Voter soutien-gorge imprimé en 3D

Voter soutien-gorge imprimé en 3D

  • Claire Chabaud ©Sciences PoClaire Chabaud ©Sciences Po

Claire Chabaud, étudiante en Master Economics and Business à Sciences Po vient de remporter avec Anastasia Ruiz, étudiante en design de mode à ESMOD le premier prix du concours étudiant de Bpifrance “#PitchTonInno”. Grâce à la bourse FrenchTech de 30 000 euros qu’elles viennent de remporter, le projet de lingerie féminine sur-mesure imprimée en 3D de ces deux étudiantes va pouvoir voir le jour. Nous avons rencontré Claire Chabaud.

D’où vous est venue l’idée de ce projet d’impressions de lingerie en 3D ?

Cela fait longtemps que je veux travailler dans la lingerie. C’est en 2011, lors d’un voyage en Chine avec ma grand-mère à l’occasion de l’exposition universelle, que j’ai constaté qu’il y avait un problème dans ce domaine. Les chinoises sont des femmes très menues, avec des silhouettes très délicates. Pourtant, elles cherchent à mettre en valeur leur morphologie avec des marques occidentales qui ne correspondent pas à leurs mensurations. Par exemple, Etam vendait les mêmes modèles en Chine qu’en Europe sans adapter ses tailles. C’est là que je me suis dit qu’il fallait partir des besoins des femmes et pas de standards. Par la suite, lors d’un cours à Sciences Po intitulé Innovation and Disruptive Business le déclic s’est fait. Pour notre projet de fin de semestre nous devions choisir une industrie de prédilection et trouver comment innover. Rahaf Harfoush, notre professeur, nous disait que pour créer une rupture dans une industrie, il fallait observer l’industrie opposée. Quoi de plus opposé à la lingerie que l’industrie de la guerre et de l’armement ? Il se trouve que c'était l’époque où les premières armes en 3D étaient créées. Cette technologie permettait de fabriquer des pièces uniques et de qualité : c’était ce que je cherchais pour mon projet. Alors, plutôt que d’imprimer des armes, je me suis dis, “pourquoi ne pas imprimer des sous-vêtements adaptés au corps des femmes ?”

En quoi votre formation à Sciences Po vous a-t-elle aidée (ou pas) à démarrer cette aventure entrepreneuriale ?

Le cours de Rahaf Harfoush m’a permis de stimuler ma créativité et d’être plus ouverte d’esprit pour trouver de nouvelles solutions. Mais après avoir trouvé l’idée, j’ai du me rendre à l’évidence : l’impression 3D était une technologie compliquée qu’il fallait que je comprenne mieux. J’ai donc suivi un cours proposé par le Bureau des Arts de Sciences Po qui s’appelait “impression 3D”. Avec l’enseignant, Jean Colladon. Lors de ce cours nous utilisions des imprimantes FDM [Fused deposition modeling, une méthode d’impression 3D fonctionnant par dépôt de fils] et on créait des fichiers sur le logiciel Sketch Up. À la fin de ce semestre, je cherchais des stages pour mon années de césure : j’avais reçu plusieurs offres pour travailler dans des groupes de luxe en marketing, mais au dernier moment, j’ai vu une offre de Sculpteo, l’un des trois principaux services d’impression 3D leaders dans le monde. Jean Colladon m’a aidée à déposer ma candidature et j’ai commencé à travailler en tant qu’assistante marketing. Cela m’a permis d’apprendre la technologie 3D, et quelques mois après on m’a confié la création d’une collection de vêtements imprimés en 3D, la collection Virus.

Ce projet de lingerie 3D est le fruit d’une collaboration avec une étudiante en design de mode, comment en êtes-vous venues à associer vos compétences respectives ? En quoi êtes-vous complémentaires ?

Chez Sculpteo, j’étais chef de projet pour créer cette collection de vêtements imprimés en 3D : nous avionsla technologie avec les imprimantes et les ingénieurs mais il nous manquait le côté artistique. Je suis donc allée rencontrer l’équipe pédagogique de ESMOD, l’une des meilleures écoles de mode de Paris pour proposer un concours pour sélectionner un étudiant. Le principe était simple : l’étudiant designait la collection et on la lui offrait. C’est Anastasia Ruiz qui a remporté le concours haut la main. Elle a conçu une collection nommée “Virus”, une métaphore du monde qui évolue et de la technologie qui se développe sans cesse. C’est l’histoire de notre rencontre. Aujourd’hui, Anastasia est la styliste d’Endeer et je m’occupe de la partie business.

On a du mal à s’imaginer ce que ça donne de porter un soutien-gorge imprimé en 3D. C’est une matière agréable ?

Lorsqu’on commence à travailler dans l'industrie de l’impression 3D, on passe par une phase de désillusion en réalisant que l’on ne peut pas tout imprimer, qu’il existe des limites. Mais cette déception m’a permis de ne plus percevoir l’impression 3D comme une fin mais plutôt comme un moyen. On prototype nos soutiens-gorge en scannant les mensurations de la poitrine, puis à partir de ce scan 3D on créé une structure sur mesure, sur laquelle on ajoutera le tissu. Aujourd’hui nous sommes en phase de prototypage avec Samuel Bernier, un designer 3D ingénieux et Mathilde Alloin, une modéliste créative. Pour l’avenir, nous avons d’autres pistes : en remportant le concours du CETI (Centre Européen des Textiles Innovants) lors de Vivatech, nous avons gagné six mois de Recherche & Développement avec leurs équipes pour créer de la dentelle imprimée en 3D. Cela pourrait nous permettre un jour de créer des soutiens-gorge 100% 3D !

Concevez-vous le soutien gorge comme un objet uniquement pratique ou doit-il être “attirant” ?

C’est une très bonne question. En fait, j’ai remarqué quelque chose de plutôt amusant : lorsqu’on demande à une femme ce qui lui importe concernant son soutien-gorge, on lui demande souvent de choisir entre un sous-vêtement confortable, sexy ou pratique. Je pense qu’une femme ne devrait pas avoir à choisir entre ces trois aspects. Le projet Endeer vise vraiment essayer de développer un produit qui réunira ces trois choses. Actuellement, le prototypage se concentre sur l’aspect pratique du soutien-gorge, ensuite on souhaite créer un vêtement confortable, et je fais confiance à Anastasia pour peaufiner l’aspect esthétique.

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