Le FMI et la crise de la dette souveraine des années 1980. Une histoire orale

La crise de la dette des années 1980, centrée en particulier sur l’Amérique latine, est un chapitre majeur de l’histoire économique récente : première crise d’endettement souverain depuis les années 1930, elle va marquer aussi, dans beaucoup de pays, la fin du modèle économique développementaliste, fondé sur un rôle fort de l’Etat et la substitution d’importation. Dérégulation, réformes libérales et participation aux marchés globaux suivront de très près la crise de la dette et son corollaire au plan interne, les hyperinflations.

Cette longue crise (1982-1987) reste toutefois mal connue, surtout parce qu’elle est sortie très vite de l’actualité des économistes et des politistes, sans être encore reprise à part entière par les historiens. La plus grande partie de la littérature sur le sujet date donc des années 1985-1995, avec très peu de contributions depuis.

Le présent projet, conduit par Jérôme Sgard, veut donc reprendre à nouveau frais cet épisode de l’histoire contemporaine, en s’appuyant sur deux sources : les archives du FMI, très riches et très bien conservées, et une série d’entretiens détaillés avec les principaux acteurs de la crise. Il a été ainsi possible de rencontrer longuement au cours de l’année 2018 Jacques de Larosière (Directeur du FMI entre 1978 et 1987), Paul Volcker (Gouverneur de la Réserve Fédérale de 1979 à 1987), William Rhodes (principal coordinateur et négociateur du côté des banques commerciales), Charles Dallara (alors au Trésor américain), Guillermo Ortiz (resp. Banque centrale mexicaine) ou Angel Guria (Ministère des Finances mexicain). Une quinzaine d’autres acteurs et témoins de premier plan ont suivi ou suivront, issus du FMI, des administrations américaines, des pays endettés ou du monde académique.

L’objectif de ce projet est de publier un livre de référence sur la crise des années 1980. Par rapport à la littérature existante il soulignera en particulier la dimension d’improvisation éclairée, ou de leadership (pour prendre le langage des acteurs), qui a marqué en particulier les premières années de la crise ; à l’arrière-plan, une constante a été l’extrême difficulté de maintenir une coordination forte entre les banques créditrices, qui tout au long chercheront à sortir de l’action collective et à faire du free-riding sur la gestion de crise par les acteurs publics. Des pressions puissantes, souvent des mesures coercitives, devront être exercées par les régulateurs publics, dans tous les pays créditeurs, pour préserver ce cadre de négociation.