« Les doctorants ne doivent pas avoir peur de viser haut... »

« Les doctorants ne doivent pas avoir peur de viser haut... »

Entretien avec Mario Del Pero, Directeur des études doctorales en Histoire
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Envie de faire une thèse en histoire ? Discipline-phare enseignée dès le Collège universitaire, l'histoire est aussi l’un des piliers de la recherche à Sciences Po. Quelle recherche en histoire pratique-t-on à Sciences Po ? Comment trouver un sujet de thèse dans cette discipline ? ... Les conseils et réponses de Mario Del PeroProfesseur des universités à Sciences Po en histoire internationale et histoire des relations internationales, rattaché au Centre d’histoire de Sciences Po et directeur des études doctorales en histoire.

Quel est votre parcours ?

J'ai étudié l'histoire à l'Université de Bologne et obtenu mon doctorat à l'Université de Milan avec un séjour à l'Université George Washington. À l'époque, je pensais naïvement qu'étudier l'histoire moderne et contemporaine pourrait m'aider à faire carrière dans le journalisme. Je m'intéressais beaucoup aux relations internationales et aux États-Unis. Comme pour bien d’autres, la rencontre avec des grands professeurs et intellectuels a changé ma vie.

Ma thèse et mon premier livre portaient sur les relations entre les États-Unis et le parti démocrate-chrétien italien au début de la guerre froide. Après mon doctorat, j'ai d'abord été boursier Fulbright à l'université de Columbia, et bénéficié ensuite d’une bourse postdoctorale à l'Université de New York (NYU). J'ai ensuite écrit et co-écrit huit autres livres et de nombreux articles. Je suis rentré en Italie en 2003 et j’ai été embauché à mon alma mater à Bologne où j’ai travaillé jusqu’en 2013, tout en réalisant des séjours en tant que Visiting Professor à la New-York University et à Columbia.

Pour être honnête, Sciences Po était un peu inattendu : je ne connaissais pas très bien les universités françaises et n’avais jamais envisagé de postuler en France. Mais je souhaitais changer d’horizon et postuler à Sciences Po a été de loin l'une des meilleures décisions de ma vie…

Sur quoi portent vos recherches actuelles ? 

Je suis historien des États-Unis et de leur politique étrangère.

J’écris actuellement un livre qui sera publié chez Cambridge University Press - une micro-histoire du début de la guerre froide - sur une mission d’évangéliques texans à la fin des années 1940 et au début des années 1950 en Italie. J’essaie d’en étudier les nombreuses retombées, voire les répercussions au niveau mondial, ainsi que la manière dont la guerre froide a été le moteur de multiples processus d’intégration mondiale. Je travaille aussi sur la politique étrangère des États-Unis au début des années 90. J’espère que cette recherche fera l’objet d’un livre

Au Centre d’histoire, conjointement avec le département d’histoire internationale et le Centre IDEAS de la London School of Economics, j’organise un séminaire sur l’histoire internationale du XXe siècle. Nous lançons deux appels à contribution par an, le premier au printemps et l’autre à l’automne, sélectionnons un groupe de conférenciers - juniors (chercheurs : doctorants et post-doctorants) et seniors - et organisons des séances à Paris et à Londres.

Dans ce cadre, chaque année, les membres du Centre d’histoire de Sciences Po ont la possibilité de présenter leurs travaux en cours à la LSE.

Vous êtes aujourd’hui le directeur des études doctorales en histoire. En quoi est-ce intéressant d'accompagner les doctorants ?

Au risque de paraître banal, je pense qu’il n’y a rien de plus passionnant et de plus gratifiant dans notre profession que de travailler avec des doctorants. C'est au cours de la thèse que nous voyons de jeunes étudiants devenir des chercheurs originaux ; c'est au niveau du doctorat que se déroulent les recherches les plus innovantes.

Être directeur des études c’est assumer aussi des tâches administratives. Elles peuvent paraître rébarbatives à nombre d’entre nous, et c’est un peu vrai, mais c’est un élément clé de notre travail, en plus de l’enseignement et de la recherche.

Je suis très heureux d’avoir été nommé directeur des études doctorales en histoire.

D’après-vous quelles sont les clés pour bien réussir son doctorat ?

Le choix du sujet de recherche est essentiel et le conseil avisé du directeur de thèse doit venir le plus en amont possible. Ce choix doit être éclairé par des critères très simples, mais néanmoins fondamentaux :

a) une réelle passion pour le sujet choisi 

L'expérience de la thèse est souvent une expérience solitaire, en particulier pour les historiens à qui il est demandé de passer des heures sans fin dans les livres et dans les archives. Il faut absolument choisir un sujet de recherche qui passionne la doctorante, le doctorant ;

b) l'originalité du sujet : les doctorantes, doctorants sont des « chercheurs et chercheuses en devenir » ; ils ne doivent pas avoir peur de viser haut, car leurs recherches devront compter dans la discipline ;

c) pour compenser (contrebalancer) le point précédent, le sujet de recherche doit également être réaliste et réalisable (à commencer par la certitude que les sources primaires sont disponibles). J’ai vu trop souvent des doctorantes, doctorants se lancer dans des projets trop ambitieux et irréalistes. La tâche du ou des superviseurs et celle du comité qui sélectionne les étudiants admis au programme sont donc essentielles.

Pourquoi intégrer les doctorantes, doctorants au sein du Centre d’histoire de Sciences Po ?  

Je pense qu’il est fondamental non seulement de les intégrer dans un Centre de recherche, de les impliquer dans ses activités.

Au Centre d’histoire les doctorantes, doctorants sont impliqué.e.s comme co-organisateurs/organisatrices des séminaires et par le biais d’initiatives spécifiques telles que des conférences et des ateliers (le Centre d’histoire a mis en place depuis un certain temps un appel annuel pour un « colloque junior », en l’occurrence une conférence pour les étudiants /doctorants financée par le Centre).

Comme je l'ai souligné, les années de thèse peuvent être assez éprouvantes pour les doctorants en histoire ; le risque est de devenir isolé et exclusivement centré sur son domaine de recherche. Nous visons à former de bons chercheurs et des chercheurs originaux, c’est vrai, mais nous voulons également former des historiens capables de s’engager dans des échanges scientifiques qui aillent au-delà de leur spécialité, des enseignants capables d’assurer des cours orientés sur un sujet particulier mais aussi des cours généraux.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiantes, étudiants voulant faire un doctorat en histoire ?

L’immense privilège intellectuel de la recherche est contrebalancé par l’insécurité professionnelle et économique et par des carrières invariablement lentes et chaotiques ; il ne faut se lancer que si on a une véritable passion pour l'histoire. Il est important de travailler d'abord, et avant tout, pour développer une conscience et une sensibilité historiographiques et d’éviter de sauter dans les archives dès le premier jour comme cela arrive parfois. D'abord, lisez beaucoup. Ensuite, allez aux archives. Et - comme me le disait un collègue - comprenez que la vie est peut-être « trop courte pour écrire un bon livre » ... Il faut comprendre que la perfection ne relève pas de ce monde et, qu’à un moment, il faut savoir mettre un point final à ses travaux.

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