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Censure et cinéma
un tour du monde
Sexe / Violence

Bibliographie
illustrée

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Liens

Sex in cinema : history

La Cat III : l'ultime excès du cinéma HK

Bayon, Estelle
Le cinéma obscène

Bertrand, Marie-Andrée Pornographie et censure (1994)

Epstein, Ron
Friedman, Jeffrey
The celluloid closet : l'homosexualité dans le cinéma hollywoodien (documentaire, 1995)

Farber, Saskia
Elle court, elle court, la censure

Matthews, Jill Julius
Blue movies in Australia : a preliminary history

Toh Hai Leong
Sex in Asian cinema

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Chronologie

1896
"The kiss", film Edison de W. Heise, mérite selon Herbert Stone, journaliste de Chicago, “l’intervention de la police”.

1908
Russie : d'après la presse parisienne, le pays serait le principal importateur des films français osés

Années 1910
Etats-Unis : apparition du film porno

1930
1er baiser entre deux femmes dans "Morocco" de J. von Sternberg
Japon : la police ordonne la suppression de toutes les scènes de baiser dans les films étrangers

1932
Grande-Bretagne : création de la cote H

1934
Le Code Hays réglemente la durée maximum du baiser filmé

1946
Japon : 1er baiser dans "Baiser d’une nuit" de Yasuki Chiba

1951
Grande-Bretagne : la cote X remplace la cote H

1955-1975
Peplums, films d'horreur sont tournés en deux version, l'une sage, l'autre pas, selon le marché intérieur ou extérieur auxquels on les destine.

Années 1960
Japon : apparition au cinéma des "romans porno"

1961
France : apparition du "carré blanc" à la télévision

1968
Etat-Unis : abolition du Code Hays, création des cotes R et X (interdit -17 ans)

1969
Danemark : suppression de la censure pour les adultes

1970
Les Etats-Unis 1er producteur mondial de "blue movies" (rapport de la Commission d'enquête présidentielle sur l'obscénité et la pornographie)

1971
1er baiser entre deux hommes dans "Sunday, bloody sunday" de J. Schlesinger

1974
France : suppression de la censure

1975
France : loi sur le classement X des films pornographiques ou d'incitation à la violence

1977
Espagne : suppression de la censure et création de la cote S (sexe et violence)

Années 1980
Turquie : 1er pays musulman à produire des films pornos

1982
Grande-Bretagne : interdit -18 ans remplace la cote X (suppression des salles de porno hard)

1983
Espagne : la cote X remplace la cote S

1987
Suède : suppression de la censure pour les adultes

1990
Etats-Unis : création de la cote NC-17, distincte de la cote X

2000
France : rétablissement de l'interdit -18 ans après l'affaire "Baise moi"

2002
Inde : le chef de la censure propose de légaliser les films pornos et démissionne devant le scandale

 

La censure du sexe à l'écran est universelle, dans le temps et dans l'espace. Elle remonte à la naissance même du cinéma. Tous les pays disposent, à l'égard du cinéma pornographique, d'une législation particulière : interdit total ou autorisation très encadrée (cote spéciale, salles spéciales, taxation spéciale, points de vente limités pour la vidéo/DVD, etc.).
En même temps, l'érotisme est une composante essentielle du cinéma. A Hollywood, on a pensé très longtemps qu'un film "sans femme" (sans tension sexuelle) ne marchait pas auprès du public.
La question de la violence à l'écran apparaît en comparaison un peu secondaire, mais elle commence à se poser à peine plus tard, elle aussi au début du cinéma.
Dans les sociétés occidentales, ces deux interdits originels, qui touchent à l'essentiel (la représentation du corps humain), ont faibli en même temps, au tournant des années 1960-1970, pour renaître peu de temps après. Et c'est leur combinaison qui a causé quelques-unes des dernières controverses de la censure.

La censure du sexe

Le sexe au cinéma est soit surveillé/toléré (l'érotisme), soit interdit (la pornographie), selon des définitions variables, en fonction de l'époque et de la société où intervient le censeur : l’un verra de la pornographie dans un frôlement de main, l’autre définira les critères d'après lesquels une éjaculation faciale appelle une interdiction totale plutôt qu'un classement X.
La censure de l'érotisme a produit les codes de représentation (ou plutôt de non-représentation), la suggestion, la métaphore, style que le cinéma américain soumis au Code Hays a porté à son plus haut degré. L'évolution des moeurs en a eu raison.
La censure de la pornographie a développé le cinéma clandestin : les films projetés dès les années 1910 dans les maisons closes, les clubs, les séances "pour messieurs".
Chaque révolution, en abolissant la censure, offre au cinéma érotique ou porno une brève période de publicité, avant qu'il ne soit à nouveau interdit : après la révolution de 1917 en Russie, après la défaite allemande en 1918, après 1968.
A soixante-cinq ans de distance, la censure se manifeste toujours par des actions destructrices symboliques : en 1912, la police noie dans la Seine des kilomètres de pellicule licencieuse ; en 1977, le film "L'essayeuse" est brûlé par décision de justice.

Théoriquement morale, la censure ou non du sexe dépend de circonstances économiques ou politiques.
Dans les années 1930, l'industrie du cinéma américaine met en place les barrières anti-érotisme voulues par des Eglises alors influentes. Au milieu des années 1950, quand l'influence des Eglises baisse et que monte la concurrence de la télévision, ces barrières commencent à s'effacer, ce dont Marilyn Monroe est l'éloquent témoignage.
Dans les régimes autoritaires du 20e siècle (Amérique latine, Grèce des colonels, Espagne franquiste et même Turquie des militaires), où la censure morale se voulait rigoureuse, a prospéré l'industrie du film érotique ou porno, officiellement réprimée, officieusement tolérée : le sexe comme diversion à l'opposition politique.
A l'inverse, les scènes érotiques de "La terre de la grande promesse" d'A. Wajda (1975) sont à l'époque "une forme de lutte contre la censure officielle des moeurs" dans la Pologne communiste.

La censure du crime et de la violence

Elle a pour but d'éviter d'inciter à la violence un public jugé influençable et à qui le cinéma enseignerait par l'exemple les méthodes criminelles. Dès les années 1900-1920 sont rapportés des cas de criminels ou délinquants déclarant s'être inspirés de tel ou tel film (France), de vague de crimes suivant la projection d'un film (Chine).
Les censures, encore policières, interdisent la représentation à l'écran de bandits réels (bushrangers australiens, hors-la-lois américains, anarchistes français, "robin des bois" cubain) ou imaginaires (« Fantomas" en France, "Zigomar" au Japon).
Le Code Hays américain réprouvera de même l'héroïsation des criminels et réglementera la représentation de la violence : les balles ne trouent pas les vêtements, le sang ne coule pas, les coups ne laissent pas d'ecchymoses.

Le réalisme croissant des images et la culture de la transgression amènent à la fin des années 1960 l'avènement d'un cinéma beaucoup plus proche de la réalité, y compris celle de la violence, et de films d'horreur spécialisés dans les images violentes, le gore. Au point que le réalisateur italien R. Deodato sera soupçonné d'avoir filmé des mises à mort non simulées dans "Cannibal Holocaust" (1980), film réputé le plus interdit au monde.
Aujourd'hui, ce n'est plus le sexe, c'est la violence sexuelle et le sadisme, combinaison de deux interdits majeurs, qui font scandale, dans le "cinéma d'auteur" ("Irréversible" en 2002) comme dans le cinéma de genre ou d'exploitation ("Saw 3" en 2006).

 

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