L'IMPACT AU CŒUR DU PROJET PÉDAGOGIQUE

L'IMPACT AU CŒUR DU PROJET PÉDAGOGIQUE

  • Natacha Valla © Arnaud Calais / Sciences PoNatacha Valla © Arnaud Calais / Sciences Po
L'École du management et de l'innovation devient l'École du management et de l'impact. Natacha Valla, Doyenne de l'EMI explique les transformations en cours.

 

L’EMI change de nom pour l’École du management et de l’impact. Pourriez-vous nous expliquer ce changement de nom ?

Nomen est omen, l’expression latine le dit très bien : le nom est un présage. Dans notre cas, il annonce l’ambition intellectuelle de l'École, son lien avec les sciences sociales (par le “management”), la nouvelle raison d’être de l’EMI et le renouvellement de son projet pédagogique, autour de l’impact et du bien commun.

Les entreprises, quels que soient leurs secteurs d’activité, sont confrontées aux transitions environnementales, sociétales et digitales. Elles ont besoin de diplômés formés à ces enjeux, à la fois de manière académique et pratique (mesure d’impact, green bonds, communication durable, etc.). Et nos étudiants réclamaient une meilleure intégration de ces enjeux au sein des maquettes pédagogiques et des enseignements.

Nous avons donc souhaité qualifier le nom de l’École du management avec une référence à l’impact qui nous définit. Car l’École forme des étudiants désireux d’agir sur la société par l’entreprise et l’entrepreneuriat, de réinventer les modèles (et les business models) et de construire un monde durable. Il s’agit pour nos étudiants d’avoir un impact au sens large, sur le monde des entreprises de demain, mais aussi, au sens plus restreint du mot, de placer l’impact au cœur des modèles d'affaires des entreprises.

La notion d’impact renvoie aux activités et modèles visant à intentionnellement améliorer les conditions d’existence (impact social) et/ou l’environnement (impact environnemental). L’impact se distingue des activités économiques socialement responsables (qui se cantonnent à limiter l’impact négatif de leur activité) et des externalités positives (qui n’ont pas de caractère intentionnel).

À travers la mise en avant de cette notion d’impact, l’EMI porte une vision de l’entreprise consciente des enjeux environnementaux et de son rôle dans la gestion des transitions écologique, énergétique, digitale. Elle affirme sa place dans la formation d’une jeunesse étudiante consciente et engagée.

Quelles sont les conséquences de ce changement de nom ? Notamment dans la maquette pédagogique ?

Vous avez raison, le changement de nom n’est qu’un des indicateurs d’un renouvellement plus général des maquettes, rendu nécessaire par les évolutions du secteur professionnel depuis 2016 et plus encore depuis la pandémie : digitalisation accélérée des entreprises, phénomène de “démondialisation” et rapatriement des chaînes de valeurs depuis la guerre en Ukraine, retour de l’inflation, accélération des désordres climatiques qui bouleversent les modèles établis, etc.

Nous avons renforcé le tronc commun à tous les étudiants de 1ère année de l’EMI, à la suite d’un travail conséquent de réflexion mené avec toute l’équipe pédagogique et avec nos Conseils pédagogique et stratégique.

À la rentrée 2023, des chercheurs en sciences sociales apporteront pour tous les M1 un éclairage sur les enjeux de la transition pour les entreprises. Ces enseignements s’articuleront autour de trois questionnements : la transformation du capitalisme et des modèles économiques ; le rapport des entreprises à leur territoire et à leur environnement ; la signification des activités sectorielles pour l’environnement et la société.

Par ailleurs, une formation au management ne peut plus se passer d’une compréhension fine du rôle de la donnée. Nous avons ainsi développé un axe “Data&Digital” qui s’oriente dans trois directions :

      1. la place et l’impact du digital sur les sociétés;
      2. la data comme outil au service des différentes activités et métiers (fintech, marketing digital, gouvernance des données, etc.) ;
      3. la maîtrise des outils (Excel, Indesign, Python…).

Enfin, 4 masters évoluent afin de prendre en compte l’impact dans toutes ses dimensions :

  • le Master historique finance et stratégie devient bilingue : les enseignements principaux seront enseignés en anglais et une offre de cours en français sera maintenue, en particulier en stratégie. La maquette du master intégrera davantage les questions de soutenabilité, de stratégie et de finance durable et d’innovation, ainsi que les problématiques liées à la donnée : web3.0, économie de la tech et des plateformes, etc.
  • le Master International Business and Sustainability devient un master généraliste qui met l’accent sur les métiers de l’entreprise (énergie, alimentation, mobilité, santé, etc.) et le développement de modèles d’affaires à impact dans une perspective internationale. Les étudiants suivront par exemple des enseignements sur l’économie circulaire, la mesure de l’impact, l’économie du partage, la philanthropie, etc.
  • le Master entrepreneuriat, design et innovation succède au Master innovation et transformation numérique et a été co-conçu avec le Centre pour l’entrepreneuriat. L’objectif est de former les étudiants à la gestion de l’innovation, à l’entrepreneuriat ou à l’intrapreneuriat (l’innovation à l’intérieur des entreprises existantes) grâce aux sciences sociales et notamment le design, et grâce à des enseignements plus techniques en lien avec le Centre et l’Incubateur.
  • enfin le master RH & Gouvernance durable remplace le Master organisations et management des ressources humaines. La fonction RH évolue depuis quelques années et se positionne comme un acteur stratégique de l’accompagnement de la transformation des entreprises, qu’elles soient sociétales (égalité hommes femmes) ou environnementales. La question de l’articulation entre performance économique, justice sociale et transition écologique sera au cœur des enseignements.

Last but not least, nous voulons créer un Studio avec le Centre pour l’entrepreneuriat, dédié à la compréhension et à la conception de modèles de business à impact. Cette initiative comportera à la fois un programme de cours et un dispositif d’accompagnement proactif (travail en groupe encadré dans le cadre d’une mise en situation industrielle, « learning by doing »). Il sera ouvert à tous les étudiants de l’EMI.

Quels sont les challenges qui attendent l’EMI ?

Le premier challenge est celui de l’opérationnalisation de la réforme. Il faut mettre en place de nouveaux cours, continuer à être au plus près des besoins du marché et des attentes des étudiants, mais aussi renforcer nos liens avec la faculté permanente de Sciences Po.

Deuxième challenge, celui de renforcer notre visibilité auprès des étudiants, à la fois dans Sciences Po et à l’extérieur de Sciences Po. Dans Sciences Po, car nous avons constaté une baisse de notre attractivité auprès des élèves du Collège universitaire ces dernières années. Nous devons renforcer notre effort de promotion auprès de ces étudiants, leur montrer que l’on peut agir, transformer le monde, aussi par le biais de l’entreprise ou de l’entrepreneuriat. A l’extérieur, nous sommes moins visibles que les écoles de commerce “classiques” comme HEC ou l’ESSEC (alors que le niveau de nos diplômés est équivalent) en raison de notre absence des classements. N’ayant pas de faculté de gestion à Sciences Po, nous ne remplissons pas les critères des rankings nationaux ou internationaux. Nous devons donc être visibles et reconnus par d’autres moyens : notre projet pédagogique novateur va dans ce sens, tout comme l’excellence de nos enseignants vacataires, des professionnels à la pointe de leur secteur d’activité, ou les partenariats entreprise développés avec l’aide de la Direction de la stratégie et du développement (près de 30), ou enfin les événements que nous organisons (Nocturnes de l'EMI, événements carrières, etc.). 

 

Natacha Valla

Doyenne de l'École du management et de l'impact

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