Juliette Galonnier

Ce que les convertis musulmans nous apprennent sur l'islamophobie

Juliette GalonierLe concept d'islamophobie s'est récemment imposé dans le débat public.

Malgré la diversité des individus de confession musulmane, les musulmans sont souvent réduits à un groupe ethno-racial supposé homogène ("maghrébin" en France, "arabe" ou "indo-pakistanais" aux États- Unis). Ce qui est à l'oeuvre dans la production de l'islamophobie, c'est donc la «racialisation» de l'Islam. La religion musulmane perd son statut de foi (choisie, personnelle, fluctuante) pour devenir un critère d'identification raciale (subi, héréditaire, invariant).

L'islamophobie consiste aussi à « religioser » ceux qui « ont l'air » musulman et à les associer durablement à l'Islam (quelles que soient leurs croyances réelles).

Que se joue-t-il dans cet enchevêtrement des catégories raciales et religieuses ?

Dans mes recherches, j'analyse la racialisation de l'Islam à travers l'expérience d'individus qui viennent précisément troubler ce processus : les convertis «blancs» à l'Islam. J'explore la façon dont les convertis négocient la supposée incompatibilité entre leurs identités ethno-raciale et religieuse dans des contextes (France et États-Unis) où l'Islam a été construit comme une religion non-occidentale et non-blanche. En perturbant les catégories du sens commun, les convertis blancs offrent une « perspective par incongruité » utile pour démêler les processus d'assignation raciale et religieuse. Ils sont aussi un cas quasi-expérimental d'individus qui se trouvent subitement exposés à des formes de discrimination, alors qu'ils appartenaient jusque-là à la «majorité invisible». En comparant les récits de convertis de part et d'autre de l'Atlantique, mes travaux révèlent aussi les similarités et les différences dans la construction de l'«Autre» musulman en France et aux États-Unis.

Retour en haut de page