La mise sur agenda de la lutte contre la pauvreté à la Banque mondiale et au PNUD s'inscrit dans le temps long des politiques de coopération depuis les années 1970. Après deux décennies d'ajustements structurels et de programmes de désendettement (1996 et 1999), l'efficacité de l'aide a été amplement remise en cause. En réaction, les Objectifs du millénaire et l'insistance des bailleurs de fonds pour une plus grande efficacité de l'aide ont transformé les programmes de développement en programmes de lutte contre la pauvreté. Cet article analyse le développement des indicateurs, instruments d'analyses et modèles entourant les programmes de lutte contre la pauvreté. L'émergence de ces instruments techniques n'a pas marqué de réelle rupture dans l'élaboration des politiques mises en œuvre. Les soi-disants fondements démocratiques aux programmes ne favorisent guère le débat politique sur les causes de la pauvreté et des inégalités.

Pourquoi partent-ils ? A cette question, tout un chacun répond généralement parce qu'ils sont pauvres et/ou qu'ils n'ont pas de travail. La pauvreté joue sans doute un rôle déterminant dans les migrations internationales mais est loin de suffire à les expliquer. Par ailleurs, l'importance des montants des transferts de fonds émanant des émigrés vers leur pays d'origine laisse à penser aux institutions internationales et aux Etats qu'ils pourraient participer au développement. L'exemple des ressortissants maliens en France analysé dans cet article appelle à repenser les notions de pauvreté et de richesse au-delà de leur acception économique.

Camille Goirand

Le texte propose tout d'abord une description du positionnement du Nordeste dans les inégalités nationales. Les Etats qui composent cette région présentent les indicateurs de pauvreté les plus élevés, les plus faibles niveaux de développemen et les inégalités les plus importantes au sein du Brésil. La suite de l'article est consacrée à l'analyse du positionnement du Nordeste dans les rapports de pouvoir, les équilibres économiques nationaux, les circulations humaines et les imaginaires nationaux brésiliens. L'attention est portée, dans un premier temps, au processus de construction historique de la position périphérique de cette région, marquée, d'une part, par la force des oligarchies conservatrices et une riche histoire de mobilisations contestataires et d'autre part, par les politiques d'aménagement du territoire menées depuis la capitale fédérale. Dans un second temps sont abordées les continuités et transformations des rapports de domination propres à cette région, avec une mise au point sur les politiques actuelles de lutte contre la pauvreté et quelques éléments de débats sur la redéfinition participative des politiques de développement.

Alice Ekman

Deux catégories de population pauvre existent en Chine : celle des zones rurales, la plus démunie et la plus vaste, et celle des villes, constituée principalement de migrants. Ceux-ci, paysans venus chercher du travail et une opportunité d'améliorer leurs conditions de vie en zone urbaine, représentent aujourd'hui entre un quart et un tiers de la population des grandes villes chinoises et près de 20% de la population totale du pays. Les différences de revenu et de mode de vie existent dans toutes les sociétés urbaines, développées ou en développement. Mais le cas chinois est particulièrement marquant pour deux raisons : l'ampleur du décalage et le nombre de personnes concernées. Les migrants constituent une part significative de la population active et vivent différemment des autres citadins. Avec eux émerge une nouvelle catégorie sociale qui n'existe nulle part ailleurs, résultat d'un exode rural massif dans le pays le plus peuplé du monde.

Evelyne Ritaine

La construction politique de la frontière extérieure de l’UE en Méditerranée, envisagée du point de vue des Etats de l’Europe du Sud (Espagne, Italie, Grèce, Malte), montre l’importance de la charge politico-symbolique du contrôle de la frontière pour ces Etats. Elle détermine en grande partie les modalités des contrôles mis en place, et les intrications entre décisions nationales et décisions européennes. La mise à l’agenda de cette question fait apparaître une version méditerranéenne des frontières extérieures de l’UE, largement déterminée par les conditions d’intégration des différents pays méditerranéens dans l’espace Schengen. Ce nouveau régime frontalier révèle des jeux politiques complexes, tant cette frontière méditerranéenne est saturée par des échanges politiques qui en construisent une vision sécuritaire. Considéré comme un produit de ces différents processus et tensions, l’actuel dispositif de contrôle apparaît bien moins planifié et légal-rationnel qu’erratique et travaillé par des tensions permanentes, entre tactiques internes, stratégies étatiques et tentatives de communautarisation.