Démocratie, Sécurité, Surveillance. Approche Transdisciplinaire

Démocratie, Sécurité, Surveillance. Approche Transdisciplinaire

Cours inter-semestre proposé par Didier Bigo et Benoît Pelopidas - 6 séances à partir du 10 janvier 2020
  • Actualité Sciences PoActualité Sciences Po

Didier Bigo est maître de conférences des universités à Sciences Po depuis 1988 et professeur à King’s College à Londres.

Benoit Pelopidas est titulaire de la chaire d'excellence en études de sécurité à Sciences Po (CERI) et fondateur du programme d'étude des savoirs nucléaires (Nuclear Knowledges). Il est également chercheur affilié au centre pour la sécurité internationale et la cooperation (CISAC) à l'Université Stanford et au European Leadership Network. 

1ère séance le 10 janvier 2020 puis 5 séances les 2, 9, 16, 23 et 30 Juin 2020

Le cours sera donné en anglais mais nécessite une connaissance passive du français.

Objectif 

Le cours est conçu pour être dispensé aux étudiants doctorants dans toutes les disciplines de l’école doctorale et sont ouverts aux étudiants en Master Recherche, ainsi qu’aux étudiants de l’EAP (politique publique, défense et sécurité), de PSIA (sécurité, migration, human rights), de l’Ecole de Droit (y compris clinique migration) lorsqu’ils envisagent des mémoires de recherche et sur dossier de motivation. Il vise à donner envie aux étudiants de dépasser leur spécialité et de proposer en lien avec leurs thèses et projets de recherche, des sujets transversaux combinant théorie politique, sociologie comparée, histoire et relations internationales. Il s’adresse donc aux étudiants de toutes les disciplines et encourage très fortement la transdisciplinarité et la recherche collective. 
Parmi les différents modes d’approche transdisciplinaire qui seront présentés, les intervenants s’appuieront sur les résultats des travaux d’enquêtes globales et les grounded theories – cf. Joanna Simeant en français et les auteurs d’International Political Sociology (section, revue, et collection d’ouvrages dont Transversal Lines). Ces approches transdisciplinaires sont reconnues mondialement mais elles sont encore peu enseignées en France. Le cours présentera la partie des approches et méthodes liées à ces reformulations transdisciplinaires en discutant les présupposés des savoirs disciplinaires sur ces sujets de sécurité, surveillance et pratiques démocratiques ainsi que les terrains à explorer. 

Problématique 

Comme point de départ, il s’ancrera dans les expériences de ceux qui subissent les effets des pratiques de sécurité et de surveillance. Il permettra aux participants de ressaisir la question des vulnérabilités et des possibilités de pratiques démocratiques sous un jour nouveau qui élargit le cadre disciplinaire de leur formation initiale. Par exemple, les étudiants de sciences politiques (relations internationales) seront amenés à observer comment les études stratégiques et les études de sécurité négligent souvent les formes de vulnérabilité non-matérielle spécifiques à la période de l’après 1945 et par conséquent laissent de côté la question des nouveaux obstacles et nouvelles pratiques démocratiques. Ils seront encouragés à ne plus voir la sécurité comme une réaction fonctionnelle à des menaces, mais à étudier les modes de production, de justification, et les formes d’institutionnalisation et de professionnalisation de la sécurité ; les étudiants de théorie politique seront amenés à réfléchir sur les contradictions épistémiques qui existent entre des approches de la sécurité associée à la protection et à l’étatisation et les approches de la surveillance qui associent la sécurisation avec des formes de violence, de contrôle et de gestion à distance de certains évènements transformés en problèmes. L’observation des pratiques, les méthodes qui y sont associées en sociologie et anthropologie viendront nourrir le débat de théorie politique sur le rôle de l’intellectuel et du champ académique dans ces domaines, par exemple les positions sur le renseignement, le secret, la raison d’Etat et les multi-positionnements des auteurs qui les discutent, ou les émergences de spécialités comme celle qui fait coïncider l’apparition de la science atomique, la nucléarisation du monde et la production de la figure de l’intellectuel de défense ; les non-juristes seront appelés à s’interroger sur l’inscription des pratiques de sécurité et de surveillance dans le droit, sur le rapport entre décisions judiciaires internationales, souveraineté nationale et prétentions des gouvernements à avoir le dernier mot sur un sujet particulier, ainsi que les pratiques au quotidien des métiers qui sont soumis à des rituels de secrets. Chaque thème de séance et la bibliographie associée, intégrera autant que possible des références aux différentes formes de savoirs de sciences sociales afin de prendre du recul par rapport à la segmentation disciplinaire sur ces sujets de démocratie, sécurité et surveillance
Les thèmes des journées et les séances de cours seront ajustés au plus près des intérêts directs des étudiants de l’année en cours comme cela a été le cas, avec succès, lors des séminaires RESO et les étudiants auront un rôle dans l’invitation des témoins et chercheurs ainsi que sur les séances de méthodes. 

Format 

Le cours sera organisé sous forme de journées de 6 heures, soit 6 journées et au total 36 heures sur les deux inter-semestres :  1 séance le 10 Janvier 2020 puis 5 séances les 2, 9, 16, 23 et 30 Juin 2020.
Le cours sera animé par Didier Bigo et Benoit Pelopidas qui seront ensemble pour chaque séance afin de créer une dynamique de conversation et de dialogues auxquels les étudiants participeront. Outre les deux enseignants, les séances convieront en même temps que les étudiants les research assistants des programmes ainsi que les collègues qui viennent pour des séjours ou journées de recherche. 
L’avantage d’être lié avec des projets de recherche en cours sera de donner de nombreuses opportunités aux étudiants doctorants d’être en contact direct avec des chercheurs français et étrangers dans un format leur permettant des interactions approfondies.

Agenda

Séance 1 : 10 janvier 2020
Ce que les relations internationales, les études critiques de la sécurité, la sociologie politique internationale et la théorie politique disent ou pas des liens entre démocratie, sécurité et surveillance. 
Didier Bigo et Benoît Pelopidas
Les deux premières parties seront une introduction magistrale 
La troisième partie sera une discussion de textes proposés à l’avance et une distribution des travaux des étudiants 
Séance 2 : 2 juin 2020
Secret, surveillance et démocratie
Didier Bigo et Benoît Pelopidas
Volet « grand témoin »: quelqu’un du monde du renseignement, quelqu’un de l’antitrrorisme, qulqu’un sur ls secrets industriels, pour que l’on puisse discuter avec eux de comment des jeunes chercheurs peuvent interroger des personnes des services ayant à connaître de secrets, quel est l’art du dicible et de l’entre deux
Volet méthodologique : quels secrets le chercheur doit-il respecter et comment s’y prendre ?
Analyse des  modes de recueil et de citation des paroles autorisées (confidences, récits anonymisés, Chatham House rules, question des secrets partagés)
Séance 3 : 9 juin 2020
Didier Bigo et Benoît Pelopidas
Quelle(s) (in)sécurité(s) les pratiques de la surveillance couplées à des discours sur la nécessité de préserver la démocratie produisent-elles ?
Volet « grands témoins »: un spécialiste des technologies de surveillance et de cybersécurité, un parlementaire, un défenseur du droit à la vie privée
Volet méthodologique : comment réaliser des entretiens avec les professionnels de la sécurité (polices, armées, industrie, renseignement, mondes nucléaires) réunion avec des chercheurs confrontés à ces différents univers sociaux
Séance 4 : 16 juin 2020
La question de l’oversight et son articulation avec les droits de l’homme 
Didier Bigo
Volet « grand témoins » : un(e) responsable d’une commission de contrôle des services, un juge qui a eu à traiter des dossiers impliquant des violations des droits fondamentaux, un ou des responsables d’ONG spécialisés sur les « litigation strategies » auprès des cours Europénnes et internationales
Volet méthodologique : « comment lire les arrêts » lorsque l’on n’est pas juriste ? Comment éviter les erreurs d’interprétation sur l cas et sur la jurisprudence qui peut s’en suivre ? avec des professeurs de droit et avocats spécialisés dans ces domaines. Le cas échéant on essaiera de suivre le procès Snowden après la parution de son livre si le procès se poursuit.
Séance 5 : 23 juin 2020
Quelle forme de surveillance les discours et pratiques de sécurité dans les démocraties libérales de l’après Seconde Guerre mondiale produisent-ils ?
Benoît Pelopidas
Le volet magistral de cette séance se concentrera sur les conséquences de la création de l’Etat de sécurité nationale et la nucléarisation des démocraties libérales après la Seconde Guerre mondiale (USA, R-U et France) et la production de l’impératif de détection comme condition de la sécurité supposée par la dissuasion nucléaire. Elle élaborera sur les dimensions non-matérielles de la vulnérabilité nucléaire mentionnées plus haut. Enfin, elle se concentrera sur la transformation de la figure de l’intellectuel avec l’apparition de l’autorité spécifique de la science atomique et l’apparition de « l’intellectuel de défense » qui modifie le rôle de l’intellectuel comme institution critique.
« Grand témoin »: un journaliste d’investigation à déterminer et un membre d’une ONG qui aide à la déclassification de documents. 
Le volet méthodologique de cette séance, en lien direct avec la question de la transformation de la figure de l’intellectuel jusqu’au lanceur d’alerte portera sur le rapport du chercheur ou de la chercheuse aux travaux des journalistes d’investigation et à l’obtention de dérogations pour la consultation d’archives publiques et privées.
Séance 6 : 30 juin 2020
Quelle démocratie les pratiques de surveillance et de sécurité produisent-elles ?
Didier Bigo et Benoît Pelopidas
Cette séance se veut la conclusion et le point d’aboutissement du cours. Elle sera façonnée à partir des interactions avec les étudiants au cours des séances précédentes. Elle s’appuiera dans un premier temps sur les modèles de démocratie (David Held) et les fonctions de cette dernière (Mark Warren) pour réévaluer ce qui est apparu dans le cours sur les effets de la surveillance sur la possibilité d’un gouvernement démocratique. On reviendra aussi sur les potentialités du numérique pour d’un part générer des mécanismes d’obéissance et de réduction de la citoyenneté au consumérisme et d’autre part contribuer à l’invention par certains groupes sociaux de formes de démocratie conciliant le « direct » et la « représentation ». On s’interrogera aussi sur les pratiques d’extension de la démocratie et les disputes qui en résultent (Boltanski) ainsi que sur les enjeux de procédures transnationales qui stabilisent les règles de droit dans des contextes d’exceptionalisme ou d’urgence permanente. 

Bibliographie indicative

  • Daniel Bessner, Democracy in Exile. Hans Speier and the Rise of the Defense Intellectual. Ithaca: Cornell University Press, 2018.
  • Didier Bigo, Tugba Basaran et. al. International Political Sociology. Transversal Lines. London: Routledge, 2017.
  • Didier Bigo, Engin Isin and Evlyn Ruppert (eds.), Data Politics. World, Subjects, Rights. London: Routledge, 2019.
  • Daniel Deudney, Dark Skies. London: Oxford University Press, forthcoming
  • Joseph Masco, The Theater of Operations: National Security Affect from the Cold War to the War on Terror. Duke University Press, 2014.

 

> Vous inscrire

Retour en haut de page