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Faut-il interdire l’utilisation d’ordinateurs en cours par les étudiants ?

©Martin Argyroglo / 2016 - Campus de Poitiers - Sciences Po

©Martin Argyroglo / 2016 - Campus de Poitiers - Sciences Po

Dans un article précèdent, j’ai résumé les résultats de travaux de recherche portants sur l’impact de l’utilisation d’ordinateurs en cours pour la prise de notes sur la qualité de l’apprentissage des étudiants. Dans cet article, je présente quatre stratégies pouvant être adoptées par les enseignants concernant l’utilisation d’ordinateurs en cours : l’autorisation totale, l’interdiction totale, l’organisation de zones pour les étudiants souhaitant utiliser des ordinateurs et, enfin, l’adaptation de son style d’enseignement à l’utilisation opportune des ordinateurs. Chaque enseignant peut décider de sa solution préférée. Dans mes enseignements, j’ai une préférence pour la quatrième stratégie.

Plusieurs travaux de recherche tendent à montrer l’existence d’effets négatifs de l’utilisation d’ordinateurs en cours par les étudiants (cf. notre article pour un résumé de ces travaux). Mais chaque étudiant est différent et l’utilisation d’ordinateurs peut être bénéfique à certains. Par exemple, ceux qui se servent d’ordinateurs pour la prise de notes les apprécient pour des raisons pratiques (Aguilar-Roca, Williams & O’Dowd, 2012), notamment la facilité d’organisation des notes. Compte tenu de ces éléments, quelle politique les enseignants peuvent-ils adopter en cours ?

Autoriser les ordinateurs pour la prise de note

Certains enseignants considèrent qu’il faut autoriser les ordinateurs en cours, en responsabilisant les étudiants quant à leur utilisation des réseaux sociaux pendant le cours. Afin de limiter les effets négatifs des ordinateurs, les enseignants peuvent expliquer aux étudiants comment prendre des notes de façon optimale sur ordinateurs, notamment en ne tapant pas mot pour mot ce qui est dit en cours. Ils peuvent aussi présenter aux étudiants les résultats de travaux de recherche montrant la perte d’attention créée par le fait d’effectuer plusieurs tâches sur son ordinateur en même temps.

L’interdiction complète des ordinateurs en cours

D’autres enseignants sont partisans d’une interdiction complète. Mais cette solution peut tendre les relations entre enseignant et étudiants qui souhaitent utiliser leur ordinateur. Il faut alors veiller à bien expliquer aux étudiants pourquoi leur utilisation est interdite. Il est aussi préférable d’intégrer des méthodes de pédagogie active en cours, afin que les étudiants aient tout de même le sentiment d’être écoutés par leur enseignant. Maxwell (2007) donne plusieurs conseils pour des cours de droit qu’elle a pu donner, comme par exemple le fait d’intégrer les nouvelles technologies dans son enseignement afin de compenser la réduction de l’utilisation de la technologie par les étudiants en cours. Elle propose aussi d’accorder plus de liberté aux étudiants à certains moments du cours, pour compenser le côté autoritaire de l’interdiction de l’utilisation de l’ordinateur portable.

Mettre en place des zones autorisées

Des solutions intermédiaires existent, comme créer une zone dédiée à ceux qui souhaitent se servir de leur ordinateur. Par exemple, il est possible de réserver des places aux premiers rangs pour les étudiants n’utilisant pas d’ordinateur pour la prise de notes. Cette stratégie permet à ceux qui le souhaitent de ne pas être distraits par les écrans d’autres étudiants, puisque tous ceux avec des ordinateurs sont assis derrière (McCreary, 2008).

Une autre stratégie consiste à réserver toute une partie de l’amphi (l’aile droite par exemple) aux utilisateurs d’ordinateurs et l’autre partie aux utilisateurs de stylo et papier. Aguilar-Roca, Williams et O’Dowd (2012) ont évalué l’impact de cette seconde stratégie, en comparant des étudiants placés dans une zone mixte avec des étudiants placés dans deux zones séparées (l’une réservée aux utilisateurs d’ordinateurs, l’autre réservée aux étudiants stylo et papier). Les chercheuses trouvent que les étudiants dans les zones dédiées aux ordinateurs ont plus tendance à être distraits que les étudiants utilisant des ordinateurs en zone mixte (lorsque le placement des étudiants est libre). Ce résultat suggère que les voisins s’influencent les uns les autres : être entouré d’utilisateurs d’ordinateurs semble encourager les distractions. Elles trouvent par ailleurs que les étudiants stylo et papier réussissent aussi bien aux partiels, qu’ils soient situés dans une zone séparée sans ordinateur ou dans une zone mixte. Bien que la séparation n’améliore pas leurs résultats aux examens, une forte majorité d’étudiants stylo et papier déclarent apprécier cette séparation, car ils ne sont pas distraits par les ordinateurs des voisins. Il se peut donc que les étudiants stylo et papier placés en zone mixte soient contraints de passer plus de temps en-dehors des cours pour compenser leur perte d’attention causée par des voisins avec ordinateurs (cette hypothèse n’a cependant pas été testée). Enfin, les chercheuses trouvent que les étudiants stylo et papier réussissent mieux aux examens que les étudiants prenant des notes sur ordinateur. Dans leur étude, ce résultat n’implique pas forcément un lien de causalité entre méthode de prise de notes et apprentissage. En effet, il pourrait indiquer que les étudiants qui préfèrent utiliser les ordinateurs ont des caractéristiques différentes de ceux qui préfèrent utiliser la méthode traditionnelle.

Autoriser les ordinateurs, tout en adaptant l’enseignement pour prendre en compte les risques de décrochage

Une dernière solution pour les enseignants consiste à mieux cibler les moments où les étudiants utilisant des ordinateurs sont plus susceptibles de céder à la tentation de se divertir sur Internet. L’ennui en cours incite les étudiants à aller sur les réseaux sociaux (Flanigan & Babchuk, 2015). Ne pas comprendre le cours peut aussi pousser des étudiants à réduire leur attention. Le fait d’inclure des méthodes de pédagogie active dans son enseignement peut réduire à la fois l’ennui et le décrochage d’étudiants.

Enfin, les enseignants peuvent choisir des moments du cours où l’ordinateur est autorisé ou interdit, notamment lorsque le risque de décrochage est plus élevé ou plus problématique pour la suite du cours.

Anne BORING, Maître de conférences en économie, Erasmus University Rotterdam et chercheuse affiliée au LIEPP et PRESAGE, Sciences Po.

Références

  • Aguilar-Roca, N. M., Williams, A. E., & O’Dowd, D. K. (2012). The impact of laptop-free zones on student performance and attitudes in large lectures. Computers & Education59(4), 1300-1308.
  • Flanigan, A. E., & Babchuk, W. A. (2015). Social media as academic quicksand: A phenomenological study of student experiences in and out of the classroom. Learning and Individual differences44, 40-45.
  • Maxwell, N. G. (2007). From Facebook to Folsom Prison Blues: How banning laptops in the classroom made me a better law school teacher. Richmond Journal of Law & Technology14(2), 1-43.
  • McCreary, J. R. (2008). The laptop-free zone. Valparaiso University Law Review, 43, 989-1044.