Interview avec Philipppe-Alexandre Bernatchez: un québécois dans le monde du vin

Interview avec Philipppe-Alexandre Bernatchez: un québécois dans le monde du vin

Archives de l'École de la communication

La Rédac a rencontré Philippe-Alexandre Bernatchez, un des enseignants du cours de la deuxième année de l'Ecole de communication "From French terroir wines to internation brands: understanding the culture of a fermenting industry".

Bonjour Philippe-Alexandre. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter rapidement?

Je m’appelle Philippe-Alexandre Bernatchez, actuellement j'occupe le poste du Responsable marketing et communication de la maison Champagne Ayala, basée dans un petit village qui s’appelle Aÿ, et je m’occupe de tout ce qui touche au marketing, à la communication et à l'évènementiel pour cette maison qui a plus de 150 ans d’histoire.

Quel est votre parcours ?

J’ai un parcours qui a commencé de l’autre côté de l’océan, puisque je suis Québécois à la base. J’ai fait mes études à Montréal, avec une spécialité en sciences humaines et en politique (relations internationales). Après un an d’échange en Espagne en troisième année de licence, j’avais envie de rajouter un côté business à mon profil tout en restant dans un cadre de réflexion de sciences politiques. C'est ainsi que je me suis retrouvé à postuler pour le Master marketing à Sciences Po Paris : c’était l’occasion de rester dans un univers autour de la science politique tout en me spécailisant dans un autre domaine, plus orienté vers le monde de l’entreprise.

Depuis quand travaillez-vous pour la maison Ayala?

Le poste que j'occupe actuellement est en fait mon troisième. J’ai commencé par un stage de fin d’études dans une petite agence de conseil en marketing et en communication, spécialisée dans le secteur des vins et spiritueux, et j’y ai travaillé pendant trois ans au total: c’était mon premier poste en CDI à la sortie de l’Ecole. Ensuite j’ai travaillé pour un importateur et un distributeur de spiritueux, aussi à Paris, où j’avais un poste plutôt de communication institutionnelle et d’évènementiel. J’étais très heureux dans ce poste, mais un jour mon téléphone a sonné et mon patron actuel, que je connaissais de projets antérieurs, m’a proposé un poste en Champagne, et comme j’avais envie d’avoir de l’expérience dans le monde de la production pour un domaine producteur de vin, c’était l’occasion de rajouter une corde à mon arc.

Vous avez donc un attrait particulier pour ce monde ?

Absolument ! C’est une vraie passion personnelle. Aujourd’hui le marketing est pour moi un prétexte pour travailler dans le monde du vin, de la gastronomie, des spiritueux, des voyages, de l’hôtellerie… Ce sont des univers qui me parlent beaucoup. Si j’avais pas autant de plaisir, je ne pense pas que je serais aussi bon dans mon métier.

Existe-t-il des aprioris sur ce secteur ?

Le monde du vin, comme vous le savez, est une industrie qui est assez puissante en France et on boit du vin partout dans le monde. Donc je pense qu’il y a beaucoup de réponses différentes à cette question, en fonction du pays et du marché où on exerce ce métier.

À mon avis, en France, beaucoup de gens croient que c’est un monde qui n'est pas fait pour eux. Je pense que c'est lié au fait que c'est un monde qui peut être un peu intimidant, notamment à cause des experts du milieu qui posent parfois des barrières à l’entrée en termes de communication qui ne sont pas forcément faciles à transgresser. Personnellement, je pense que c’est un monde ouvert à tous ceux qui sont passionnés. Je considère que j’ai énormément de chance de pouvoir travailler dans un secteur où les gens qui exercent leur métier sont passionnés par leur sujet. 

Pouvez-vous présenter rapidement le cours "From French terroir wines to internation brands: understanding the culture of a fermenting industry"?

Nous avons monté ce cours avec Sébastien Burel il y a quatre ans. On aime le décrire comme étant construit autour de la culture du vin, en France et dans le monde. C’est un cours qui est assez large, puisqu’en douze séances on va aborder des sujets aussi divers que la géographie du vin, l’histoire sociale et culturelle du vin, mais aussi le bio et le développement durable dans le monde du vin, la notion de marque dans le monde du vin, le vin et la santé, etc. C’est un sujet très-très vaste qu’on essaye d’aborder sous des angles différents, l’objectif étant de faire comprendre aux étudiants la diversité de ce monde, de les faire rencontrer des intervenants qui sont eux aussi des professionnels, ainsi que de faire sortir les étudiants du cadre de Sciences Po, puisqu’on va les emmener 2-3 fois par semestre visiter un caviste, un sommelier dans un grand restaurant, par exemple.

Comment est né le cours ?

Je ne vous cacherai pas que ce cours est né après quelques bonne bouteilles partagées avec Sébastien. On faisait tous les deux partie du club de dégustation de Sciences Po « In Vino Veritas », et un soir on s’est dit qu’il faut absolument qu’on créé un cours sur la culture du vin à Sciences Po. J’étais encore étudiant, puisque la première rentrée qu’on a faite, c’était en septembre 2011, et que j’ai terminé les cours en juin 2009. 

Quels conseils pourriez-vous donner aux étudiants de Sciences Po qui voudraient travailler dans le monde du vin?

C’est un monde où il faut être passionné. Ce qui ne veut pas dire avoir une connaissance encyclopédique du vin ! En revanche, ça veut dire avoir une passion pour le sujet et avoir envie d’apprendre. Ce qui est merveilleux avec le monde du vin, c’est que c’est un monde où l’apprentissage ne s’arrête jamais: on en apprend tous les jours et c’est la nature même du sujet. Il ne faut donc pas avoir peur de cette absence de connaissance qu’on peut avoir quand on est jeune. C’est un monde aussi dans lequel il ne faut pas avoir peur de voyager, le vin est produit un peu partout dans le monde et est surtout consommé partout dans le monde, ça peut amener à faire des voyages intéressants. Et il en faut pas avoir peur de se lancer ! Vous trouverez toujours des passionnés dans le monde du vin qui auront envie de partager leur passion avec vous.

Et pour finir, une question que vous devez souvent entendre: comment est né la passion pour le vin chez un Québécois que vous êtes?

Je ne suis pas le seul en France ! Et cela, sous tous les aspects : en terme de vinification il y en a plusieurs qui sont célèbres, notamment en Bourgogne, je pense à des gens comme Patrick Puize à Chably, Pascal Marchand qui est un petit peu partout en Bourgogne, dans la partie service aussi il y a beaucoup de grands sommeliers parisiens qui sont des Québecois : la sommelière du Frenchie qui est un très beau restaurant, le garcon qui est sommelier en chef de Ô Château, la personne qui gère tous les achats de vin de Sergent recruteur, projet de la Jeune rue, est une canadienne anglaise mais qui a habité pendant 25 ans à Montréal et qui se revendique un peu Québécoise… Le Québec est un beau pays de consommation de vin et donc il y en a certains qui ont choisi de suivre leur passion jusqu’en France !

Pour s'initier à la dégustation du vin, Philippe-Alexandre Bernatchez recommande:

  • Champagne Ayala, bon rapport prix/plaisir
  • Ô Château (68 rue Jean-Jacques Rousseau, 75001)
  • Le Garde Robe (41 rue de l’Arbre Secm 75001)
  • Epure (66 rue Mazarine, 75006)
  • La Compagnie des Vins Surnaturels (7 rue Lobineau, 75006)

Nathalia Mikhalkov-Konchalovsky

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