Recherche et usage des statistiques sur l’international et le mondial

Cette section s’inscrit dans les savoir-faire méthodologiques du collège universitaire. Voir aussi les autres ressources “lire, analyser et produire des textes, données et images“. 

Remarques préalables

• Les « données » (tableaux de statistiques, data, big data) font aujourd’hui partie des outils d’analyse des chercheurs en sciences sociales (saisir une réalité sociale par des chiffres), des experts et des concepteurs de politiques publiques (gouverner en s’appuyant sur les données). Facilement accessibles elles sont également utilisées pour l’information, la communication et la vulgarisation auprès du grand public.

• Face à cette prolifération d’accès et d’usage, il est nécessaire d’être vigilant et de mettre en place de bons réflexes d’analyse critique. En effet, ces données ne sont pas la réalité et n’ont que l’apparence de la neutralité. Il s’agit de constructions complexes, issues de chaînes de production parfois longues et qui impliquent des auteurs variés.

• Les données sur l’international sont majoritairement construites par agrégation de statistiques nationales, rares sont celles qui ont été initiées à un niveau international (comme l’IDH du PNUD- créé en 1990). Si les Organisations internationales – avec les contraintes liées à leur fonctionnement interétatique) restent les principales productrices de données, bien que les ONG construisent des indicateurs pour défendre leur cause, et les centres de recherche et think tanks développent leur expertise en s’appuyant sur des indicateurs qu’ils construisent. Ces auteurs/acteurs statistiques peuvent coopérer ou être en concurrence. Dans tous les cas, ces données « inter-nationales » peinent encore à rendre compte de façon fine des enjeux véritablement mondiaux et transnationaux.

• Les choix de définitions, d’unités de mesure, de méthodes d’homogénéisation, de pondérations, d’agrégation, de construction de modèles statistiques… doivent donc être analysés avec précision en amont de l’utilisation des données. Il s’agit alors de les considérer à la lumière de leurs auteurs, du contexte de leur conception, de leur production et de leurs usages (institutionnel, politique, idéologique et technique).

• Au cours des 3 années de formation au Collège universitaire, les données quantitatives sur l’international se rencontrent dans trois types de situations :
– chercher et traiter des données quantitatives pour démontrer/vérifier/illustrer,
– trouver des données quantitatives au cours de lectures de tous types,
– construire un tableau avec ses propres données.

Réflexes indispensables

Pour pouvoir aborder et utiliser une base de données, il est nécessaire :

+ d’identifier l’auteur (individuel ou collectif), la date et le contexte de production (rapport annuel, publication exceptionnelle…),

• de vérifier qu’il s’agit de l’intégralité du jeu de données ou d’une extraction opportuniste (un peu fort… « délibérer » ou « voulue » ?) susceptible d’en modifier le sens,

• de savoir avec précision de quoi il est question (définitions, glossaire et mode de calculs doivent être fournis) et dans quelle temporalité (dernières dates disponible seulement ou séries historiques),

• de s’interroger sur les unités (monnaie courante ou constante, parité de pouvoir d’achat…) et sur les agrégats (des données ou des unités géographiques),

• de ne pas isoler une donnée de son contexte et de croiser les sources, en fonction des définitions et des producteurs de données (ce qui peut réserver bien des surprises),

• de toujours être dans une posture comparative dans le temps et dans l’espace (à toutes les échelles), mais en ne comparant que ce qui est comparable (donc calculer des taux par exemple, utiliser une base 100, etc.),

• d’enregistrer toutes les métadonnées,

• et enfin, pour les grandes données de référence en sciences sociales, de les stocker de façon ordonnée et indépendante de l’exercice particulier qui a occasionné la recherche, afin de constituer progressivement un ensemble documentaire personnel et transdisciplinaire auquel il est facile de revenir au cours des 3 années.

Quelques suggestions par grands thèmes

Références bibliographiques :
DESROSIERES (Alain), Pour une sociologie historique de la quantification. L’argument statistique I, Paris, Presses de l’École des Mines, 2008, 329 p.
DESROSIERES (Alain), Gouverner par les nombres. L’argument statistique II, Paris, Presses de l’École des Mines, 2008, 336 p.

Photo : Phongphan/Shutterstock

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