"Mon intérêt pour les sciences humaines vient d'un engagement féministe "

"Mon intérêt pour les sciences humaines vient d'un engagement féministe "

Claudia De Campos vient d’obtenir la Certification avancée en études de genre
  • © Claudia De Campos© Claudia De Campos

Désormais alumna de l’École doctorale de Sciences Po, Claudia De Campos vient d’obtenir son diplôme de Master de science politique ainsi que la Certification avancée en études de genre, délivrée par le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre, PRESAGE. Elle revient sur son parcours et sur la rédaction de son mémoire de recherche sur la politisation du viol conjugal.

COMMENT EST NÉ VOTRE INTÉRÊT POUR LES ÉTUDES DE GENRE ?

Mon intérêt pour les études de genre se place dans la continuité de convictions que je me forge depuis le collège, en étant notamment en contact avec des femmes inspirantes et en me renseignant de mon côté. Ce savoir féministe, que j’essayais de m’approprier au départ, n’était pas strictement académique. Lorsque j’ai décidé de m’orienter vers des études en sciences sociales, j’ai compris que je pouvais approfondir ces positions et les fonder davantage dans une démarche scientifique. En bref, mon intérêt pour le politique et pour les sciences humaines en général vient d’un engagement féministe.

Certains cours proposés pendant mon parcours au Collège universitaire m’ont éclairée dans ce processus. Ce fut par exemple le cas du cours “La science politique au défi du genre” dispensé par Réjane Sénac, qui m’a fait découvrir la portée critique des études de genre sur la science politique. J’ai pu dès lors entrevoir les possibilités de réinvention existantes et futures d’un savoir académique traditionnellement dominé par les hommes, et donc forcément partiel et partial.

POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI DE VOUS ORIENTER VERS LA RECHERCHE EN THÉORIE POLITIQUE ?

Prendre la direction de la théorie politique n’était pas une évidence pour moi ! Puis j’ai passé ma troisième année d’études aux Etats-Unis, au St. Mary’s College of Maryland. J’avais choisi un liberal arts college pour pouvoir bénéficier d’une offre de cours sur le genre la plus dense possible. J’ai donc pu explorer plusieurs angles d’étude de ces questions : philosophiques, religieux, historiques. C’est le cours intitulé Feminist Political Thought dispensé par Diana Boros qui m’a vraiment ouvert les yeux sur l’opportunité de pouvoir continuer en Master sur cette approche. Découvrir les travaux de la théoricienne Wendy Brown, en particulier States of Injury: Power and Freedom in Late Modernity, a représenté pour moi une véritable porte d’entrée vers les thèmes foucaldiens du pouvoir et de l’identité. C’est ce qui m’a poussée à m’intéresser à la philosophie politique d’une manière plus globale.

VOUS AVEZ ÉTUDIÉ LA POLITISATION DU VIOL CONJUGAL ET LES MOMENTS DE #METOO ET #BALANCETONPORC POUR VOTRE MÉMOIRE. POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE PLUS?

En ce qui concerne le mémoire de recherche, je savais que je voulais traiter du cadre du couple et des violences dites privées, en particulier parce que le mouvement #MeToo était l’un des événements féministes les plus récents et parce qu’il me semblait qu’il était débattu en France sur un registre à la fois moralisant et réactionnaire.

Partir de la politisation du viol conjugal m’a permis d’historiciser l’hétéronormativité comme un régime de contraintes contingent ayant une influence à la fois dans l’hétérosexualité — l’invention du devoir conjugal — mais aussi en-dehors d’elle — l’invention de sexualités classées comme déviantes — et donc de poser le cadre d’un édifice normatif doublement violent à cet égard. Cette contextualisation m’a aussi permis de placer le mouvement #MeToo dans la lignée des luttes féministes des années 1970 concernant la sphère privée, mais aussi, dans l’ensemble des questionnements contemporains de l’hétéronormativité et des nouveaux modes d’agencement intimes et familiaux.
La prise en compte de ces éléments a à la fois confirmé et complexifié mon hypothèse de départ, à savoir qu’on assiste aujourd’hui à des reconfigurations du système hétéronormatif, qui donnent lieu à de vigoureuses réactions qui tendent à re-figer les catégories d’analyse mobilisées sur les individus. Par exemple, on va essayer de disqualifier les dénonciations de violences sexuelles en reléguant ces enjeux au privé du couple, ou en mobilisant ces dénonciations sur un registre nationaliste, raciste ou classiste, alors même que ces faits sont dénoncés dans toutes les strates du monde social.

VOUS AVEZ TERMINÉ LA RÉDACTION DE VOTRE MÉMOIRE PENDANT LA PANDÉMIE DE COVID-19. CETTE SITUATION A-T-ELLE AFFECTÉ VOTRE TRAVAIL ?

Sans même évoquer le stress supplémentaire que cette pandémie représente encore, la pandémie de Covid-19 a en effet affecté à la fois la teneur et le rythme de mon travail. Tout d’abord, l’accès aux bibliothèques fut interdit, ce qui m’a obligée à me constituer une routine en dehors d’elles et m’a coupée de nombreux ouvrages. J’ai donc privilégié les réseaux de solidarité en ligne et les ressources numériques disponibles. Il faut néanmoins souligner que je travaillais mon sujet depuis ma première année de Master et que j’ai eu la chance d’être confinée dans un endroit calme.

QUELS SONT VOS PROJETS POUR LA SUITE ?

J’aimerais poursuivre en thèse sur ces thèmes, notamment en étudiant plus en détails le versant états-unien de ces enjeux. Ce type de comparaison entre la France et les Etats-Unis éclairerait, il me semble, les discussions transatlantiques concernant la démocratisation sexuelle — le fait de poser les enjeux de sexualité comme démocratiques et donc sujets à la discussion. Il permettrait aussi d’approfondir les études mêlant les questions de genre et de sexualité, et donc d’interroger les héritages politiques des deux pays, à la fois au niveau principiel et au niveau des politiques publiques.

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