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“Ici commence le campus”

Entrée du 1, place Saint-Thomas d'Aquin

L’an dernier, quatre élèves du master “Stratégies territoriales et urbaines” de l’École urbaine de Sciences Po ont pris pour objet d’étude le projet de futur campus de Sciences Po en 2022. En s’interrogeant sur les actions à mettre en place pour « faire campus », le groupe a mis en lumière les potentialités urbanistiques, et non pas seulement immobilières, d’un tel chantier.

Soit une place parisienne de facture classique, surplombée par l’impressionnante façade d’une église du XVIIe siècle. Rien n’invite au repos ou à la flânerie : entre le boulevard Saint-Germain-des-Prés et la rue du Bac, la place Saint-Thomas d’Aquin semble avant tout aménagée pour réguler le flux des véhicules. Bientôt, elle sera pourtant un point d’accès privilégié vers le site flambant neuf du futur site du campus parisien de Sciences Po. Comment accompagner au mieux l’évolution de cette place en un lieu de vie étudiante et trame majeure dans le futur campus de Sciences Po ?

D’un parc immobilier à un projet urbain

Les potentialités d’aménagement autour de la place Saint-Thomas d’Aquin sont une des nombreuses questions et thématiques auxquelles se sont confrontés pendant plusieurs mois Charles Hindi, Julie Pidoux, Côme Rébillard et Souhail El Fatih, tous élèves en master à l’École urbaine de Sciences Po. À la rentrée dernière, leurs professeurs leur ont donné pour travail d’études la réalisation d’un plan stratégique – ce que les urbanistes appellent « schéma directeur » – donnant forme au futur campus de Sciences Po. L’enjeu est de taille : « Un campus, c’est un ensemble urbain qui comporte du matériel et de l’immatériel, explique Charles Hindi. Pour le moment les différents bâtiments de Sciences Po, disséminés dans le quartier, parfois peu reconnaissables, composent un ensemble aux contours flous, sans cohérence spatiale évidente. Le site de l’Artillerie n’est pas tout : il s’agit d’intégrer ce chantier immobilier dans un vrai projet urbain. »

Comment intégrer le campus à la ville ?    

Pour alimenter ses réflexions, le groupe d’étudiants s’est livré à un diagnostic précis de la situation actuelle de Sciences Po. Il s’est également rendu sur trois campus universitaires, Oxford, la London School of Economics et Paris Diderot, et sur un lieu de formation et d’accompagnement des créateurs de start-ups : Station F à Paris. Ces établissements s’inscrivent chacun dans des contextes urbains spécifiques différents de Sciences Po, mais ils font face à un même défi. À rebours d’une approche fonctionnaliste qui réduirait les campus à n’être que des zones d’apprentissage closes sur elles-mêmes, il s’agit en effet désormais de concevoir des campus intégrés à la ville et caractérisés par la mixité des usages. Où l’on puisse à la fois « étudier, enseigner, socialiser, se divertir, déambuler, consommer », indiquent les quatre étudiants de l’École urbaine, mais aussi se sentir appartenir à un établissement universitaire d’envergure.

Trois orientations stratégiques

Pour que Sciences Po atteigne cet objectif, les urbanistes en formation suggèrent donc trois orientations stratégiques.

  • La première consiste à affirmer l’identité de l’institution dans le quartier, par exemple via une signalisation homogène sur l’ensemble du campus, l’installation de plans consultables par tous les passants ou encore l’ouverture des rez-de-chaussée sur la rue.
  • L’accent est ensuite mis sur les dynamiques qui peuvent structurer à la fois la vie sur le campus et ses relations avec l’extérieur. Pour « faire campus », il faut des espaces qui puissent être investis pour d’autres pratiques que le seul apprentissage. Cela amène les concepteurs du schéma directeur à prôner l’installation d’équipements de détente, de restauration ou de culture. Il faut également concevoir un ensemble intégré à la trame urbaine : cela signifie davantage de porosité (en accueillant par exemple sur le campus des publics autres que la communauté Sciences Po proprement dite) ou encore la promotion des mobilités douces pour parvenir aux différents sites (vélo, marche à pied, etc.).
  • Enfin, le groupe d’étudiants évoque le changement de posture qu’appellent de telles réalisations. Sciences Po n’a plus seulement vocation à assurer la gestion d’un parc immobilier fragmenté. Elle doit pouvoir se projeter comme un véritable aménageur, travaillant en synergie avec les autres opérateurs urbains. Pour cela, précise Charles Hindi, « Il faudrait mettre en place un urbanisme “agile”, capable de s’adapter avec souplesse aux contraintes. »

Dans un quartier caractérisé par un plan local d’aménagement particulièrement strict, une forte pression foncière et une grande diversité d’acteurs, la démarche n’a rien d’évident. Mais elle est nécessaire pour défendre un projet ambitieux : comme le souligne l’équipe de jeunes urbanistes dans les premières lignes de son travail, Incipit campus : « ici commence le campus ».