort&lt;/i&gt;, agissent en sous main pour mener des actions de répression à l&apos;encontre de la population.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Un plan d&apos;envergure, appelé plan Tatou, a été&amp;nbsp; défait par les militaires à la suite d&apos;une dénonciation. Il s&apos;agissait de construire des dizaines de kilomètres des galeries dans les départements ruraux, afin de reproduire, devant l&apos;insuccès manifeste de la guérilla urbaine, les conditions favorables à la mise en application des théories insurrectionnelles &lt;i&gt;foquistes &lt;/i&gt;(vantées par Che Guevara et Regis Debray), et par là même, s&apos;inscrire dans une symbolique révolutionnaire &apos;très latino-américaine&apos;.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Le Mouvement du 26 Mars s&apos;est rapidement rallié au Front Ample, créé en février 1971, par l&apos;ancien général progressiste, Liber Seregni.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Beaucoup de militaires se montraient très critiques à l&apos;égard des malversations financières qui éclaboussaient le pouvoir politique et l&apos;élite économique. D&apos;un certain côté, ils rejoignaient la combat des Tupamaros sur le terrain de la dénonciation de la corruption.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Entre février et mars 1967, le MNL-Tupamaros reçoit des cubains la proposition de se joindre à la rébellion guevariste. Raul Sendic laisse à chacun le libre choix de son engagement. Un seul Tupamaros partira se battre aux côtés du Che. Il en est fait mention dans le film de Ricardo Dindo intitulé&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Ernesto Che Guevara, le journal de Bolivie&lt;/i&gt;, Arte Video, 92 minutes, 1994.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Lors de ses élections particulièrement contestées est élu le candidat &lt;i&gt;colorado&lt;/i&gt;, Juan María Bordaberry, proche des militaires, alors que le candidat progressiste du Parti &lt;i&gt;blanco&lt;/i&gt;, Wilson Ferreira Aldunate a obtenu plus de voix que lui, mais à l&apos;intérieur d&apos;un parti globalement minoritaire. En effet, jusqu&apos;à la refonte constitutionnelle de 1997, prévalait en Uruguay la fameuse «&amp;nbsp;Ley des Lemas&amp;nbsp;» qui rendait possible la multiplication des candidatures par parti. En l&apos;absence d&apos;un second tour, le candidat ayant obtenu le maximum de voix dans le parti globalement majoritaire était élu Président de la République.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Le propre Leader du FA, Liber Seregni, est fait prisonnier et torturé pendant une dizaine d&apos;année.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un documentaire sortie en salle en Uruguay en novembre 2008 et réalisé par Adlo Garay et Jose Pedro Charlo,&amp;nbsp; lui a été consacré. Il s&apos;intitule&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.elpais.com.uy/tvshow/la-pelicula-uruguaya-el-circulo-tuvo-cinco-premios&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;i&gt;El círculo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Le Pacte du Club Naval signé en août 1984 avec les leaders des partis politiques prévoit l&apos;organisation des élections générales d&apos;octobre,&amp;nbsp; sous un certain nombre de conditions. La candidature du leader progressiste Wilson Ferreira Aldunate est notamment proscrite, tandis que sont discutées les lois d&apos;amnistie pour les militaires autant que pour les anciens Tupamaros.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Enfermées à la prison de Punta de Rieles, les activistes féminines du mouvement sont libérées progressivement à partir de 1982.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme les surnomme Alain Labrousse, dans &lt;i&gt;Les Tupamaros&amp;nbsp;: des armes aux urnes&lt;/i&gt;, Editions du Rocher, Monaco, 2009, chapitre V, p 246.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;En décembre 1986 est votée au Congrès, au non de la réconciliation nationale,&amp;nbsp; la loi de Caducité qui offre l&apos;amnistie à tous les militaires impliqués dans des exactions commises durant la dictature. Grand combat de toute la gauche uruguayenne, la loi est soumise à un référendum populaire en avril 1989, qui vient conforter l&apos;attitude anti-punitive du Parlement. En octobre 2009, le jour des élections présidentielles,&amp;nbsp; un nouveau référendum est organisé pour réclamer la fin des amnisties. Là encore, la gauche essuie un échec. Le peuple uruguayen n&apos;est (semble-t-il), pas encore prêt à rouvrir, par des procès qui s&apos;annoncent longs et éprouvants,&amp;nbsp; les cicatrices du passé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos rapportés par Alain Labrousse, dans &lt;i&gt;Les Tupamaros&amp;nbsp;: des armes aux urnes&lt;/i&gt;, Editions du Rocher, Monaco, 2009, chapitre V, p 256.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Ainsi, le 10 août 1994 une grève de la faim est organisée par une poignée d&apos;activistes de l&apos;ETA installés depuis quelques années en Uruguay et dont l&apos;Espagne réclame l&apos;extradition immédiate. Au bout d&apos;une dizaine de jours, les 9 acolytes sont hospitalisés à l&apos;Hôpital du Filte. Haranguée par la branche radicale du MLN-Tuparmaros, une foule de plusieurs milliers de personnes battent le pavé pour que l&apos;Etat Uruguayen leur reconnaisse l&apos;asile politique. Les échauffourées qui éclatent avec la police font deux morts du côté des manifestants et des dizaines de blessés de part et d&apos;autre. Le bilan politique est très lourd. Le MLN et la gauche en général sont accusés d&apos;extrémisme tandis que le gouvernement de Lacalle est critiqué pour sa féroce répression. En octobre 1994, le Parti &lt;i&gt;Blanco &lt;/i&gt;ainsi que le &lt;i&gt;Frente Amplio&lt;/i&gt; perdent les élections. Le Parti &lt;i&gt;Colorado&lt;/i&gt; mené par Julio María Sanguinetti l&apos;emporte avec 32,3 % des suffrages.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Selon&amp;nbsp; les cadres de l&apos;organisation, les assauts de banques perpétrés dans les années 90 n&apos;auraient été organisés que&amp;nbsp; par d&apos;anciens Tupamaros ayant versé dans le banditisme.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Bien qu&apos;elle rognait sur les prérogatives électorales favorables aux partis traditionnels (par la suppression&amp;nbsp; notamment&amp;nbsp; de&amp;nbsp; la &lt;i&gt;Ley de Lemas &lt;/i&gt;ou la possibilité de présenter plusieurs candidats pour un même parti, et par l&apos;introduction d&apos;un second tour aux élections), la gauche était majoritairement opposée à cette refonte constitutionnelle qui fut approuvée, de justesse, par référendum populaire en 1995. Ces détracteurs critiquaient le renforcement du présidentialisme et l&apos;éventualité pour les partis &lt;i&gt;Blanco&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Colorado&lt;/i&gt;, de s&apos;allier au second tour, enfin d&apos;empêcher le FA d&apos;accéder au pouvoir.&amp;nbsp;En l&apos;occurrence, c&apos;est exactement ce qui se passa lors des élections de 1999.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Le FA obtient&amp;nbsp; 38,2 % des voix au premier tour, et 40 % des sièges au Congrès. Le nouveau président élu, Jorge Batlle (Parti &lt;i&gt;colorado&lt;/i&gt;), est contraint d&apos;établir un gouvernement de coalition.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Entre 1999 et 2003, la&amp;nbsp; population uruguayenne vivant sous le seuil de pauvreté a doublé. Elle représentait 15 % en 1999 et 30 % en 2003.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Pour briser les inégalités socioéconomiques, le gouvernement socialiste a généralisé l&apos;accès internet à toutes les écoles du pays et a offert à chacun des 300 000 jeunes élèves du pays,&amp;nbsp; un ordinateur portable d&apos;une durée de vie de trois ans et d&apos;une valeur de 100 dollars pièce. Cf&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.ceibal.edu.uy/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;http://www.ceibal.edu.uy&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Selon le mensuel, &lt;i&gt;Mundo rural urugayo &lt;/i&gt;(n°1), Colonia de Sacramento, Novembre 2008, «&amp;nbsp;&lt;i&gt;35 % des terres cultivées en Uruguay sont aux mains d&apos;agriculteurs argentins&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Sans qu&apos;il soit facile d&apos;en mesurer la portée, on sait que les narcotrafiquants colombiens avaient coutume de réinvestir l&apos;argent de la drogue dans des activités agricoles en Uruguay.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Certains ex-Tupamaros continuent, aujourd&apos;hui encore, de critiquer l&apos;ouverture conciliatrice des réformateurs, et regrettent que le MLN-Tupamaros ait définitivement perdu, à leurs yeux, son identité historique en ayant rejeté définitivement l&apos;horizon insurrectionnel. En fait, bien qu&apos;atrophié, le courant des «&amp;nbsp;prolétariens&amp;nbsp;» existe toujours au sein du MLN-T.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Propos rapportés par Alain Labrousse, dans &lt;i&gt;Les Tupamaros&amp;nbsp;: des armes aux urnes&lt;/i&gt;, Editions du Rocher, Monaco, 2009, chapitre VII, p 398.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Il ne porte jamais de costume. Et, l&apos;essentiel du temps, il se déplace à bicyclette ou à mobylette, comme beaucoup de travailleur pauvres.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Avec 8500 prisonniers pour à peine plus de 6000 places, l&apos;Uruguay est confronté à un problème de surpopulation carcérale particulièrement préoccupant. L&apos;ONU a d&apos;ailleurs condamné, dans un rapport récent (rapport Manfred Nowak sur la torture dans le monde) les traitements inhumains infligés aux détenus dans les prisons uruguayennes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alain Labrousse, &lt;i&gt;Les Tupamaros&amp;nbsp;: des armes aux urnes&lt;/i&gt;, Editions du Rocher, Monaco, 2009, Conclusion, p.418&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;margin-left:0px;&quot;&gt;Cf Article de &lt;i&gt;la República&lt;/i&gt; intitulé: &lt;i&gt;&quot;&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.larepublica.com.uy/politica/394063-tabare-vazquez-cierra-su-mandato-con-record-historico-de-apoyo-popular-80&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener noreferrer&quot;&gt;&lt;i&gt;Tabaré Vázquez cierra su mandato con récord histórico de apoyo popular: 80 %&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&quot; ( .)&lt;/p&gt;</content:encoded></item></channel></rss>