Focus : Théo, à la croisée des mondes

Focus : Théo, à la croisée des mondes

Archives de l'École de la communication

©Margot Holvoet

Théo est étudiant en Master 1 Communication à l'École de la Communication de SciencesPo. Après un passage au Collège Universitaire, il s’est rendu en Inde dans le cadre de sa 3ème année. Photographe touche-à-tout, il est aujourd’hui le responsable communication de CrossWorlds, un projet né il y a 3 ans. Il y a débuté comme rédacteur à Bombay avant de rejoindre l’équipe éditoriale lors de son retour à Paris.

CrossWorlds a pour but de jeter un regard nouveau et pluriel sur un objet du quotidien dans les différents pays où la vingtaine de correspondants est aujourd’hui présente. Un nouveau thème est lancé tous les 15 jours environ, les formats laissant à chacun la possibilité de s’épanouir.

Est-ce que tu peux me parler de ton projet ?

CrossWorlds est un projet né il y a 3 ans à l’initiative de Clara Wright avant son départ en 3A au Canada. L’idée lui est venue à bord d’un taxi : elle s’est demandé comment ce serait une fois là-bas, comment on prenait un taxi à Vancouver, mais aussi à Beyrouth, Hong Kong, Rio… Après avoir réfléchi à l’éditorialisation de son idée, elle a formé une équipe de 9 correspondants sur le départ. CrossWorlds était né. Un objet, 9 pays, 9 regards : la volonté était de parler d’objets du quotidien à travers le prisme du pays d’accueil des correspondants, proposant ainsi au lecteur de se saisir d’un territoire-monde, qui peut parfois sembler vertigineux, par le biais de ce qui semble être acquis, ordinaire, quelconque ; en somme : redonner à voir le banal en le racontant en objets, parce que leurs usages et les réalités qu’ils véhiculent sont autant de miroirs de nos sociétés.

Pour ce faire, le site publie un Regard Croisé toutes les deux semaines environ et a ainsi pu proposer un éventail de visions sur le taxi, la bière, la jupe, la cigarette, le chat, les toits… Cela peut se présenter sous le forme d’articles, de reportages, d’interviews, de photos, dessins, vidéos… Il y a aussi des rubriques “Actus”, “Photos” et “CrossReader” qui permettent à des contributeurs extérieurs de publier chez nous. L’équipe se renouvelle chaque année. Cette année elle compte 18 paires d’yeux. J’étais correspondant à Bombay et en rentrant à Paris l’année dernière, j’ai décidé de poursuivre mon implication dans ce projet jeune et original.

Qu’est-ce qui t’as donné envie de devenir correspondant ?

Une amie faisait partie de la première équipe et m’a donné envie de prendre la relève. J’ai tout de suite été intéressé parce que je trouvais l’idée cool et innovante. Aussi, j’aimais le fait de pouvoir partager un peu de ma 3A par ce biais ; je fais de la photo et c’était pour moi l’opportunité d’avoir une plateforme d’expression à ce niveau-là. J’aime également l’écriture, mais ce n’est pas quelque chose que je fais spontanément. Du coup, c’était aussi l’occasion de pouvoir concilier les deux, d’avoir un cadre, une sorte de responsabilité qui me pousse à faire des choses et me sorte un peu de ma zone de confort. Je suis par exemple allé dans une école primaire catholique pour filles pour un article. J’y ai interviewé les maîtresses, observé les élèves. Pour un autre Regard, je me suis rendu dans la plus grande décharge du pays pour enquêter sur le traitement des déchets et interroger les habitants du quartier. Ce ne sont pas des choses que j’aurais fait de moi-même et c’était donc très enrichissant.

Qu’est-ce que tu as pu apprendre sur les sujets sur lesquels tu as travaillé ?

En dehors des photos et des actualités, j’ai travaillé sur 3 Regards Croisés. Le premier concernait la cigarette et j’ai décidé d’écrire un pastiche de Baudelaire sur la bidî, “la Cibiche du pauvre”. Ensuite j’ai choisi de travailler sur l’enfant ; c’est à ce moment-là que je suis allé dans l’école primaire. Une amie y donnait des cours de chant et j’ai profité de cette porte d’entrée pour m’infiltrer dans les rangs d’écolières. C’est une école catholique pour filles où ne travaillent que des femmes ; j’ai dû démarcher la nonne supérieure pour avoir l’autorisation d’y aller et de filmer, plusieurs après-midis, lâché au milieu des enfants. C’était assez déroutant, les petites filles m’entouraient, elles étaient très agitées. A travers les élèves, c’est aussi la question de la femme que j’abordais. L’idée de départ était d’envoyer un message positif en montrant qu’au-delà des réalités parfois sinistres qui font l’actualité, il y a quand même un espoir, des espaces où l’on s’attache à éduquer les femmes de demain. Mais en discutant avec les enseignantes, j’étais parfois déstabilisé de la manière dont on abordait les sujets. Par exemple, elles me disaient qu’aujourd’hui la femme indienne était libérée, qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait- ce qui n’est pas tout à fait exact - et que selon elles, une des preuves de cette émancipation était l’existence d’un wagon exclusivement réservé aux femmes dans les trains. La confrontation était intéressante.

Pour mon troisième Regard qui concernait la poubelle, je me suis rendu dans le plus grand et plus vieux dépotoir d’Inde. C’était une expérience assez intense, j’ai dû traverser toute la ville en rickshaw, puis sauter des caniveaux, escalader des murs. Sur place, au milieu des déchets, des enfants jouaient au cricket, personne ne parlait anglais. A un moment, la police m’a demandé de faire demi-tour. J’ai découvert un peu plus tard des histoires assez particulières grâce à une personne qui a grandi dans le quartier et qui m’a parlé d’un quotidien fait de drogues, d’hôpitaux qui viennent déposer des cadavres, de meutes de chiens qui s’en nourrissaient et devenaient agressifs… Tout ce travail de terrain était intéressant, surtout que c’est une zone et un sujet auxquels les médias locaux s’intéressent peu.

Comment as-tu pu allier ta passion de la photo avec ces regards ?

Pour “la Cibiche du pauvre”, j’ai fait assez attention à la mise en page en créant quelque chose d’assez proche de ce que pourrait être une maquette de recueil. J’ai toujours essayé de travailler sur la forme en général, parce que j’y suis beaucoup attaché. Pour le Regard sur l’enfant, j’ai réalisé une courte vidéo, en plus de mon article. Enfin, pour le troisième, je me suis concentré sur la photo avec une vraie série en mode long form, en noir et blanc. L’une d’elle a d’ailleurs été reprise par Libération pour un article qu’ils nous consacraient. C’est toujours valorisant de voir son travail récompensé d’une manière ou d’une autre, mais ce n’est pas ce qui doit mener la création.

Est-ce que tu peux nous parler de ton rôle de Responsable Communication ?

Je participais déjà un peu à la communication quand j’étais correspondant. Au début, Clara était seule à gérer l’équipe, mais on s’est globalement tous impliqué, pour la relecture notamment. Cette année, c’est vraiment la première fois qu’il y a un véritable bureau, basé à Paris. On est une dizaine à chapeauter l’ensemble des correspondants et gérer les différents pôles. Je fais donc partie de ce bureau et gère la communication : je fais du community management, m’occupe des publications sur les réseaux sociaux, fais un peu de graphisme et rédige la newsletter. On essaye également de développer les partenariats. Je suis par exemple en relation avec le Journal des Grandes Ecoles dans le cadre d’un concours qu’on co-organise. Récemment, j’ai aussi pu réaliser les maquettes des photos et des articles qui seront exposé le 15 et 16 avril au Perchoir. L’équipe est relativement petite, du coup il y a un peu cet esprit start-up qui permet à chacun de toucher à tout.

Qu’est-ce que tu as appris sur tes capacités, sur toi ?

Quand un article est écrit, j’en suis généralement content mais il est vrai que je suis un peu perfectionniste et ça me prend donc pas mal de temps. Je m’attarde beaucoup sur des petits détails, je vais jusqu’à me lire les articles à voix haute pour voir s’ils sonnent bien. Je sais donc qu’il me faut du temps pour pouvoir rendre un travail dont je sois entièrement satisfait. Mais au final c’est gratifiant, j’aime la sensation de rendre un projet, une production dans laquelle je me suis réellement impliqué. La création me stimule.

Quelle est l’ambition du projet ?

Comme je l’ai évoqué précédemment, l’idée est de développer les partenariats ; mais l’objectif principal, au-delà du simple fait de continuer à exister et produire du contenu de qualité, c’est bien sûr de gagner en visibilité, et pourquoi ne pas devenir une vraie publication, qui embauche. Je trouve le projet vraiment intéressant et on a eu pas mal de retours positifs de “confrères” : Libé, Rue89, Causette, TV5 Monde... Le concept de parler d’un même objet et de ses usages, significations et réalités dans différents pays du monde en fait quelque chose d’original je pense, qui nous différencie d’autres initiatives en la matière. Tout s’articule vraiment autour de ces Regards Croisés ; les objets du quotidien sont bien plus bavards qu’ils n’y paraissent et sont les révélateurs puissants d’une culture, d’une société.

Exposition Les toits du monde :

  • Au bar Le Perchoir, 14 rue Crespin du Gast, 75011
    • Le 15 avril 2016 de 16h à 2h
    • Le 16 avril 2016 de 14h à 2h

La série Focus a pour but de mettre en avant les étudiants qui font l'École de Communication de SciencesPo. Impliqués dans divers projets associatifs ou entrepreneuriaux à SciencesPo ou ailleurs, ils en présentent les objectifs et ce qu’ils ont pu en apprendre.

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