Immortelle bureaucratie

  • Harald Groven, 2009 - WikimediaHarald Groven, 2009 - Wikimedia

Il n’est rien de plus facile et de plus naturel que de pester contre une bureaucratie toujours plus contraignante. En comprendre les ressorts l’est beaucoup moins. Béatrice Hibou, Directrice de recherche CNRS, chercheuse en économie politique au CERI, mène une réflexion sur les logiques qui sous-tendent le phénomène et sa signification politique.

Qu’est-ce que la bureaucratisation ? Pourquoi et comment s’immisce-t-elle dans les moindres aspects de nos vies ? Peut-on y résister ? Béatrice Hibou répond à ces questions dans un ouvrage La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale*. Elle nous livre ici les grandes lignes de ses conclusions.

À priori, on pourrait penser que le néolibéralisme signe l’arrêt de mort de la bureaucratisation. Selon vous, c’est tout le contraire. Comment expliquer ce paradoxe ?

Béatrice Hibou : Effectivement, la rhétorique néolibérale fait de la lutte contre la bureaucratie, avec son fameux slogan « cut the red tape », l’un de ses principaux leitmotiv. Or ce que je montre dans cet ouvrage, c’est que le monde contemporain connaît une inflation de formalités. Cette inflation de normes, de procédures, de règles, de processus de catégorisation, etc. ne peut être comprise qu’en termes de « bureaucratisation » dès lors qu’on cesse d’assimiler cette dernière à l’« administration publique » et que l’on adopte une démarche sociologique. De ce point de vue, la bureaucratisation constitue l’une des facettes du néolibéralisme.

Précisément, d’un point de vue sociologique, comment définissez vous la bureaucratisation ?

B. H. : Max Weber est le sociologue qui a le plus développé cette problématique, après Marx. Pour lui, la bureaucratisation est un processus de rationalisation, caractérisé par la division du travail, la spécialisation, la formation technique et l’évaluation par des procédures impartiales. Elle exprime et traduit un besoin de calculabilité et de prévisibilité propres à l’industrie et adopté par le capitalisme en des termes de plus en plus formels et rigoureux.

Ce phénomène est-il visible à tous les niveaux de la société ?

B. H. : Oui, tout à fait. Dans ses analyses, Weber précise que la bureaucratie ne concerne pas seulement l’administration étatique, mais qu’elle est, au contraire, "universelle". Il démontre que si elle caractérise la grande industrie et le capitalisme, elle touche aussi les associations, les églises, les partis politiques dans les sociétés capitalistes.

Mais donc, depuis Weber, qui écrivait au début du 20ème siècle, rien n’a-t-il changé ?

B. H. : Oui et non ! Ce qui n’est pas nouveau, c’est le processus de rationalisation en tant que tel, et son lien avec le capitalisme. Ce qui a changé me semble-t-il, et ce que j’essaie de montrer dans ce livre, c’est qu’il y a un processus d’extension de cette bureaucratisation à l’ensemble de la vie en société, qui se trouve touchée par cette inflation normative et procédurale. Ce qui est nouveau, c’est le fait de considérer que les normes et procédures du marché et de l’entreprise managériale sont pertinentes en toute circonstance et qu’elles doivent donc servir non seulement le monde dont elles sont issues - le marché concurrentiel, la grande entreprise managériale-  mais aussi les services publics et l’État, les loisirs et la vie politique, la guerre et la paix…

Vous avez choisi d’ouvrir votre ouvrage par une référence à Alice aux Pays des Merveilles de Lewis Carroll que vous comparez aux péripéties bureaucratiques d’une infirmière (prénommée Alice) à Paris au milieu des années 2010... En quoi ces situations sont-elles analogiques ? Est-ce l’absurde qui les lie?

B. H. : Oui, en première analyse, c’est évidemment le côté absurde de nombre de situations que nous vivons, et qu’incarne cette séquence de la vie d’Alice, à son travail à l’hôpital où elle passe un tiers de son temps à faire autre chose que du médical ou après son travail lorsqu’elle se débat avec des normes absurdes qui rendent compliqué son quotidien.

Mais il n’y a pas que l’absurde chez Carroll : il décrit aussi une multiplicité de mondes et de logiques. Et de fait, il y a des constellations de logiques et d’intérêts différents qui expliquent et rendent possible ce processus de bureaucratisation, qui n’est pas seulement imposé par le haut, mais qui est aussi issu d’attentes, de comportements, d’exigences de la part de nous tous.

Justement, vous vous intéressez beaucoup aux acteurs mêmes du processus de bureaucratisation, qui selon vous, sont à la fois les cibles de la bureaucratisation et les agents de son développement, que ce soit en la combattant ou en la recherchant.

B. H. : Ce que j’essaie de montrer dans ce livre, c’est toute l’ambivalence de la bureaucratisation. Certes, les péripéties d’Alice mettent en évidence le côté absurde de l’application de normes issues du monde de l’entreprise managériale dans des secteurs aux rationalités et logiques toutes autres (dans cet exemple, un service public, celui de la santé). Le traitement, selon ces mêmes canons, de la pauvreté ou la gestion des migrants ou demandeurs d’asile soulignent un autre aspect « négatif » de cette bureaucratisation, le fait qu’elle constitue l’une des modalités de la domination, notamment par la production de l’indifférence.

Mais la bureaucratisation peut avoir sa face « lumineuse », « positive » et pour cela être recherchée. C’est notamment le cas de procédures censées rendre les actions, publiques ou privées, plus justes, plus transparentes, plus explicites, plus promptes à l’évaluation. C’est aussi le cas lorsque la normalisation est indéfectiblement associée à la modernité et au progrès, comme nous le vivons tous les jours avec les nouvelles technologies de l’information ; idem lorsque le développement de procédures et de règles est justifié par la sécurité et le principe de précaution…

Au total, ce qui me semble incontestable, c’est que nous sommes tous des bureaucrates, et parfois nos propres bureaucrates ! Ce qui a été parfaitement exprimé par Henri Lefebvre ** : "La bureaucratie bureaucratise les gens bien mieux qu'en les régentant. Elle tend à les intégrer en les rendant bureaucrates (et par conséquent en faisant d'eux ses délégués dans la gestion bureaucratique de leur vie quotidienne)".

Cet ouvrage s’inscrit dans la continuité de vos travaux sur la domination, l’obéissance et le redéploiement continu des formes d’exercice du pouvoir. Quelles questions vous ont amenées à consacrer un ouvrage sur la problématique de la bureaucratisation ?

B. H. : Dans La Force de l’obéissance à propos de la Tunisie puis dans Anatomie politique de la domination, d’un point de vue comparatiste, j’ai montré comment la domination ne s’exerçait pas seulement par le haut, par la contrainte voire la violence, mais qu’elle était nécessairement médiée par les acteurs qui en étaient la cible, à travers leurs besoins ou attentes, leurs intérêts, leurs compréhensions, leurs modes et conduites de vie.

Dans La privatisation de l’État, je mettais l’accent sur les modalités de redéploiement de l’État derrière les impressions de retrait et d’impuissance, redéploiement à travers là aussi des médiations, par le privé, le marché, les réseaux…

Dans La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, je fais rencontrer ces deux problématiques en analysant le processus de bureaucratisation tout à la fois comme un mode de gouvernement transformé en style de vie,  et donc comme un dispositif de domination parmi les plus efficaces, comme le soulignait Weber, mais aussi comme une expression d’une idéologie dominante, celle du néolibéralisme.

Pour conclure….Est-il possible de résister à la bureaucratisation ?

B. H. : Oui, c’est possible même si cela est difficile, voire illusoire. Pour être plus précise, je pense que l’on peut résister à une certaine forme de bureaucratisation (i.e. la bureaucratisation néolibérale), mais pas forcément à la bureaucratisation, si l’on entend, dans son sens sociologique, comme un processus de rationalisation. Par exemple dans le monde de la recherche dans lequel j’évolue, on peut résister à la bureaucratisation néolibérale en refusant de rentrer dans les évaluations quantitatives, ou en refusant de remplir les formulaires qui se fondent sur des « critères de performance ». Mais on peut par ailleurs très bien accepter une autre forme de  bureaucratie qui consiste à se faire évaluer par ses pairs. Cela permet par exemple d’éviter le mandarinat et le clientélisme, mais uniquement si les critères sont issus du monde spécifique du savoir, et non de celui de l’entreprise.

Faut-il résister?

B. H. : C’est une question philosophique, de rapport au monde et à la liberté. Si l’on accepte l’idée que la bureaucratisation néolibérale est une forme de domination, chacun est libre de s’y conformer, d’y résister, de développer son quant-à-soi…

Propos recueillis par Miriam Perier, CERI.

Références bibliographiques

  • La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, Béatrice Hibou, La Découverte, sept. 2012
  • The Bureaucratization of the World in the Neoliberal Era. An International and Comparative Perspective, Palgrave Macmillan/CERI –Sciences Po, 2015.
  • Henri Lefebvre, La vie quotidienne dans le monde moderne, 1968, p. 295.
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"La politique est une passion créatrice"

José Mujica Cordano, surnommé « Pepe Mujica », ancien président de la République d'Uruguay, était à Sciences Po le 27 octobre 2015, dans le cadre d'un colloque organisé par Sciences Po avec la Banque latino-américaine de développement (CAF). Dans un entretien exclusif, cet ex-président qui reversait 90 % de son salaire de chef d'État à des organisations caritatives revient sur son action contre la pauvreté et sa conviction profonde que "la politique n'est pas un instrument de régulation de l'économie" : "nous avons oublié que l'origine de la République, c'est l'égalité". Rencontre.

José Mujica Cordano, surnommé « Pepe Mujica », né à Montevideo le 20 mai 1935, a été le 40ème président de la République uruguayenne, du 1er mars 2010 au 1er mars 2015.

Ex-guérillero des Tupamaros dans les années 1960-1970, il a été détenu en tant qu'otage par la dictature (1973-1985), puis participa à la création du Mouvement de participation populaire (MPP) avec le Mouvement de libération nationale - Tupamaros (MLN-T). Élu sénateur puis nommé ministre de l'Agriculture du gouvernement Vázquez, en 2005, il l'emporta aux primaires de juin 2009, au sein de la coalition de gauche du Front large (Frente Amplio). Candidat présidentiel du Front large pour la présidentielle d'octobre-novembre 2009, il l'a remporté au second tour contre le candidat du Parti national, Luis Alberto Lacalle, avec 52,9 % des voix contre 42,9 %.

Son mandat à la tête de l'Uruguay, de 2010 à 2015, a été marqué par sa lutte contre le secret bancaire et l'évasion fiscale, la réduction de la pauvreté, la légalisation de l'avortement, et l'autorisation de se marier pour les personnes de même sexe. Il s'est aussi distingué par son mode de vie, très éloigné du faste habituel de la fonction présidentielle.

Source : Wikipedia

La 3ème conférence Europe Amérique Latine, organisée à Sciences Po par le CERI et l'Observatoire Politique de l'Amérique latine et des Caraïbes (Opalc) et la Banque latino-américaine de développement (CAF), se tenait le 27 octobre à Sciences Po. L'intervention de José Mujica et l'intégralité de l'événement sont à revoir ici.

À Paris, José Mujica, ex-président de l’Uruguay, appelle les étudiants de Sciences Po à s’engager - compte-rendu de l'intervention de José Mujica sur le blog de Paulo A. Paranagua, journaliste au Monde.

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Des métiers pour tous les profils

Faire du marketing pour une des plus grandes sociétés mondiales de jeux vidéos, créer sa start-up pour sauver le monde, faire carrière dans un des big four du conseil ou consacrer son énergie à des élèves de zones défavorisés : lors du Forum Entreprises du 31 octobre 2015 les recruteurs sont - comme chaque année- venus en nombre proposer des opportunités professionnelles aussi diverses que les profils des Sciences Po. Rencontres en images. 

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Sciences Po et Berkeley lancent un double diplôme

  • Frédéric Mion (Sciences Po) et Nicholas Dirks (UC Berkeley)Frédéric Mion (Sciences Po) et Nicholas Dirks (UC Berkeley)

Le lundi 12 octobre 2015, sur le campus de l’Université de Berkeley en Californie (USA), Frédéric Mion, directeur de Sciences Po, et Nicholas Dirks, Chancellor de University of California Berkeley (UC Berkeley), ont signé un accord qui crée un nouveau double diplôme de bachelor (licence). Une opportunité pour les étudiants de passer deux années à Sciences Po et deux années à Berkeley, et d'obtenir le diplôme des deux institutions.

Durant les deux premières années, les étudiants suivent un programme généraliste en sciences sociales sur l’un des trois campus anglophones de Sciences Po à Reims, Menton et Le Havre. Ils rejoignent ensuite le UC Berkeley’s College of Letters and Science en Californie pour deux années d'approfondissement. Une fois les quatre années validées, ils reçoivent le diplôme de bachelor des deux universités.

Le programme est ouvert aux étudiants de toutes nationalités et débutera à l’automne 2016.

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"Demain, plus de la moitié de la population habitera dans les villes”

  • Meenakshi Raina. Credit Sciences PoMeenakshi Raina. Credit Sciences Po

Étudiante indienne à Sciences Po, Meenakshi Raina est inscrite en Master in International Energy à l’École des Affaires internationales (PSIA). Passionnée par les enjeux du développement durable et les questions liées au changement climatique, elle s’est engagée dans l’initiative “Paris Climat 2015 : Make It Work” et participera le 6 octobre 2015 à une conférence à Sciences Po sur les solutions pour la COP21. Interview.

Meenakshi, vous êtes née en Inde et vous y avez effectué une partie de vos études avant de venir étudier à Sciences Po en Master in International Energy. Pourquoi ce choix ?

J’ai obtenu un diplôme de bachelor en science, avec une spécialisation en botanique,  à l’université de Pune, en Inde, que j’ai complété par des études en management et entrepreneuriat. J’ai travaillé pendant quelques temps dans le secteur des énergies renouvelables, avant de créer une association dédiée aux énergies vertes et au développement durable. C’est à ce moment là que j’ai pris conscience du problème de l’accès à l’énergie et de son importance pour le développement économique. Je sentais que j’avais besoin d’approfondir mes connaissances sur ce sujet et j’ai choisi Sciences Po parce que c’est l’une des rares écoles dans le monde qui propose un Master in International Energy. Pour moi, c’est le lieu idéal pour étudier, notamment grâce à son approche unique : certains experts de l’énergie mondialement connus enseignent ici et les méthodes d’enseignement, qui mêlent approches académiques et professionnelles, sont excellentes.

Au cours de vos études, vous vous êtes particulièrement intéressée aux questions environnementales, pourquoi ? Quel lien faites-vous entre votre spécialité,  l’énergie, et l’environnement ?

Dans un monde confronté au risque de changement climatique, il semble normal de prendre en compte l’impact que peut avoir un secteur sur l’environnement. Je crois qu’il y a là un défi qui nous mène à un nouveau paradigme, où les énergies de demain et l’environnement seront interconnectés. L’objectif de rester en dessous du seuil de 2 degrés de réchauffement aura un impact direct sur le secteur de l’énergie. C’est la compréhension de cette interconnection qui m’a poussée à m’intéresser à l’influence de l’environnement sur le système global de l’énergie. Une des questions qu’on peut se poser, par exemple, est quel impact auront les régulations environnementales sur les futurs investissements dans le secteur de l’énergie ?

À Sciences Po, vous vous êtes impliquée dans l’initiative étudiante « Paris Climat 2015 : Make It Work », pourquoi ? Pouvez-vous nous décrire cette expérience ?

« Paris Climat 2015 : Make It Work » m’a permis de faire l’expérience concrète de la manière dont les négociations sur le changement climatique vont sans doute se dérouler lors de la COP21. Pendant la simulation des négociations, je faisais partie de la délégation représentant la forêt. J’ai aussi joué le rôle d’un journaliste du National Geographic Channel, ce qui m’a permis d’interviewer des gens et d’observer les négociations de l’extérieur. Make It Work était vraiment innovant. Le rôle donné aux acteurs non-étatiques, notamment, a changé notre manière de considérer les négociations classiques des COP. Le rôle des différents acteurs a été redéfini, bousculant le système, et des solutions nouvelles, uniques, ont ainsi pu être trouvées à la fois dans l’accord, mais aussi en termes d’idées et de concepts. « Make It Work », c’est ce que nous souhaitions tous pour cette simulation ! J’ai le sentiment que cette expérience, qui n’était qu’étudiante au départ, s’est transformée en un véritable mouvement « Make It Work ». Et je suis heureuse de dire que j’en fais partie.

Le 6 octobre 2015, vous participez à une table ronde à Sciences Po sur la thématique des villes et du changement climatique, en quoi ce sujet vous touche-t-il ?

Les villes abritent plus de la moitié de la population mondiale et, d’ici 2030, 64% de la population sera urbaine. Les villes sont des acteurs économiques clés de nos sociétés modernes. Ce qui implique également que leur empreinte carbone est forte, tout comme leur impact sur l’environnement. Avec le changement climatique, les risques encourus par les villes sont devenus multiples et un nouveau modèle urbain doit être pensé. Pour cela, il faut une coopération trilatérale entre habitants, gouvernements et secteur économique afin de créer des zones sûres, dans lesquelles puisse se développer une croissance soutenable.

Conférence « Quelles solutions pour la COP21 ? Regards croisés étudiants-entreprises », le 6 octobre à Sciences Po. Information et inscription.

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Bourses Boutmy : des profils d'exception

Sciences Po célébrait le 2 octobre 2015 les 220 lauréats 2015 de la bourse Émile Boutmy. Cette bourse d'excellence, qui doit son nom au fondateur de l'école, permet aux meilleurs étudiants internationaux de venir étudier à Sciences Po. Venus du Ghana, de Hong Kong, d'Égypte ou des États-Unis, découvrez leurs histoires et leurs ambitions en vidéo.

Créé en 2004, ce programme a bénéficié à plus de 1000 étudiants venant de 50 pays, choisis pour leur excellence académique, l’originalité de leur parcours, et leur motivation. La bourse Boutmy vise à recruter les meilleurs talents du monde entier (non ressortissants de l'Union Européenne), quelle que soit leur origine sociale.

Sciences Po reste pionnier en matière de promotion de la diversité et de l’égalité des chances dans l’enseignement supérieur. L’institution propose de nombreuses aides financières et 30 % des étudiants sont boursiers.

Ils soutiennent le programme de bourses Boutmy

  • Depuis 2014, l’Université Sorbonne Paris Cité soutient les bourses Boutmy à travers le programme Mobilité Internationale Entrante en Masters (MIEM).
  • Partenaires entreprises : BNP Paribas, Chalhoub Group, ENGIE, Fondation du Crédit Agricole du Nord Est, Fondation RATP, Gazprom, Google, L’Oréal, Total, Vivendi

“L'Europe est la solution, pas le problème”

  • Wolfgang Schäuble at Sciences Po. Crédit Sciences PoWolfgang Schäuble at Sciences Po. Crédit Sciences Po

Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble était à Sciences Po le 6 octobre 2015 pour débattre de l’avenir de l’Europe avec les étudiants, alors que l’on célèbre le 25ème anniversaire de la réunification allemande, dans laquelle Wolfgang Schäuble a joué un rôle décisif en tant que ministre de l'Intérieur de 1989 à 1991. Retour sur cette rencontre avec l’un des leaders les plus influents au sein de l’Eurogroupe.

Présenté par le directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, comme un “homme de principes”, Wolfgang Schäuble a abordé les défis économiques auxquels l’Europe est confrontée, en insistant sur le fait que l’Europe a réussi à préserver l’unité de l’Eurozone et à traverser la crise financière. D’après lui, les difficultés actuelles pour revenir à un haut niveau de croissance économique peuvent trouver leur source dans l’insuffisance de l’investissement structurel et le manque de politique fiscale commune en Europe. Ce n’est qu’à ce prix, a expliqué le ministre des Finances allemand, que l’union monétaire sera véritablement effective.

Au sujet de la situation en Grèce, Wolfgang Schäuble a estimé que les conséquences sociales de la crise étaient “une tragédie”, mais il a tenu à souligner également que la Grèce elle-même était en partie responsable de la situation, notamment à cause de la corruption. Il a ajouté que le Fonds Monétaire International avait fait pression pour une politique de fermeté à l’égard de la Grèce : “demandez à Christine Lagarde !”, a-t-il lancé. Schäuble a rejeté la perspective d’un “Grexit” et s’est dit optimiste quant à l’issue des négociations avec la Grande-Bretagne au sujet de son appartenance à l’Union Européenne.

W. Schäuble a également abordé la question des migrants, et s’est dit fermement opposé à la réinstauration de frontières internes au sein de l’Europe, tout en plaidant pour un renforcement des contrôles aux frontières externes de l’Europe. C’est d’après lui, l’attractivité du système de protection sociale en Europe qui rend ce renforcement nécessaire, notamment parce que “les profils les plus prometteurs d’Afrique viennent en Europe” et affaiblissent d’autant le potentiel de développement de leur continent.

Interrogé sur l’euroscepticisme ambiant, Wolfgang Schäuble a déclaré qu’il fallait le combattre au jour le jour. “Nous devons convaincre tous les eurosceptiques que l’Europe est la seule solution pour rester une grande puissance dans un monde globalisé”, a-t-il insisté.

Compte-rendu exhaustif de la conférence de Wolfgang Schäuble

Par Mathilde Viart, étudiante en première année du programme européen franco-allemand sur le campus de Sciences Po à Nancy.

Le campus de Sciences Po à Nancy accueille les étudiants du Collège universitaire (1er cycle) qui ont choisi de suivre le programme européen franco-allemand, ainsi que les double diplômes avec la Freie Universität Berlin (Allemagne) et University College London (GB). Ses 350 étudiants représentent 28 nationalités et viennent de pays francophones et germanophones. Les cours sont enseignés en trois langues (français, anglais et allemand), et les étudiants peuvent aussi apprendre l’arabe, l’espagnol, le suédois ou le russe.

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Herman Van Rompuy enseigne à Sciences Po

Herman Van Rompuy, qui a présidé le Conseil européen de 2010 à 2014, a donné en septembre 2015 six "master classes" à Sciences Po, devant les étudiants du Master Affaires Européennes et de l'École des Affaires Internationales (PSIA). Il répondait à nos questions début septembre.

"Je suis un spectateur très engagé", explique ce professeur au sujet de cette série de cours durant lesquels il a souhaité transmettre aux étudiants des connaissances concrètes sur "ce qui se passe réellemment" dans les institutions et la politique européenne. 

À Sciences Po, les cours sont délivrés à la fois par des universitaires et des professionnels des secteurs publics et privés. Les savoirs sont ainsi irrigués par une recherche de pointe et ancrés dans la réalité.

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La rentrée 2015 au Collège universitaire de Sciences Po

C'est reparti pour une année ! De Dijon à Menton, près de 1800 nouveaux admis ont fait leur rentrée sur l'un des sept campus du Collège universitaire, le premier cycle de Sciences Po en trois ans. Venant de tous les pays et de tous les continents, ils rejoignent une communauté étudiante internationale à plus de 50%, et s'apprêtent à vivre une expérience étudiante placée sous le signe des échanges et du multiculturalisme. Portraits de nouveaux arrivants en vidéo.

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Hermès ou la quadrature de l'art

  • Alfred de Dreux, Le Duc attelé. Crédits: Collection HermèsAlfred de Dreux, Le Duc attelé. Crédits: Collection Hermès

“Quand l’art déborde chez Hermès” : c'est le thème de la master class que Pierre-Alexis Dumas donnait le 1er octobre 2015 devant les étudiants de l'École de la communication. Directeur artistique d'Hermès depuis 2011 - et descendant du fondateur Thierry Hermès - Pierre-Alexis Dumas a abordé le lien entre art et luxe, la distinction entre art et art appliqué, et le rapport d'Hermès avec les artistes. Récit d'une conférence inspirée.

D’emblée, le directeur artistique définit Hermès comme une maison d’arts appliqués, au sein de laquelle 16 catégories de métiers utilisent leur créativité pour développer des objets usuels. Il ne s’agit pas ici de produire de l’art, mais bien d’une inspiration artistique qui vient enchanter les objets de notre vie quotidienne.

"Ils m'ont appris à écouter avec mes mains"

Petit, M. Dumas passait six heures par semaine dans un atelier avec deux artisans, qui lui ont tout appris de la vie dans les ateliers et du travail du cuir. "Ils m'ont appris à écouter avec mes mains", dit-il. Aujourd'hui, ce sont 2 400 artisans répartis sur 14 sites en France qui travaillent pour Hermès.

La première œuvre d’art que nous montre M. Dumas est un tableau d’Alfred De Dreux représentant une femme à cheval. Ce peintre romantique est un des personnages phares de la collection d’Émile Hermès, fils de Thierry (le fondateur de la maison), collection qu’Émile a commencée à l’âge de 12 ans avec une canne. On disait même qu’il était atteint de "collectionnite"… Mais le tableau qui viendra façonner l’image d’Hermès n’est pas celui de la femme à cheval, c’est un autre d’Alfred de Dreux intitulé Le Duc attelé (ci-dessus).

Regardez ce tableau. Maintenant, pensez très fort au logo Hermès. Vous remarquez une certaine ressemblance ? Bravo, vous avez l’œil. Si Émile Hermès crée son logo à partir de ce tableau, c’est parce que tous les symboles Hermès sont là : le duc attend son client comme une invitation au voyage, tandis que la beauté naturelle des chevaux fait écho à l’inclinaison romantique d’Émile Hermès et rappelle les débuts de la maison en tant que sellerie.

Sophia Delaunay et Jean Cocteau ont créé pour Hermès

Ce lien entre l’art et l’univers visuel d’Hermès établi, M. Dumas va nous montrer toute une série d’œuvres qui ont inspiré des motifs de textiles, principalement des illustrations pour des carrés. Au début du vingtième siècle déjà, Sophia Delaunay dessine des motifs pour le prêt-à-porter, tandis qu’un dessin de Jean Cocteau se retrouve reproduit sur un tapis de bain. Plus contemporains, le peintre français Claude Viallat ou le coloriste irlandais Richard Gorman vont eux aussi créer leurs carrés.

Si, entre art appliqué et art, on déplace le curseur un peu plus vers ce dernier, on retrouve aussi des initiatives comme Hermès Editeur, un hommage à l'art du carré qui débute en 2008 et compte aujourd'hui quatre éditions. Josef Albers, Daniel Buren, Hiroshi Sugimoto et Julio Le Parc ont ainsi chacun retranscrit une oeuvre sur la soie. Pour la dernière édition, six carrés reproduisent six des dix tableaux de La longue marche, oeuvre de Le Parc exposée en 2013 au Palais de Tokyo.

Trouver l'équilibre entre l'expression d'un talent et les codes d'une maison

Le carré Hermès, qui s’apparente à une toile, est le support privilégié des artistes qui collaborent avec la maison. Il fournit également une contrainte intéressante, car il n’est pas question de créer un dessin en rond ou en rectangle, mais bien en carré. Cette contrainte définit le rapport entre la maison et l’artiste : quand un artiste dessine un carré, il s’agit de trouver l’équilibre entre l’expression d’un talent et les codes d’une maison. Le carré qui résulte de cette collaboration n’est ni de l’art, ni un simple objet usuel, mais bien un art appliqué à l’objet qui augmente le plaisir procuré par cet objet. “Je pense que le rôle de l’artiste est d’éveiller les consciences, mais chez Hermès le rôle de l’artiste est d’augmenter l’expérience sensorielle”, explique M. Dumas. Mais aujourd'hui, avec toutes les commodités que nous avons à notre disposition, nous risquons de perdre empathie et sensibilité. L'objet de luxe est là pour réveiller cette sensibilité.

par Élise Jost, étudiante à l'École de la communication

Pierre-Alexis Dumas intervenait dans le cadre du cours de deuxième année du master Communication, et du master in Communications (eng) intitulé “Quand l’art déborde”, et enseigné par le publicitaire Thierry Consigny (agence Saltimbanque) et Laurent Le Bon, conservateur de musée et président du musée Picasso. À Sciences Po interviennent 4000 praticiens issus du monde professionnel, qui ancrent dans la réalité les savoirs transmis aux étudiants.

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