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Comment Sciences Po est passé en ligne ? Entretien avec Bénédicte Durand, Directrice de la formation
  • Bénédicte Durand, Directrice de la formation Bénédicte Durand, Directrice de la formation

14 000 étudiants issus du monde entier et sur tous les continents, 700 cours par jour : le passage en ligne imposé par la crise sanitaire a constitué un défi inédit pour Sciences Po. C’est aussi l’opportunité d’inventer de nouvelles façons d’apprendre et d’enseigner. Bénédicte Durand, Directrice de la formation, raconte l’énergie déployée par toutes les communautés dans cette aventure qui transformera durablement Sciences Po.  

Les cours à Sciences Po ont repris à distance depuis lundi 23 mars. Comment mettre en ligne 700 cours par jour ?

Bénédicte Durand : Les nuits ont été courtes ! Quand nous avons décidé de passer la fin du semestre en ligne, nous avons commencé par fixer trois principes directeurs : d’abord, préserver la qualité de la formation, et donc du diplôme. Ensuite, alléger la maquette pédagogique pour permettre aux étudiants de réorganiser leur travail en fonction de leur capacité de connexion. Enfin, développer un suivi individuel renforcé de tous nos étudiants. Puis, nous avons choisi l’outil le plus adapté : il s’agit de la plateforme Zoom, que nous testions depuis quelque temps déjà. En utilisant l’outil nous-mêmes, avec les équipes pédagogiques, nous avons pu définir ce qu’il était possible de faire avec, et ce qui devait se faire autrement. 

À Sciences Po, les parcours de formation sont nombreux, du bachelor au doctorat, et les formats pédagogiques très variés, de l’amphi aux “conférences de méthode” : qu’est-ce qui vous a guidé pour ce passage en ligne ?

B.D. : Nous avons resserré la maquette pédagogique sur l’essentiel, à savoir les fondamentaux de la formation ; mais nous conservons 80 % des cours. En considérant le fait qu’il fallait gérer une communauté étudiante qui est présente sur tous les fuseaux horaires de la planète, nous avons vite réalisé l’importance d’enregistrer les cours et de multiplier les supports pédagogiques. La nouvelle offre aujourd’hui est proposée pour une part sur Zoom mais aussi sur d’autres types d’outils - Moodle, e-mails, dépôts de documents sur Drive - pour éviter que les étudiants qui peuvent avoir des difficultés d’accès à internet ne soient pénalisés. D’où la nécessité de consacrer une semaine à la construction de cette offre... 

Qu’est-ce qui vous a guidé dans le choix des outils ? 

B.D. : On a voulu embarquer toute la communauté, des plus “experts” au plus débutants. Bien sûr, certains de nos enseignants étaient déjà très innovants en matière de numérique. Mais nous avons voulu construire une offre accessible à tous, y compris les plus novices. C’est l’opportunité pour nous de faire émerger une culture numérique partagée. Et de montrer que ces outils doivent s’intégrer dans la durée : notre monde a besoin de se réinventer avec moins de mobilité, plus de durabilité, et un contact préservé. 

Sciences Po compte des campus en région : comment le dispositif y est-il déployé et avec quelles spécificités ? Pourrait-il y avoir des mutualisations de cours ?

B.D. : Nous n’avons pas encore réfléchi en terme de mutualisation - nous avons eu le souci de  nous adresser aux étudiants dans leur communauté de campus, d’École. C’est important de garder ce cadre de solidarité, les étudiants se connaissent et se font confiance : il n’était pas question de “déranger” cela. En revanche nous avons tout de suite inclus les campus et les Écoles dans la réflexion pour co-construire cette nouvelle offre à tous les niveaux de formation et en prenant soin de respecter les spécificités pédagogiques. 

Comment accompagnez-vous les enseignants pour qu’ils s'approprient ces nouvelles approches ?

B.D. : Nous avons créé les comptes Zoom de tous les enseignants, équipes pédagogiques et administratives, et, nous leur avons envoyé des tutoriels très complets. Nous leur proposons des formations deux fois par jour pour les accompagner. Il faut évidemment adapter le format traditionnel des enseignements : deux heures de cours magistral en vidéo, c’est trop long. Mais chaque professeur est libre d’adapter sa session avec toute la souplesse nécessaire, en mêlant cours, chat, questions, échanges. Tout le monde découvre l’outil en même temps : profitons-en pour en faire un espace de liberté pédagogique. Cela servira pour la suite, j’en suis convaincue. 

Cette crise aura-t-elle des effets durables sur la façon d’enseigner à Sciences Po ? 

B.D. : Oui, je pense qu’on ne pourra plus reprendre les cours dans leur format traditionnel, comme si de rien n’était. Cette crise, c’est aussi l’occasion pour les enseignants et les étudiants de réaffirmer une volonté de poursuivre les apprentissages et la transmission des connaissances, coûte que coûte. Malgré la difficulté, il s’en dégage une énergie incroyable. Les étudiants et enseignants vont inventer des choses qu’ils auront envie de poursuivre, j’en suis convaincue !

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