David P. Calleo

Quels sont les défis que la fin de la guerre froide pose à l'Union européenne ? Saura-t-elle les relever ? Quels liens lui faudra-t-il conserver avec les Etats-Unis ? Quelles relations devra-t-elle instaurer avec la Russie ?
Les enjeux sont énormes : il ne s'agit de rien moins que de la stabilité et de l'harmonie du monde au prochain siècle. Les défis sont de tous ordres : politiques et de sécurité, économiques, institutionnels. L'auteur les explore et plaide pour une approche débarrassée des idéaux fédéralistes les plus irréalistes. Il se penche ensuite sur les Etats qui joueront les principaux rôles dans l'avenir de l'Europe : à l'intérieur, l'Allemagne et la France, à l'extérieur, la Russie et les Etats-Unis, et tente d'évaluer les chances qu'aura l'Europe de parvenir à se hisser à la hauteur des circonstances.

L'Etat-nation, en tant qu'unité de base pour l'analyse des relations internationales, est de plus en plus contesté. Les pressions exercées par la mondialisation et le phénomène, qui lui est apparemment lié, de la régionalisation, remettent en question le concept de souveraineté nationale. Pourtant l'Etat-nation subsiste, les acteurs politiques nationaux, responsables surtout devant une opinion nationale, continuant de se préoccuper de la définition et de la défense des intérêts nationaux et, corollaire souvent implicite, de l'identité nationale.
Dans cette étude, l'auteur analyse le cas de la Malaisie, Etat-nation multiculturel et multiethnique, et tente d'éclairer les liens entre le global, le régional et le national en matière de relations extérieures. Ce faisant, il souligne l'importance des nécessités de la construction de la nation dans la définition et la formulation de la politique extérieure. Il examine notamment la participation de la Malaisie à quatre groupements : ASEAN, Organisation de la Conférence islamique, Mouvement des non-alignés et Commonwealth. Il analyse ensuite la politique "Look East" et la proposition de groupement économique est-asiatique, formulées par le Premier ministre malaisien Mahathir. Il fait ressortir les contraintes imposées par la complexité de la société malaisienne et le rôle double du Premier ministre : défenseur des intérêts de l'ethnie dominante, les Malais, et chef d'une coalition gouvernementale multiethnique. Le régionalisme ne représenterait pas simplement un compromis entre le global et le national mais un moyen de réinventer l'Etat-nation même

Eric Anglès, Chris Hensley et Denis-Constant Martin

Dans la Jamaïque des années 1970 se produit une conjonction assez rare : celle d'un culte syncrétique en plein essor, le rastafarisme ; d'un nouveau style de musique populaire, le reggae ; et d'un mouvement politique incarné dans l'un des deux grands partis de l'île, le People's National Party. Ensemble, bien que sous des formes différentes et sans jamais établir entre eux de relations exclusives, ils prennent en charge une intense aspiration au changement, à la fois culturel, social, économique et politique. Aujourd'hui, le rapport des Jamaïcains à leur histoire a effectivement changé; dans beaucoup d'esprits, la dignité et la fierté ont remplacé l'aliénation et le mépris de soi. Pourtant le système politique, les inégalités sociales demeurent ce qu'ils étaient il y a vingt-cinq ans. Et la Jamaïque s'interroge encore sur ce que pourrait être son avenir. Les textes réunis ici analysent les conditions qui ont permis la rencontre du rastafarisme, du reggae et des forces politiques jamaïcaines et étudient l'évolution récente de la musique populaire pour essayer de mieux comprendre les transformations qu'a subies la société jamaïcaine, et leurs limites.

Anne Gazier

Plus d'un an après l'échec du putsch d'août 1991, quel type de pouvoir s'est instauré en Russie?
L'étude de l'évolution des pouvoirs locaux dans cinq régions voisines appartenant à une même zone économique, le Centre-Terres noires, met en lumière une étonnante continuité. En effet, malgré la mise en place de nouvelles institutions locales censées être "démocratiques" et l'application de réformes économiques d'inspiration libérale, il apparaît que le pouvoir, dans ces régions, est resté, avec la complicité du Centre, pour l'essentiel entre les mains des membres de l'ancienne nomenklatura. En outre, son exercice se révèle très fortement marqué par le recours aux méthodes et moyens d'action autoritaires qui caractérisaient le système soviétique.

Marie-Paule Canapa

La fin du communisme en Yougoslavie a abouti à l'éclatement du pays et à la guerre. Mais les nouveaux Etats qui se sont séparés de la fédération sont eux-mêmes (sauf la Slovénie) pluriethniques. Comment géreront-ils ce problème ? Cette question, même si elle se pose d'abord en termes de droit des minorités, soulève un problème de démocratie en général. Les principes de base de l'organisation de la démocratie dans l'Etat "national" empêchent une pleine affirmation des membres des minorités en tant que citoyens définis d'abord, parfois presque exclusivement, comme membres de leur nation.
Peut-on envisager un autre mode d'appartenance à l'Etat, une participation plus effective à la prise de décisions ? Ce sont en fait des questions cruciales de la démocratie qui sont ici en cause (laïcité au sens large, décentralisation) ; c'est aussi le rôle du critère ethnique dans l'organisation politique et des perversions possibles qu'il induit (Bosnie-Herzégovine)

Françoise Aubin

L'auteur a cherché, en réunissant et en commentant cent quarante références de livres publiés sur le Tibet dans les années 1980 à 1992, à fournir un outil critique pour l'utilisation d'une littérature riche et variée, mais souvent entachée de partialité.
Les références sont données selon un ordre thématique et classées en quatre grandes parties : Les traditions de la haute culture ; Le Tibet éternel au quotidien ; Le Tibet hors de la Chine (l'avant-communisme et l'exil) ; Le face à face entre le Tibet et la Chine populaire.
Carte, index

L'auteur, après avoir revendiqué le droit de contester les aspects monétaires des Accords de Maastricht sans encourir l'accusation de nationalisme anti-européen, se demande si la voie choisie dans ces accords est la plus à même de préserver la synthèse d'efficacité économique et de solidarité sociale qui a longtemps distingué l'Europe occidentale des autres parties du monde.
Après avoir examiné la logique qui sous-tend la politique actuelle fondée sur le couple stabilité monétaire / désinflation compétitive, il analyse les effets pervers inhérents à cette stratégie. Il montre ensuite qu'on ne saurait attendre de la construction européenne qu'elle induise spontanément un rapprochement des économies des pays membres : c'est le paradoxe de la divergence. Après avoir suggéré que la Communauté ne saurait se passer de politiques économiques différenciées, il examine les termes du choix qui se pose si l'on veut préserver le couple efficacité économique / bien-être social : accélérer le passage vers une monnaie unique qui irait de pair avec le renforcement de politiques budgétaires nationales, ou bien définir un autre cheminement pour la construction européenne privilégiant le développement d'une monnaie parallèle.

Radovan Vukadinovic

La désintégration violente de la Yougoslavie secoue profondément les Balkans. La naissance de nouveaux Etats issus de l'ancienne fédération, la disparition de celle-ci, naguère pilier de la péninsule, la recherche d'appuis extérieurs par les parties en conflit ont transformé des paramètres régionaux déjà profondément infléchis par l'effondrement des régimes communistes.
Radovan Vukadinovic passe en revue tous les acteurs, anciens ou nouveaux, de la région en analysant minutieusement leurs craintes, leurs intérêts à court et à long terme, l'évolution de leurs relations. Dans son dernier chapitre, il s'interroge sur les nouvelles lignes de force qui se dessinent dans un paysage encore confus. Il relève les imperfections d'un modèle trop calqué sur le passé qui comporterait une alliance centre-européenne ("catholique") et une "alliance orthodoxe". Mais il décèle deux coalitions plus modestes en voie de formation : Grèce-Roumanie-Serbie et Turquie-Bulgarie-Albanie.

Denis-Constant Martin

Les mouvements politiques qui ont animé récemment l'Europe de l'Est et l'Afrique sub-saharienne posent une fois encore la question des conditions et des modalités du changement politique. Ils soulèvent notamment le problème du rapport entre des phénomènes qui perdurent, manifestant une continuité des sociétés en certains de leurs traits au moins, et d'autres phénomènes qui bouleversent, faisant éclater dans l'immédiat le changement. Les interprétations présentées, d'un côté, en termes de "retour à une identité bafouée", de "retrouvailles" avec le passé ou, de l'autre, sous l'angle du "tribalisme" ou du "réflexe clanique" n'aident guère à comprendre mieux comment interagissent phénomènes de longue durée et phénomènes éphémères.
Ce texte propose quelques pistes pour tenter de dépasser leur opposition, pour éviter d'en privilégier certains au détriment d'autres. Il suggère que l'imprégnation culturelle des systèmes, des pratiques et des représentations politiques peut être reconstruite analytiquement dans le concept de "culture politique". Celui-ci fait une large place aux dynamiques (impulsant l'innovation politique) tout en prenant en compte la complexité des transmissions (assurant la continuité). Il suppose que la continuité nourrit l'innovation en s'attachant plus particulièrement à l'étude de trois couples de forces : la dialectique des dynamiques du dehors et des dynamiques du dedans, la dialectique de l'affectivité et de la rationalité, la dialectique de la tradition et de l'innovation ; couples de forces dont le jeu doit être observé aussi bien dans les "lieux officiels" du politique que dans les lieux apparemment non politiques, mais qui peuvent être "investis" par le politique

Zaki Laïdi

La perception couramment admise d'un décalage entre l'ampleur des ressources politiques des Etats-Unis - encore accrues par l'effondrement de l'URSS - et leur affaiblissement économique repose le problème de la puissance américaine. L'Amérique n'est-elle pas passée, notamment depuis 1985, du statut de puissance hégémonique, c'est-à-dire d'une puissance capable de consentir des sacrifices économiques et financiers en faveur d'alliés politiques privilégiés, à celui de puissance prédatrice, autrement dit d'acteur maximisant ses ressources politiques pour faire partiellement assumer par d'autres le coût de son déclin économique ?
En se plaçant dans une perspective essentiellement économique et en s'attachant surtout à l'observation des rapports entre les Etats-Unis et les nouveaux pays industrialisés d'Asie et d'Amérique latine, Zaki Laïdi explore cette hypothèse et conclut que, malgré le durcissement de l'exercice de la puissance américaine, celle-ci ne peut pour autant être qualifiée de prédatrice.