MedLiban : une initiative étudiante pour aider Beyrouth

Dans l'après-midi du 4 août 2020, deux explosions se sont produites sur le port de Beyrouth, la capitale du Liban. La catastrophe a fait plus de 170 morts, 6 000 blessés, entre 10 et 15 milliards de dollars de dégâts matériels et laissé 300 000 personnes sans-abri. Sur l’impulsion de leur directrice, Yasmina Touaibia, les étudiants libanais du campus de Sciences Po à Menton, ont immédiatement commencé à réfléchir à la manière dont ils pourraient leur venir en aide.

Le campus de Sciences Po à Menton accueille le programme Moyen-Orient Méditerranée qui étudie les liens historiques, politiques, économiques et sociaux entre cette région du monde et la France. C’est donc en toute logique que la communauté mentonnaise de Sciences Po s’est mobilisée pour apporter son aide. Avec le soutien du Dr Touaibia, les étudiants libanais ont créé Sciences Po Med Liban, une initiative basée sur trois missions : collecter auprès des habitants de la Côte d’Azur des vêtements, médicaments et autres dons matériels à envoyer à Beyrouth, participer à la remise en état d’une rue et contribuer à la reconstruction financière et matérielle d'un hôpital public.

Deux élèves membres de Sciences Po Med Liban, Joseph Moussa (également l'un des co-créateurs de Menton Livraison, initiative d'aide aux seniors de la Côte d'Azur au début de la crise du coronavirus) et Emmanuel Houalla, nous parlent de leur initiative.

Combien de temps après l'explosion avez-vous créé Sciences Po Med Liban? Quelles ont été vos premières démarches ?

Joseph : Dès le lendemain de l'explosion, le Dr Touaibia a écrit à tous les étudiants libanais du campus pour s’assurer que nous allions tous bien et a demandé ce qu'elle pouvait faire personnellement pour nous aider. Nous nous sommes retrouvés pour discuter tous ensemble de ce que nous, en tant que communauté, pourrions faire. Nous avons très vite échangé de nombreuses idées d’actions à proposer et à mener, sachant que nous avions des membres de la communauté Sciences Po à la fois au Liban et en France, pour garantir efficacité et transparence. Nous nous sommes réunis pour assumer le rôle du campus de Sciences Po à Menton comme pont entre la France et le monde arabe et mobiliser ainsi les acteurs régionaux, civils et gouvernementaux. Très vite, des idées étonnantes et créatives ont fusé de tous côtés : Marine a suggéré le nom de l’initiative, Kim a proposé l’idée de la « collecte » sur la Côte d'Azur, pour aider aussi l'hôpital dans lequel son père travaillait, Dalia s’est servi de ses relations sur le terrain avec des associations caritatives et des organisations professionnelles pour proposer la remise en état d’une rue de la ville, etc. Et puis, on connaît la suite... 

Sciences Po Med Liban

Comment se déroule le projet ? Quelles sont vos principales missions ? Combien de personnes oeuvrent à vos côtés ?

Emmanuel : Lorsque nous avons débuté notre collecte le 18 août, nous avons immédiatement reçu des dons d'habitants de toute la Côte d'Azur, mais aussi d'entreprises et d'individus du monde entier, c’était assez incroyable. Cela nous a permis de constater à quel point toutes ces nationalités, cultures et langues différentes s’unissaient pour venir en aide. La majeure partie de notre local étudiant est déjà rempli et nous prévoyons d'ouvrir un nouveau centre de collecte à Nice avec l'aide de la commune ainsi que de l'association « Mon Liban d'Azur », afin de pouvoir stocker davantage de dons. Sciences Po Med Liban a 3 plans d'action : la collecte de vêtements, médicaments et dons matériels ; aider à la remise en état d’une rue impactée par l’explosion, ses infrastructures et ses habitants, et enfin contribuer à la reconstruction de l'hôpital public "Quarantaine" grâce à des dons matériels et financiers.

Nous sommes une vingtaine d’étudiants impliqués au Liban et en France, ainsi que d'autres membres de la communauté Sciences Po, parmi lesquels notre directrice de campus et un professeur libanais. Nous avons la conviction que nous pourrons rassembler encore plus de volontaires et que notre initiative portera largement ses fruits. 

Qu'avez-vous collecté jusqu'à présent ? Comment triez-vous les dons ? Où et à qui envoyez-vous les articles collectés ?

Emmanuel : Jusqu'à présent, nous avons pu rassembler tous types de dons : vêtements, couvertures, serviettes, fournitures médicales, chaussures, trottinettes... Les gens se sont montrés très généreux, c’est incroyablement réconfortant. Pour trier les dons, nous respectons tout d’abord le protocole sanitaire lié au coronavirus puis tout est trié par catégories dans notre espace étudiant. Nous cataloguons ensuite les dons de manière journalière afin d'avoir un état des lieux précis du stock. La collecte sera ensuite envoyée à Beyrouth par des entreprises privées avec lesquelles nous avons établi des contacts. Une fois au Liban, les étudiants de Sciences Po Med Liban sur place s’occuperont de la distribution aux personnes qui ont été gravement touchées par l'explosion.

La transparence est primordiale dans cette action, nous nous assurerons nous-mêmes sur place et sans intermédiaire que les dons soient transmis directement aux personnes dans le besoin. Nous mettrons également à jour notre site web pour informer les donateurs de l'état de la situation.

Comment avez-vous identifié la rue et l'hôpital que vous souhaitez contribuer à reconstruire ? Qu'est-ce que cette reconstruction implique ?

Joseph : En discutant de l'initiative avec les étudiants au Liban qui ont personnellement vécu l'explosion et ont été témoins de ses conséquences dévastatrices, nous avons convenu que la collecte, qui fournirait une aide immédiate et humanitaire aux personnes affectées, ne serait pas suffisante. Il est nécessaire pour nous de mettre en place des plans d'action encore plus ambitieux et sur le long terme. Les étudiants sur place ont utilisé leurs connexions pour identifier les domaines dans lesquels nous pourrions aider et un réseau a rapidement été déployé. Ils connaissent bien la rue que nous souhaitons aider à reconstruire et Dalia a également pris contact avec la mairie de Beyrouth afin que nous puissions également aider Nor Hadjen, une zone d’une extrême pauvreté située en face du port qui compte de nombreux bâtiments patrimoniaux propres à l’identité de la ville et désormais endommagés. Pour cela, nous travaillons aussi en partenariat avec l’Association mondiale de l’art et du patrimoine (Association of World of Art & Heritage). Sur la base d'enquêtes d’experts quant aux besoins humanitaires et en infrastructures, nous préparerons un projet à présenter à de potentiels financeurs à l'échelle locale et régionale pour mobiliser et réorienter les premières ressources. De même, grâce à l'implication de Kim dans ASSAMEH - Birth & Beyond, une organisation locale à but non lucratif qui soutient le service pédiatrique d'un hôpital public appelé « Quarantine », nous visons également à contribuer aux efforts de reconstruction précisés dans l’étude d’expertise avec l’aide de nos étudiants sur le terrain pour assurer la coordination et le bon suivi des opérations. 

Quel message souhaitez-vous transmettre à nos lecteurs ? Comment peut-on apporter son aide ?

Joseph : Du fond du cœur, je souhaite avant tout remercier tous ceux qui ont partagé la douleur et le chagrin du peuple libanais pour les vies perdues le 4 août et l’horreur des destructions massives causées par les explosions. Nous somme si nombreux à avoir, à un moment ou à un autre de notre vie, joué dans les rues étroites de Beyrouth, profité de ses plages méditerranéennes, passé du temps dans ses cafés et restaurants et exploré ses joyaux cachés, ceux dont seuls les locaux ont le secret. Voici pourquoi nous nous sentons si passionnés par Sciences Po Med Liban et souhaitons impliquer autant de personnes que possible pour mener à bien cette initiative et la réalisation de ses objectifs. J’encourage tous ceux qui souhaitent apporter leur aide à visiter notre site www.sciencespomedliban.fr ou à appeler notre hotline au +33 (0) 4 89 41 83 29 pour en savoir plus sur nos différents plans d'action. Chaque geste envers le Liban en ces moments douloureux sera plus que bienvenu et immensément apprécié !

Propos recueillis par l'équipe éditoriale de Sciences Po

 
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