Focus : Margaux, l'affamée

Focus : Margaux, l'affamée

Archives de l'École de la communication

Margaux ©Théo Depoix-Tuikalepa

Margaux est en Master 1 Communication à Sciences Po. Pendant son temps libre, elle est aussi chanteuse semi-professionnelle. En parallèle de sa participation à la comédie musicale Sweeney Todd ce semestre, elle a décidé de mettre en scène un spectacle en hommage aux grandes artistes femmes et militantes qui ont marqué leur époque par leur engagement et leur liberté de ton. Intitulée “Les Affamées”, cette performance multiforme se jouera dans l’amphithéâtre Boutmy le 28 avril.

Peux-tu nous parler de ton projet ?

Cette année, j’ai décidé de monter un spectacle en hommage au talent et à l’engagement social et politique de femmes artistes et/ou militantes. Il y a beaucoup d’artistes dont on parle peu alors qu’elles ont fait des choses passionnantes. De ce constat est né le projet:un spectacle à la fois musical, théâtral et chorégraphique qui met en scène des figures féminines connues, comme Nina Simone ou Aretha Franklin, et d’autres beaucoup moins, comme par exemple la chanteuse Zaza Fournier qui parle d’identités féminines trans.

On y retrouve notamment des textes (mis en musique) de poétesses arabes, ou un autre de Rigoberta Menchú, prix Nobel de la Paix 1992 et militante contre la dictature guatémaltèque. Ces poétesses sont complètement invisibilisées : en épluchant des anthologies poétiques, je ne trouvais pas plus de 5 femmes pour 100 poètes. Ça donne l’impression que les femmes n’ont rien produit en littérature, alors que c’est faux; elles ne sont juste pas mises en avant. Il était donc important pour moi de mettre leur parole en lumière, d’avoir, pour une fois, non pas des hommes qui parlent des femmes mais des femmes qui parlent d’elles-mêmes.

Il y a également toute une partie autour de la danse, le corps étant lui aussi politique voire poétique. L’idée était notamment de montrer des femmes danser sur des rythmes auxquels on ne les associe pas forcément, comme par exemple la capoeira; mais il y a aussi des séquences de danse plus “classiquement féminines”, je pense surtout à la séquence de danse orientale, qui est assez originale cela dit puisqu’elle donne aussi lieu à un duo de claquettes.

Quel est le nom du spectacle ?

Les Affamées. L’histoire derrière le titre est assez simple : dans le mot “affamées”, il y a “femme”, mais aussi cette idée de “faim”. Des femmes qui ont faim d’expression politique, d’égalité et de dignité. Maintenant que plusieurs réfugié.es ont rejoint le spectacle, ça prend une dimension d’autant plus grande : faim d’expression, ou faim tout court d’ailleurs.

Combien de personnes prennent part au projet ?

Le projet a énormément grandi : 60 artistes participent à ce spectacle, pas seulement de Sciences Po. Le but était non seulement de mettre en valeur la parole politique et militante des femmes mais aussi de sortir de cet “entre-soi sciencespiste” et de faire travailler ensemble des personnes qui n’auraient pas vraiment eu de raison de se côtoyer par ailleurs. Il y a bien sûr des artistes de Sciences Po, mais aussi d’Alfortville, de Créteil ; des réfugié.es se sont également joints au spectacle. Il nous paraissait important de leur donner une plateforme pour s’exprimer en tant qu’artistes… en tant qu’êtres humains, tout simplement. On travaille par ailleurs avec des associations de Sciences Po (Souls, la Batuka, Kiron, Sciences Po Refugee Help) et le BDA m’aide énormément à superviser l’organisation. Je voulais vraiment que ce spectacle ne soit pas centré sur la femme française ou la femme blanche, mais présente des visages de femmes les plus divers possibles. Une diversité qui se traduit également en musique, puisqu’on passe du jazz à la prière en sanskrit, de la musique arabo-andalouse ou latino-américaine au reggae hip hop. On voulait aussi exprimer toute cette richesse en musique.

Qu’est-ce qui t’a poussée à monter ce spectacle à Sciences Po ?

La thématique me tenait à cœur et c’est un sujet qui résonne à Sciences Po; en plus c’est l’année où l’école s’est engagée dans le projet HeForShe. Frédéric Mion soutient d’ailleurs le spectacle et sera là le 28 avril. Je pense que c’est un message qui a le potentiel d’être entendu et que beaucoup de personnes veulent entendre. A travers l’art, on peut faire passer des convictions de façon peut-être un peu moins “lourde”.

C’est un spectacle qui est uniquement féminin ?

Non, et c’est d’ailleurs très important de le souligner : ce n’est pas parce que le spectacle est à propos des femmes que seules des femmes doivent y participer. C’est important que des hommes prennent aussi part au projet et s’engagent dans ce genre de causes pour rendre le travail artistique des femmes plus visible. Il y a à peu près le même nombre de femmes que d’hommes parmi les artistes. On veut vraiment favoriser la mixité, ce n’est pas du tout un spectacle sur les femmes, pour les femmes, fait par des femmes. Le but est de toucher le plus de gens possible et d’intégrer les hommes à notre message. Plusieurs artistes hommes ont d’ailleurs participé parce qu’ils étaient intéressés par la dimension féministe. C’est bien aussi de montrer que oui, il y a des hommes féministes, et tant mieux !

Qu’est-ce que tu as pu apprendre sur toi en montant ce projet ?

Franchement c’est stressant et fatiguant de gérer un projet d’une telle ampleur, mais aussi hyper enthousiasmant et excitant car ça demande beaucoup d’énergie et d’organisation. J’ai initié le projet et j’en suis co-coordinatrice mais il y a heureusement des professionnels qui nous aident énormément, parmi lesquels Georges Boukoff dont l’expérience nous est bien utile.

Ces derniers mois j’ai eu l’impression de faire beaucoup de Ressources Humaines : il faut gérer les artistes, les envies de chacun, les doutes aussi, rassurer les gens, les écouter si une chose ne va pas, essayer de faire en sorte qu’ils se sentent le mieux possible pour que ça ne soit pas une obligation, une contrainte; je veux vraiment que ça reste un plaisir avant tout. En plus, je m’occupe de la communication, des partenariats avec les associations, je dois aller voir Frédéric Mion, la DVU, le staff technique, gérer les différents groupes. Bref, c’est passionnant mais pas toujours facile à gérer avec toutes les autres obligations !

Si tu devais faire des passerelles entre ta formation de communication et ce spectacle, est-ce que tu vois des similitudes ?

Je pense que j’ai aujourd’hui plus conscience des “techniques” pour toucher un maximum de personnes. C’est pour ça que j’insiste beaucoup sur les partenariats avec des associations car c’est un projet qui part de rien, ce n’est pas comme la Comédie Musicale qui a lieu tous les ans. Si on ne se montre pas, si on ne parle de nous, on n’est pas visible, et il est donc primordial d’avoir de nombreux points de contact pour pouvoir remplir Boutmy et pour que nos convictions soient entendues.

J’aimerais bien me diriger vers la communication culturelle et la gestion de projets. Cet évènement me permet de me rendre compte de la difficulté de se faire entendre dans le brouhaha des multiples évènements ici à Sciences Po ! En tout cas le plan de com’ est en marche, réponse le 28 avril pour voir si cela aura été efficace !

Les Affamées, spectacle musical, théâtral et chorégraphique, le jeudi 28 avril 2016 à 19h dans l’amphithéâtre Emile Boutmy. Prix : 5€, dont 50% des recettes seront reversées à l’association FIT une femme-un toit qui s’occupe de femmes victimes de discriminations et de violences

La série Focus a pour but de mettre en avant les étudiants qui font l'École de Communication de Sciences Po. Impliqués dans divers projets associatifs ou entrepreneuriaux à Sciences Po ou ailleurs, ils en présentent les objectifs et ce qu’ils ont pu en apprendre.

Texte : Baptiste Goursaud
Photo/Relecture : Théo Depoix-Tuikalepa

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