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11 mars 2026

Transition vers la durabilité sociale : évolution de la gouvernance urbaine à Malmö (Suède)

Les étudiants de l’Executive Master Concevoir et déployer des projets urbains et territoriaux complexes ont participé à une Learning Expedition à Malmö, en Suède, accompagnés de leur directrice scientifique, Charlotte Halpern, et de la responsable du programme, Alexia Krief. Cette immersion a permis d’explorer les évolutions de la gouvernance urbaine et les stratégies développées par la ville pour concilier développement urbain durable, durabilité sociale et transition écologique.

Malmö, un modèle européen de développement urbain durable

La ville de Malmö a été confrontée, comme nombre d'autres grandes villes européennes (Bilbao, Porto, Greater Manchester, Cluj, Gdansk, Thessalonique, etc.), aux défis posés par la désindustrialisation. L’intégration de la Suède à l’Union européenne (1995) et l’ouverture du pont sur l'Oresund (2001) ont constitué de puissants leviers pour instaurer un mode distinct de gouvernance urbaine sous l’égide de la majorité social-démocrate et dans un cadre renouvelé de dialogue avec l’Etat. De nouvelles politiques d’attractivité urbaine ont été mises en place, contribuant à ce que Malmö soit reconnue, en Suède comme à l’international, comme une ville pionnière du développement urbain durable. De nouveaux quartiers ont été aménagés sur les friches portuaires, des partenariats ont été noués avec les agences nationales, les universités et les acteurs économiques, pour renforcer la part des énergies renouvelables, améliorer la gestion de l’eau et renforcer la qualité environnementale du parc de logements existants.

Trois décennies plus tard, l'essoufflement politique, économique et social de cette forme de gouvernance urbaine conduit à l’exploration de nouvelles approches, davantage inclusives, et à même d’articuler une double ambition, sociale et écologique. Quel bilan dresser des formes de développement qui ont dominé la gouvernance et les politiques urbaines des trente dernières années ? Comment renforcer la capacité de pilotage et de suivi, en termes de réduction des inégalités sociospatiales, d’emploi et d’attractivité économique, de qualité du bâti et de respect des objectifs climatiques ? Trois axes ont émergé des visites, rencontres et lectures.

Renforcer l’ancrage territorial des politiques publiques

Les efforts s’étaient concentrés par le passé à mettre en place la transversalité des politiques publiques, en termes de coordination intersectorielle. La transversalité se traduit en cadres stratégiques intégrés, qui organisent l’action municipale et articulent les enjeux en termes de logement, de mobilité, de durabilité sociale, de sécurité et d’éducation. En complément, la municipalité entreprend aujourd’hui de renforcer l’ancrage territorial des politiques publiques, au travers d’une refonte de son organisation, et tenir compte des besoins et des dynamiques propres à chaque district. En lien avec une variété d’acteurs, elle développe des dispositifs de proximité et de co-construction avec les habitants, visant à restaurer la confiance institutionnelle. Cette orientation se traduit par des interventions à faible seuil d’entrée et par l’hybridation entre expertise technique et maîtrise d’usage. L'attention accrue à l’ancrage territorial se traduit aussi par la mise en place d’indicateurs dédiés, pour mesurer les progrès accomplis au travers des objectifs sociaux, économiques et écologiques.

Peser sur le dialogue État-local

Les évolutions en cours à Malmö renvoient, plus largement, aux débats sur le « modèle suédois » et ses déclinaisons dans différentes politiques publiques (logement, immigration, développement économique, aménagement du territoire, planification écologique, etc.). Ce terme renvoie à des principes structurants — universalité des droits sociaux, orientation préventive de l’action publique et ambition égalitaire — mis en œuvre à travers des dispositifs différenciés selon les secteurs et les territoires. Il interroge les conditions dans lesquelles l’organisation territorialisée de l’État social parvient - ou non - à produire de l’égalité. Dans cette perspective, le rôle des municipalités est marqué par une forte subsidiarité d’exécution : l’État central définit les cadres normatifs et les objectifs, tandis que les collectivités disposent de compétences étendues, de capacités fiscales propres et d’une ingénierie administrative stabilisée. Le modèle est toutefois traversé par des tensions structurelles : complexification du pilotage multi-niveaux face à des enjeux transversaux (immigration, sécurité, urbanisme), pression immobilière accentuant les inégalités territoriales, recomposition des politiques d’accueil migratoire et contraintes croissantes de soutenabilité financière.

Les enjeux de la durabilité sociale

Dans ce contexte, la ville de Malmö marque la singularité de sa trajectoire au travers des objectifs de durabilité sociale. Ceux-ci constituent un axe structurant du projet urbain. Ce choix distingue Malmö d’autres trajectoires urbaines en Suède ou à Copenhague, davantage orientées vers l’attractivité économique et le rôle des acteurs privés. Cela se traduit par une politique de production de logements abordables, la requalification des espaces publics et la mobilisation d’outils intégrés associant rénovation urbaine, participation des habitants et qualité de vie. Cette orientation repose sur un fort volontarisme politique et la centralité des acteurs et de la régulation publics. Le rôle des associations, relais de proximité essentiels, est contraint par leur dépendance aux cadres et financements publics, tandis que la faible centralité du secteur privé interroge les conditions d’une innovation sociale durable.

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