Quels espoirs pour le sommet de Katowice ?

Par Carola Klöck (CERI). Après des températures dépassant les 40°C l’été dernier et qui restent élevées en ce mois de novembre 2018, le thème du changement climatique est sur toutes les lèvres. Il n'en est pas de même de la politique internationale du climat, bien que le sommet de Katowice, qui aura lieu début décembre, soit déjà la troisième rencontre de haut niveau à être organisée cette année autour de ce sujet.

Le sommet de Paris de décembre 2015 avait été très médiatisé ; on se souvient de François Hollande, Laurent Fabius, Ban Ki-Moon et Christiana Figueres (la secrétaire générale de la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, CCNUCC) se tenant la main et célébrant le succès de l’accord de Paris. Celui-ci est entré en vigueur en un temps record, le 7 novembre 2016, moins d’une année après sa conclusion, et un jour avant l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis mais aujourd’hui, il reste peu de chose de l’enthousiasme suscité par la COP 21.

L’essor du populisme nationaliste ne présage rien de bon pour la mise en place d’une politique internationale ambitieuse destinée à lutter contre le changement climatique. Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris en juin 2017 (même si cette mesure ne deviendra effective qu’en 2020 en raison des dispositions légales de l’accord). Le nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro, menace d’en faire de même. Les partis populistes européens de droite, tels que l’AfD en Allemagne, se montrent sceptiques à l’égard du changement climatique. Certes, pour l’instant, leur position reste minoritaire alors qu’aux Etats-Unis, de nombreux acteurs s’opposent à la politique anti-climat de la Maison Blanche. Des Etats fédérés, des municipalités, des représentants de la société civile, y ont formé une grande coalition qui, sous le slogan We Are Still In, affirme leur engagement dans le processus international et leur intention de respecter l’accord de Paris.

La mise en œuvre de cet accord s’avère toutefois longue et complexe. Il est nécessaire de préciser les dispositions du texte, qui restent floues. Le processus est entré dans une phase plus technique, ce qui rend plus difficile pour les médias de communiquer sur le sujet et pour les associations de faire pression sur les négociateurs. Le Rule Book qui devra être adopté à Katowice aura surtout à régler deux points de litige : le financement climatique, à savoir le soutien financier promis par les pays industrialisés aux pays dits en voie de développement, et les plans de réduction des émissions de gaz à effets de serre.

Au sommet de Copenhague de 2009, les pays industrialisés avaient promis de "mobiliser" 100 milliards de dollars additionnels par an d’ici 2020 pour aider les pays en voie de développement à diminuer leurs émissions de gaz à effets de serre et à s’adapter au changement climatique. Alors que 2020 approche, l’accord de Paris a confirmé ses promesses mais celles-ci restent contestées. Entre autres, les négociations n’ont toujours pas pu définir à quoi les 100 milliards prévus à Copenhague seraient précisément affectés ou bien ce que signifie exactement "mobiliser" ce financement. Dans ce contexte, les pays en voie de développement demandent non seulement davantage d’argent, contestant les chiffres avancés par les pays industrialisés, mais aussi plus de transparence et de prévisibilité. La question du financement climatique reste centrale, mais il y a peu d’espoir qu’elle puisse être résolue à Katowice.

Enfin, la communauté internationale devra se mettre d’accord sur la façon dont pourrait être atteint l’objectif fixé à Paris de limiter le réchauffement global à moins de 2°C, idéalement à moins de 1,5°C. Pour la première fois dans les négociations sur le climat, dans l’accord de Paris, tous les pays membres de la CCNUCC – pays industrialisés comme pays en voie de développement – sont traités de la même manière, chaque Etat étant appelé à soumettre ses "contributions déterminées au niveau national" détaillant les politiques et les plans climatiques prévus au niveau national. Tous les cinq ans, et pour la première fois en 2020, un global stocktake doit dresser le bilan de ces plans et inciter les pays à adopter des objectifs plus ambitieux. C’est justement à Katowice que les règles de ce le premier stocktake devraient être définies.

Or pour l’instant, l’ensemble des contributions nationales ne suffit pas à limiter le réchauffement de la planète. Au contraire, le monde se réchauffe, d’environ 3-4°C. Il va donc falloir élever les objectifs fixés, tout en tenant compte des situations socio-économiques et des capacités différentes de chaque Etat ainsi que les responsabilités historiques, les émissions des pays industrialisés étant la principale cause du réchauffement global actuel.

Les divisions Nord-Sud, qui ont souvent freiné le processus de négociation et qu’on avait cru pouvoir dépasser lors du sommet de Paris, semblent s’accentuer de nouveau. Pays industrialisés et pays en voie de développement s’affrontent sur les questions de financement et sur les contributions nationales. Il est pourtant indispensable de dépasser ces divisions pour pouvoir faire face au défi du changement climatique. La signature de l’accord de Paris a été possible grâce à la High Ambition Coalition, créée sous l’égide des Iles Marshall – un des pays les plus petits et les plus vulnérables au changement climatique – qui regroupait tous les pays, développés et moins développés. Fidji, un autre petit Etat insulaire en voie de développement fortement affecté par le changement climatique, et qui préside actuellement la COP, a initié le dialogue Talanoa pour aider les Etats à mettre en œuvre et à améliorer leurs contributions déterminées au niveau national d'ici 2020. L’idée d’un dialogue transparent pourrait constituer la base d’une nouvelle grande coalition indispensable pour faire de Katowice un succès.
La ville-hôte du sommet de décembre 2018, située au centre du bassin minier polonais, historiquement associée à l’image du charbon et de l’acier mais de plus en plus "verte", peut-elle être le lieu où s’opérerait un tel accord ? Il reste certes beaucoup à faire, mais après la présidence des Fidji, qui a mis l’accent sur les effets néfastes déjà tangibles du réchauffement climatique et sur l’urgence de l’adaptation, on peut espérer de la présidence polonaise des avancées sur la question de la décarbonisation. Il est en effet grand temps d’agir – et de montrer aux populistes que le changement climatique n’est pas un hoax mais une opportunité pour transformer et moderniser nos économies et nos sociétés.

Carola Klöck est Professor assistant au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI)

Abonnez-vous à nos newsletters :

Handicap :

Handicap : "En parler sans tabou"

Diplômée 2018 du master en Sécurité internationale de l’École des affaires internationales de Sciences Po (PSIA), Marie-Line a passé le prestigieux concours du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères via une voie spécifique de recrutement dédiée aux personnes en situation de handicap. Dans deux mois, elle prendra son premier emploi en tant que “secrétaire des Affaires étrangères”, un poste de catégorie A. Préparation des concours, futures missions à l’étranger ou encore accompagnement du handicap à Sciences Po, elle nous détaille son parcours.

Lire la suite
De Nairobi à Paris

De Nairobi à Paris

Sciences Po et l’université de Strathmore ouvrent un nouveau double diplôme en bachelor et master. Cette formation permettra aux étudiants de premier cycle inscrits à l’université de Strathmore d’obtenir, en cinq ans, un diplôme de bachelor de l’université de Strathmore suivi d’un diplôme de master de Sciences Po.

Lire la suite

"L'amour des textes"

Qu’est-ce qui peut réunir une ancienne ministre de la Culture et des étudiants réfugiés dans une salle de cours ? L'amour des textes d'Albert Camus et de Victor Hugo ! Avec la culture comme langage universel et outil d’intégration, Aurélie Filippetti transmet sa passion des grands textes aux étudiants réfugiés accueillis par Sciences Po depuis 2015. Quand littérature rime avec ouverture...

Lire la suite
FEMPO, la success story

FEMPO, la success story

FEMPO est une start-up qui propose des culottes en tissu lavable destinées à remplacer les protections hygiéniques. Accompagné par l’incubateur de Sciences Po en 2018, ce projet est né de la rencontre de deux alumnae, Fanny Abes, diplômée du master en politique économique internationale, et Claudette Lovencin, diplômée du master en politique publique. Lire la suite

Une histoire de femmes

Une histoire de femmes

Des premières étudiantes entrées dans nos murs en 1919 jusqu’à une politique active de soutien de l’égalité aujourd’hui, comment la place des femmes a-t-elle évolué dans l’École ? À l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, 5 dates clés de l’histoire des femmes à Sciences Po.

Lire la suite
Sciences Po 3ème université mondiale en

Sciences Po 3ème université mondiale en "science politique et relations internationales"

Sciences Po améliore encore son positionnement international en "science politique et relations internationales" en passant de la quatrième à la troisième place mondiale dans le classement international QS 2019 des meilleures universités par discipline, dévoilé ce 26 février 2019. Classée derrière Harvard et Oxford, Sciences Po est la première université d'Europe continentale dans cette discipline, devant LSE et Cambridge.

Lire la suite
“La propagande a été le ciment de la démocratie libérale”

“La propagande a été le ciment de la démocratie libérale”

La persuasion de masse n’est pas née avec Internet, mais le numérique et les réseaux sociaux marquent une révolution dans l’histoire de la propagande. Loin d’avoir disparu avec les régimes totalitaires du XXè siècle, la voici plus présente, plus efficace, et plus dangereuse que jamais pour la démocratie. Entretien avec David Colon, historien et enseignant à Sciences Po, sur son ouvrage Propagande. La manipulation de masse dans le monde contemporain.

Lire la suite
Léo Ferré : du sale gosse de Sciences Po au Joli môme de l’Olympia

Léo Ferré : du sale gosse de Sciences Po au Joli môme de l’Olympia

Avant de devenir l’un des plus célèbres chanteurs français du 20ème siècle, Léo Ferré a usé ses pantalons sur les bancs de Sciences Po, dont il est sorti diplômé en 1939 (non sans péripéties). De la Péniche aux plus grandes scènes françaises, retour sur un parcours rempli d’insouciance et de maladresse.

Lire la suite
Une semaine de visites exceptionnelles à Vienne

Une semaine de visites exceptionnelles à Vienne

Depuis 15 ans, les étudiants du campus de Nancy se rendent pendant une semaine à Vienne, Bruxelles ou Berlin pour y effectuer un séjour d’étude. Cette année, la promotion de première année s’est rendue dans la capitale autrichienne. Au programme : des visites d’institutions européennes et internationales, des rencontres avec des experts et des politiques… mais aussi la culture avec une visite célèbre du célèbre opéra de Vienne. Retour en vidéo sur un séjour riche d’enseignements.

Lire la suite