Ivan Manokha, Mona Chalabi

La dernière crise financière a mis l'État et le système international à rude épreuve. Dans ce contexte, on aurait pu s'attendre à une explosion de la littérature de la discipline qui revendique un monopole intellectuel sur le domaine international : les Relations internationales (RI). Or, comme le constate cette recherche, très peu d'universitaires spécialistes des RI ont tenté d'analyser la crise. Le présent article cherche donc à expliquer ce manque d'engagement ainsi que les apories du petit nombre d'?uvres qui ont essayé de traiter de la crise en mettant en évidence les limites de l'orthodoxie de la discipline. L'article affirme donc que la discipline des RI s'intéresse principalement à l'analyse des interactions politiques entre États souverains, leur comportement les uns vis-à-vis des autres au sein d'un système anarchique où chacune de ces entités territoriales poursuit ses intérêts nationaux, souvent vaguement définis en termes de pouvoir ou de ressources. En faisant ainsi prévaloir le politique sur l'économique, l'extérieur sur l'intérieur, les acteurs étatiques sur les acteurs non étatiques ainsi que l'étude du conflit sur l'analyse d'autres types d'interactions, la discipline des RI est structurellement, en soi, incapable de traiter ni de rendre intelligible la dernière crise financière et ses conséquences. L'article esquisse une autre approche qui cherche à surmonter les dichotomies qui caractérisent l'orthodoxie et à offrir une explication plus holistique de la crise.

Christian Milelli, Françoise Hay

L’arrivée en Europe de firmes originaires de Chine et d’Inde est un phénomène certes récent, mais qui doit être vu comme une dynamique durable traduisant l’essor économique des deux géants asiatiques. Dans cette perspective, il est opportun de détailler les principaux traits d’investisseurs qui restent encore largement méconnus en Europe en dehors d’un cercle restreint d’initiés, et qui présentent des caractéristiques spécifiques dont certaines se recoupent parfois ; l’explication de cette diversité est à rechercher dans des expériences historiques nationales singulières. L’exploration de la question des modalités d’inscription territoriale des filiales de ces entreprises éclaire les choix, la nature et l’intensité des différentes interactions. Enfin, l’examen de la thématique des conséquences de la venue de ces nouveaux investisseurs sur les économies et les sociétés européennes permet tant de désarmer d’éventuelles paranoïas infondées que de mieux cerner et faire face aux différents enjeux. L’enseignement principal de cette réflexion réside dans la nécessité d’un suivi périodique et méthodique d’un phénomène qui n’en est encore qu’à son adolescence.

D’une manière générale, l’économie politique peut être défi nie notamment comme l’analyse des relations d’échanges économiques et politiques propres à des groupes sociaux particuliers, inscrits dans des contextes historiques donnés. La force de l’approche weberienne tient à la mise en valeur des orientations subjectives qui fondent ces échanges et qui renvoient à des « types d’homme », expressifs d’une période historique parti culière. Cette étude analyse et compare les écarts que révèlent certains traits de l’économie capitaliste de marché et de l’économie communiste de type soviétique par rapport aux idéaux-types du marché, de la bureaucratie et des formes de la domination politique. Elle insiste notamment sur les figures « hybrides » du charisme et de la « bureaucratie patrimoniale ».