Khieu Samphân

Date: 
10 Septembre, 2012
Auteur: 
OEMV

Fils d’un magistrat local de la province de Svay Rieng où il naît en 1931, Khieu Samphân fréquente le même lycée que Pol Pot (mais une classe en-dessous de lui). Brillant étudiant, il obtient une bourse pour étudier en France en 1953, où il adhère au PCF et succède à Ieng Sary à la tête du Cercle marxiste. Considéré comme intelligent et ambitieux par ses pairs (Chandler, 1993: 41), il commence à étudier à Montpellier puis à , où il soutient en 1959 une thèse de doctorat sur le développement économique du Cambodge. Il y défend l’autarcie économique et la réduction maximale des « activités improductives » comme le commerce ou la bureaucratie (L’économie du Cambodge et ses problèmes d’industrialisation). Ses idées influencent les débats des progressistes cambodgiens des années 50 et 60 et esquissent les futures politiques des Khmers Rouges. (Sher, 2004).

De retour au Cambodge en 1959, Samphan fonde un hebdomadaire progressiste, L’Observateur, tout en subvenant à ses besoins en enseignant l’histoire-géographie et le grançais au lycée, ainsi que le droit à l’université. Il est coopté par Sihanouk au Parlement et est brièvement Secrétaire D’Etat dans le cadre des efforts du Prince pour maintenir l’équilibre entre la gauche et les conservateurs. Son honnêteté et son incorruptibilité en font alors l’un des politiciens les plus populaires et les plus respectés du pays. Il montre également un grand courage personnel en ne se laissant pas intimider par la police secrète de Sihanouk (en 1960, il est ainsi agressé et déshabillé en pleine rue par des nervis en civil devant les locaux de L’Observateur). Il est aussi emprisonné en août et septembre de la même année. Tout au long de la période, il agit sur instructions du Comité clandestin du PCK (Debré, 1976). En 1967, accusé d’avoir attisé l’insurrection de Samlaut et menacé de procès militaire, il fuit vers la jungle avec Hou Yuon, vivant trois ans sous la protection de Mok. Rapidement rejoints par un troisième ministre progressiste, Hu Nim, ils sont désignés par la presse comme « les trois fantômes » : la rumeur de leur mort enflamme les cercles gauchistes. Après le coup d’Etat de 1970, Samphan re-émerge comme la plus éminente figure Khmer Rouge. Sous le GRUNK, il est Premier ministre-adjoint, Ministre de la Défense et commandant suprême de l’armée. Mais il ne parvient pas à s’élever au suprême Comité Permanent du PCK, ce qui lui permit plus tard de plaider sa non-responsabilité dans les atrocités du régime. Membre en alternance du Comité Central en 1971, il en devient membre permanent sous le nom de Hem en 1976 et succède peu après à Sihanouk à la tête de l’Etat. Cette fonction de prestige le propulse au rang d’honorable visage du régime. Mais loin d’inaugurer les chrysanthèmes, Samphan conserve son importance au sein du secrétariat du PCK et, bien qu’il le nie aujourd’hui, a pu être promu directeur du « Bureau 870 », sorte de cabinet du Comité Central du PCK. Samphan n’y prenait pas de grandes décisions, mais avait pour tâche de « contrôler et d’enregistrer l’application des décisions du Comité Permanent ». Il fait également des déclarations publiques en faveur des politiques sous-jacentes du Kampuchéa Démocratique et appelle à la lutte contre les « traîtres » et les « ennemis » (Heder and Tittemore, Seven Candidates, 2004: 92-100). Lui faisant une confiance absolue, Pol Pot l’envisagea d’ailleurs comme son successeur potentiel à la fin de sa vie. Samphan est décrit comme très vif d’esprit, parfois espiègle, mais aussi méticuleux, doctrinaire, d’une obéissance totale à ses supérieurs du Parti et très rigide dans sa façon de penser, ne faisant ni plus ni moins qu’appliquer les ordres de Pol Pot (Short 2005).

Après l’invasion vietnamienne, Samphân s’enfuit avec Pol Pot à la frontière thaïlandaise. De 1979 à 1982, il dirige le gouvernement en exil du Kampuchéa Démocratique. Il succéda ensuite officiellement à Pol Pot à la tête des Khmers Rouges, y restant jusqu’à la mort du Frère n° un. Signe de son importance croissante, il représente les Khmers Rouges dans les conférences internationales ainsi qu’aux négociations de 1991 qui mènent au retour de Sihanouk. Pendant les dernières années de Pol Pot, il songe à bâtir une nouvelle force politique qui briguerait le pouvoir légalement, alliée au Prince Ranarridh (fils de Sihanouk) mais finit par y renoncer. Il reste fidèle aux Khmers Rouges jusqu’en décembre 1998, date à laquelle il se rend au gouvernement cambodgien avec Nuon Chea. Résidant avec sa famille à Pailin sur la frontière thaïlandaise, il publie ses mémoires en 2004 (L'histoire récente du Cambodge et mes prises de position) avant d’être arrêté pour être jugé devant le tribunal international pour le Cambodge. Son procès s’est ouvert en juin 2011, en même temps que ceux de Nuon Chea, Ieng Sary et Ieng Thirith.

Citer cet article

OEMV , Khieu Samphân, Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, [en ligne], publié le : 10 Septembre, 2012, accéder le 11/12/2019, http://bo-k2s.sciences-po.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/khieu-samphan, ISSN 1961-9898
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