Amandine Regamey

Ce texte se fixe pour objectif d’analyser une légende de guerre – celle des femmes snipers qui auraient combattu en Tchétchénie contre les forces russes. Née dans les troupes russes, accréditée par le pouvoir politique, diffusée par les films et la fiction littéraire, cette légende offre un accès aux imaginaires de guerre et aux représentations qui prévalent parmi les troupes qui ont combattu en Tchétchénie, mais plus largement dans la société russe. Partant de l’idée que cette légende a des significations multiples, dont la conjonction contribue à son succès, on en développe l’analyse selon trois axes. La légende permet tout d’abord de donner du sens à la guerre en construisant l’image d’une Russie agressée, autour de la figure de la mercenaire balte – les « Collants blancs ». Elle s’incarne ensuite sur le terrain, répondant à l’expérience subjective des soldats en Tchétchénie et permettant aux autorités russes à la fois de désigner un ennemi et de justifier les violences. Enfin, la légende permet aux hommes servant en Tchétchénie de construire leur identité masculine dans et par la guerre, face à la menace imaginaire posée par ces femmes ennemies. En filigrane de cette recherche on trouve une interrogation sur ce que l’étude des légendes de guerre peut apporter à la compréhension d’un conflit et sur la manière dont on peut travailler avec des sources éparses et des témoignages sujets à caution pour construire un objet de recherche.

Adeline Braux

Le grand mouvement d'échanges migratoires qui a eu lieu dans la période ayant immédiatement suivi la disparition de l'URSS a conduit à la constitution, sur le sol russe, de ce qu'on appelle désormais des « diasporas ». Pour les communautés immigrées arménienne, azerbaïdjanaise et géorgienne, le petit commerce demeure une voie d'intégration économique privilégiée, suscitant souvent des réactions d'hostilité dans la société russe. À bien des égards, elles font figure désormais de minorités intermédiaires, sortes de « tampons » entre les élites et les masses, d'autant plus que, depuis les années 2000, le curseur des griefs faits habituellement aux immigrés, semble s'être déplacé vers les migrants originaires d'Asie centrale. Contrairement à ces derniers, les ressortissants des pays du Sud-Caucase peuvent toutefois compter sur l'appui de leurs pays d'origine qui ont développé, à des degrés divers, des politiques à destination de leurs émigrés.