Focus : Tsukasa, une certaine idée du zine

Focus : Tsukasa, une certaine idée du zine

Archives de l'École de la communication

Tsukasa ©Théo Depoix-Tuikalepa

Tsukasa est d’origine japonaise, mais a grandi à Bruxelles. Il étudiait précédemment au University College de Londres dans un cursus d’ingénierie-chimie pour lequel il ne se passionnait pas véritablement. Il a donc postulé à SciencesPo car il était alors fan de publicité et de planning stratégique. Après une année de mise à niveau en photo et graphisme, le voici étudiant en première année de Master Communication.

Il nous présente son projet Us Blah + Me Blah, un zine mettant en avant les histoires de personnes passionnées tout en établissant un pont culturel entre le Japon et l’Occident.

Peux-tu nous présenter ton projet ?

Us Blah + Me Blah faisait partie de mon plus gros projet durant mon année de mise à niveau en graphisme et photo. C’est un zine qui a pour but de mettre en place une collection d’interviews de personnes que je connais. Dans mon cercle d’amis à Londres, je me rendais compte que j’étais influencé par les gens qui étaient autour de moi : je les trouvais brillants et me sentais même un peu insecure par rapport à eux. Je me suis dis qu’il serait intéressant de faire un zine sur ces amis qui m’inspiraient afin de leur donner plus d’influence. Je travaillais à l’époque dans une petite maison d’édition qui était passionnée par les reliures et la qualité du papier ; j’ai donc décidé de tout faire moi-même, même si j’avais beaucoup de lacunes.

Je suis par ailleurs entrain de développer un site pour Us Blah + Me Blah avec un designer qui s’appelle Paul Gacon.

Le zine se publie à quelle fréquence ?

J’en ai publié 23 et je les ai tous vendus. Il y existe une véritable petite communauté autour du zine. J’ai utilisé une pratique particulière qui s’appelle le Risograph printing et qui est basée sur une machine développée par une entreprise japonaise il y a 30 ans. L’encre utilisée est à base de soja et le résultat ressemble beaucoup à du printmaking, mais cela reste beaucoup moins cher évidemment. L’impression est très rapide ; c’est digital donc très pratique. C’est un type d’impression assez à la mode depuis 5 ans : à Londres, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis notamment. A Paris, il existe d’ailleurs un petit studio nommé Riso Presto qui a commencé à en faire. C’est ainsi que des bookshops à Tokyo, Londres, Glasgow et New York ont acheté mon zine.

Pourquoi avoir choisi cette méthode ?

Je travaillais à l’époque pour Hato Press, une maison d’édition spécialisée dans ce type d’impression, donc j’ai été influencé. C’est une technique très intéressante car elle utilise des couleurs très vives. J’aime beaucoup les couleurs primaires. C’est un medium qui me plaît.

A quels moments tu t’es dis que tu pouvais jouer un rôle de curator des projets de tes proches ?

C’est une question très intéressante. En fait, je pense qu’il y a 2 raisons : je suis une personne qui a du mal à rationaliser les choses, je fonctionne beaucoup avec les émotions ; en plus de ça, l’idée partait également d’une envie d’être avec mes amis, de partager le fait que j’étais entouré de personnes qui, pour moi, étaient très inspirantes.

Plus récemment, et même si je pense toujours me destiner à travailler du côté créatif au travers de la musique ou du graphisme, j’ai pris conscience des limitations de ces professions et du temps que cela peut prendre. Les gens laissent à penser que c’est facile mais ce n’est pas du tout le cas.

A quels projets t’intéresses-tu en particulier ?

Bien qu’il y ait un gros focus sur le graphisme et la musique, j’essaye quand même de faire l’effort de ne pas fermer les barrières. Je sais qu’une communauté implique forcément de fermer des portes, mais je tente de les ouvrir le plus possible.

Je travaille aussi en tant que coordinateur sur un documentaire de musique avec Sing J. Lee, un réalisateur basé à Londres. Je n’ai aucun background en film, mais j’ai eu l’opportunité de m’impliquer dans ce projet car je connais beaucoup de personnes au sein de la scène musicale électro. C’est une communauté très active en ligne. Les deux projets ne sont pas forcément liés à la base, mais le fait que j’ai pu en parler dans le zine a surement eu un impact pour qu’on m’introduise à ce réalisateur.

De quelle manière peux-tu tirer des passerelles entre ta formation de communication et ton projet ?

Le Master Communication n'est pas en direct lien avec mes projets personnels, mais ce que nous apprenons m'a poussé à être plus conscient avec le positionning, et le contenu que je peux partager à travers Us Blah + Me Blah.
Par exemple, lorsque j'ai commencé le zine, j'ai lancé des comptes Instagram, Twitter et Facebook associés à celui-ci. Aujourd’hui, je souhaite restructurer la communication social média : je ne pense pas que ce soit nécessaire d'être présent sur toutes les plateformes, surtout si le contenu n'est pas pertinent et n'est pas bien géré.

Quelles sont les ambitions pour le zine ?

Le zine est un peu en pause en ce moment car je veux me concentrer sur son développement digital. Plus je faisais du print, plus je me disais que c’était stupide d’en faire car les personnes ne pouvaient pas le partager sur Internet. Je mettais plein de liens URL sur le zine, ça n’avait pas de sens. C’est donc là-dessus que je me concentre en ce moment et c’est un travail qui prend du temps ; avec Paul, on veut bien faire. Idéalement, dans 1 an ou 2 peut-être, ce serait intéressant de refaire une version print ; mais ce n’est pas une obligation.

Avec ce projet qu’est-ce que tu as pu apprendre sur toi-même ?

Le projet en lui-même était en fait un travail sur moi. Je n’avais jamais vraiment créé quelque chose de tangible : mon côté perfectionniste implique que j’ai tendance à beaucoup réfléchir avant d’exécuter quelque chose, ce qui amenait finalement à ne rien faire.

Ce zine, j’en suis fier car j’ai réussi à exécuter un projet. Certes, ce ne sont que 23 exemplaires, mais le fait que des bookshops dans 4 pays différents s’y soient intéressés, c’est très excitant. Je sais qu’il y a des fautes, mais je les assume. J’ai eu une première demande d’autographe quand j’étais à New York. La personne avait mon zine, et c’est là que je me suis rendu compte de la puissance d’Internet, de la puissance d’une communauté. Même si c’est un truc minuscule et que je ne le mérite pas tant que ça, c’était un des moment où j’ai été le plus heureux dans ma vie !

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La série Focus a pour but de mettre en avant les étudiants qui font l'École de Communication de SciencesPo. Impliqués dans divers projets associatifs ou entrepreneuriaux à SciencesPo ou ailleurs, ils en présentent les objectifs et ce qu’ils ont pu en apprendre.

Texte : Baptiste Goursaud
Photo/Relecture : Théo Depoix-Tuikalepa

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