Angèle Paty : en “bikepacking” de Montpellier aux Îles Shetland

45 jours, 4 pays, 2500 kilomètres - et tout ça, à vélo : Angèle Paty, ancienne étudiante du programme Europe-Amérique du Nord sur le campus de Reims, s’est lancé un défi de taille. Après une troisième année à l’université Saint Andrews malheureusement amputée à cause de la crise sanitaire, elle monte le projet SAORSA - “liberté” en gaélique écossais. L’étudiante décide de retourner en Écosse en ralliant les îles Shetland depuis sa ville natale de Montpellier, toute seule, à la force de ses jambes. Nous avons pu lui poser quelques questions avant son départ.

D’où est venue l’idée de ce projet ?

Angèle Paty : Cette année, j’étais en 3A à l’université de Saint Andrews, en Écosse. J’avais eu la chance de pouvoir partir et que mon échange soit maintenu, mais les restrictions étaient déjà sévères au premier semestre. En février, avec un nouveau confinement, je n’ai pas pu y retourner après les vacances de Noël. Malgré les difficultés liées aux restrictions sanitaires, j’avais eu de très bons moments au premier semestre, et j’ai décidé de retourner en Écosse quand ce serait possible ! 

Ce projet, SAORSA, c’est une quête de liberté pour en apprendre plus sur soi, sortir de sa zone de confort, mais aussi voyager avec le temps. Et le vélo est un moyen parfait pour ça. SAORSA signifie “liberté” en gaélique écossais : la liberté est vraiment au coeur du projet. Il y a aussi cette idée de résilience dans une période où tout nous paraît un peu flou, où il est difficile de se projeter dans l’avenir. C’est un moyen de me dire : “j’ai fait ce projet, je peux faire 2500 kms, 45 jours à vélo, juste à la force de mes jambes. Je n’ai besoin que de moi-même et d’un vélo pour arriver à faire ça”. Et c’est aussi passer ce message de résilience, cette idée d’aller au bout d’une idée et de s’en donner les moyens.

Une fois arrivée là-bas, j’ai l’objectif de faire un reportage photo sur la vie insulaire. Je voulais déjà allier la photographie, mon autre passion, à ce projet, et j’ai reçu une bourse de voyage d’une association qui s’appelle Zellidja. C’est une association qui soutient des projets de voyages de jeunes de 16 à 20 ans, qui partent un mois seuls avec un projet d’étude. J’ai donc ce reportage photo à faire, un petit carnet de bord, et un carnet de comptes à tenir pendant tout le voyage. L’idée, une fois là-bas, est vraiment d’aller à la rencontre des habitants, de voir comment ils vivent, leurs histoires personnelles, les savoirs-faire locaux, les paysages, les grands espaces, et de faire un beau reportage photo là-dessus. 

Pourquoi partir seule et à vélo ?

Angèle Paty : Ça fait à peine un an que je suis dans le vélo. Avant cette année, j’étais quand même très sportive, je faisais de la GRS en compétition jusqu’à ce que j’entre à Sciences Po, et à Sciences Po j’étais en équipe de volley. Quand j’ai découvert le vélo, l’année dernière, ça a tout de suite collé pour moi, je me suis vraiment régalée.

Quand j’étais en Écosse au premier semestre, je suis partie seule à vélo 3 jours dans les Highlands. Je me suis rendue compte que quand on est seule, on rencontre énormément de gens très facilement. Donc c’est un voyage seule mais pas forcément en solitude : je suis sûre que tous les jours je vais rencontrer une nouvelle personne, en dormant chez l’habitant, ou autour d’un café sur une place de village … Le fait de voyager seule nous ouvre plus vers les autres, vers la culture du pays dans lequel on est.

Ce projet est très personnel dans l’idée de fermer un peu la boucle de mon année Erasmus, et c’est pourquoi j’ai décidé de partir seule. Je le fais parce que j’ai vraiment envie de retourner en Écosse, de découvrir des endroits particuliers, et c’est un peu ma manière à moi de rebondir après cette période difficile. Je n’avais pas non plus d’amis ayant un peu l’habitude de rouler et qui avaient du temps pour préparer le projet. Parce que j’y ai passé énormément de temps ! Les cours en ligne ont beaucoup aidé pour ça, d’ailleurs !

Justement, comment avez-vous préparé ce projet ?

Angèle Paty en route pour le projet SAORSA

Angèle Paty : Je voulais trouver des financements pour ce voyage. J’ai donc cherché des sponsors. Avant ça, il y a eu la réflexion sur le nom, l’identité visuelle, comment présenter le projet, les mots-clés, etc. Et de là j’ai pu chercher des partenariats, des sponsors, contacter des marques, construire des dossiers de presse et de sponsoring, faire des demandes de négociations, de marketing, de la communication … J’ai fait un petit peu au feeling, j’ai essayé plusieurs choses, j’ai beaucoup appris sur le tas, en faisant. J’ai eu beaucoup de refus, beaucoup d’absences de réponses aussi - ça fait partie du jeu !

Au final, au moment de partir, j’ai plusieurs sponsors : une marque qui s’appelle Wilma, qui soutient le cyclisme chez les femmes - la fondatrice a été touchée par mon projet. Je vais aussi travailler avec un blog qui s’appelle Expérience Outdoor, tourné vers le voyage et les sports en nature. J’ai reçu des dotations matérielles de Sea to Summit, une marque qui fait du matériel de camping ultralight parfait pour le bikepacking, de Stoots qui fait des lampes frontales Made in France, une doudoune en duvet français offerte par Pirenex, et la marque Katadyn me prête une tente ultra-légère. J’avais à l’idée de trouver surtout des marques qui ont un engagement éco-responsable, en circuit court. Un cabinet d’avocat, Schwal & Associés, me finance aussi une partie du voyage, et le reste vient de mes économies personnelles ! C’est surtout en collaborant avec le blog Expérience Outdoor, qui est lu par 20 000 personnes chaque mois, que j’ai pu proposer quelque chose de plus intéressant à mes sponsors. Ça m’a apporté de la crédibilité.

Finalement, même en étant toute seule dans ce projet, j’ai fait de tout: de la logistique - organiser le voyage, commander tout le matériel - de la communication, des demandes de partenariat, de marketing ... J’ai un petit peu touché à tout et ça m’a vraiment plu. Je pense que ma formation à Sciences Po m’a aidé pour cela, elle m’a permis de monter tout ce projet toute seule, sans conseils ni soutien. Ma confiance en mes capacités à mener à bien ce projet, mes qualités rédactionnelles, savoir parler aux gens, comment présenter un projet, élaborer un dossier de sponsoring … Je pense que j’ai eu des facilités parce qu’à Sciences Po on nous demande tout le temps de faire des présentations. Et je pense qu'inconsciemment, ça m’a vraiment beaucoup aidée.

Comment envisagez-vous le futur après cette aventure ?

Angèle Paty : À la rentrée prochaine, j’entre en Master International Management and Sustainability, à l’École du Management et de l’Innovation. Malgré la crise sanitaire qui rend un peu difficile de se projeter, avoir fait ce projet m’a vraiment aiguillée dans ce que je voudrais faire plus tard. J’aimerais beaucoup notamment me diriger vers des petits projets où l’on touche un peu à tout, en format startup. Ou même toucher à l’entrepreneuriat, alors que je n’y avais jamais pensé avant. Je reste aussi intéressée par ce qui est management de l’entreprise. Monter ce projet m’a donné un peu un avant-goût de ce qu’est lancer une startup : réfléchir à l’identité visuelle, au public que je veux viser avec mon projet, qui je peux contacter, qui sera potentiellement intéressé de suivre voire financer le projet ... 

J’ai pu un peu toucher à tout, sur le terrain, à ma petite échelle. J’ai trouvé très impressionnant de voir déjà l’ampleur que peut prendre un tel projet, le travail que ça demande. Finalement, j’ai pris goût à faire un peu de communication, des demandes, à négocier. L’aspect préparation du projet est intense, mais elle m’a aussi beaucoup plu.

Si je devais donner des conseils à d’autres étudiants qui veulent se lancer dans une aventure, la première chose serait de croire en son projet. J’avais une telle motivation d’en aller au bout que rien ne m’a arrêtée. Parfois les inquiétudes des autres peuvent créer beaucoup de doutes, surtout quand on est une jeune femme qui voyage seule. Même dans une période un peu compliquée comme actuellement, il faut se dire que les choses vont s’améliorer. Je pense que cette quête de liberté dans les grands espaces, il faut la vivre au moins une fois. Et voyager seul n’est pas forcément un obstacle : ça ouvre plein d’autres portes, de nouvelles opportunités à saisir.

Angèle Paty est partie à vélo pour l’Écosse le 27 juin, et a déjà franchi plus de 1000 kilomètres. Ses sponsors sont Wilma.cc, Experience Outdoor, Sea to Summit distribué par Nic-Impex, Stoots Concept, Pyrenex, Katadyn France, Abus France et Cabinet d’avocat Schwal & Associés. Son voyage peut être suivi sur ses réseaux sociaux, notamment sur Instagram.

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Rediffusion : cet article a été initialement publié en avril 2015.

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