Focus : Camille et Nadim, les pouces en l'air

Focus : Camille et Nadim, les pouces en l'air

Archives de l'École de la communication

Camille et Nadim ©Théo Depoix-Tuikalepa

Camille est étudiante en première année de Master Communication.

Nadim, lui, fait partie du programme en double-diplôme avec Fudan. Après une année de césure en agence et dans le digital chez L’Oréal, il est revenu sur les bancs de Sciences Po avant de partir pour Shanghai. 
Tout deux issus du Collège Universitaire, Camille et Nadim sont membres de Stop&Go, la première association universitaire d’autostop de France.

Qu’est-ce qui vous a amené à faire partie de Stop&Go ?

Nadim : Stop&Go a été créé par des amis quand j’étais en première année, en 2012. J’étais déjà investi dans pas mal associations mais j’ai trouvé que celle-ci était une bonne idée, une bonne occasion pour travailler sur un projet différent. Il n’existait pas encore d’associations de ce type, autour de l’auto-stop, dans le tissu associatif du monde universitaire français. C’était vraiment un projet insolite.

Camille : Lors d’un des premiers week-ends d’intégration en 1A, une amie m’a parlé de Stop&Go : “C’est super sympa, ils organisent un week-end pour 30€ à Reims. Le trajet se fait en stop et tu loges chez les habitants.” Je suis donc partie à Reims et j’ai trouvé ça génial, donc ça m’a donné envie de continuer. Du coup, j’ai participé à tous les week-ends en 1ère année. En plus de ça, j’ai entendu parler du voyage que l’association comptait organiser pendant l’été : Paris-Istanbul, en stop, de fin-mai à fin-juin. Je voulais absolument faire partie de ça, et j’ai passé l’entretien pour être finalement acceptée.

Il faut passer un entretien ?

C : Oui, il faut passer un entretien car quand les gens en entendent parler, ils sont beaucoup à vouloir faire partie du voyage : c’est quand même pas cher et ça te vend du rêve. Paris-Instanbul, une destination qui claque, tu vois ! Beaucoup de monde s’est présenté, mais si on est un groupe de plus de 30 personnes, il n’y a pas de cohésion et c’est difficile de s’organiser. J’ai été prise mais j’étais encore mineure à l’époque, donc je n’ai pas pu y aller. En revanche, j’ai pu m’impliquer dans l’asso, continuer à faire les week-ends. L’année d’après, j’ai fait Paris-Helsinki.

N : Le recrutement pour les deux voyages se fait assez tôt dans l’année, en octobre ; on ne veut pas forcément que les étudiants arrivent au dernier moment pour qu'une cohésion se crée avant le départ. Le voyage d’été dure un mois et le voyage d’hiver dure quinze jours, donc ça demande pas mal de préparatifs en terme de sécurité, d’activité, de réservation des billets d’avion pour le retour. Chaque étudiant qui rejoint le voyage devient organisateur, cela permet à chaque participant de modeler le voyage selon leurs envies. On veut qu’il y ait une équipe solide, sur laquelle on puisse se reposer et qui puisse profiter du voyage au maximum parce qu’ils sont en confiance.

Comment ça se passe concrètement ?

C : En fait il y a des week-ends dans les campus délocalisés. A  l’origine, c’était les campus de Sciences Po : on va chaque année à Poitiers par exemple car il y a une super ambiance. Mais depuis, ça s’est étendu aux IEP de province. Il y a même des Stop&Go qui ont ouvert, mais c’est vraiment récent.

N : L’association a pour but de promouvoir l’auto-stop auprès des étudiants en proposant des week-ends qui relient le campus de Sciences Po Paris à ses campus en région. On partait du constat qu’il y avait un manque de relation entre les étudiants à Paris et en région ; l’idée était d’utiliser l’autostop comme moyen de créer ces relations manquantes. Généralement, on part le samedi à 40-50 étudiants en binômes et on fait une sorte de course à la Pékin Express, en arrivant le plus vite possible sur le campus. Tout est organisé au préalable pour avoir des logements disponibles sur place ; on organise aussi une visite de campus, une soirée et des activités un peu ice-breaking games pour permettre aux étudiants de Paris et des campus de se rencontrer. Chaque binôme est logé chez un étudiant du campus. Le lendemain il y a plus une partie rallye : le but est de faire des challenges en auto-stop dans la région. Notre premier week-end était à Reims, c’est un peu le week-end historique, tout le staff Stop&Go connaît la région de Champagne comme sa poche : pour le rallye on donne à chaque binôme un carnet de bord, avec des cartes, des énigmes, et ils doivent se rendre dans les différents lieux toujours dans le but d'aller plus vite que les concurrents tout en s'amusant. Les week-ends permettent de découvrir l’autostop et de s’immerger vraiment dans la pratique. Pour nous, l'état d'esprit festif du week-end est primordial : il y a des récompenses qui permettent de motiver les participants, notamment  le prix du binôme le plus rapide, le prix du binôme de l’ambiance mais aussi le prix de la meilleure pancarte car elle reste le moyen le plus efficace d'attirer l'oeil des conducteurs.. Nos week-end offre aux étudiants la possibilité de se déconnecter pour 2 jours et de se laisser aller à la rencontre, à la découverte de l'inconnu. Chaque week-end est une aventure en soit, et nous retrouvons souvent les mêmes étudiants d'un séjour à l'autre, animés par l'envie de vivre une nouvelle aventure.

Comment ça se passe pour les voyages ?

N : Pour les voyages, le tout premier voyage ça a été Paris-Istanbul avec l’idée d’avoir un périple un peu plus challenging, plus aventurier, plus long dans le temps, qui permettrait aux participants de tester l’auto-stop, mais sans avoir le côté confort. Dans les voyages, tu expérimentes l’auto-stop à l’état pur : tu pars pour un certain temps, les aventures qui t’arrivent en une journée pendant les week-ends, elles seront toutes autres sur un périple d’un mois. L’idée c’est l’autonomie, il faut que les participants se connaissent déjà un peu  d'où l'importance du recrutement, le but est d’avoir des étudiants qui sont déjà animés par l’esprit de l’association et qui ne vont pas être trop déstabilisés, car il y a un certain nombre de responsabilités dans le cadre d'un séjour d'un mois. Chaque voyage rassemble 30 participants : il faut que les étudiants soient motivés, aventuriers et indépendants. On mixe les promos, les nationalités, ce qui nous permet d'avoir des candidats qui se distinguent par leur personnalité. Une fois qu’ils sont recrutés, ils prennent part à l’association : Stop&Go ce n’est pas une agence de voyage… Chaque participant devient un organisateur du voyage : certains vont gérer la communication, la réservation des différents logements, les activités souvent liées à l’histoire de la ville, la culture du pays. Avec peu de moyens, on essaye de faire beaucoup, l'esprit de l'autostop c’est justement de se dépasser à partir de la contrainte. En général, il y a une contrainte financière, mais il faut trouver des petites astuces qui vont nous permettre de maximiser tout ce qu’on va faire pendant le voyage..S'il y a une chose que l'on peut constater à la fin de chaque voyage, c'est que chaque participant en ressort assurément grandi.

C : Quand j’étais en 1A, il y avait Paris-Casa et Paris-Lisbonne ; des voyages plus courts, donc. On a des ville-étapes : on détermine un itinéraire et les villes par lesquelles on va passer. Vu qu’on est 30, il faut s’organiser pour les couchages et les repas. Il faut pouvoir se retrouver. Entre les villes-étapes - ça peut durer 3 jours - on stoppe toujours par deux : un garçon, une fille, pour la sécurité et la mixité. Tu dois te débrouiller tout seul. C’est marrant de se faire héberger chez l’habitant, mais c’est assez difficile. Chacun vit son voyage différemment : certains avait des couch-surfings donc chaque couchage était prévu, mais tu peux aussi te laisser porter, faire du camping, aller dans les auberges de jeunesses...

Paris-Istanbul, Paris-Casa…?

N : On a fait un certain nombre de voyages pendant ces 4 années d'existence de Stop&Go Cette année  le voyage d’hiver allait de Paris à Casablanca. On a aussi lancé un tour de France, qui était en fait un deuxième voyage d’été car on a senti au sein de la communauté étudiante que les gens voulaient, certes, voyager mais qu’ils voulaient aussi redécouvrir la France. La spécificité du tour de France : c’est une sorte de voyage itinérant avec comme fil conducteur un spectacle. Les participants vont d’école en école, d’un lieu à un autre dans des petits villages afin de proposer un spectacle itinérant pour essayer de créer de l’interaction avec les habitants de la ville, du village. Tout est basé sur le principe du donnant-donnant : en échange d’un logement, d’une balade ou d’un trajet en voiture, les participants proposent un spectacle qu’ils ont monté de toutes pièces. Il y a par exemple eu des cracheurs de feu, une troupe de théâtre, des musiciens.
Le support créatif du spectacle devient un point d'accroche qui favorise l'échange et la rencontre tout en mettant à l'honneur les talents des étudiants.

Quand a lieu le prochain voyage ?

N : Le prochain voyage, c’est le voyage d’été. Il part de Paris, passe par la Pologne dans un premier temps, pour aller jusqu’en Écosse. C’est un trip un peu particulier. L’idée des voyages d’hiver et d’été, c’est de faire des voyages à la carte, donc on fait voter pendant une session d’information le trajet final parmi un choix de 3 itinéraires et le but est de donner  aux participants la possibilité de choisir le voyage que l’équipe aimerait faire pour que tout le monde se sente le plus impliqué possible.

Qu’est-ce que vous avez pu tirer de l’expérience ?

C : En fait j’avais jamais pensé faire de stop avant. Je trouve ça apporte une vraie ouverture d’esprit : c’est pas la destination qui compte au final mais le voyage. Quand je suis sur le départ, je me réjouis de faire le trajet en stop. Ça fait partie intégrante du voyage, c’est aussi vivre le voyage de manière beaucoup plus sociale, en apprendre plus sur les gens, d’avoir vraiment un échange. Quand tu voyages à l’étranger, tu en apprends plus sur la culture locale. Tu apprends aussi à lâcher un peu prise et à profiter de l’instant : c’est pas une course à la rapidité. Moi, ça me donne foi en l’humanité quand je suis prise en stop. Quand je suis revenu de mon voyage, j’étais heureuse ; tu en essors hyper optimiste. J’ai eu du mal mais j’ai appris à être patiente. Une fois que t’es pris, t’as l’impression de pouvoir tout faire. Ça m’a apporté une nouvelle manière de concevoir le voyage.

N : Ce qui est intéressant avec l'auto-stop, c’est que finalement ça tend à disparaître et pourtant, quelques irréductibles s'attachent à cette pratique et essaye de lui faire revivre ses  heures de gloire. Le membre fondateur, Mathieu Philippot, a créé l’association parce que ses parents faisaient partie d’une association d'auto-stop et il s’est dit que ça pouvait être intéressant de faire ça à Sciences Po. C’était finalement le seul à avoir de l’expérience à ce niveau là. Tous les membres fondateurs de l’association n’avaient pas forcément expérimenter le stop et ce n'était en rien rédhibitoire, la création de l'association a permis à chacun  de passer à la pratique. On était tous animé par les mêmes envies, barouder, voyager avec les moyens du bord… L'auto-stop, c’est assez simple : il suffit de se mettre sur le bord de la route et d’essayer d’établir une connexion avec un chauffeur, une voiture. Comment convaincre en 3 secondes une personne qu’on n’a jamais vue de notre vie et qu’on ne reverra jamais de nous faire confiance, comment établir une relation de confiance en un coup d’œil pour qu’il accepte de nous prendre pour un trajet.

J’ai trouvé très intéressant de voir qu’à la base il y a un manque de confiance, une certaine de méfiance face à des gens qu’on ne connaît pas, et que malgré cette difficulté, l’auto-stop m’a permis de rencontrer des gens que je n’aurais jamais eu l’occasion de rencontre autrement. C’est un peu cliché, mais si on n’habite pas dans une certaine ville, si on n’est pas d’un certain milieu, si on ne voyage pas d’une certaine manière, y’a des gens qu’on rencontrera jamais dans notre vie. Alors qu’aujourd’hui, tu vois n'importe quel type de gens qui roulent sur la route, tout type de personne prend sa voiture, c’est la meilleure façon pour rompre un peu avec ton quotidien ; l’auto-stop c’est pour moi une manière d’interpeller des individus et leur dire "donne-moi l’opportunité de discuter avec toi, d’avoir une conversation, de  partager un trajet ensemble et d’apprendre l'un de l'autre ". C’est une démarche qu’on ne retrouve nulle part. Dans le manifesto de Stop&Go, nous défendons cette idée qu'au quotidien lorsque l'on voyage, on cherche juste à partir d'un point A et arriver au plus vite à un point B, à notre destination. Le temps de trajet devient alors un moment que l'on espère aussi court que possible. Or, l'auto-stop renverse cette logique et devient la philosophie d'un voyage où le trajet est une composante à part entière du voyage, le trajet devient un voyage en soi.                                                   

Au niveau de vos mission de communication, quel sont les parallèles que vous pouvez faire avec votre formation de communication à SciencesPo ?

C : On a appris à savoir comment mettre en place de véritable stratégie de communication. On doit organiser les events, on a beaucoup de community management et on doit faire des visuels. C’est important de partager toutes les infos de manière synchronisée, le reach est très important. Tu fais de l'événementiel mais tu organises sur place tous les détails : les hébergements, c’est beaucoup de logistique : par exemple, il y a toujours une voiture balai pour les voyages en France. On est plusieurs au pôle communication : on a une graphiste qui fait les affiches pour chaque événement, elle fait des logos pour les bandanas ou les t-shirts. Le pôle finance trouve des subventions et nous on met en place des accords pour passer dans les journaux. C’est un travail d’équipe.

N : On a besoin d’une communication efficace, pour nos week-ends. Je coordonne les projets de groupe et les différentes personnes du pôle communication : avec Emma la graphiste par exemple, j’essaye parfois de lui donner des idées, on s’aide mutuellement, et je veille à la bonne réalisation de l’affiche. Après on a tous les évènements étudiants à lancer, on a une double communication à entretenir : à destination des étudiants de SciencesPo et auprès des étudiants des campus délocalisés pour qu’ils puissent loger les arrivants, et qu’ils prennent part aux activités. En terme de communication sur les gros voyages, on gère toute la partie réseaux sociaux, on a créé un compte Twitter, le but s’était d’essayer de faire un livetweet et des Snapchats de nos trajets pour donner un aperçu, une expérience immersive du voyage : permettre à nos proches, à nos amis, de se sentir faire partie du voyage et de découvrir l'auto-stop à travers nos anecdotes. A l’heure actuelle, tout notre travail en communication concerne le festival Hit The Road !

Justement est-ce que tu peux m’expliquer ce que va être ce festival ?

N : Ce festival, c’est un projet que l'on a lancé l’année dernière. C’était la première édition qui avait pour but de réunir la communauté d’auto-stop en France mais aussi de faire découvrir la pratique à des étudiants en jouant sur l'attractivité du format d'un festival. Au départ si l’association Stop&Go n’était qu’une association étudiante de Sciences Po Paris, on s’est très rapidement développé : 8 antennes ont ouvert dans les campus délocalisés et certains IEP de province : Poitiers, Bordeaux, Rennes, Lyon etc… Le festival veut réunir tous ces individus qui prennent part à la vie de la communauté : 3 jours de festival, collaboratif et éco-responsable au rythme d'une musique éclectique avec des artistes que nous venons justement d'annoncer sur notre évènement Facebook. L’année dernière on est allé à  Cauberotte dans le sud en plein milieu d’une vallée. Une fois arrivés sur place, il y avait des challenges en auto-stop autour de la région avec des énigmes mais surtout des artistes qui se produisaient sur scène dont le groupe Apaache, crée par des étudiants de Sciences Po. Il y avait aussi une espèce de ferme et une scène à laquelle on a ajouté nos propres infrastructures dont une buvette alternative avec des produits locaux dans un esprit disco-soupe.

Où a lieu le festival cette année ?

N : Le festival a lieu à Bois Gérard à 3 heures de Paris, le 25, 26 et 27 mai et ça s’appelle Hit the Road. Le but du festival est de toucher un public étudiant en prenant le point d’appui du rassemblement festif et musical et en essayant de sensibiliser à l’auto-stop. C’est 30 euros pour les 3 jours, avec un repas par jour… Tout le monde est amené à venir en autostop au festival. On choisit de ne pas être trop loin de Paris pour que tout le monde puisse venir. On est entrain de créer des partenariats avec des universités pour étendre la portée de l'évènement. Le festival est le point de départ du voyage d’été, le but est de faire le lien avec le voyage et cet événement.

L’évènement Hit The Road : https://www.facebook.com/events/994062193995907/

La série Focus a pour but de mettre en avant les étudiants qui font l'École de Communication de Sciences Po. Impliqués dans divers projets associatifs ou entrepreneuriaux à SciencesPo ou ailleurs, ils en présentent les objectifs et ce qu’ils ont pu en apprendre.

Texte : Baptiste Goursaud
Photo/Relecture : Théo Depoix-Tuikalepa

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