Hanifa Touag

Le salafisme en Belgique

Hanifa Touag, doctorante au CeriLe choix de mon terrain de recherche, la Belgique, a été largement influencé par les événements qui ont eu cours pendant les années 2010-2011, et ce sujet se retrouve encore plus au coeur de l'actualité après les événements de novembre dernier. En 2010, alors que l'on prédit une inévitable marginalisation de l'islam politique dans un « monde arabe » en pleine ébullition démocratique, nos voisins du plat pays connaissent, quant à eux, une tout autre situation. En effet, la Belgique traverse à cette date une des crises politiques les plus importantes de son histoire et, dans ce contexte, un groupe d'obédience salafiste du nom de « Sharia4Belgium », galvanisé par l'interdiction du port du niqab, menace de détruire l'Atomium de Bruxelles, monument symbole de la confiance dans le progrès scientifique.

Cet événement a amplifié la visibilité du salafisme en Belgique, mais a surtout révélé en creux que ce dernier n'avait pas été appréhendé par la sociologie et les sciences politiques. Le salafisme désigne une mouvance composée d'individus qui fondent leur rapport au monde sur une lecture littérale des textes de l'islam. Mais, dans les faits, et à plus forte raison en Occident, les salafistes se heurtent à un contexte sécularisé fortement contraignant pour les pratiques religieuses qu'ils souhaitent défendre. Certains choisissent alors de se retirer du monde et de vivre leur religion sur un mode hyper-individualiste (exit) ; d'autres y voient l'occasion de diffuser la bonne parole, sur un mode missionnaire et prosélyte (loyalty) ; enfin, les derniers entrent ouvertement en contestation contre les sociétés libérales et espèrent ainsi hâter l'avènement d'un « État » islamique (voice). Refus du monde, prosélytisme et contestation : telles sont les trois figures du salafisme que j'analyse en m'appuyant sur des entretiens réalisés avec cinquante-six hommes et femmes, originaires de Bruxelles, Anvers, Vilvoorde, Liège ou encore Renan.

Hanifa Touag : Licenciée d'arabe (Université d'Aix-en-Provence), certifiée en "sciences religieuses - islam" (Université Catholique de Louvain-FUSL) et diplômée de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Politique comparée, spécialité « Monde musulman »), Hanifa Touag prépare une thèse de doctorat en sociologie conjointement à Sciences Po (CERI) et à l'Université catholique de Louvain (Centre interdisciplinaire d'études de l'islam dans le monde contemporain, CISMOC) sur le salafisme dans la capitale européenne.

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