Franck Boutté, directeur de l'agence Franck Boutté Consultants
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Rencontre avec Nathalie Jacquet, directrice de la stratégie et du développement

Nathalie Jacquet, directrice de la stratégie et du développement. Crédits : Thomas Arrivé / Sciences Po

Nathalie Jacquet, directrice de la stratégie et du développement. Crédits : Thomas Arrivé / Sciences Po

Après avoir piloté le chantier du campus Sciences Po de Reims, Nathalie Jacquet est devenue directrice de la stratégie et du développement en octobre 2017. Elle évoque le rôle incontournable du mécénat dans le financement de Campus 2022.

En octobre dernier, la direction de la stratégie et du développement a lancé la campagne des 150 ans de Sciences Po. À quoi doivent servir les fonds collectés ?

La campagne Sciences Po 2022 doit permettre de collecter des fonds sur 4 ans pour financer les trois volets du projet de grand campus de Sciences Po.
Le premier de ces volets est la politique d’ouverture de l’établissement à tous les étudiants : Sciences Po va poursuivre sa politique de déploiement à l’international, favoriser l’égalité des chances via le développement de nos systèmes de bourses, et veiller à l’accessibilité de tous ses équipements.

Le deuxième volet est l’innovation pédagogique et la recherche, qui sont l’ADN d’une institution universitaire pluridisciplinaire comme Sciences Po.

Enfin, ces ambitions trouveront une expression concrète dans le volet immobilier : outre le site de l’Artillerie, qui constitue le chantier le plus visible, il s’agit aussi de rénover les autres bâtiments répartis de part et d’autre du boulevard Saint-Germain-des-Prés. L’ensemble constituera notre nouveau campus parisien.

Devenir donateur, est-ce à la portée de tout le monde ?

Chaque donateur a son importance, quels que soient ses moyens, quel que soit son statut – qu’il agisse à titre personnel ou au nom de son entreprise.
Concernant les particuliers, on peut distinguer deux catégories.

Les donateurs qui versent des montants modestes alimentent le fonds annuel. Ils sont des contributeurs réguliers, ou bien font des donations dans des contextes précis, en lien avec la déclaration de l’impôt sur le revenu par exemple. Parce qu’il est pour nous une garantie de visibilité budgétaire, ce soutien dans la durée est extrêmement précieux.

Les très grands donateurs ont quant à eux tendance à s’investir de manière plus ponctuelle sur des projets particuliers. Ils peuvent choisir de financer le chantier de l’Artillerie, ou de parrainer pendant une année le programme Conventions éducation prioritaire : en définissant en amont l’affectation de leur don, ils entretiennent un lien privilégié avec le projet identifié.

Outre les donateurs individuels, les entreprises et fondations peuvent aussi devenir mécènes de Sciences Po.

En effet. Nous sommes ainsi soutenus par une centaine d’entreprises, avec qui nous nouons la plupart du temps une convention sur 3 ans. Elles s’engagent dans un ou plusieurs projets. Elles peuvent par exemple choisir d’affecter leur don à la rénovation d’espaces, se positionner comme partenaires d’une École, financer des bourses pour l’égalité des chances, ou encore prendre une table au gala de Sciences Po : nous tenons à leur disposition une liste avec un éventail de projets et construisons des propositions au plus près de leurs attentes.  

Enfin, nous sollicitons également les fondations, qu’elles soient individuelles, familiales ou d’entreprise. La démarche est ici particulière : nous devons leur prouver que le soutien à une institution comme Sciences Po correspond à la cause qu’elles défendent.

Quelles sont les contreparties de ce partenariat ?

Tout est extrêmement encadré en la matière : d’un point de vue juridique, pour qu’une institution puisse faire appel à des mécènes, il faut qu’elle offre des contreparties minimes. Car le mécénat, c’est de la philanthropie, et non du sponsoring.

Pour garantir la cohérence de la démarche de reconnaissance, nous avons mis en place l’an dernier un comité des Dons. Il se penche sur les grands dons, afin de vérifier leur adéquation avec les valeurs de l’école. Il veille aussi à l’équité entre les dons promis et les contreparties offertes. Celles-ci sont déclinées dans un programme de reconnaissance, et vont de l’invitation à des conférences, en passant par la possibilité de participer à des programmes de mentorat des étudiants ou à des jurys, jusqu’à l’apposition d’une plaque à l’Artillerie, par exemple.

Pour les entreprises, le partenariat avec Sciences Po obéit aussi à des considérations stratégiques. Les étudiants constituent un vivier de recrutement : en étant visibles auprès d’eux, elles sont vite identifiées comme de potentiels employeurs.

La renommée de Sciences Po à l’international ne cesse de s’accroître. Constatez-vous aussi une mondialisation du profil des donateurs ?

En Asie ou au Moyen-Orient, Sciences Po commence à avoir une véritable communauté d’alumni qui ont réussi, sont visibles et susceptibles de devenir donateurs : nous prospectons sur ces nouveaux territoires.

En Amérique du nord, la situation est particulière : certes, la philanthropie y est une pratique courante et valorisée. Mais les Américains consacrent l’essentiel de leurs dons à leur alma mater, l’université dans laquelle ils ont fait la majeure partie de leurs études. Quand Sciences Po n’est pas cette alma mater, nos perspectives sont minces. Nous ne devons donc pas oublier l’Europe, vivier encore insuffisamment exploité. En novembre 2018, nous avons pour la première fois organisé un gala de Sciences Po à Bruxelles.

Défendre la cause de Sciences Po auprès des donateurs est un travail exigeant, et qui se joue à toutes les échelles. La concurrence est rude, mais nous avons des atouts : d’abord, la marque Sciences Po suscite curiosité et enthousiasme. Ensuite, l’ambition architecturale forte qui caractérise le chantier de l’Artillerie est un sésame : la pierre fait toujours autant rêver.