Dechoukaj

Date: 
15 Décembre, 2009

(du français dessouchage)

Un dechoukaj peut signifier la destruction d’un domicile, d’une institution ou le lynchage d’individus. L’historien Roger Gaillard (1992:184-186) utilise le terme de déchouquage pour décrire la mise à sac du domicile d’Anténor Firmin par la foule, en 1902, après la fuite de celui-ci, inscrivant ainsi le terme dans une des tendances lourdes de l’histoire d’Haïti. La foule, faute de pouvoir éliminer physiquement l’ennemi, détruit ce qui le symbolise, ses biens, ses objets. La foule qui lyncha le général Oscar Etienne, responsable de la tuerie du 27 juillet 1915, alla ensuite démolir entièrement (« brique par brique ») sa maison (Gaillard, 1973 :88). On pourrait même remonter aux événements révolutionnaires puisque la foule des petits blancs de Port-au-Prince, à partir de 1791, mettait systématiquement à sac puis détruisaient les demeures des gouvernants (tel le colonel de Mauduit) qu’ils avaient auparavant lynchés.

C’est toutefois dans les années 1980 que le terme prendra son usage public comme forme d’épuration violente qui conclut les périodes dictatoriales. Menés en foule et souvent lors d’émeutes, les dechoukaj ciblent les Tontons Macoutes dans les années 1980 puis, dans les années 1990, les partisans des régimes militaires (Hurbon, 1987). La prégnance de la justice populaire suggère une articulation à la faiblesse de l’État de droit et à la faiblesse de la citoyenneté en Haïti, les pauvres refusant leur confiance à un système légal qui les exclut.

Citer cet article

Belleau Jean-Philippe, Dechoukaj, Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, [en ligne], publié le : 15 Décembre, 2009, accéder le 20/10/2019, https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/dechoukaj-0, ISSN 1961-9898