Douch

Date: 
10 Septembre, 2012

De son vrai nom Kaing Khek Iev, Douch est le plus connu de la deuxième génération de Khmers Rouges. Comme d’autres, il est recruté par les réseaux du PCK dans le système éducatif entre la fondation du Parti en 1960 et le renversement de Sihanouk 10 ans plus tard. Né en 1942 à Kompomg Cham, il y étudie et devient professeur de mathématiques. En 1967 il est arrêté par la police de Sihanouk et emprisonné sans jugement à Phnom Penh. Il est amnistié par Lon Nol après le coup d’Etat de 1970 comme des centaines de sympathisants Khmers Rouges. Douch est affecté à la Zone Spéciale autour de Phnom Penh, au rang de responsable du nouveau système carcéral khmer rouge. En 1971, un prisonnier français tombe entre ses mains, l’ethnologue François Bizot. Convaincu de l’innocence de Bizot, Douch fait son possible pour adoucir sa captivité (Bizot, 2000). Mais sa cruauté demeure : Bizot se souvient que Douch était « persuadé que tout Cambodgien ayant un point de vue différent du sien était un traître et un menteur, battant lui-même les prisonniers qui l’enrageaient par leur refus d’avouer » (Vickery, 1984: 152). Pendant cette période, Douch aurait été directement ou indirectement responsable de la mort de 30 000 personnes. Bizot apprit après sa libération que tous ses camarades de prison avaient été tués, avant-goût de « l’efficacité » de Douch quand il prendrait en 1975 la tête du Centre S-21. Installé en 1976 dans un ancien lycée de Phnom Penh, S-21 fut le principal centre d’interrogatoires des Khmers Rouges. Pendant les trois années précédant l’invasion vietnamienne, au moins 14 000 personnes y sont tuées, la plupart après de longues séances de torture. Douch n’y est pas décrit comme sadique : ne prenant aucun plaisir aux horreurs de S-21, il se contente de mener à bien sa tâche avec précision, sans pitié et sans poser de questions. Il prenait part aux interrogatoires, annotait les « confessions » et dirigeait la torture, faisant des compte-rendus précis à ses supérieurs Son Sen et Nuon Chea (Chandler, 2000). Il affirma plus tard à un journaliste que s’il avait refusé ce travail, il aurait été tué avec toute sa famille. Le jugement à réserver aux subordonnés du régime fut en effet une question centrale du procès des anciens Khmers Rouges. Pendant l’invasion vietnamienne, Douch est parmi les derniers Khmers Rouges à quitter Phnom Penh, ayant reçu l’ordre de Nuon Chea de tuer tous les prisonniers et de détruire les registres des prisons (Heder and Tittemore, 2004: 60-61). Les prisonniers furent massacrés, mais beaucoup de registres lui échappèrent.

Il passe ensuite douze ans à la frontière thaïlandaise (1979-1991), trois ans incognito en Chine à la section cambodgienne de Radio Chine Internationale (Short, 2004). A son retour au Cambodge, il est converti au christianisme par des évangélistes américains et travaille dans l’humanitaire en tant que chrétien Re-Né. La deuxième partie de la vie de Douch est relatée en détails dans le livre du photojournaliste Nic Dunlop, qui le rechercha (Dunlop, 2005). Après une interview donnée à la Revue Extrême-Orientale d’Economie (Hong-Kong), Douch est arrêté en 1999. Il admet son rôle dans la supervision des tortures et exécutions de S-21 et parle librement de son passé. Il apparaît comme un possible témoin-clé des agissements d’autres Khmers Rouges (Heder and Tittemore).

Citer cet article

, Douch, Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, [en ligne], publié le : 10 Septembre, 2012, accéder le 11/12/2019, http://bo-k2s.sciences-po.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/douch, ISSN 1961-9898
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