Lire et faire des cartes

Cette section s’inscrit dans les savoir-faire méthodologiques du collège universitaire. Voir aussi les autres ressources “lire, analyser et produire des textes, données et images“. 

Une version composée avec les illustrations est disponible dans une présentation (pdf).

Nous vivons dans un monde d’images dont le volume et la diffusion sont en croissance rapide (révolution internet/réseaux sociaux, montée du big data, applications plus accessibles, etc.)

Par « traitement graphique des données » on entend l’ensemble des opérations qui transforment des informations « lues » (textes, nombres) en images « vues » (cartes, diagrammes, schémas).

Ces traitements ne sont pas l’exclusivité d’une discipline (la géographie), ni d’une profession (les cartographes), comme en témoigne l’essor du datajournalisme et des dataviz.

Ces visualisations sont une interprétation de la réalité. Elles résultent d’une série de choix, opérés par leur auteur et qu’il faut connaître.

Il convient donc de systématiquement exercer un regard critique sur les images.

1. [lire] CHERCHER une carte/un diagramme

Formuler sa recherche

Exemple : « la pauvreté dans le monde »

  1. Décomposer le sujet en mots clés ou indicateurs précis.
    indice de Gini, malnutrition, IDH, nombre de médecins, analphabétisme, accès à l’eau, etc.
  2. Et en même temps, instruire la question de façon large.
    pauvreté économique, développement humain, sécurité humaine, etc.
Source : Benoît MARTIN, “Quelles « mesures » pour quantifier la pauvreté ? Les indicateurs produits par les organisations internationales”, CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 10/10/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part1/quelles-mesures-pour-quantifier-la-pauvrete

Faire le tri dans les résultats

Exemple : « les inégalités mondiales »

  1. Distinguer les sources primaires des sources secondaires.
    l’ONG Oxfam publie une étude dont les estimations sont reprises par la presse.
  2. Associer les ressources papier (atlas) et en ligne (cartothèques).

2. [lire] REGARDER une carte/un diagramme

Dissocier le contenu de la forme

Une carte peut être intéressante pour les informations qu’elle contient mais inadaptée par la visualisation choisie, ici, inutilement figurative.

Source : Sida : l’Afrique du Sud retrouve lentement espoir Le Point. Article publié le 30/11/2014 à 18:06 | Le Point.fr

Repérer, visuellement, quelques grands « types » d’informations

  • Le temps : situation ponctuelle (synchronie) et évolution (diachronie).
  • Les quantités (proportions ou dégradés) ou les qualités (couleurs, symboles différents).
  • Les quantités absolues (nombres et effectifs) et relatives (ratios et %).
Source : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete

3. [lire] ANALYSER une carte/un diagramme

Interpréter le message de l’image

Que montre l’image ? géographie, contrastes, évolutions, ordres de grandeurs, etc.

S’assurer de la rigueur de l’image

Être vigilant en cas d’absence ou d’imprécision concernant : la source des informations, les auteurs, le titre, la date, la légende, les choix et traitements opérés.

Confronter cette interprétation avec d’autres

  • S’interroger sur la pertinence des informations et sur l’articulation auteur/données/traitement/résultat/message.
  • Se renseigner sur l’auteur, son activité, le contexte historique et/ou idéologique.
  • Croiser avec d’autres cartes/graphiques, d’autres sources, d’autres types de ressources (articles, photos, etc.).

Exemple : la carte du « clash des civilisations » est à lier à la période (fin Guerre de la froide) et aux thèses de l’auteur (Samuel Huntington).

Source : Samuel Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, Simon & Schuster, 1996

4. [faire] FORMULER la question

La question de départ dépend de l’objectif

  • Introduire/replacer dans un contexte :
    la visualisation fournit des informations de cadrage et/ou montre la complexité du sujet traité.
  • Apporter des éléments de preuve : la visualisation illustre/soutient une argumentation.

Deux approches possibles

  • Découper une question large en plusieurs sous-questions qui feront l’objet d’autant de cartes/graphiques.

Exemple des exportations d’armes de la Russie

Source : http://ceriscope.sciences-po.fr/puissance
  • Conserver une approche englobante à travers une carte de synthèse.

Exemple de la production et commerce mondial de bananes

Synthèse de la production et du commerce (national et international) de bananes et de plantains.

5. [faire] RASSEMBLER les matériaux

Le tableau de données

  • Structurer les données dans un tableur (objets en lignes, variables en colonnes) pour pouvoir ensuite traiter, comparer, visualiser, etc.
  • Conserver les métadonnées (unités, sources, lien internet, date du téléchargement, méthode employée, références scientifiques, etc.)

Le fond de carte

Il doit être choisi en fonction de l’objectif de la carte et des données rassemblées : l’échelle (un cadrage régional ou mondial ne montrera pas la même chose), le centrage (le « point de vue » de la carte, la zone étudiée est souvent placée au centre), la projection (attention : les déformations  et les coupures produisent du sens).

Voir les « fonds de carte » de la cartothèque de l’Atelier de cartographie de Sciences Po.

Source : cartothèque de l’Atelier de cartographie de Sciences Po. http://cartotheque.sciences-po.fr

6. [faire] TRAITER et VISUALISER les données

Explorer/traiter le tableau de données

  • S’assurer de la bonne comparabilité des données (source, unités, années).
  • Repérer puis questionner les valeurs maximum, minimum, nulles et manquantes.
  • Puis, éventuellement, opérer des calculs simples : distribution de la série (moyenne), taux (%, par habitant), évolutions dans le temps (ratio), soldes (différence).

Choisir la visualisation

Source : FNSP. Sciences Po, Atelier de cartographie

7. [faire] CHOISIR UN OUTIL

En fonction de l’image souhaitée et des compétences

  • Crayonner à la main est parfois plus efficace et plus rapide.
  • Opter pour le logiciel/l’application simple et paramétrable.

Exemple d’outils : Khartis, une application libre et gratuite pour faire des cartes ou un tableur (Excel, Google sheet) pour faire des graphiques.

Séance de travail à l’Atelier de cartographie avec des étudiants du cours Espace mondial. Photo : Caroline Maufroid/Sciences Po

8. [faire] Composer un HABILLAGE RIGOUREUX

Des informations incontournables

Car elles seules permettent d’apprécier la rigueur scientifique de l’image produite, il faut donc être exhaustif et précis.

1250-1260 L’invasion mongole

Éléments à figurer

  • Titre : toujours précis, plutôt court (qu’il soit descriptif ou problématisé),
  • Légende : classement des figurés, graduation des échelles/des axes, unités, année,
  • Source : organisation ou auteur, publication, lien internet, année, date d’extraction,
  • Crédits : auteur, copyright, et organisme/contexte de création, date de réalisation

Exemples : carte historique (espace islamique au XIIIe siècle), carte statistique (flux de passagers aériens) , graphique (remises des migrants).

Extrait de l’Atlas des migrations environnementales – Presses de Sciences Po – 2016

Photo : Rawpixel.com/Shutterstock