Kari De Pryck

Le GIEC face aux controverses climatiques

Kari De PryckLes négociations internationales sur le climat, qui se déroulent au sein de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) depuis 1992, sont fortement encadrées par le développement de la science sur le changement climatique. Cette convention concerne autant les propriétés physiques et les impacts du changement climatique anthropique que les mesures d'atténuation et d'adaptation à ce changement. La science du climat étant abondante, les politiques reposent sur le travail d'expertise du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Jusque-là, la relation entre science et politique semble naturelle, même linéaire. Tout se complique lorsque cette science est régulièrement remise en question par les groupes climato-sceptiques, qui représentent souvent les intérêts des lobbys industriels puissants. Ces derniers accusent souvent le GIEC d'être alarmiste et partisan. En 2009, à la suite de la diffusion en ligne d'e-mails entre chercheurs du Climate Research Unit de l'université de East-Anglia (le Climategate) et la découverte de plusieurs erreurs mineures dans les rapports du GIEC, ce dernier voit sa position de leader scientifique fortement critiquée. Un coup d'oeil à ces controverses suffit pour se rendre compte que ce sont moins les « faits scientifiques » qui font l'objet de critiques, que les implications politiques que cela entraîne : qui est responsable ? Qui va payer ? Mon intérêt pour ces questions est né de cette volonté de comprendre comment le phénomène climato-sceptique s'est si facilement propagé au sein du débat public. Ma thèse aborde la production de l'expertise dans ces « univers controversés ». Quelles stratégies le GIEC adopte-t-il pour répondre aux attaques des groupes sceptiques et à la méfiance du public ? En suivant les controverses et en ouvrant la boîte noire du GIEC, on observe une organisation en lutte permanente pour maintenir une séparation entre le scientifique et le politique, alors que les «matters of facts » ne sont que la partie visible de l'iceberg des « matters of concerns ». La science peut-elle reconnaître son nouveau rôle politique ? 

Kari De Pryck est doctorante en science politique rattachée au Ceri

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