Aider les persécutés. Heuristique et perspectives (à  partir de l'exemple de la Shoah)

Date: 
16 Mars, 2015
Auteur: 
Gudehus Christian

Article traduit de l'allemand par Odile Demange
Verfolgten Helfen. Heuristiken und Perspektiven (am Beispiel des Holocaust)
 

Aider dans un contexte de violence

Dans des contextes de violence collective1, on ne se contente pas et on ne s’est jamais contenté d’exclure, de maltraiter, de voler, violer, torturer et assassiner. De tout temps et en toutes circonstances ou presque – que ce soit dans les camps, dans les salles de torture ou lors des marches de la mort –, certains ont également cherché à atténuer les souffrances des persécutés, ou les ont même aidés à échapper, au moins provisoirement, à la persécution. La qualité, et plus particulièrement la durée, l’intensité, le succès et la motivation de ces secours ont été très divers. Aussi divers, au demeurant, que l’intensité et les causes de la participation aux persécutions. L’étude de l’acte d’aider constitue donc un élément incontournable d’une analyse de la violence aussi exhaustive que possible. Il s’agit après tout d’un seul et même champ d’action, ou plus exactement d’une unique conjoncture historique, dans laquelle certains aident des persécutés tandis que d’autres les tuent. Ces deux types d’actions se rencontrent dans des contextes événementiels que l’on peut désigner sous les termes de génocide, de massacre ou de violence collective.

Définition de la violence collective

Chaque coup de poing, chaque coup de pied constitue un acte individuel. On parlera en revanche de violence collective dans le cadre de complexes d’action ou de signification précis comme la guerre ou la dictature. Dans ces contextes, la violence se dirige contre des entités construites (nations, ethnies, groupes politiques, etc.). Autrement dit, la violence collective présuppose des formes de différenciation entre « nous » et « eux ». Si la violence devient possible, autorisée, envisageable, c’est bien parce que des acteurs peuvent agir ou être traités en fonction de leur appartenance à un groupe. La violence est donc collective quand elle se dirige contre les membres d’une collectivité – quelle que soit la manière dont on peut concevoir et construire celle-ci. La violence collective peut s’exercer à sens unique (en cas de génocide, par exemple), mais aussi à double sens (en cas de guerre notamment). Voilà le cadre dans lequel il convient de définir le fait d’aider tel que nous l’étudierons ici.

Définition de l’acte d’aider

Comme le révèle notre titre, nous débattrons ici de l’heuristique et des perspectives d’un type d’actions bien précis. Pareille approche se refuse à toute équivalence entre action et acteurs ; il ne sera pas non plus question, par exemple, de coupables, de spectateurs ou de sauveteurs, mais de tuer ou d’aider. Par ailleurs, au lieu de nous demander quels individus sont susceptibles d’adopter un comportement prosocial, c’est-à-dire un comportement d’aide dirigé vers autrui, nous nous intéresserons bien davantage à la genèse de tels actes : comment en arrive-t-on à entreprendre une action qui peut se définir comme prosociale ? Pareille démarche peut néanmoins être source de confusion : parler de ceux qui persécutent et de ceux qui aident – dans l’acception traditionnelle de ces notions – renvoie évidemment aux individus qui sont persécutés ou aidés : en revanche, l’action d’aider peut être plus équivoque. On peut en effet « aider » à exercer de la violence, ou « aider » à traiter les éventuels traumatismes psychiques des auteurs de ces violences, comme l’ont fait les auxiliaires féminines de la SS, les SS-Helferinnen. À l’inverse, une action violente peut servir la cause des opprimés, des persécutés ou, de manière générale, de ceux qui sont dans le besoin. Aider n’est donc pas obligatoirement antinomique de la violence et peut (dans ce contexte) se définir ainsi :

Aider (dans le contexte d’agissements violents) désigne des actions qui permettent (ou doivent permettre) de réduire pour un (ou plusieurs) persécutés les souffrances découlant de la restriction de leurs possibilités d’action.

Si cela ne suffit pas à régler tous les problèmes de définition, cela permet tout de même de circonscrire notre champ d’intérêt, tout en évitant l’assimilation trop fréquente entre les acteurs et leurs actions. Ajoutons que l’atténuation des souffrances n’est pas obligatoirement l’unique motivation, ni même la plus importante, de l’action, mais en constitue une conséquence essentielle (escomptée du reste par ceux qui aident).

Heuristique

Nous disposons, pour analyser les comportements en général et le fait d’ aider en particulier, de tout un arsenal de théories, de méthodologies et d’approches empiriques. Nous en étudierons ici quelques-unes, en nous attachant moins à leurs résultats qu’à leur utilité pour la compréhension de notre sujet.

Quels sont les facteurs qui accroissent ou diminuent la probabilité que certains individus en aident d’autres ?

Depuis les années 1960, de nombreuses études de psychologie et de psychologie sociale ont mis en évidence une série de facteurs favorables à un comportement prosocial (d’aide) au sens large. La présence d’un cadre incontestablement violent, par exemple la menace d’un individu par d’autres, n’a pas occupé une place majeure dans ces expériences. Elles se sont plutôt attachées en effet à dégager des facteurs susceptibles d’affecter la tendance d’un individu à se porter au secours d’un autre en prenant pour point de départ des situations confuses, telles que des bruits suspects provenant d’une pièce voisine (Shotland 1985), ou très précises au contraire, comme la découverte d’une lettre apparemment égarée et qui n’avait pas été affranchie (Hansson & Slade & Slade 1978). En observant les réactions des sujets d’expérience aux bruits qui leur parviennent et en constatant ce qu’ils faisaient de la lettre trouvée, les chercheurs ont dégagé certains éléments qui ont permis des théorisations plus générales.

Ces études ont permis de mettre en évidence une condition préalable à toute action de secours : la prise de conscience que quelqu’un a besoin d’aide. Il s’agit d’un phénomène à la fois cognitif et affectif : lorsque la situation est ambiguë, les acteurs procèdent à une évaluation et tentent d’obtenir des informations complémentaires, souvent en observant le comportement de tiers. Ce processus d’orientation retarde la décision d’intervenir, et ce délai peut avoir des conséquences sur l’évaluation de la situation : si d’autres n’interviennent pas, peut-être n’est-il pas nécessaire de le faire. Agir pourrait même avoir des conséquences sociales préjudiciables, en vous exposant au ridicule. C’est ce qu’on appelle « l’effet du témoin » ou « l’effet spectateur ». La présence de plusieurs personnes accroît la nécessité d’évaluer soigneusement la situation, avec pour conséquence que l’on aide moins, et plus rarement (Latané & Nida 1981). Les acteurs n’ont généralement pas conscience de ce lien de cause à effet ; interrogés après coup, les sujets d’une de ces expériences ont en effet jugé cet aspect négligeable (Darley & Latané 1968).

On a également observé que l’intégralité des sujets d’une expérience ne se portent pas au secours d’un individu visiblement dans le besoin, même lorsqu’ils sont seuls, tandis que d’autres agissent systématiquement, même lorsque les conditions extérieures rendent leur intervention plus difficile. On peut en déduire que la variable analysée – en l’occurrence, le nombre de personnes présentes – n’influe que partiellement sur le comportement des acteurs. Il existe donc d’autres éléments incitant à l’action, qui échappent à ce dispositif expérimental.

Cette réalité révèle les forces et les faiblesses de telles démarches. Premièrement, pour analyser des cas concrets, historiques le plus souvent, elles mettent en évidence d’autres faisceaux de facteurs, dont les sciences historiques ne tiennent généralement pas compte. En d’autres termes, sans livrer d’explications applicables à l’ensemble des cas, elles sensibilisent à ce qui est envisageable. Elles proposent ainsi deux concepts susceptibles d’expliquer le phénomène décrit : celui d’ignorance plurielle, c’est-à-dire partagée par les témoins qui s’observent pour trouver le sens de la situation, et celui de diffusion ou de dilution de responsabilité, effet de la présence de plusieurs témoins (Latané & Darley 1970). Deuxièmement, en nous incitant à considérer plus attentivement, et à un niveau d’abstraction supérieur, les procédures d’évaluation de la situation dont nous avons parlé, ces études nous invitent à nous interroger sur les sollicitations et sur les possibilités d’action éventuelles qu’ont pu rencontrer les acteurs dans des conditions historiques spécifiques.

Cet aspect dépasse largement les recherches sur les comportements d’aide. En même temps – et cette heuristique se heurte ici à ses limites –, il n’est pas toujours indispensable, dans le monde extérieur au laboratoire, d’identifier des situations de détresse pour passer à l’action. Chose plus importante encore, la volonté d’aider n’est pas nécessairement un motif central d’un comportement d’aide. La rémunération d’un service, ou la perception d’obligations sociales à l’égard d’autrui peuvent jouer un rôle tout aussi essentiel.

Ajoutons que prendre conscience d’une situation de détresse n’est pas un processus purement cognitif ; des codes émotionnels et un système de valeurs entrent également en jeu. Il ne s’agit donc pas seulement de comprendre que quelqu’un a besoin d’aide, il faut aussi l’accepter. Parallèlement à l’appréciation de la situation ou dans son cadre même, on procède également à une évaluation des acteurs. On peut en effet les tenir pour responsables de leur sort : ils ont fait une chute parce qu’ils avaient trop bu, ou bien « ils sont juifs » et sont perçus, en tant que tels, comme un danger, voire comme des ennemis ; ce statut les relègue en marge du groupe qui inspire des obligations morales et sociales, à l’égard duquel il convient de respecter certaines règles de solidarité (Fein 1979, p. 4). Ainsi, même si l’on prend conscience d’une situation de détresse, on peut renoncer à aider parce qu’on estime que les personnes qui ont besoin de secours n’en sont pas « dignes ».

Dispositions personnelles et situation

On ne peut que s’interroger sur l’importance, parmi les motivations de l’action, des dispositions personnelles, dans le sens de tendances psychologiques. Concrètement, s’agissant des comportements d’aide fort bien étudiés dans le contexte de l’holocauste, on pourrait imaginer que des individus aux dispositions antisémites auront, par définition, refusé toute aide. Or des constations empiriques montrent qu’une allégation aussi générale n’est pas recevable : des antisémites ont apporté de l’aide, bien que, indépendamment d’autres facteurs, ils l’aient moins fait – probablement – que des individus dont les opinions étaient différentes. En effet, si les dispositions personnelles influencent indéniablement les comportements, elles le font différemment de ce que l’on pourrait prévoir, car elles sont bien plus puissantes que les professions de foi liées à des idéologies politiques. C’est ainsi que la disposition à « aider fondamentalement les personnes en détresse » (par exemple « parce que ça se fait ») peut prendre le pas sur l’hostilité politique ou raciste, en fonction des autres facteurs d’amplification ou d’inhibition à l’œuvre dans une situation donnée. Les psychologues font ainsi la différence entre les dispositions personnelles à l’égard d’un objet ou d’une personne, et le comportement effectif mis en œuvre à leur égard (Wiswede, 2004, p. XXV).

Plusieurs méta-études font preuve d’une certaine réserve à propos des liens entre dispositions personnelles et actions concrètes (Wicker 1969 ; Piliavin & Charng 1990). Bernd Six (1992) a critiqué leurs résultats en reprochant à ces études leur manque de complexité. Il n’en demeure pas moins qu’elles ont montré avec précision que la disposition personnelle ne constitue pas une déterminante suffisante de l’action, et qu’il convient donc d’élargir le contexte de recherche. Des études associant recherche expérimentale et recherche qualitative échappent à ce reproche.

Klaus Wahl, Christiane Tramitz et Jörg Blumenthal (2001) ont ainsi étudié le comportement de différents individus vis-à-vis d’étrangers. Une situation expérimentale reproduisant les conditions d’une salle d’attente met des sujets allemands en présence d’inconnus faciles à identifier comme allemands ou comme étrangers afin d’observer l’attitude des premiers. Les résultats de cette phase d’observation ont été, dans un second temps, confrontés aux déclarations des sujets recueillies indépendamment de l’expérience. On a pu ainsi établir qu’un sujet qui reconnaissait avoir eu par le passé des comportements violents à l’égard d’étrangers, avait, dans la salle d’attente, communiqué aimablement, et même avec curiosité et intérêt, avec un individu qui n’était manifestement pas de souche allemande (Wahl & Tramitz & Blumenthal 2001, p. 166 et suivantes). De telles observations soulignent l’importance des facteurs de situation. Dans le cas évoqué, cela s’applique aussi bien au cadre de la « salle d’attente » qu’à celui de l’exercice de la violence. Un même individu peut donc, en fonction de la conjoncture sociale, manifester des comportements apparemment contradictoires.

Ces éléments coïncident avec le fait qu’apparemment, un des facteurs essentiels du déclenchement d’un comportement d’aide dans le contexte de la persécution des juifs était le contact direct, autrement dit un facteur de situation (cf. Varese & Yaish 2000). Malheureusement, un grand nombre d’expériences classiques sur le comportement prosocial oublient de prendre en compte la situation d’interaction sociale. Frederic Varese et Meir Yaish se sont interrogés sur la corrélation entre le contact et la disposition à aider, autrement dit un trait psychologique. Leurs recherches, qui reposent sur l’analyse d’entretiens réalisés dans les années 1980 dans le cadre d’une étude sur la « personnalité altruiste », révèlent l’existence d’un tel lien : lorsque tendance prosociale et demande de secours se rencontrent, la probabilité d’une action susceptible de soulager les pressions de la persécution augmente (cf. Varese & Yaish 2005).

Obligations sociales

Les persécutés eux-mêmes ne sont cependant pas les seuls à demander du secours. Les médiations ne sont pas rares, même si elles ne sont, pour le moment, quantifiables que dans des contextes historiques bien précis. La médiation est directe lorsqu’un individu non persécuté demande à autrui d’aider des persécutés. Dans ce cas déjà, nous pouvons déceler des motivations fondamentalement différentes. Les personnes sollicitées peuvent décider d’aider parce qu’elles condamnent les persécutions et se sentent donc tenues d’intervenir pour des raisons morales ou politiques,. Elles peuvent aussi agir par obligation sociale à l’égard de celui qui les sollicite ou du groupe (ou de l’institution) qu’il représente. Dans ce genre de cas, elles n’aideront pas directement des juifs persécutés, mais une personne qu’elles apprécient. L’orientation politique de l’action peut parfaitement se dissocier de l’action elle-même (comme dans l’étude de Wahl, Tramitz et Blumenthal citée plus haut) : autrement dit, une autre personne, également appréciée, qui demandera au même individu son soutien pour se livrer à une action antisémite pourra également l’obtenir.

La notion d’aide renvoie par ailleurs à une multiplicité d’actes isolés qui ne prennent de sens qu’a posteriori, et au cas par cas. De même qu’un individu qui redistribue les meubles de juifs déportés n’a pas forcément conscience de participer à un génocide, certains actes ne sont pas interprétés, au moment où ils sont accomplis, comme l’expression du refus d’un tel crime. Aussi est-il impossible d’étudier l’aide comme une pratique uniforme ; il s’agit bien davantage de gestes individuels qui se transforment, pris dans leur ensemble, en ce qu’on peut qualifier d’aide dans un contexte de violence collective. Différentes actions – transmettre une information à quelqu’un, donner ou transporter de la nourriture, procurer un toit – sont le produit immédiat d’une interaction sociale. En l’occurrence, on agit la plupart du temps comme on le fait couramment face à une demande de secours.

Une autre sphère de motivation apparaît dans le cas de services rendus par ceux qui sont aussi, voire principalement, poussés par la soif de profit. Comme l’a montré Marten Düring dans son analyse des réseaux, la présence d’acteurs obéissant à des motivations extrêmement diverses et imbriquées joue un rôle majeur dans le succès d’actions de secours complexes, nécessitant de nombreux intervenants (Düring 2012 ; 2013). De telles actions exigent en effet aussi bien des « héros » engagés, qui agissent par conviction, que des participants rémunérés, auxquels il faut ajouter tous les acteurs dont les motivations se situent entre ces deux pôles.

On retrouve la même configuration structurelle – reposant sur des prémisses morales évidemment opposées – du côté des persécuteurs. Cela suffit à confirmer que l’étude de l’aide doit être un thème majeur de la recherche sur la violence. On relève en effet des correspondances structurelles évidentes dans les configurations de motivations, autrement dit dans la manière dont les contextes d’action se mettent en place. Il ne s’agit évidemment pas de relativiser le jugement moral porté sur les actions dans des contextes de violence, mais au contraire de prendre conscience des dynamiques à l’œuvre : les gens ont ainsi tendance à faire quelque chose quand on le leur demande ; ils ne refuseront que s’ils sont soumis à une pression bien particulière ou s’ils perçoivent un « signal d’alarme » sans équivoque. En l’occurrence, il ne leur est pas plus facile de répondre à la question « Mais pourquoi ai-je fait ça ? » que lors de la célèbre expérience de psychologie sociale de Stanley Milgram qui a mis en évidence le poids décisif des obligations sociales, même en présence de convictions fondamentales.

Des persécuteurs qui aident et des sauveteurs qui maltraitent

Au-delà de la multiplicité de possibilités déjà évoquée, nous pouvons relever d’autres comportements qui justifient, eux aussi, que l’on distingue le fait d’aider de ceux qui aident. On désigne comme persécuteurs ceux qui participent activement à l’oppression ou à la persécution d’autrui. En même temps, partout où se produisent des actes de violence, que ce soit dans le cadre familial ou dans un camp d’extermination, on rencontre des gens qui accomplissent des gestes contraires aux intentions de la pratique de persécution. Ces gestes d’aide peuvent être motivés par différentes formes de corruption (faveurs sexuelles comprises), mais aussi de chantage. S’y ajoutent des décisions affectives, presque toujours dues à une proximité sociale particulière. L’interaction sociale réintègre alors la victime dans l’univers des obligations réciproques – même partiellement et temporairement –, ne serait-ce qu’en laissant s’exprimer des sentiments comme l’empathie.

À l’inverse, on relève également des comportements de maltraitance ou d’abus dans la dynamique sociale de l’aide. Dans le contexte précis de l’holocauste aux Pays-Bas et en Belgique, Bob Moore rapporte ainsi plusieurs cas d’abus sexuels dont ont été victimes des femmes et des enfants de la part de ceux qui les hébergeaient (Moore 2010, p. 326 sq.). Dans le même cadre historique, on connaît également quelques cas isolés d’homicide de personnes en quête de protection 2. On sait peu de choses sur les motivations des auteurs de ces actes, mais on peut supposer que certains de ceux qui avaient accordé leur aide dans un premier temps ont fini par juger que le risque était devenu trop important et ont cherché à faire disparaître toute trace de leurs actions. Il s’agirait donc d’une évolution des critères d’appréciation du contexte d’action. S’agissant de la Pologne annexée puis occupée, Barbara Engelking avance que « rares étaient les Polonais qui n’exigèrent pas d’argent pour cacher et nourrir ceux qu’ils hébergeaient ; un grand nombre de ceux qui ont aidé des juifs ne les ont cachés et nourris que s’ils pouvaient en tirer profit. Il arrivait souvent que l’on retire logement et nourriture à ceux qui ne pouvaient plus payer. Manifestement, un nombre indéterminé de juifs cachés ont été assassinés par les Polonais qui les “aidaient”, souvent dans le but de s’approprier leurs biens ». (Rossolinki-Liebe 2012 – compte rendu en allemand de l’article d’Engelking publié en polonais)

Genèse de l’action

Toute action est la conséquence d’actions antérieures. Elle n’obéit à aucune logique si l’on entend par là que tel ou tel comportement devrait obligatoirement résulter de telle ou telle condition ou intention. Nous chercherons plutôt à décrire ici des évolutions et des déplacements comportementaux qui ne répondent que partiellement à des intentions. Le monde social s’interprète également par des processus d’appropriation cognitifs ou émotionnels continus, qui se traduisent ensuite par des possibilités d’action : « Notre perception ne vise pas à comprendre la nature du monde en tant que telle, mais à appréhender l’utilisation pratique possible de ce qui est perçu dans le contexte de nos actions. » (Joas 1996, p. 233) D’où notre intérêt ici pour les pratiques d’appropriation du monde à travers l’exécution d’une action.

Celle-ci influe en effet sur la motivation et est même capable de la susciter, comme le montre l’exemple d’Auguste Leißner qui, dans le contexte de la persécution des juifs sous le nazisme, a été poussé par un proche à héberger une jeune juive dont il a ensuite sauvé la vie en la faisant passer pour une parente pendant plusieurs années. Susanne Beer décrit un phénomène analogue à travers l’exemple d’une femme, Helene Jacobs, dont la première action d’aide s’est faite de manière improvisée, presque ordinaire (Beer 2010) : en 1938, Helene Jacobs refusa de répondre à un policier qui lui demandait des renseignements sur son chef, le juif Hermann Barschall, un homme qu’elle appréciait beaucoup. Le contexte historique ne pouvait que l’inciter à considérer cette demande comme une menace.

Beer montre que, pour cette jeune femme loyale très liée affectivement à la famille Barschall, ce comportement allait de soi dans une telle situation (ibid., p. 107). Le résultat positif de ce premier geste d’aide a confirmé à Helene Jacobs qu’il était possible « de s’opposer à la volonté d’un policier ». Elle a ainsi découvert par la pratique l’existence « d’une marge de manœuvre dont elle a pu profiter pour continuer à aider des gens » (ibid., p. 108). Une expérience différente dans la même situation ne l’aurait peut-être pas incitée à persévérer dans ce comportement. On retrouve ici, une fois de plus, des parallèles structurels avec des comportements opposés : les membres des unités de la police allemande ont appris, eux aussi, qu’on pouvait impunément rassembler et assassiner toute la population juive d’un lieu (Welzer 2005, p. 124 et suivantes). Il est fort possible qu’auparavant, ils aient simplement pris conscience qu’il était possible – et même souhaitable – de les insulter.

Ces reconstructions de la genèse de certaines actions selon le contexte immédiat et les modalités de leur exécution constituent un des points de départ méthodologiques permettant de poursuivre la recherche sur les comportements d’aide dans des contextes de violence. Mais nous pourrions tout aussi bien partir de l’aspect inverse, en nous attachant aux facteurs structurels. L’étude historique des réseaux révélant ce qui, indépendamment de toute action individuelle, favorise ou compromet le succès de l’aide, constitue indéniablement une démarche possible. Cette analyse de l’exécution d’une action et du cadre structurel peut se rattacher à des approches déjà existantes de la théorie de l’action qui, comme celle de Clemens Kroneberg, jettent un jour pragmatique sur le rapport entre éléments de la personnalité et conditions de l’environnement : « Les ressources financières, le nombre de pièces du logement, la participation à la résistance, la présence éventuelle de nombreux voisins et la perception du risque influençaient fortement les décisions, dans la mesure où les acteurs n’avaient pas de dispositions prosociales particulièrement marquées et ne se trouvaient pas en présence d’une demande de secours. En revanche, lorsque ces deux dernières conditions étaient remplies, aucune des autres variables n’exerçait d’effet sur la décision d’aider. » (Kroneberg 2011, p. 302). Ces données statistiques nécessitent évidemment une explication et un cadre précis. Aussi ne s’agit-il pas de trancher en faveur de l’une ou l’autre de ces approches, mais au contraire de faire place à des démarches intégratives dont nous ne disposons pas encore.

Acteurs et participants

« Des chefs comme John Weidner ou Joop Westerweel étaient des hommes aux convictions solides et aux principes inébranlables, des hommes capables de stimuler les autres et de les convaincre de participer. Ils savaient trouver les moyens nécessaires pour mener leurs plans à bien. » (Fogelman 1995, p. 217) Cette caractérisation ne nous livre aucune information sur la nature de ces convictions et de ces principes, pas plus que sur celle des plans et des actions que ces hommes inspiraient. Ceux qu’Eva Fogelman présente ainsi comme des héros étaient des résistants hollandais qui aidèrent notamment des juifs clandestins dans la Hollande sous occupation allemande. Malgré un certain pathos, cette citation permet d’illustrer deux autres aspects majeurs des genèses d‘action dans un contexte de violence collective. Les qualités des acteurs décrits sont moralement neutres – elles pourraient tout aussi bien décrire des persécuteurs- et pourtant, elles constituent un élément essentiel de dynamiques d’action qui se prêtent, du point de vue de l’observateur, à des jugements moraux différents : jusque-là, nous n’avions appréhendé l’aide que comme la conséquence d’actes d’abord mineurs et isolés qui prenaient peu à peu une efficacité propre d’une part, et de conditions structurelles d’autre part. La question des dispositions personnelles jouait en tout état de cause un rôle général et accessoire, ne serait-ce qu’en raison de la fiabilité limitée des propos tenus dans un cadre expérimental. Tout cela reste valable. Mais en même temps, les approches faisant abstraction des actions individuelles, comme l’analyse historique des réseaux, attirent elles aussi l’attention sur l’importance capitale d’un petit nombre d’acteurs occupant une place centrale, comme dans l’exemple des réseaux de secours au profit des juifs sous le Troisième Reich. Dans la majorité des cas, ces individus n’ont pas été appelés à l’aide, ni contraints. Pour l’essentiel, ces acteurs répondaient apparemment à une motivation intérieure et manifestaient un comportement hors normes, de façon bien plus nette que les autres sauveteurs recrutés par eux-mêmes ou par d’autres. Il convient donc d’expliquer et d’étudier leur comportement différemment, dans la mesure où la personne compte ici davantage que l’action. Une méthode pourrait être de comparer ces hommes à d’autres individus qui ont agi au mépris des normes établies, comme les pionniers ou les innovateurs. Il faudrait alors partir de l’hypothèse que, lorsqu’ils sont appelés à interpréter une situation, et plus précisément à procéder à des évaluations qui entraîneront une action, ces individus se comportent très différemment de la moyenne des autres personnes placées dans la même situation. Dans un cadre expérimental, ils ne se laisseront pas influencer par ce que font les autres. Il se trouve que la psychologie sociale nous livre des indices en ce sens, à propos, par exemple, des secouristes qui possèdent manifestement un « locus de contrôle » interne (Julian Rotter, 1954) supérieur à celui des gens ordinaires et partent du principe qu’ils doivent assumer eux-mêmes la responsabilité de ce qui se passe, au lieu de la rejeter sur autrui ou sur les « circonstances » (Bierhoff, Klein & Kramp 1991, p. 271 et suivantes). Jan Allyn Piliavin et Hong-Wen Charng, qui ont pourtant évalué avec une grande prudence le rapport entre dispositions et actions altruistes, relèvent, sans se départir de la même réserve, certains constantes chez ceux qui aident : « Les individus qui ont une haute estime d’eux-mêmes, de grandes compétences et un locus de contrôle interne élevé, un développement moral supérieur et un faible besoin d’approbation paraissent plus susceptibles de manifester un comportement prosocial » (Piliavin & Charng 1990, p. 31).

Cadre historique, social et culturel

Une bonne compréhension du comportement d’aide ne saurait se passer d’une étude du cadre historique et donc politique, mais surtout culturel, dans lequel ces actions se déroulent. Cette étude comprend d’une part les logiques spécifiques de certains cadres d’action précis tels que la guerre (Welzer 2013), ou de pratiques comme les pogromes (Bergmann 2002) ou la torture (Görling 2013). D’autre part, les analyses statistiques ainsi que des reconstitutions historiques détaillées révèlent que les dynamiques de l’aide et de la violence répondent à des conditions qui les réfrènent ou les attisent. C’est ainsi que Marnix Croes et Peter Tammes ont pu déterminer, à propos des Pays-Bas, quelles conditions ont pesé sur les chances de survie des juifs. En voici quelques-unes :

-Plus les catholiques étaient nombreux dans une région, plus la probabilité de survie était forte

-Plus les policiers pro-allemands étaient nombreux dans une région, plus la probabilité de survie était faible

-Plus la société était polarisée dans une région (c’est-à-dire segmentée en milieux confessionnels distincts), plus la probabilité de survie était faible

-Plus les juifs convertis étaient nombreux dans une région, plus la probabilité de survie était forte

-Plus les déportations ont été tardives dans une région, plus la probabilité de survie était faible (Croes 2006, p. 484)

-Et enfin : « plus l’obéissance à l’autorité était importante, plus le pourcentage de survivants était élevé, alors qu’on s’attendrait au contraire » (ibid., p. 488 et suivantes).

Dans la mesure où ils livrent des faits, et pas d’explications, ces résultats exigent d’autres études théoriques et empiriques. Une telle contextualisation théorique pourrait avancer, à propos du dernier aspect (l’obéissance), que l’autorité n’est pas intrinsèquement bonne ou mauvaise, mais produit des conditions sociales spécifiques, par exemple un comportement relativement homogène. Ce qui, en fonction du cas historique, peut avoir des conséquences positives aussi bien que négatives pour les persécutés.

Ethan Hollander se place, quant à lui, sous l’angle de la politologie pour proposer une analyse des possibilités dont disposaient les États pour protéger leur population juive, par exemple l’existence d’une volonté ou d’un calcul politiques. Il montre bien, à partir du cas de la Bulgarie, que la collaboration avec l’Allemagne offrait des moyens d’action permettant par exemple d’obtenir des délais ou des exemptions (Hollander 2008)3. Andrew Buckser s’interroge à partir du cas du Danemark sur les raisons qui pouvaient conduire une telle volonté à se manifester : pourquoi, se demande-t-il, la majorité d’une collectivité, disposée à agir et en ayant les moyens, a-t-elle décidé d’aider les juifs persécutés dans leur ensemble, en tant que groupe ? Selon lui, de nombreux Danois voyaient dans les juifs de leur pays le symbole de leur propre indépendance nationale (Buckser 2001, p. 22). En se fondant sur une conception largement partagée de l’identité danoise, qui recouvrait pour l’essentiel l’indépendance culturelle, sauver des juifs, persécutés précisément à cause de leurs particularités culturelles, constituait la pierre de touche de la construction identitaire danoise. « Dès l’instant où les Danois auraient permis la persécution des juifs, ils auraient, dans les faits, abandonné cette idée, et avec elle leur prétention à l’indépendance. Dans un sens très concret, ils auraient alors renoncé à leur existence nationale. » (ibid.)4

L’action et le terrain

Quelle que soit la manière dont on se positionne par rapport à elles, ces diverses approches permettent d’élaborer de nouvelles heuristiques et des perspectives inédites. Tout d’abord, l’association entre ces différentes approches – procédures expérimentales, conceptualisations de la théorie de l’action ou de la théorie sociale, études biographiques (éventuellement collectives), analyse historique des réseaux, statistiques, études culturelles et politologie –, dont nous n’avons pu ici qu’esquisser les possibilités et les limites, nous offre la possibilité de comprendre en profondeur l’action d’aider. Il convient également d’accorder aujourd’hui une place centrale aux relations entre exécution d’une action et cadre structurel, ainsi qu’entre acteurs et participants. Dans le champ de recherche sur la violence collective, ces deux dynamiques ne sont pas seulement utiles pour l’analyse de l’acte d’aider, mais aussi pour celle de l’action de persécution. Si elle peut paraître difficilement admissible d’un point de vue émotionnel et moral, la mise en relief de correspondances structurelles entre comportements d’aide et de persécution n’en reste pas moins pertinente. Le spectre extrêmement large des facteurs susceptibles de provoquer des comportements de secours leur prête également une grande importance. En effet, abstraction faite de ceux qui agissent effectivement par conviction politique, autrement dit par courage civique, le comportement qu’adopteront la plupart des gens reste indéterminé avant qu’ils se trouvent en présence de certaines situations. En sens inverse, comme nous l’avons dit, c’est également vrai des auteurs d’actes de violence et d’assassinats.

Cette étude doublement intégrative de l’acte d’aider permet donc une meilleure compréhension de la violence. Il faut d’une part associer différentes approches méthodologiques ; celles que nous avons exposées ici se prêtent tout aussi bien à l’analyse d’actions violentes. De l’autre, il serait trop réducteur, sur le plan de l’analyse, de séparer les actions d’aider et de persécuter, dans la mesure où, au-delà des cadres expérimentaux, elles sont liées par leurs acteurs et leurs contextes d’action – la guerre par exemple - et s’influencent réciproquement.

BIBLIOGRAPHIE

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  • 1. Des parties essentielles des réflexions qui suivent sont nées dans le contexte d’un projet de recherche généreusement financé par la fondation Volkswagen et organisé en collaboration avec Susanne Beer et Marten Düring. Je remercie donc les personnes et institutions citées, ainsi que Elissa Mailänder (Sciences Po, ) et l’Université franco-allemande qui ont organisé et financé un atelier au Centre d’histoire de Sciences Po, dont cette publication est issue. Certaines parties de cet article s’inspirent de Gudehus Christian, « Helfen ». In : Gudehus, Christian & Christ, Michaela (dir.). Gewalt. Ein interdisziplinäres Handbuch, Stuttgart, 2013.
  • 2. Nous n’avons évidemment aucune preuve de l’assassinat de personnes illégalement cachées. Nous ne disposons que de témoignages dispersés et invérifiables. De tels événements semblent pourtant plausibles. Johannes Houwink Ten Cate écrit à propos des Pays-Bas: « On connaît environ 40 cas de meurtres commis par ceux qui avaient caché des juifs au motif que, à bout de nerfs, ces derniers mettaient en danger tous les participants. Il arrivait aussi que les hôtes préfèrent se débarrasser de leurs protégés pour d’autres raisons plus obscures, par exemple parce qu’il n’y avait plus assez d’argent, dans les cas où les juifs payaient leur hébergement. (Houwink Ten Cate 1999, p. 130).
  • 3. Des questions éthiques du même ordre se posent pour tous les cas de secours qui reposent sur la collaboration. Le cas de Rezso Kasztner, juif de Hongrie, illustre bien cette situation confuse. Il négocia la libération d’un important groupe de juifs moyennant finance. Après la guerre, il s’installa en Israël, où il fut mis en cause pour son action de sauvetage négocié. Il y meurt assassiné en 1957 (Löb 2010).
  • 4. Des questions éthiques du même ordre se posent pour tous les cas de secours qui reposent sur la collaboration. Le cas de Rezso Kasztner, juif de Hongrie, illustre bien cette situation confuse. Il négocia la libération d’un important groupe de juifs moyennant finance. Après la guerre, il s’installa en Israël, où il fut mis en cause pour son action de sauvetage négocié. Il y meurt assassiné en 1957 (Löb 2010).

Citer cet article

Gudehus Christian, Aider les persécutés. Heuristique et perspectives (à  partir de l'exemple de la Shoah), Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, [en ligne], publié le : 16 Mars, 2015, accéder le 11/12/2019, http://bo-k2s.sciences-po.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/aider-les-persecutes-heuristique-et-perspectives-partir-de-lexemple-de-la-shoah, ISSN 1961-9898
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