"Un mélange d’enthousiasme, d’ambition et de liberté très inspirant"

"Un mélange d’enthousiasme, d’ambition et de liberté très inspirant"

Pascale Cornut St-Pierre, Docteure de l'École de droit de Sciences Po
  • Pascale Cornut St-Pierre Pascale Cornut St-Pierre

Pascale Cornut St-Pierre est Docteure de l'École de droit de Sciences Po. Elle a obtenu le Prix Cabonnier 2018 et le Prix solennel de la Chancellerie pour sa thèse "Les swaps ou l’innovation financière aux mains des juristes. Contribution à l’étude socio-juridique de la financiarisation" soutenue en décembre 2017. Elle est professeure adjointe à la section de droit civil de la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa (Canada).

Pourriez-vous résumer votre parcours au sein de Sciences Po ?

Je suis arrivée à Sciences Po en 2012, pour le doctorat. J’avais fait toutes mes études antérieures au Québec – d’abord en philosophie, puis en droit – et je souhaitais découvrir de nouveaux horizons. Au moment de commencer la thèse, j’avais encore un attachement très incertain au droit : comparé à la philosophie, le droit m’offrait plus de prise sur le monde, mais j’y voyais une discipline dogmatique, remplie de personnes à l’esprit conformiste. Pour dire la vérité, j’avais même initialement prévu faire une thèse en sociologie, et ce sont les sociologues qui n’ont pas voulu de moi ! Ceci dit, j’ai tout de suite été charmée par l’ambiance qui régnait au sein de l’École de droit. Le programme doctoral en était encore à ses débuts – j’ai assisté à la soutenance de la première thèse à la fin de ma première année à Sciences Po – et j’y ai trouvé un mélange d’enthousiasme, d’ambition et de liberté très inspirant pour la jeune chercheuse que j’étais. L’interdisciplinarité et les approches critiques y étaient très valorisées et y nourrissaient un enseignement du droit fortement ancré dans la pratique – une combinaison étonnante, que je m’efforce à présent de reproduire dans mes propres cours. Mes années de thèse ont été ponctuées d’expériences très riches, sur le plan de l’enseignement comme de la recherche. Dès ma première année, on m’a par exemple offert d’enseigner un cours de sociologie du droit au Collège universitaire de Sciences Po, pour lequel on m’a donné presque carte blanche. Lors de ma deuxième année, j’ai pu effectuer deux séjours de recherche de plusieurs mois hors des murs de l’institution, le premier à l’Université McGill, à Montréal, et le second à l’Université Goethe de Francfort. J’ai aussi fait quelques séjours plus courts au Centre Perelman de philosophie du droit, à l’Université libre de Bruxelles. Ces expériences ont durablement marqué ma vision du droit et de moi-même en tant que juriste.

Aviez-vous un projet professionnel précis lorsque vous avez décidé d'effectuer un doctorat en droit ? Envisagiez-vous déjà une carrière académique ?

Mon objectif était clair dès le départ : je souhaitais faire un doctorat non seulement par curiosité et par amour du savoir, mais également en vue de rentrer au Canada et d’y poursuivre une carrière universitaire. Il faut dire que j’ai commencé mes études doctorales en étant un peu plus âgée que plusieurs de mes collègues : j’avais déjà eu l’occasion de tergiverser longuement quant à mon avenir professionnel !

Comment avez-vous défini le sujet de votre thèse ?

Je savais dès le départ que je souhaitais étudier les liens entre le droit et la finance, à l’aide d’une approche sociologique. Mais entre cette orientation générale et le choix définitif de mon sujet, il m’a fallu deux années complètes de recherche. Le choix de mon sujet n’avait donc rien d’évident. J’ai d’abord dû me familiariser avec l’univers de la finance et son jargon bien particulier, puis comprendre comment les sciences sociales pouvaient enrichir notre lecture des phénomènes financiers. Cela accompli, il me restait encore à retrouver le droit au milieu de toute cette technique financière ! On imagine souvent une finance qui se serait plus ou moins émancipée du droit au cours des dernières décennies, et j’ai mis du temps à comprendre que le droit se situait au contraire au cœur de la finance, à l’intérieur même des produits financiers. Avant cette découverte, je n’aurais jamais imaginé consacrer une thèse aux swaps !

Quel message souhaitez-vous transmettre aux étudiants de l'École de droit de Sciences Po et à ceux qui envisagent des études doctorales  ?

Si vous entamez des études doctorales, ayez le courage de vous perdre ! La thèse est une aventure intellectuelle dont on ne connaît pas d’avance le point d’arrivée : je crois qu’il faut l’accepter et se laisser guider par son intuition. Je me souviens des paroles de l’un de mes superviseurs qui, constatant mon désarroi devant mon incapacité à formuler clairement mon projet de recherche après une année entière de travail, m’avait confié que le contraire eut été bien plus inquiétant : un sujet qui s’énonce clairement après une seule année de recherche est probablement trop évident pour qu’il vaille la peine d’y consacrer une thèse de doctorat. Il avait raison : la bonne recherche prend du temps, et faire le choix d’un doctorat implique d’aller à contre-courant d’une époque où tout s’accélère.

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