Focus : Anne, la belle idée

Focus : Anne, la belle idée

Archives de l'École de la communication

Anne ©Théo Depoix-Tuikalepa

Anne vient de l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris. Passée un temps par le design vêtement et le design textile, elle a finalement continué dans la section photo-vidéo. Multi-casquette, elle commence dès sa 2ème année à organiser des expositions avec l’Ecole ce qui lui permet de découvrir le commissariat d’exposition ainsi que l’aspect communicationnel du métier. Anne est aujourd’hui en Master 1 Communication à Sciences Po.

Elle nous présente son projet, Label Famille qu’elle a fondé avec 2 étudiants des Arts Déco, Cyril et Camille. Cette organisation a pour but de mettre en relation des jeunes professionnels issus de toutes les disciplines du monde de l’art, mais aussi de différentes professions de la communication et du digital afin de mettre en place des projets cohérents et complets pour toute sorte de commanditaires.

Quelles ont été les prémisses du projet ?

En 4ème année des Arts Déco, j’ai décidé de créer une foire d’art dans un grand atelier d’artiste où j’ai rassemblé 30 personnes : des gens de l’Ecole et d’autres écoles d’art européennes qui étaient artistes, designers, issus de plein de disciplines différentes. L’idée était de passer un week-end à exposer les travaux de tout le monde et à les vendre. J’avais imposé que rien ne soit vendu au-dessus de 100 euros. Beaucoup de gens ont créé des projets spécialement pour cette foire et se sont aussi associés en binômes pour exposer. On a passé un week-end ensemble et je souhaitais que tous les artistes et designers exposants soient là pour expliquer leur travail au public de passage. Ce contact-là était riche et a permis aux visiteurs de mieux appréhender les projets de chacun.

Camille, qui était en section design objet, m’a aidée dans la scénographie et la mise en place de l’espace ; Cyril, qui était en design/graphique, a fait toute l’identité et les affiches de l’événement.

Comment en êtes-vous arrivés à créer Label Famille ?

En 5ème année, on s’est remis tous les 3 et on a vraiment construit le fond et la forme de Label Famille : « Label » pour le réseau, pour la qualité et « Famille » car lorsqu’on rentre dans cette organisation, on partage des valeurs communes.

La sensibilisation au public nous semble être fondamentale. Nos métiers sont très peu valorisés aujourd’hui et il est très difficile de gagner sa vie. C’était du coup important pour nous de pouvoir montrer comment on fait les choses. On a organisé des évènements qui mettent les artistes au contact du public afin de créer un véritable dialogue. Nous ne sommes pas un Fablab, on n’invite pas les gens à créer, n’importe qui n’est pas artiste et designer, mais on expose notre manière de travailler. Nous voulons montrer que l’art et le design ce ne sont seulement des jolies choses qu’on accroche au mur, mais aussi des formes que l’on voit au quotidien et qui sont censés améliorer nos vies. Enfin, La transdisciplinarité est aussi la dernière valeur importante : nous venons tous les 3 de disciplines différentes, avec une manière de faire et de construire des réponses elles aussi différentes, mais qui nous enrichissent les uns des autres. J’apprends énormément du design et du graphisme. Cette transdisciplinarité nous permet d’aller travailler sur des projets auxquels on n’aurait pas accès dans nos disciplines respectives.

Concrètement comment cela fonctionne ?

Pour mettre en exergue toutes nos valeurs, nous avons créé des évènements qu’on a appelé des « Espaces temps ». Nous faisons des appels à candidatures ouverts pour les artistes et designers. On reçoit des candidatures et on créé des équipes avec des personnes qui n’ont pas la même discipline ; on fait se rencontrer des gens qui vont se bousculer chacun dans leur manière de faire. Tout au long de l’événement, ils conçoivent, exposent et vendent des séries d’œuvres faites en collaboration. Label Famille pose le cadre. Pendant une semaine, les équipes d’artistes et designers créent leurs séries “multiples” et le public vient à la fin de la semaine, voit les machines de conception et les processus de création, discute avec les artistes et designers et peut acheter la production. C’est à la fois un espace de conception, d’exposition et de vente.

Nous avons déjà réalisé deux Espaces Temps, le troisième est en préparation.

Tous ces gens qui ont participé à ces évènements deviennent des membres de fait et font partie du réseau. Ils adhèrent aux valeurs de Label Famille.

Nous avons gagné le Prix Etudiant Entrepreneur de l’Université de recherche Paris Sciences et Lettres et c’est pourquoi on est aujourd’hui dans l’incubateur de PSL : nous avons des tuteurs et le fait d’avoir gagné ce prix nous a vraiment lancé dans le concret.

Ces gens qui font partie du réseau sont des personnes que vous mobilisez pour d’autres projets par la suite ?

On voulait continuer à faire vivre notre réseau et vivre financièrement de notre organisation  en répondant à des commandes.
On se réunit avec Cyril et Camille pour décider comment des équipes peuvent se former et avec quelles disciplines. On nomme un chef de projet dans chaque équipe et après on les laisse travailler en autonomie. On a aussi une manière particulière de travailler : on travaille tous ensemble, on a un temps fort qui dure 3 jours au début de chaque projet, ce qui fait qu’il y a un vrai partage sur la technique et les idées. Personne ne travaille dans son coin. Aujourd’hui le modèle veut qu’une entreprise qui a besoin d’un graphiste appelle directement la personne concernée, elle s’adresse à des intermédiaires différents. Nous voulons rassembler tout le monde pour formuler des réponses plus cohérentes et plus globales. On a toutes ces disciplines, ce qui fait notre force.

C’est ainsi qu’on a créé les « continuums » : Label Famille présente ses membres qui travaillent en collaboration avec des clients pour réaliser des projets. Aujourd’hui, on répond à un commanditaire et on est capable de faire n’importe quel type de projets en ayant des personnes de tous les domaines d’application. Par exemple, le site de Terry Fouchy, Impact Magazine va subir un lifting de son identité visuelle grâce à une équipe Label Famille créée sur mesure.

En ce moment, nous travaillons sur le festival We Love Green. il y avait 2 scénographes, 2 designers objet, un designer textile et un graphiste dans l’équipe qu’on a constituée. Nous avons créé une le projet Lighthouse, une plateforme avec des bancs surélevés où un système de levier actionne un miroir qui fait l’effet d’un stromboscope si tu as perdu tes amis dans la foule, tu peux aussi simplement venir pour te reposer.

On travaille aussi avec la CNAF. Lors d’un hackaton où la CAF ouvrait ses datas pour 24 heures afin de penser de nouvelles idées autour de ses services, on a formé une équipe avec un designer UX, un Data Scientist, un designer objet, une designer de service, un designer graphique et un planneur stratégique. Nous avons analysé plein de personnes qui sont dans la même situation pour mettre en place des rendez-vous collaboratifs, entre des personnes qui ont les mêmes problématiques. On a gagné le premier prix à cette occasion et aujourd’hui on réalise le projet avec la CAF. On créé un réseau d’entraide autour des problématiques de la CAF. C’est un service collaboratif destiné aux 18-26 ans, une cible qui est assez difficile à raccrocher à la CAF.

Qu’est-ce que tu as pu apprendre sur toi en terme de gestion de projets ?

Déjà tout l’aspect organisation et structure. Quand tu es aux Arts Décos, on ne t’explique pas forcément comment créer ta propre structure, tu l’apprends sur le tas. Il faut aller prospecter, chercher des clients, chercher un nouveau lieu. On veut un lieu dans lequel il soit possible de créer, d’inviter des gens à travailler avec nous et de faire des expositions.

J’ai appris le langage d’autres disciplines qui n’ont pas été ma formation, j’apprends de nouvelles méthodes de travail, j’élargis ma vision. Je passe de plus en plus du côté organisation, mais il n’empêche pas que je sais ce que ce que représente le travail de création. Cela me donne une légitimité.

C’est pour ça que je suis venu à Sciences Po, la communication me permet d’avoir cette double casquette.

Qu’est-ce que tu peux tirer comme parallèles entre Label Famille et ta formation de communication à Sciences Po ?

Sciences Po m’apporte plus une méthode en stratégie de communication. J’apprends une nouvelle expertise que je peux apporter à Label Famille. Il y a une vraie différence avec les Arts Déco où on t’y apprend à construire ton univers identitaire et à développer ta personnalité. Ici, on t’apprend plus un cadre et une méthodologie. La manière dont je vais parler de la Label Famille à Sciences Po est différente que si j’en parlais à des personnes extérieures, je dois la faire passer par un filtre. Je me retrouve finalement à faire un peu le pivot entre deux milieux. Cette position est très importante. Il y a une grosse partie qu’on ne peut pas ignorer autour de la stratégie, et qu’il va falloir aussi être amené à consolider, c’est aussi ce que j’espère pouvoir apporter à Label Famille en passant par Sciences Po.

Comment gagnez-vous de l’argent ?

Grâce aux projets commandités. On gagne petit à petit la confiance des grands, et on espère pouvoir vivre tous les trois de notre organisation dès 2017.

Est-ce que vous envisagez des levées de fonds ?

En fait c’est très délicat : une levée de fonds induit un besoin d’apport important pour lancer une structure. Nous, nous sommes plutôt dans l’état d’esprit d’être capable de gagner de l’argent par nous-même. Dans le cas contraire, cela signifierait que ça ne fonctionne pas.

Quelle est l’ambition de Label Famille dans les prochaines années ?

D’avoir notre lieu pour que l’on puisse travailler dans un espace où on est libre de créer avec des ateliers de production  et d’y faire aussi des évènements et expositions : un lieu où tous les membres de Label Famille, ils sont une cinquantaine, seraient libres de venir afin de créer un vrai repère pour notre organisation. Notre ambition est de gagner notre vie avec ça, c’est déjà un gros challenge. Il n’y a pas que la motivation, il y a aussi plein d’autres choses qui rentrent en compte. Si on a un lieu où on peut évoluer, ça peut aller très loin.

La série Focus a pour but de mettre en avant les étudiants qui font l'École de Communication de SciencesPo. Impliqués dans divers projets associatifs ou entrepreneuriaux à SciencesPo ou ailleurs, ils en présentent les objectifs et ce qu’ils ont pu en apprendre.

Texte : Baptiste Goursaud
Photo/Relecture : Théo Depoix-Tuikalepa

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