Bianca Jagger, infatigable militante des droits universels et diplômée de Sciences Po

Quand elle a débarqué Rue Saint-Guillaume, à l’âge de 17 ans, en provenance du Nicaragua, la jeune et ravissante Bianca Perez-Mora Macias était loin de se douter qu’elle épouserait un jour le rocker le plus célèbre de la planète et deviendrait ainsi, dans un tourbillon de caméras et projecteurs, l’égérie et l’icône de mode la plus glamour et la plus courtisée de la jet set mondiale.

C’était pourtant la politique qu’elle était venue étudier en France. La politique la passionnait depuis son plus jeune âge, elle qui avait grandi, dans les années 1950, sous la dictature de la famille Somoza, et qui n’hésitait pas à s’échapper de son école religieuse pour aller manifester dans les rues de Managua. La politique enfin qu’elle rêvait d’embrasser plus tard pour contribuer à débarrasser son pays des tyrans.

Sa rencontre en 1970 avec Mick Jagger a changé son destin. Elle n’a en rien éteint sa passion pour les affaires publiques et la défense des droits humains. Et ce nom de Jagger, conservé après son divorce en 1979, est devenu un allié pour braquer la lumière sur ses combats. Très vite, elle a entamé un compagnonnage avec Amnesty International et Human Rights Watch, parcourant l’Amérique latine pour témoigner des crimes commis par des régimes dictatoriaux, sillonnant les États-Unis, de tribunaux en pénitenciers, pour lutter contre la peine de mort. Mandatée en 1993 par la commission Helsinki du Congrès américain pour enquêter sur les viols massifs en Bosnie, elle y a passé des mois, publiant un essai intitulé J’accuse : la trahison de Srebrenica. Un engagement qui la mènera à témoigner devant les parlementaires américains, britanniques et européens et de nombreuses instances internationales.

Infatigable militante

Mais ses causes sont multiples et éparpillées dans le monde. Les populations indigènes peuvent compter sur son appui lorsqu’elles luttent pour la préservation de leur environnement: les Miskitos du Nicaragua, les Guaranis du Brésil, les Sionas d’Équateur... Pour défendre la tribu Kondh, en Inde, inquiète face aux projets d’exploitation d’une mine de bauxite dans leurs montagnes sacrées d’Orissa, elle a écrit au Premier ministre indien et au gouverneur de la province, démarché les principaux actionnaires de la compagnie minière et acheté des actions pour pouvoir prendre la parole lors des assemblées générales annuelles.

Combat gagné. Comme tant d’autres. Aujourd’hui, c’est la présidente du Brésil, Dilma Roussef, qu’elle apostrophe sur les dangers du Belo Monte Dam, le troisième plus grand barrage hydroélectrique du monde. L’un de ses principaux sujets de croisade est d’ailleurs la reconnaissance, par la Cour pénale internationale, de la notion de crimes contre les générations présentes et futures.

"Je suis viscéralement politique"

Elle a voyagé en Afghanistan pour soutenir les femmes, en Zambie pour la lutte contre le sida, en Inde pour dénoncer le commerce des enfants et la prostitution, en Irak pour fustiger l’ineptie des arguments du président Bush sur les armes de destruction massive. Elle exhorte les chefs d’État occidentaux à accueillir Edward Snowden, clame sa déception à l’égard d’Obama qui n’a pas fermé Guantanamo et persiste dans l’utilisation de drones. Et dénonce chaque jour, y compris sur les réseaux sociaux, les violences perpétuées contre les femmes. Pour toutes ces actions, elle a obtenu en 2004 le prix Nobel alternatif. Une récompense qui lui a permis de créer sa propre fondation en 2006.

Activiste ? Elle n’aime guère ce terme anglo-saxon. Défenseuse des droits universels ? Elle cherche en vain le mot français adéquat. Mais qu’importe. Après la «parenthèse» de son mariage, elle pense être restée fidèle à l’adolescente qui manifestait en rêvant de faire, plus tard, «la différence». C’est ce qui compte, dit-elle. «Je suis viscéralement politique.»

Par Annick Cojean, Grand reporter au Monde, membre du conseil d’orientation d'Émile Boutmy Magazine

Article issu du numéro 12 (juin 2015) d'Émile Boutmy Magazine, publié avec l'aimable autorisation de l'association des Sciences Po

Qui est Roland Marchal, incarcéré en Iran depuis juin 2019 ?

Qui est Roland Marchal, incarcéré en Iran depuis juin 2019 ?

Par Sandrine Perrot et Didier Péclard - Roland Marchal, incarcéré en Iran depuis juin 2019, est sociologue, chercheur CNRS au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po depuis 1997. Il a consacré l’essentiel de son œuvre à l’analyse des guerres civiles en Afrique subsaharienne, notamment dans leur rapport à la formation des États. Homme de terrain, chercheur infatigable, méticuleux et exigeant, Roland Marchal est l’un des plus fins connaisseurs de la Somalie, mais son expertise s’étend à toute la Corne de l’Afrique, au Tchad, à la République centrafricaine et au Mali.

Lire la suite
Soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal

Soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal

Jeudi 17 octobre 2019. 

La détention en Iran de notre collègue Roland Marchal, directeur de recherche CNRS au CERI, vient d'être rendue publique. Pour des raisons de sécurité, les autorités françaises n'avaient pas encore révélé la nouvelle de son arrestation et nous avaient demandé de respecter cette consigne de discrétion.

Lire la suite
Qui est Fariba Adelkhah, incarcérée en Iran depuis juin 2019 ?

Qui est Fariba Adelkhah, incarcérée en Iran depuis juin 2019 ?

Par Jean-François Bayart - Incarcérée depuis le début du mois de juin en Iran, Fariba Adelkhah, spécialiste de l’anthropologie sociale et de l’anthropologie politique de l’Iran postrévolutionnaire, est chercheuse au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI) depuis 1993. Ses travaux initiaux portaient sur les femmes et la Révolution islamique. Ses recherches actuelles portent sur la circulation des clercs chiites entre l’Afghanistan, l’Iran et l’Irak. Portrait scientifique de cette chercheuse de terrain, reconnue internationalement et respectée par ses pairs, aujourd'hui prisonnière scientifique.

Lire la suite
“Venir d’un lycée de zone rurale et faire Sciences Po

“Venir d’un lycée de zone rurale et faire Sciences Po"

A l’origine association dédiée uniquement aux jeunes basques, “Des territoires aux grandes écoles” est aujourd’hui une fédération établie à l’échelle de toute la France. Son objectif ? Encourager les lycéens des zones rurales à oser candidater dans l’enseignement supérieur. Interview avec Mandine Pichon Paulard, étudiante et présidente de l’antenne Sciences Po de l’association. 

Lire la suite
16 nouveaux chercheurs à Sciences Po

16 nouveaux chercheurs à Sciences Po

16 académiques permanents ont rejoint Sciences Po en cette rentrée 2019. Une grande diversité les caractérise, qu'il s'agisse de leurs universités d'origine, de leurs parcours, de leurs disciplines ou encore de leurs spécialités.

Lire la suite
Solitude moderne

Solitude moderne

Des électeurs qui ne croient plus en rien et surtout pas en leurs institutions, qu’elle soient politiques ou autres. Une solitude prégnante liée à la société post-industrielle et à ses modes de travail et de vie. Voici le cocktail détonnant qui serait aux origines du populisme d’après quatre chercheurs. Après avoir mené un long travail d’enquête, ils livrent les résultats de leurs travaux - et des pistes de solutions -, dans “Les origines du populisme”, paru chez Seuil. 

Lire la suite
Jeremy Rifkin : transformer nos sociétés grâce à un

Jeremy Rifkin : transformer nos sociétés grâce à un "New Deal vert"

Révolutionner l'économie pour sauver la planète : oui, mais comment ? Jeremy Rifkin était le 17 octobre 2019 l'invité de Sciences Po pour défendre son "New Deal vert", un ambitieux programme visant à penser l'après-carbone. Pour l'essayiste américain, spécialiste des questions énergétiques et climatiques, il ne faudra qu'une décennie pour voir les énergies fossiles s'effondrer. Il est dès lors urgent de construire un nouveau modèle de société.

Lire la suite
Erasmus : Vivre L’Europe

Erasmus : Vivre L’Europe

Sur l'année universitaire 2018-2019, plus de 500 étudiants de Sciences Po ont participé à un programme Erasmus+, et 650 ont été reçus à Sciences Po : comme chaque année, Sciences Po participe activement au programme Erasmus ! Notre université n’est pas seulement membre active de ce programme, elle est aussi impliquée dans de nombreuses initiatives visant à construire une Europe plus forte et plus unifiée dans les domaines de l'éducation et de la mobilité. 

Lire la suite
Qu'apprend-on au Collège universitaire ?

Qu'apprend-on au Collège universitaire ?

La pluridisciplinarité. La troisième année à l’étranger. L’histoire. La science politique. Étudier à Paris. Ne pas étudier à Paris. Chaque étudiant a sa raison bien à lui de choisir le bachelor de Sciences Po. Mais de quelles sciences humaines et sociales parle-t-on ? À quoi cela peut-il bien servir plus tard ? Entretien avec la doyenne du Collège universitaire, Stéphanie Balme, sur cette formation “iconique” du parcours à Sciences Po.

Lire la suite