Fariba Adelkhah, trois ans déjà...

Fariba Adelkhah, trois ans déjà...

Cette année encore, et pour la troisième fois, nous marquerons le triste anniversaire de l’arrestation de notre collègue du CERI
  • Portrait de Fariba AdelkhahPortrait de Fariba Adelkhah

Cette année encore, et pour la troisième fois, nous marquerons le triste anniversaire de l’arrestation de notre collègue du CERI Fariba Adelkhah, directrice de recherche à Sciences Po.

Le 5 juin 2019, Fariba a été arrêtée en Iran, en même temps que Roland Marchal, chercheur CNRS au CERI. Ce dernier a fini par être libéré le 20 mars 2020, au terme de longues tractations diplomatiques et de près de neuf mois et demi de détention. Malheureusement, Fariba demeure retenue contre son gré. Son sort s’est même aggravé en 2022, puisqu’elle a été réincarcérée à la prison d’Evin en janvier, alors qu’elle bénéficiait jusque-là d’une assignation à résidence, réincarcération effectuée sous le prétexte fallacieux d’un non-respect des modalités de son contrôle judiciaire.

La réalité, comme le souligne sans relâche le comité de soutien à Fariba, c’est que la condamnation à cinq ans de prison, l’emprisonnement, l’assignation à résidence et l’arrestation même de Fariba Adelkhah n’ont jamais eu le moindre fondement et demeurent autant d’actes iniques et illégitimes. Fariba est soumise depuis trois ans à un sort révoltant contre lequel la communauté universitaire à Sciences Po, mais aussi ailleurs, en France comme à l’étranger, continuera de se dresser farouchement.

Cet anniversaire intervient dans un contexte inquiétant, marqué depuis trois ans par l’aggravation des atteintes, non plus seulement à la liberté académique, mais plus largement à la liberté de pensée et de création tant au Moyen-Orient qu’en Inde, en Chine, en Russie, et jusqu’en Europe. Aussi, à l’hommage qui sera rendu à Fariba, le mardi 7 juin de 18h à 20h30 à l’Institut historique allemand de Paris seront associés les noms emblématiques d’Osman Kavala, emprisonné en Turquie depuis 2017, et de l’ONG russe Memorial, définitivement dissoute au début de cette année. Ces noms nous rappellent que des milliers d’artistes, d’intellectuels, d’enseignants, de chercheurs sont, de par le monde, victimes de plus en plus ouvertement de la répression politique.

Le sort de Fariba, aussi douloureux soit-il pour nous, a suscité à Sciences Po une ample réflexion sur la liberté de recherche, et plus largement la liberté académique. D’ordinaire, quand tout va bien, nous ne nous interrogeons, nous chercheurs, qu’accessoirement sur notre métier. Une crise majeure, comme la détention prolongée de notre collègue, met brutalement en lumière le fait que la liberté de mener des recherches que nous pouvions tenir légitimement comme acquise, ne l’est pas. Tous ceux d’entre nous qui travaillent sur des terrains difficiles, entre régimes autoritaires et situations de conflit, savent bien qu’il convient d’allier la prudence à la ruse, la souplesse à la détermination, pour mener à bien nos enquêtes et conduire nos entretiens. Mais une chose est de disposer de ce savoir abstraitement, une tout autre chose est d’éprouver, concrètement, la fragilité réelle de notre condition de chercheur sur certains terrains. La difficulté de la situation dans laquelle nous nous trouvons est réelle : il nous faut poursuivre notre travail d’élucidation du social, y compris sur des terrains compliqués, tout en sachant que nous pouvons nous retrouver injustement en posture d’accusés.

C’est dans ce contexte que sera organisé par Sciences Po du 14 au 16 septembre 2022 la « Semaine des libertés académiques ». Une série de tables rondes se tiendront, dans le cadre plus général de la célébration des 150 années de notre institution. Le CERI sera plus spécifiquement associé à cet événement via deux tables rondes, réunissant des témoins et des acteurs, qui porteront l’une sur les enjeux de la liberté académique en contexte autoritaire, l’autre sur l’action des ONG défendant la liberté scientifique. Cette semaine, placée tout entière sous le signe de la défense de la liberté académique, sera l’occasion de rappeler le sort injuste des universitaires persécutés ou emprisonnés, dont évidemment notre collègue et amie Fariba.

Plus que jamais nous réclamons haut et fort : liberté pour Fariba ! Liberté pour la recherche !

Alain Dieckhoff, Directeur du CERI

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