Découvrez en images le projet de l’Artillerie
11 janvier 2018
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7 mai 2018

« Articuler la France des Lumières avec celle des nouvelles technologies »

Présentation du projet architectural de Campus 2022

Présentation du projet de l'Artillerie par J.-M. Wilmotte @ Sciences Po

Le 11 janvier 2018, Sciences Po a dévoilé le projet destiné à transformer le site de l’Artillerie en établissement universitaire de haut standing. C’est un consortium d’architectes réuni autour du promoteur Sogelym-Dixence qui le signe. Ils reviennent pour nous sur les choix qui ont guidé leur démarche.

Un travail d’équipe

On pourrait, en forme de clin d’œil au passé militaire du site de l’Artillerie, parler d’un bataillon de talents unissant leurs forces pour imaginer le futur visage de Sciences Po. Mais plutôt qu’une approche martiale, c’est une forme d’élégance et de rationalité que partage le groupement d’architectes retenu pour piloter le principal chantier de Campus 2022.  

De g. à droite : Hiroko Kusunoki, Nicolas Moreau, Pierre Bortolussi et Caroline Braley (Martin Argyroglo/Sciences Po)

C’est l’agence Wilmotte, grand nom de l’architecture française depuis quatre décennies, qui a assuré la coordination de ce travail collectif. Valeur montante du secteur, l’agence Moreau Kusunoki s’est plus spécifiquement penchée sur la cour Gribeauval, le Jardin des savoirs et le Pavillon, et, avec l’appui du cabinet international Sasaki, la bibliothèque. Le cabinet Pierre Bortolussi a pris en charge les problématiques liées à la préservation du patrimoine. Enfin, sur des aspects précis comme la conception des espaces verts ou le développement durable, le groupement s’est attaché les services de consultants spécialisés, comme Mugo et le cabinet Franck Boutté.

Se saisir des legs de l’Histoire

« La dimension patrimoniale était à la fois une chance à saisir, et une contrainte qu’il fallait transformer en jeu », explique Christian Oudart, de l’agence Wilmotte. Pierre Bortolussi et son collaborateur Sébastien Olivet renchérissent : « Nous ne sommes qu’un maillon dans l’évolution du bâtiment. Il nous fallait articuler la France des Lumières avec celle des nouvelles technologies… »  De fait, les architectes ont cherché à régler subtilement leur (com)pas sur celui de leurs prédécesseurs.

Cloître de la cour Sébastopol

Galerie du cloître de la cour Sébastopol (O.H.N.K /Sciences Po)

Ici, ils proposent de valoriser cet héritage du XVIIIe siècle qu’est le cloître de la cour Sébastopol. À la faveur du chantier, la galerie, d’un grand intérêt en termes de stéréotomie (l’art de la découpe des pierres), ainsi que les façades des bâtiments qui le surplombent seront rénovées.

Ailleurs, les concepteurs se lancent dans une réinterprétation du legs de l’Histoire. C’est le cas de la rue Gribeauval. Elle relève d’un art bien moins subtil de la découpe : par souci de fonctionnalité, les autorités militaires percèrent cet axe en 1819,  rompant l’équilibre architectural de l’ancien ensemble conventuel. Le projet retenu pour Campus 2022 se réapproprie cette voie : accessible aux personnes à mobilité réduite, elle constitue une jonction supplémentaire entre la place Saint–Thomas-d’Aquin et la cour Gribeauval.

Car si l’enclavement de l’hôtel de l’Artillerie correspondait aux aspirations de la Grande Muette, le site entre désormais dans une nouvelle ère. Le voici ouvert sur la Cité, lieu propice à la rencontre de différents publics.

Une scansion à trois temps

Cour Sébastopol, cour Gribeauval, cour Treuille de Beaulieu : « Dès le départ, il nous a paru évident qu’il fallait respecter cette trame distributive, conserver l’unité du lieu », explique Nicolas Moreau, de l’agence Moreau Kusunoki. Les effets de transparence, les jeux de lumière, le caractère modulable de plusieurs espaces permettent d’y circuler sans ruptures, avec beaucoup de naturel.

La maquette du projet architectural pour le site de l’Artillerie (Martin Argyroglo/Sciences Po)

« Chaque cour conserve néanmoins une vocation spécifique », complète Christian Oudart. Inscrite dans le temps long via sa forte identité patrimoniale, conçue dès l’origine comme un lieu propice à la méditation, la cour Sébastopol concentrera les activités de recherche. Derrière elle, la cour Treuille de Beaulieu doit abriter l’École de journalisme, ainsi qu’un jardin partagé à vocation pédagogique. Le véritable espace d’effervescence estudiantine, ce devrait être la cour Gribeauval, avec son Jardin des savoirs rythmé par un amphithéâtre à ciel ouvert et son Pavillon qui accueillera la cafétéria, l’incubateur d’entreprises et la Maison des Sciences Po. Le tout évoque une sorte d’agora : ouverte d’un côté sur la place Saint-Thomas-d’Aquin et connectée de l’autre avec les bâtiments du 13, rue de l’Université, elle est susceptible d’accueillir des manifestations culturelles ou festives, d’autant qu’une structure modulable permettrait, en la couvrant si nécessaire, de parer aux aléas de la météo.  

Lieu de culture, lieu de nature

Ce qui séduit également dans le projet retenu pour le site de l’Artillerie, c’est la place accordée au végétal. Nicolas Moreau insiste sur ce parti pris : « La nature n’est pas ici un décor, elle a une véritable fonctionnalité. C’est notamment grâce à l’ambiance végétale que les propositions contemporaines se fondent dans l’élément patrimonial. »

En charge de la conception des paysages, Caroline Braley, du groupe Mugo, explique comment le choix des essences constitue un marqueur d’identité des espaces : « Dans la cour Sébastopol, on pourra trouver des végétaux traditionnels, comme le charme, qui évoquent l’histoire des jardins à la française. Dans la cour Gribeauval, en revanche, on aura recours à des feuillages clairs, à une végétation fluide, transparente. »

Les plantations prévues dans la cour Treuille de Beaulieu (Sogelym Dixence / Wilmotte & Associés Architectes / Moreau Kusunoki Architectes )

Quant au jardin de la cour Treuille de Baulieu, il reprendrait sa fonction originelle: « Les moines y avaient jadis installé un potager. Nous reprenons cette idée. Le but n’est pas de développer des plantations très sophistiquées, mais ce serait un espace dont les étudiants pourraient s’emparer sous forme d’ateliers, afin de renouer avec la nature nourricière. » Comme pour ne pas oublier, dans un campus par ailleurs prévu pour accueillir les meilleurs équipements numériques, que la culture n’est pas qu’une activité de l’esprit.

Mais avant que le site de l’Artillerie ne bruisse du chant des oiseaux et des conversations des étudiants, il faudra qu’il en passe par quelques années de bruit et d’agitation : lancé fin 2018, le chantier doit être achevé pour que les étudiants y fassent leur rentrée en 2021.