« Le campus s'inscrit dans notre vision du grand paris »

Adjoint à la mairie de Paris, chargé de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité, Jean-Louis Missika a suivi le projet du campus de l’Artillerie depuis ses prémisses. Il raconte comment la Ville de Paris s’est impliquée dans le dossier. L’enjeu ? Le déploiement, au cœur de l’espace urbain, d’un campus symbolisant le rôle prépondérant que les établissements universitaires sont appelés à jouer dans la métropole de demain.

Comment la Ville de Paris s’est-elle impliquée dans l’élaboration du projet de l’Artillerie ?

L’idée avait été lancée d’abord par Richard Descoings : il souhaitait rationaliser les implantations de l’école, concevoir un campus emblématique d’un établissement en pleine croissance. La Ville de Paris était quant à elle très intéressée par la notion de campus urbain. Nous voulions faire en sorte que Sciences Po puisse rivaliser avec des établissements comme la London School of Economics, dont l’ancrage londonien est tout à fait spectaculaire.

Le fait que la Défense quitte l’hôtel de l’Artillerie constituait une opportunité. Mais le dossier n’a pas toujours été facile à défendre. Au sommet de l’État, certains estimaient qu’une cession à Sciences Po ne permettrait pas de maximiser la valeur vénale du bâtiment. À l’inverse, d’autres défendaient le déploiement d’un établissement d’enseignement supérieur plutôt que celui d’un palace ou d’une résidence haut de gamme. Le rôle de la Ville a sans doute été décisif, puisqu’elle a apporté sa caution pour l’emprunt de Sciences Po.

Vous avez également participé à la sélection du projet architectural.

En effet, nous avons été aux côtés des équipes de Sciences Po dans l’organisation du concours d’architecture. Un processus qui, à de multiples égards, a été exemplaire : il a permis de définir un cahier des charges précis, animé par une vision très claire de la connexion entre le 13, rue de l’Université et le site de l’Artillerie.

Il fallait tenir ensemble plusieurs fils : le respect du patrimoine ; les spécificités d’un bâtiment universitaire, susceptible d’accueillir les innovations pédagogiques qui ne manqueront pas de se produire dans les décennies à venir ; l’ouverture sur la ville… Imaginer la conception d’un espace de 22 000 m2 dans un quartier aussi contraint que Saint-Germain-des-Prés n’est pas une mince affaire ! Mais dans le jury qui a sélectionné le projet final, et où la Ville de Paris était représentée, le projet Wilmotte –  Moreau Kusunoki –  Sasaki – Bortolussi a fait progressivement l’objet d’un consensus.

Quel rôle peut jouer le campus de l’Artillerie dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés ?

L’évolution de Saint-Germain-des-Prés est préoccupante. Le commerce de la mode devient hégémonique, le phénomène AirBnb et celui des résidences secondaires amènent des usagers qui ne sont là que de passage. Le campus de l’Artillerie a vocation à réanimer la vie culturelle d’un quartier dont l’héritage, en la matière, est prestigieux.

Certes, le Saint-Germain-des-Prés existentialiste est derrière nous et il n’est pas utile de céder à la nostalgie. Mais on peut rêver d’une atmosphère imprégnée d’émulation intellectuelle, de chaleur estudiantine : je pense une fois encore à la London School of Economics, dont la présence donne un cachet certain à tout un quartier.

Que peut-on dire, pour conclure, du statut de Sciences Po Paris dans le Grand Paris ?

La présence d’un tel campus s’inscrit totalement dans la vision que nous portons pour le Grand Paris. Nous aspirons à construire une ville dans laquelle les institutions de l’enseignement supérieur sont des marqueurs forts de l’urbanité : en ce sens, le chantier de l’Artillerie a le statut de flagship, de « navire amiral ». Nous espérons qu’il inspirera d’autres établissements. La concentration de talents et de connaissance sur un espace urbain restreint est créatrice de valeur : pour les chercheurs, ce sont autant d’opportunités de travailler ensemble. Pour les autres acteurs de la ville, c’est la possibilité de nourrir un dialogue en temps réel avec le monde de la recherche… À notre échelle, en tant que collectivité, nous sommes heureux de pouvoir proposer aux étudiants de l’École urbaine ou de l’École des affaires publiques des problématiques de recherche et des études de cas très concrètes.

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